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Technique et esthétique des photographies de la 7ème édition du festival de la photographie contemporaine de Bamako

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par Mélanie BEREHOUC
Université Paris III Sorbonne nouvelle - Master 1 conception et direction de projets culturels 2009
  

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3. Photographie subjective

Notre analyse sur les techniques utilisées par ces jeunes photographes marque une grande rupture dans la manière d'appréhender la photographie. Cette approche est devenue non plus objective mais totalement subjective. Afin de compléter notre recherche, cette sous-partie sera axée sur cette manière d'appréhender chaque travail photographique qui va révéler les origines sociales de l'individu.

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Il faut savoir que depuis une trentaine d'année, la pratique photographique en Occident s'est rapprochée du milieu des arts plastiques, au point de devenir l'un des domaines où sont abordées les problématiques artistiques les plus pertinentes par rapport au monde actuel.

La photographie contemporaine se distingue d'une pratique de la photographie classique par de nombreux aspects. En particulier, elle a su se libérer des « deux alibis » que dénonçait Roland Barthes dans un article de 1977 : « tantôt on sublime [la photographie] sous les espèces de la "photographie d'art" qui dénie précisément la photographie comme art ; tantôt on la virilise sous les espèces de la photo de reportage, qui tire son prestige de l'objet qu'elle a capturé ». La photographie intéressait pour des qualités issues de l'ingéniosité du photographe ou en tant que témoignage héroïque. A partir de la fin des années 70, elle commence à être utilisée pour ses caractéristiques propres.

Tout d'abord, elle est pensée comme un outil conceptuel plutôt que technique. C'est le cas chez Bernd et Hilla Becher25, souvent apparentés à l'art conceptuel. Ils photographient de manière systématique des bâtiments industriels avec une technique traditionnelle, desquels ils dégagent une approche esthétique et documentaire. Leur enseignement à Düsseldorf influence toute une génération d'artistes, Thomas Ruff26 et Andreas Gursky27, entre autres, dont les

25 Bernd et Hilla Becher sont des photographes allemands, nés en 1931 et 1934.

26 Thomas Ruff est un photographe allemand, né en 1958.

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photographies monumentales, retravaillées par la technique numérique, explorent les limites du réalisme. Cindy Sherman28, quant à elle, interroge les effets de la multiplication des images, dues aux mass media, sur notre interprétation du réel et nos comportements. Certains artistes, comme Sophie Calle29, revendiquent même le fait d'ignorer les subtilités des manipulations techniques. Ils font appel, le cas échéant, à des photographes professionnels pour réaliser leurs clichés. Car l'essentiel de leur travail est ailleurs, la photographie ne représentant qu'un des éléments visuels de leur projet. Ce dédain pour la technique et le métier se manifeste aussi par l'utilisation d'appareils autofocus et, surtout, de la pellicule couleur qui renvoie à une pratique grand public. Ainsi, certains photographes s'appuient sur le modèle de l'album de famille, multipliant les clichés pour dérouler une narration, souvent intime et autobiographique. Mais la photographie couleur peut aussi être utilisée pour ses qualités purement plastiques et jouer avec les composantes de l'image comme dans une oeuvre picturale. Car, en dernier lieu, un grand nombre de photographes utilise ce médium pour créer des images autonomes, de même que les peintres se servent des couleurs pour réaliser leur tableau. Pour Jeff Wall30, par exemple, si la photographie est un moyen « up to date » pour créer des images qui s'inscrivent sans anachronisme dans notre monde moderne, il la conçoit aussi dans le prolongement des problématiques picturales classiques. De même, Jean-Marc Bustamante31 cherche à « faire des photographies qui aient valeur de tableau » et qui proposent des représentations plutôt que des reproductions.

Trois orientations majeures marquent donc la pratique de la photographie

contemporaine :

- celle du document qui contrarie ou sublime la réalité,

- celle de la narration qui se rapproche du cinéma,

- celle de la tradition picturale qui donne à voir des tableaux.

27 Andreas Gursky est un photographe allemand, né en 1955.

28 Cindy Sherman est une artiste et photographe américaine, née en 1954.

29 Sophie Calle est une artiste plasticienne, photographe, écrivaine et réalisatrice française, née en 1953.

30 Jeff Wall est un photographe canadien, né en 1946.

31 Jean-Marc Bustamante est un artiste français, né en 1952.

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Dans le cadre de notre recherche, nous souhaitons montrer que les photographies africaines ont été élaborées selon des démarches et recherches différentes. Cette définition simplifiée de la pratique contemporaine va nous servir de base pour étudier quelques exemples et mettre en exergue les similitudes et différences au moment de la création de l'oeuvre et du résultat. Néanmoins, même si nous avons tenté de classifier les photographies, elles peuvent avoir des lectures multiples selon chaque individu. On peut y voir des photographies documentaires et esthétiques, puisque une photographie documentaire n'est jamais perçue uniquement comme archive documentaire. Une photographie a plusieurs registres de significations et il ne faut pas s'arrêter à une simple définition de valeur esthétique ou pas, ou d'une image insignifiante ou insignifiante. Au contraire, l'ensemble des nuances d'une image documentaire peut caractériser l'image photographique, de sa production à ses usages sociaux. Ainsi, notre but ici, n'est pas de cataloguer chaque artiste et de placer sa production dans une seule catégorie mais de montrer des démarches de travail différentes.

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3.1 Document qui contrarie ou sublime la réalité

Dans le cadre de la première catégorie de photographies, nous pouvons citer Sammy Baloji32 qui réalise des reportages sur la culture du Katanga et l'héritage architectural de l'époque coloniale. L'ethnographie, l'architecture et l'urbanisme sont ses différents thèmes exploités. La lecture du passé congolais au présent n'est qu'une forme d'analyse de l'identité africaine actuelle après tous les régimes politiques que cette société a connu. L'identité pourrait se connoter par l'occupation de l'espace, l'exploitation de son environnement, les manifestes ou les traces d'une civilisation qui s'est construite avant, pendant et après la colonisation avant de parler de la mondialisation. Son travail présenté au festival de Bamako présente une réflexion autour de la mémoire et des vestiges de cette colonisation.

Image Gégamines 1 « Mémoire » 2006

Cette image présente un lien direct avec le passé colonial. Un passé qui a amené à l'existence des villes de la province du Katanga. Ces villes s'étaient construites autour des mines. L `image représente les traces d'un passé proche et un passé présent. Cette photographie n'est pas une simple prise de vue mais un photomontage alliant à la fois des images documentaire et des images archives. Cette manière de travailler est le reflet de ses débuts artistiques. En effet, avant de devenir photographe, il travaillait dans le secteur de la bande dessinée. Par conséquent, le photographe réinvente un style documentaire particulier en superposant deux images, le passé et le présent ce qui révèle sa volonté de dénoncer les abus qui existaient et existent encore. Nous avons donc un premier exemple de photographie à

32 Sammy Baloji est un photographe de la République Démocratique du Congo, né en 1978.

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vocation documentaire à la fois dénonciatrice et révélatrice d'une réalité encore présente dans le paysage culturel du Katanga.

Il existe des photographies où l'intention esthétique est au centre des oeuvres. Nous pouvons citer par exemple les travaux de Armand Seth Maksim33 et de Serge Emmanuel Jongué34. Les deux artistes ont effectué, en marge de leur activité, des réflexions personnelles qui ont fait passer l'image du référent direct à une dimension véritablement artistique. Serge Emmanuel Jongué a crée dans sa série « La ville rouge » de 2005, des sortes de paysages mentaux où se mêlent des souvenirs contemporains et mystiques. C'est ainsi que la ville de Bamako apparaît comme intime et universelle. Les oeuvres de Armand Seth Makim sont toujours spontanées et vivantes. Il avait la volonté d'offrir au public les plus belles et les plus insolites images de Madagascar.

Serge Emmanuel Jongué, extraits de « La ville rouge », 2005.

33 Armand Steg maksim était un photographe de Madagascar, 1951 - 2006.

34 Serge Emmanuel Jongué est né d'un père guyanais et d'une mère polonaise, 1951 - 2006.

Armand Seth Maksim, Les enfants aux lampions « autour des enfants », 2001.

Armand Seth Maksim, La joie des enfants de rue « autour des enfants », 2002.

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Leurs oeuvres révèlent plusieurs éléments sur leur formation et leur expérience de la vie. Avant d'être photographe professionnel, Armand Seth Maksim a longtemps sillonné la terre Malgache. Il était guide touristique de l'île et il s'est très vite rendu compte de la gravité de la situation malgache : déforestation, érosion du sol, pollution, etc. Devenu photographe, il a souhaité offrir au monde une vision positive de son pays d'où son intérêt pour les images qui sont devenues des documents sublimant la réalité. Concernant Serge Emmanuel Jongué, les images qu'il produisait ne se limitaient pas à une quelconque représentation. Il usait de son appareil comme un écrivain, pour décrire un monde intérieur et personnel. En suivant des études de lettres au Québec il s'est s'intéressé au rapport entre l'écrit et l'image dans son doctorat. C'est à cause de ses recherches qu'il a appréhendé son travail photographique comme documentaire. Chaque photographie était plus envisagée comme un matériel brut que comme un référent de la représentation. Son travail interroge l'espace mental de la trace mentale. Ces clichés sur Bamako sont vus à la fois comme documentaire, mais aussi comme de la photo narration, comme les images que propose Jodi Bieder.

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