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Technique et esthétique des photographies de la 7ème édition du festival de la photographie contemporaine de Bamako

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par Mélanie BEREHOUC
Université Paris III Sorbonne nouvelle - Master 1 conception et direction de projets culturels 2009
  

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B) Réalités sociales et contraintes

La création des Rencontres a permis de mettre au jour une production artistique au grand public. Cependant, cette émulation autour des producteurs et des oeuvres en Occident n'est pas perçue de la même manière en Afrique, pour plusieurs raisons sociales.

Tout d'abord, il faut rappeler que les sociétés africaines ne vivent pas de la même façon qu'en occident. Malgré tout les progrès réalisés depuis quelques années dans l'économie ou la politique des pays, il existe un certain retard dans l'avancée vers la modernité. Tous les spécialistes étudiant ces sociétés se sont rendus compte qu'à travers la violence qui y sévit constamment, cela traduisait l'absence d'une fonction d'intégration sociale, l'inefficacité politique souligne le défaut d'une capacité à poursuivre les buts, la pauvreté et la misère traduisent l'absence d'une fonction d'adaptation à son environnement. Dans ce contexte, on se rend compte que les sociétés Africaines sont encore instables. Si on reprend la théorie de Pierre Bourdieu sur le fonctionnement d'une société, en Afrique, les champs ne sont pas encore clairement définis. Par conséquent, la place et le rôle d'un photographe contemporain en Afrique reste encore à définir auprès de la population.

Dans ce contexte, on peut comprendre que la photographie contemporaine a du mal à trouver sa place dans les différentes couches sociales. Effectivement, sa compréhension sous-entend un équipement culturel comme nous l'avons vu. Pour la plupart de la population, la photographie n'est pas un art à part entière, mais un moyen de conserver un événement du passé. Cette vision correspond parfaitement à celle des « anciens » et des photographies des studios photo, qui servaient à se positionner dans la société ou à immortaliser un moment donné. Les Africains, en général, n'ont pas de culture photographique, ce qui explique que la production contemporaine trouve un écho dans les pays Occidentaux et non auprès de la population locale.

Cette culture de la photo studio est alimentée par des photographes ambulants, toujours nombreux et en manque d'argent. En effet, ils cherchent surtout à gagner leur vie en couvrant les mariages et les baptêmes. Il n'y a qu'une minorité d'artistes qui pense à mettre en valeur ses négatifs et qui se présente à plusieurs concours photographiques. La rivalité qui

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existait entre les « anciens » et la nouvelle génération est toujours présente. Certains photographes arpentent les rues à la recherche d'événements religieux et civils à photographier, tandis que d'autres ont commencé à penser leur travail comme un art et plus simplement comme un moyen de saisir la vie quotidienne. Cette volonté de se détacher des traditions engendre plusieurs difficultés pour un photographe contemporain Africain.

Tout d'abord, au niveau financier, une photographe malienne52 explique que, l'achat de matériels argentiques noirs et blancs et numériques coûtent excessivement chers et il y a peu de soutien. Un tirage numérique 10 x 15 coûte 5 fois plus cher qu'un tirage argentique. Les possibilités de financement sont faibles. Pour eux, la meilleure façon d'obtenir de l'argent c'est de participer à des festivals qui offrent des prix à certains artistes.

Au niveau social, le rapport avec la population est assez difficile dans le sens où les individus se rebellent à chaque fois qu'on les fixe dans l'objectif où ils leur demandent de l'argent. Pour illustrer nos propos, Pierrot Men53 explique que pendant sa résidence de deux semaines au Maric, en septembre 2007, il devait se cacher et déclencher son appareil photo sur le côté, sans avoir l'opportunité de viser et de travailler le cadrage. Il raconte que le contact avec la population Africaine a été difficile, contrairement à Madagascar où il a l'habitude de travailler avec une population qui pose spontanément.

Le dernier problème est la « non-reconnaissance » du statut professionnel de ces photographes. Nous pouvons citer à cet égard Harandane Dicko qui explique que « Ici je ne suis pas considéré comme un vrai photographe car les photographes ici ne pensent qu'au studio. Ils n'ont pas de culture photographique si bien qu'ils ne comprennent pas mon travail. »54 De même Adama Bamba dit que « La photo est un métier noble mais très difficile car, pour beaucoup de gens ici, un photographe ne mérite pas une certaine aisance. Nous ne sommes pas respectés. Et pourtant tout le monde se fait photographier du mendiant au

52 Entretien avec la Maison Africaine de la Photographie.

53 Entretien avec Afrique in Visu.

54 Entretien avec Afrique in Visu.

président. Nous sommes à la croisée de tous les chemins, nous rencontrons les gens les plus sérieux, des religieux, des prostitués É »55

Cette non-reconnaissance sociale dénote un profond décalage entre une population locale tournée vers des principes de représentation ancienne ou le photographe ambulant n'est pas un professionnel, puisque ce statut est destiné aux laboratoires de développement, et une minorité d'artiste qui cherche à s'instruire et obtenir des diplômes prouvant leur professionnalisme.

Conscients de ces problèmes, les organisateurs du festival, les dirigeants des ministères de la culture des pays africains, et les différentes associations qui ont été créées pour soutenir la production actuelle en photographie, cherchent aujourd'hui différents moyens de communication afin d'intégrer cet art contemporain auprès des populations.

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Cette réalité sociale nous montre que le chemin est encore long pour que l'art contemporain s'installe définitivement dans les mentalités Africaines. Cette différence observée dans la compréhension des oeuvres nous permet de révéler le retard de ces sociétés par rapport aux pays Occidentaux. Ce décalage devrait diminuer au fur et à mesure des années, c'est ce qu'espèrent les organisateurs des Rencontres.

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55 Entretien avec Afrique in Visu.

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