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Technique et esthétique des photographies de la 7ème édition du festival de la photographie contemporaine de Bamako

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par Mélanie BEREHOUC
Université Paris III Sorbonne nouvelle - Master 1 conception et direction de projets culturels 2009
  

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2. Une réception mitigée

Les nombreuses expositions itinérantes et l'implication de certains galeristes auprès de ces artistes Africains montrent que la photographie Africaine contemporaine est intégrée dans le paysage culturel international. Cela dénote une certaine curiosité de la part des professionnels de la culture, une ouverture artistique et une volonté de faire découvrir la production artistique d'un continent, qui a sa place dans l'art en général.

Concernant la réception des oeuvres, Panofsky49 explique que l'expérience d'une oeuvre d'art ne dépend pas que de notre sensibilité et de notre entrainement visuel mais surtout de notre équipement culturel. L'équipement culturel peut être mis en relation avec la notion « d`habitus » de Pierre Bourdieu. En effet, des personnes appartenant au champ artistique, ou s'intéressant à l'art en général, auront acquis des codes qui leur permettront d'appréhender une oeuvre dans sa totalité.

L'intention artistique du photographe est au centre de cette étude. En effet, ses choix esthétiques et la destination souhaitée vont nous permettre d'établir les conditions sociales de réception. Cette construction de l'image souhaitée va aussi être dirigée par la commande de l'artiste. Dans notre cas, les photographies, que nous étudions, rentrent dans le cadre d'un sujet donné qui est la ville et ses périphéries, ce qui change les intentions esthétiques artistiques du photographe.

Comme nous l'avons démontré dans le second chapitre, les photographies ont été élaborées avec des techniques et un esthétisme contemporain. Le thème abordé est l'occasion de porter un regard moderne sur la configuration spatiale de la ville et ses relations périurbaines. Les images proposées au public international répondent à des préoccupations actuelles mondiales puisque nous nous interrogeons toujours sur cette limite des espaces et ce qu'elles engendrent.

Ainsi, ces photographies apportent à chaque visiteur d'exposition, qu'ils soient en France, au Japon ou en Amérique du Sud, une vision contemporaine du continent Africain. La

"9 Panofsky, problèmes de méthode, in l'oeuvre d'art et ses significations, 1969.

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photographie africaine, telle qu'elle est présentée ici, répond dorénavant aux lois du marché de l'art et de l'esthétique occidentale.

Pour illustrer nos propos, nous avons analysé le bilan50 de la 39ème édition des Rencontres d'Arles, qui se sont déroulées du 8 juillet au 14 septembre 2008, dans laquelle plusieurs photographes Africains y étaient exposés. Le bilan est très positif puisque environ 305 000 entrées ont été enregistrées, soit une hausse de 10% par rapport à l'édition de 2007. Le premier prix du festival appelé « Prix de la découverte 2008 » a été attribué à un photographe sud Africain, Pieter Hugo remportant ainsi la somme de 25 000 .

Outre les collectionneurs et les galeristes, cette photographie inspire également le monde de la mode. L'engouement pour les portraits de Seydou Ke
·ta, mais aussi de Malick Sidibé et de Samuel Fosso a d'abord touché le milieu des créateurs de mode, portés par une dynamique qui s'apparente au «recyclage du kitsch africain»51.

Nous ne pouvons pas étudier la réception des oeuvres en occident sans citer l'exemple de Samuel Fosso qui s'est imposé comme l'un des pionniers du renouveau de la photographie Africaine. Ses oeuvres sont des autoportraits de l'artiste métamorphosé en icône des grands leaders des indépendances Africaines, du Mouvement des Droits Civiques aux États-Unis ou de monuments culturels Noirs comme Martin Luther King. Son style décalé connaît actuellement un grand succès auprès des professionnels et des visiteurs. Le fait de travailler avec la technique des studios photo et de l'associer à un esthétisme contemporain explique l'engouement du public face à ces images hors norme. Sa réinterprétation de personnages mondialement connus permet au public d'accéder plus facilement aux photographies.

Nous l'aurons compris, les photographies Africaines actuelles connaissent un grand succès à l'international car leurs codes esthétiques et techniques peuvent être assimilés aux productions d'artistes occidentaux. Cependant, est-ce le cas en Afrique ?

50 Bilan des Rencontres de Arles tiré du site officiel : www.rencontres-arles.com

51 Jean-Loup Amselle, L'Art de la Friche, 2005.

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Les organisateurs du festival de Bamako et leurs partenaires, ont cherché, au départ, à intégrer les Rencontres dans le paysage culturel mondial et faire de Bamako le miroir de la photographie contemporaine Africaine. Ce n'est qu'à partir des 7ème Rencontre que les organisateurs ont souhaité travailler sur l'intégration du festival auprès de la population locale, en organisant, comme nous l'avons dit, des défilés de modes, des spectacles et concerts dans les différents quartiers de la ville.

Pour accentuer cet effort, la télévision malienne et les radios locales ont diffusé aux heures de grande écoute "Foto Fasa", un hymne entraînant et foncièrement optimiste à la gloire des photographes, écrit par Simon Njami commissaire des Rencontres pour la quatrième fois.

Cependant, les Rencontres restent pour l'essentiel un événement professionnel et ils n'ont pas encore réussi à rencontrer leur public sur le plan local.

Cette difficulté s'explique par deux choses :

- premièrement, le festival doit repenser la scénographie des expositions en les intégrant dans le paysage urbain de la ville et améliorer la visibilité des oeuvres.

- le public Africain porte un regard différent face aux photographies contemporaines.

En effet, il faut savoir que les Africains voient toujours la photographie comme un moyen de conserver le souvenir d'événements de leur vie, et pas encore comme un art. Cette vision conservatrice est révélatrice d'une société ancrée dans ses traditions et toujours marquée par le système de représentation qu'offre les studios photo. Ce constat sous-entend d'autres problèmes que nous allons développer dans une seconde partie.

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