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Technique et esthétique des photographies de la 7ème édition du festival de la photographie contemporaine de Bamako

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par Mélanie BEREHOUC
Université Paris III Sorbonne nouvelle - Master 1 conception et direction de projets culturels 2009
  

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3. Urbi et Orbi12

À travers ce bref état des lieux, il convient de dire que nous ne pouvons pas analyser toutes les éditions du festival de la photographie africaine de Bamako.

Le but de ce mémoire est de traiter la question des usages sociaux de la photographie contemporaine en Afrique. Suivant notre analyse précédente sur les habitus des photographes des studios photo et du type de photographies produites, il semble intéressant d'analyser de nouvelles données, en se basant sur la dernière édition produite, c'est-à-dire celle de 2007, dont le sujet commun aux photographes était la ville et leur environnement.

Les images, ainsi réalisées et présentées au cours de cette édition, ont révélé les dynamiques actuelles des espaces urbains en même temps que les enjeux et les paradoxes que vivent les communautés qui les occupent. Car la ville apparaît, dans le contexte actuel de la mondialisation, comme un microcosme où se côtoient, dans des espaces différenciés, les images les plus contrastées du monde moderne. Lieu de concentration des biens de consommation, la ville peut être vue comme une aire de rencontres et de partage, mais aussi d'appropriation et d'exclusion, un espace d'expression de pouvoirs et de contre-pouvoirs, de créations et de récréations.

C'est sous cette problématique que les artistes ont proposé leurs photographies, mais aussi des installations vidéo, devenues partie intégrante de leur travaux. Nous trouvons intéressant de travailler sur ces oeuvres qui explorent un sujet longtemps étudié par les sociologues, puisque toute création contemporaine est générée par un contexte. Tout regard est informé par l'environnement dans lequel il s'exprime. Le chemin complexe qui suit une idée avant de se transformer en objet passe nécessairement par les rues, les murs, les stands, les programmes télévision, etc. Tout ceci va attiser une atmosphère particulière qui a touché les artistes à la marche du monde. Elle va également participer à l'éclosion et à la maturité de la création artistique et cela détermine, d'une manière ou d'une autre, la forme de l'oeuvre.

12 Expression désignant le thème des 7ème rencontres de Bamako.

Urbi = Urbs en latin, qui désigne la ville et Orbi = orbis dont la traduction littérale est cercle. Dans un sens étymologique, l'expression désignerait plutôt un centre et sa périphérie.

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***

Cette phase que les spécialistes nomment la « période bamakoise » semble convenir à une étude sociologique dont le but est de découvrir de nouveaux types de représentations, et au delà, de révéler un nouvel espace social et économique africain. En effet, si on prend en considération qu'une nouvelle génération d'artiste est apparue, il semble intéressant d'analyser leur profil professionnel ainsi que leur habitus au niveau de leur production.

Si la photographie de studio a été le reflet de la transformation de l'espace social et économique en Afrique dans les années 1940, cette nouvelle ère esthétique devrait nous apporter de nouveaux éléments sur le panorama culturel et social africain aujourd'hui.

De plus, le thème des photographies étant la ville et les périphéries, nous permettra de faire un constat sur les progrès réalisés en termes de développement urbain, souvent considéré comme un signe de progrès social et de modernité.

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TRANSITION

Comme nous venons de le voir, la photographie en Afrique a longtemps été sous le contrôle des sociétés occidentales qui souhaitaient exposer leur puissance coloniale. Cependant, l'Afrique va rapidement trouver sa propre voie et son propre moyen de représentation, indépendamment des occidentaux, afin d'affirmer un changement social et économique.

Dans ce contexte, nous comprenons mieux la citation de Jean-Bernard Ouédraogo « la transformation des sociétés africaines induit une profonde individualisation, en fait, un processus de recomposition des relations sociales qui se reflètent sur l'espace photographique entier. La photographie devient ainsi un espace réfléchissant de dynamique des valeurs ». En effet, le colonialisme a bouleversé l'ordre social en introduisant l'individualisation de chaque homme et femme en Afrique et cette évolution sociale va se traduire dans la photographie sous la forme de code technique et esthétique que les studiotistes vont inventer. La dynamique des valeurs est dès lors traduite par la position des corps, les décors, la lumière, etc.

Les studios photo sont apparus parce qu'ils répondaient aux besoins d'une société et d'individus souhaitant s'affirmer et se détacher des traditions anciennes. Pendant plusieurs années, ce mode de représentation codifié a suffi aux sociétés africaines jusqu'à ce que la modernité s'accentue et apparaisse dans une nouvelle génération de photographes qui a développé un nouveau système de représentation que les spécialistes qualifient de « contemporain ».

Notre but dans cette deuxième partie sera d'analyser les photographes de cette période, ainsi que leur production. Ces analyses nous conduiront à trouver leur « habitus » que nous pourront comparer avec celle des photographes de studio et ainsi comprendre l'avancée esthétique et technique de cette nouvelle génération.

Naturellement, l'analyse de ces données nous permettra de comprendre la transformation des sociétés africaines puisque une photographie est une trace réelle, visible,

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éphémère, qui permet de révéler les techniques d'un groupe ou d'un individu. En tentant de déchiffrer ces productions artistiques, nous comprendrons la société puisque chaque photographie est composée d'un mélange d'éléments réels qui peuvent être analysés par le sociologue.

Nous pensons que l'analyse des photographies et des professionnels va apporter une nouvelle nuance dans ce panorama culturel. Il sera intéressant de voir par la suite, si nous serons tentés de placer les photographes africains aux côtés des plus grands du monde et cesser de parler de photographie africaine mais plutôt de photographie produite en Afrique.

« Les photographes comme les autres artistes, comme les intellectuels, jouent un rôle dans la société. Ils inventent leur vocabulaire. Ils rêvent ou dénoncent la vérité au quotidien. »

George Vercheval13

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13 Afriques, Musée de la photographie à Charleroi, (sous la direction de) George Vercheval, 1999, p.6

CHAPITRE 2

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Dans cette seconde partie, nous allons analyser les producteurs et leurs oeuvres en trois

temps.

Tout d'abord, nous allons nous intéresser à l'évolution historique et sociale de l'Afrique à partir des années 80. Cette période marque, en effet, une rupture dans la société, ce qui va bouleverser les traditions photographiques. La modernité occidentale va introduire la rentabilité économique et le machinisme, entre autre, qui vont modifier le travail des photographes des studios photo. Ceux-ci vont devoir s'adapter au nouveau mode de production et c'est ainsi que nous allons voir apparaître une nouvelle génération de photographes que les spécialistes de l'art vont qualifier de « contemporains ».

Afin d'analyser cette jeune génération d'artistes, nous avons travaillé sur le catalogue de l'exposition des 7ème rencontre de Bamako14. Nous avons choisi d'étudier les 37 artistes principaux, représentant quatre catégories ; les 25 artistes sélectionnés par le jury artistique du festival qui ont reçu des prix, les 9 artistes de la catégorie « Nouvelle image » qui ont travaillé sur la vidéo, les oeuvres de Samuel Fosso dont sa monographie a été mise à l'honneur et 2 photographes décédés pour lesquels le festival a souhaité leur rendre un hommage. Après avoir travaillé sur les données que nous a offert le catalogue, nous avons complété nos analyses avec des interviews d'artistes, tirées du site Afrique in visu15. Toutes les données ont été répertoriées dans deux tableaux, un concernant les photographes et leurs parcours professionnels et un autre sur leurs oeuvres.

14 VIIes Rencontres Africaines de la Photographie - Bamako 2007, dans la ville et au-delà, 2007.

15 Afrique in visu est la première plateforme d'échanges autour du métier de photographe en Afrique. Le site a été initié en octobre 2006 au Mali. Après l'ouverture d'une cellule d'expérimentation du projet au Mali et au Maroc, l'équipe d'Afrique in visu étend son action sur l'ensemble du continent en particulier en République du Congo, République Démocratique du Congo, Côte d'Ivoire, Tunisie ...

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Notre méthode de travail a été d'analyser, dans un premier temps, les photographes afin de dresser leur profil personnel et professionnel. Nous souhaitons ainsi démontrer l'évolution de la personnalité de ces artistes que nous allons pouvoir comparer aux recherches de Jean-Bernard Ouédraogo, qui a travaillé sur les photographes des studios photo du Burkina Fasso et leur production. Ces recherches sont en effet très précieuses pour nous car, elles nous permettent d'avoir des données chiffrées sur le profil des studiotistes et leur « habitus » de travail. Ainsi, nous pourrons mieux analyser les différences qui existent entre les deux générations.

Dans un second temps, nous nous intéresserons à leur production. Nous avons centré nos analyses sur les techniques utilisées et leur vision esthétique. Comme nous l'avons vu, les photographies des studios photo étaient régies par les mêmes codes techniques et esthétiques. Cependant, l'apparition de l'individualisation a provoqué l'éclatement social et chaque individu est devenu un sujet social conscient qui va développer sa propre vision esthétique et sa technique de travail. Nous tenterons ainsi de démontrer que les photographies Africaines d'aujourd'hui ne peuvent plus être considérées comme un tout homogène mais une production hétérogène que nous pouvons comprendre par l'analyse personnelle de chaque artiste.

Ces deux analyses couplées seront nécessaires pour mieux comprendre les relations sociales entre l'artiste et son environnement humain d'une part, et l'artiste et les moyens de production d'autre part.

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