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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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CHAPITRE I : KANT OU LA GUERRE EN PROCÈS.

La paix et la guerre, voilà le problème essentiel des relations humaines qui fait et qui fera toujours l'objet de réflexions et de débats tant philosophiques, moraux que politiques. Car, «  malgré toutes les tentatives de mise en place d'organismes juridico-institutionnels, malgré les conférences de paix, les efforts de conciliation multipliés par les Nations Unies, les résolutions du Conseil de Sécurité, les conventions, les promesses, voire les ultimatums et les menaces..., la paix n'a jamais été, et risque fort de n'être jamais une paix durable2(*)».

C'est à partir de cette juste remarque de Simone Goyard-Fabre que nous allons examiner les concepts de "guerre" et de "paix" dans la philosophie morale et politique de Kant, c'est-à-dire déterminer ce qui fait qu'il est toujours difficile de promouvoir la paix, de réaliser une paix durable. En tout état de cause, l'on sait que l'espèce humaine aspire toujours à la paix, elle la désire comme allant de soi et pour soi : des expressions du genre" nous voulons la paix", "  faisons la paix", "que la paix et l'amour de Dieu soient avec vous", sont autant de convictions qui prouveraient que tout homme, toute société, et donc toute l'humanité aspire à la paix. Apparemment, personne ne veut accepter qu'on le qualifie de belliqueux ou de belliciste, ce qui serait pour lui une atteinte à son intégrité, à sa dignité. Cependant, au cours de l'histoire, des théories ont été formulées et proclamées pour justifier la guerre dans la Cité, entre les Etats, comme si elle était légitimable, c'est-à-dire acceptable ou bien "normalisable" dans les relations citoyennes et interétatiques. La guerre peut-elle être nécessaire ?

Pour les théoriciens de la guerre, celle-ci jouerait un rôle sans précédent dans la vie communautaire comme un facteur d'organisation, de progrès ou d'épanouissement de ceux-là mêmes qu'elle incrimine. Comment comprendre une telle position généralisable au moment où l'on crie à la paix mondiale ? L'homme a-t-il en lui un penchant naturel qui l'empêche de faire la paix avec les siens, de coexister pacifiquement avec eux ? De la même manière, certains Etats sont-ils de nature telle qu'il leur est impossible de coopérer en paix, de tisser des relations harmonieuses et enviables avec d'autres Etats ? En un mot, la violence extrême, la guerre, est-elle un phénomène naturel, culturel, ou bien est-elle les deux à la fois ?

1. La guerre : phénomène naturel et /ou culturel ?

Tenter de répondre à cette embarrassante question revient à nous demander si nous sommes, oui ou non, condamnés naturellement et /ou culturellement à la violence, à l'agressivité sous toutes ses formes, même aux formes les plus aigues comme la guerre.

En effet, nous pouvons tirer de l'histoire des pensées une idée qui stipulent que l'homme est naturellement violent et agressif, qu'il possède en lui des instincts d'agressivité plus que latents qui le poussent, consciemment ou inconsciemment, à la violence. Ce qui ne va pas sans dire que l'homme naît avec une prédisposition naturelle à la violence et au meurtre, un ensemble de germes inscrits génétiquement dans sa nature.

C'est ainsi que, pour les partisans d'une certaine vision de l'évolution historique, l'homme est le descendant d'animaux sauvages qui vivent et qui manifestent, à en abuser, leur liberté. De ceux-ci, nous aurions hérité de leur nature agressive et violente incontrôlable de toujours. En adhérant à ces théories, nous sommes et nous serions tous condamnés à être des prisonniers d'un engrenage sans fin de la violence. C'est ce que l'on pourrait lire chez Hobbes qui, dans le Léviathan, soutient que l'état de nature, de non civilisation, est un état de haute compétition, c'est-à-dire de guerre, en atteste l'expression " bellum omnes bello" ou encore "la guerre de tous contre tous." C'est donc un état où l'homme serait un laissé pour compte. L'homme, dans cette état, vivrait dans l'ignorance de toute idée de loi et de paix pour être exclusivement un être dangereux, "un loup pour l'homme". Petit à petit, la socialisation va l'instruire afin qu'il intègre dans sa nature une part de bonté, de bien, puisqu'il semble difficile que le bien l'emporte sur le mal.

À cet effet, les termes de" homo pacificus" et de" homo maleficus" d'un auteur comme Léonard W. Doob3(*) désignent la personnalité dualiste de l'homme qui, tantôt préfère le bien, la paix à la guerre, tantôt privilégie le mal, la guerre au bien, à la paix. Ce qui signifie que l'homme est en mesure de faire à la fois la paix et la guerre. C'est cela le paradoxe de ses aspirations à la paix, le comble de son caractère ambigu. Cette vision dualiste de l'homme se retrouve également peinte chez Freud pour qui, " éros" la pulsion de vie cherche à préserver la vie (par la promotion de la paix, sa sauvegarde), alors que "thanatos "qui est la pulsion de mort perpétue l'agressivité, la violence ou la guerre. C'est ce qui, nous semble-t-il, est ainsi mis en évidence par Freud : « notre inconscient tue même pour des détails ; comme l'ancienne législation athénienne de Dracon, il ne connaît pas d'autres châtiments pour les crimes que la mort (...). C'est ainsi qu'à en juger par nos désirs et nos souhaits inconscients, nous ne sommes nous-mêmes qu'une bande d'assassins 4(*) ».

Cette pensée désigne bien le fait que la mort est pour les hommes (la peine capitale, la loi du talion par exemple) un recours pour châtier et punir , un moyen de répression et de correction qui consacre l'inclination de l'homme à la violence, suivant les situations en rapport avec la gravité de la faute commise. Toutes choses qui montrent en quoi l'homme est naturellement mauvais ; comme nous pouvons le constater chez Kant dans La Religion dans les limites de la simple raison où il détecte en l'homme l'existence du penchant au mal : « la proposition : l'homme est mauvais, ne peut vouloir dire autre chose, d'après ce qui précède que : il a conscience de la loi morale et il a cependant admis, dans sa maxime, de s'en écarter (à l'occasion). Il est mauvais par nature signifie que cela s'applique à lui considéré dans son espèce5(*)».

Il y a en l'homme une sorte de mauvaise foi qui fait qu'il voit le bien et choisit de faire le mal pour satisfaire son égoïsme. Du fait que la nature humaine est ainsi corrompue par le mal, la guerre ne peut que persister dans le temps et l'espace de sorte qu'on ne peut facilement l'éviter ou la contraindre par quelque moyen que ce soit. Ce qui fait qu'il semble même utopique de parler d'une possibilité de paix durable. Par ailleurs, l'image actuelle de la guerre au quotidien nous amène à nous demander si toutefois, il n'y a pas d'autres mobiles ou motifs qui expliquent la situation. Dit autrement, la violence ne va-t-elle pas au-delà de l'innéisme naturel ? Ou bien, l'homme n'apprend-t-il pas à mieux être violent, à mieux perfectionner ses moyens de destruction massive ? La guerre n'est-elle pas un fait culturel ?

En effet, le Manifeste de Séville sur la violence, qui est issu du Comité de scientifiques mandatés par l'Organisation des Nations Unies pour l'Education, la science et la culture (UNESCO), fait savoir dans son rapport qu' « il est scientifiquement incorrect que nous ayons hérité de nos ancêtres les animaux une propension à faire la guerre6(*) ». Le fait que la guerre ait rapidement changé de manière au cours de l'histoire, en répondant à des calculs stratégiques froids, prouve bien qu'elle est un produit de la culture, c'est-à-dire un produit de l'intelligence humaine. Elle n'est pas un phénomène purement instinctif ou une nécessité biologique, mais une invention de l'homme qui ne répond pas à un seul mobile. L'on s'aperçoit que la violence peut ne pas avoir un fondement purement génétique ; elle peut ne pas qu'être innée, puisque la culture y joue un grand rôle : l'éducation, le cadre socio-culturel et politique, le milieu professionnel, les groupes racistes et les sectes, la presse et les médias, la drogue et l'accès facile aux armes destructives, sont autant de mobiles qui expliquent la récurrence de la violence. À ceux-ci s'ajoutent l'intérêt, la protection des biens privés, le désir de tuer que justifient les meurtres insensés alors même que le criminel ne serait pas dépourvu d'esprit critique.

Chez Kant, la propension de l'homme à faire, à la fois, la guerre et la paix s'explique par le fait que l'homme a en lui un "penchant au mal " et une  " disposition originelle au bien"  qui fait qu'il peut réveiller parfois sa conscience, sa raison, longtemps restée en veilleuse. Ce qui fait qu'il n'est pas forcement utopique de la part de l'homme qu'il veuille acquérir le bien par delà le mal. Le mal naîtra du conflit de la sensibilité et de la raison au moment où la loi morale et la raison sont subordonnées aux seuls motifs de la sensibilité que l'on ne pourrait surmonter sans une force de caractère, une maîtrise de soi, et de la volonté. La question de savoir si l'homme est naturellement, moralement, bon ou mauvais, trouve ici une réponse satisfaisante. L'on pourrait même ajouter avec Rousseau que  l'homme naît bon et humble, juste et libre, et que c'est la culture ou la société qui le rend mauvais ou bien le corrompt à faire plus de mal que de bien. Le "penchant au mal", l'instinct guerrier, qui définit le bellicisme, est ainsi opposé au pacifisme ou "penchant au bien ", à la paix. C'est la raison pour laquelle, naturellement, l'on a tendance à rapprocher le bellicisme de la culture, puis à rapprocher la paix ou le pacifisme à la nature, aux instincts, aux passions. C'est pourquoi, des psychologues et des psychanalystes à l'image d'Adler, considèrent que la violence ou l'agressivité est un acquis de la société, c'est-à-dire un phénomène de compensation du complexe d'infériorité lié aux circonstances de la vie des citoyens. Chez les théoriciens modernes de l'agressivité, la guerre est plutôt liée au sentiment de frustration qui rend évidente l'agressivité à travers la révolte des populations.

Otto Klineberg, répondant à la question de Zorgbibe: « peut-on adhérer à une théorie dualiste de l'agressivité, un même potentiel de pulsions pouvant conduire à la guerre mais aussi simplement au combat, à une compétition soumise à des règles physiques ou spirituelles ?7(*) », soutient que la guerre ne trouve pas ses origines dans la nature humaine mais dans la société, qu'elle est par conséquent un phénomène culturel inévitable. Ainsi, ces racines psychologiques et sociologiques de la guerre nous renseignent que ni l'agressivité ni la violence n'est inscrite dans le caractère d'un homme dès sa naissance ; elles s'acquièrent avec le temps, c'est-à-dire au fil des évènements qui conditionnent la vie sur Terre.

Dans cette optique, nous avons recensés et regroupés les formes de violence en trois types pour mieux appréhender l'impact de la culture violente sur la vie de l'homme. Nous avons dégager, la violence physique (viol, meurtre, guerre, guérilla, terrorisme), la violence mentale (autoritarisme, intolérance, terreur intellectuelle) et la violence sociale et économique (la lutte des classes, l'exploitation et l'oppression). La violence apparaît être un fait culturel en cela qu'elle est utilisée par certaines personnes comme la seule force capable de régler les problèmes sociaux. L'idéologie, l'intégrisme religieux, le supra-nationalisme, le racisme et le terrorisme sont des facteurs idéologiques et culturels des guerres, tous se démontrant plus ou moins par l'impuissance, la peur, le mépris, la haine, le complexe et bien d'autres éléments.

En clair, la violence, l'agressivité ou la guerre, n'est inscrite ni dans la nature des choses ni dans la nature humaine. Pis, la guerre n'existe pas dans la vie entre des espèces animales, dit Konrad Lorenz: « Le profane se laisse facilement tromper par la presse et le film, tous d'eux avides de sensation. Il s'imagine la vie des bêtes féroces dans "l'enfer vert" de la jungle comme une lutte sanglante de chacun contre tous...je peux affirmer à bon escient que pareille chose n'arrive jamais dans des conditions naturelles. Quel intérêt aurait l'un de ces animaux à détruire l'autre ?8(*)»

Pour l'auteur, la loi de la jungle, ou ce qu'on pourrait appeler "guerre entre les animaux", n'est autre que le combat individuel pour la défense de son territoire et de la possession des femelles, et rarement la mort intervient ; il suffit que le faible crie défaite, ou batte en retraite pour que le vainqueur l'épargne ; ce qui n'existe apparemment pas chez les hommes. On peut donc conclure en disant que la guerre n'est pas une loi de la nature qui ne veut jamais qu'on porte atteinte à ses lois, mais une loi de la culture. La guerre ne se justifie pas du point de vue de la destination naturelle de l'homme. Même si la guerre est, le plus souvent, issue de la mauvaise organisation des sociétés, cela voudrait-il signifier que cette erreur fatale doit toujours se justifier par des théories conçues expressément pour la cause? De telles théories sont-elles de nature à pouvoir désacraliser l'indissociabilité de l'homme par essence ?

* 2 Simone Goyard-Fabre, La construction de la paix, Paris, Vrin, 1994, p.26

* 3 Léonard Doob, La résolution des conflits, Ed. L'Age D'Homme, 1984, trad. The pursuit of peace, Greenwood Press, Wesport, Connecticut, 1981, p.33

* 4 Louis Beirnaert, Essais et approximations, « irrésistible violence », p. 548

* 5 Kant cité par Georges Pascal dans Pour connaître la pensée de Kant, Paris, Bordas, 1986, p. 182

Selon Kant, l'homme n'est pas mauvais parce qu'il est l'auteur d'actions mauvaises,mais parce que ses actions sont fondées sur de mauvaises maximes, des actions qui sont contraires à la loi, et qui le sont en toute conscience.

* 6 « Déclaration de Séville relative à la violence », Ed. Dev News, Bulletin pour l'éducation et le développement. UNICEF, nov. 1992. Le comité a étudié la question « la violence est-elle inhérente à la nature humaine ? »

* 7 Charles Zorgbibe, La Paix, PUF, coll. « Que sais-je », Paris, 1984, p. 06. Il est professeur titulaire à la Sorbonne.

* 8 Konrad Lorenz, L'agression, une histoire naturelle du mal, Paris, Flammarion, 1986, p.32

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