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Technique et esthétique des photographies de la 7ème édition du festival de la photographie contemporaine de Bamako

( Télécharger le fichier original )
par Mélanie BEREHOUC
Université Paris III Sorbonne nouvelle - Master 1 conception et direction de projets culturels 2009
  

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B) Nouveau visage, nouveau regard

Toute photographie suppose deux choses :

- une mise en phase (préparation de l'espace), - un regard qui coordonne.

En effet, l'activité photographique dévoile la personnalité du photographe, puisque toute photographie est subjective, dans le sens où, elle est préparée consciemment par l'artiste. De ce fait, il semble nécessaire d'analyser leur parcours professionnel afin de pouvoir retracer la « carte d'identité » de cette nouvelle génération d'artiste.

Dans le but d'être le plus précis possible, nous rappelons que les données sont basées sur l'étude de 37 artistes répartis comme suit :

- 26 artistes dans la catégorie « Sélection du jury artistique »

- 8 artistes dans la catégorie « Nouvelles images »

- 1 artiste dans la catégorie « Monographie »

- 2 artistes dans la catégorie « Hommages »

Ces 37 individus sont les principaux représentants de la 7ème Rencontre du festival de Bamako.

24%

Sexe

76%

Homme Femme

Dans un premier temps, nous nous sommes intéressés au sexe et à l'âge des artistes. Il s'avère que 76% sont des hommes, contre 24% de femmes. La présence des femmes dans la sélection est un marqueur de modernité puisque dans toutes recherches et lectures que nous avons pu effectuer sur les photographes africains, il a

toujours été question d'hommes.

35

Malheureusement, aucune analyse n'a été effectuée sur le sujet, par conséquent, nous ne pouvons pas proposer de donnée chiffrée afin de comparer et d'appuyer notre constat.

36

Néanmoins, il est important de signaler qu'environ un quart des participants représentés est reconnus au festival sont des femmes.

De même, d'après nos analyses, cette nouvelle génération d'artistes est relativement

jeune, pour la plupart (32%) elle se situe entre 30 et 35 ans. Cela signifie qu'elle a connu les transformations au niveau de la société et de la pratique photographique et qu'ils ont réussi à renouveler ses travaux et à trouver sa place dans le nouveau panorama culturel. Néanmoins, on notera une présence relativement importante des 35/40 ans, à hauteur de 22%, 14% ont entre 40 et 45 ans, et les artistes de 45 et plus représentent 24%. Par rapport aux tranches

24%

14%

5%

3%

22%

Age

32%

25 - 30 30 - 35 35 - 40 40 - 45 45 + Décédé

d'âges, ces artistes sont, en réalité, les anciens apprentis des studios photo. D'ailleurs, après la lecture des interviews ou biographies, on s'aperçoit qu'environ 75% de ces artistes ont travaillé dans un studio photo et dans certains cas, en possèdent encore.

Ces données illustrent parfaitement nos propos, sont la réorientation des studiotistes, qui après les années 1980, sont obligés de travailler indépendamment et de suivre dans un système social où l'argent et la rentabilité économique régissent le travail.

Seul 3% représentent la catégorie la plus jeune (25/30 ans). Cette différence qui existe avec les autres données s'explique par les formations souvent universitaires que les jeunes artistes suivent aujourd'hui, avant de devenir professionnel. En effet, comme nous l'avons déjà expliquer dans le premier chapitre, les Africains optaient pour ce métier par défaut et ne souhaitaient pas avoir la qualification d'artistes, qui était souvent associée au titre d'expert professionnel.

37

Afin de mieux évaluer la différence et l'évolution du statut de ces artistes, nous proposons de regarder quelques chiffres tirés des recherches Jean-Bernard Ouédraogo sur les les photographies de studio au Burkina Faso 22. En effet, son étude traitant de la question des usages sociaux de la photographie de studio en Afrique, peut nous aider dans la compréhension de nos données actuelles. Sa méthode a été de questionner 19 studios au Burkina Faso et de construire des interviews approfondies des studiotistes afin de pouvoir : - proposer une articulation entre économie, technique, esthétique et la photographie de studio, vues comme révélateur de la société.

- analyser la production d'oeuvres et sa réception en cherchant sa source dans le social,

- tenter de comprendre et d'expliquer comment par l'image et dans l'image une société se construit, se pense et se transforme.

Cet ouvrage étant assez proche de nos actuelles recherches, nous pouvons extraire quelques données sociologiques afin de mieux comprendre nos propres données.

De ce fait, selon les analyses de Jean-Bernard Ouédraogo, dans la plupart des cas, c'était l'origine sociale qui était décisive, au détriment d'un choix personnel ou de l'école. A 77% des cas, le recrutement de l'apprenti dans les studios photo se faisait par voie familiale (frères), contre 9% de relations professionnelles. A l'époque, le parcours scolaire n'était pas fréquent chez les apprentis :

- environ 37,7% étaient analphabètes

- 89,74% sont allés à l'école (attention ce chiffre s'explique parce que le métier d'apprentis était considéré comme une technique d'apprentissage scolaire)

- 5,12% ont suivi le parcours scolaire jusqu'à l'université

Ces informations sont révélatrices d'un mode de fonctionnement ancien, où l'apprentissage d'un travail très jeune, prime sur un parcours scolaire, voir universitaire. Comme nous l'avons expliqué auparavant, le métier de photographe n'était pas reconnu. La création du festival de Bamako a bouleversé ce statut en apportant une reconnaissance et une valorisation du métier de photographe. De ce fait, pour devenir photographe, les Africains vont dorénavant devoir étudier. En effet, selon nos analyses sur les 37 individus, environ 76% d'entres eux ont obtenu un diplôme universitaire contre 24% qui se prétendent autodidactes.

22 Jean-Bernard Ouédraogo, 2002, p.103.

38

Le premier constat à noter, c'est qu'il existe une multitude de formations qui sont principalement artistiques. En effet, la majorité des artistes (30%) ont suivi une formation liée aux Beaux-Arts. En deuxième position, à hauteur de 14%, on retrouve les formations en photographie, ainsi que les formations en stage, souvent exercées auprès d'agence de presse et de studios photo qui vont leur permettre d'apprendre la photographie sur le terrain. Avec 5%, on retrouve en troisième position les diplômes universitaires en lettre et sciences humaines, communication et journalisme, ainsi que économie et finance. On notera, pour finir, les formations en danse avec 3%.

Diplôme

Licence Lettre / Sciences Humaines

Formation en photographie

Formation en danse

Journalisme / Communication Beaux-arts

Finance / Économie Formation en stage Autodidacte

5%

3%

5%

24%

14%

14%

30%

5%

Ces résultats nous montrent plusieurs choses :

- contrairement aux photographes de studios, cette nouvelle génération est dotée de formations et diplômes universitaires (ce qui explique le chiffre de 3% d'artistes ayant entre 25 et 30 ans puisqu'ils font des études longues),

- la formation en photographie n'est pas la principale voie d'étude que les artistes ont choisie,

- ils restent une part importante de formation liée au terrain, ainsi que l'apprentissage seul qui intervient en deuxième position,

- les études sont principalement artistiques.

39

Ces analyses nous montrent que le métier de photographe s'est professionnalisé en Afrique. Comme nous l'avons expliqué auparavant, il n'y avait pas professionnalisation de ce métier. La modernité du système social a introduit la stabilité professionnelle avec les diplômes et les formations d'artistes. Le statut individuel est définitivement installé et les artistes cherchent leur place dans le nouveau système social moderne. Nous avons en Afrique des acteurs sociaux conscients.

La modernité a également apporté un nouveau phénomène en Afrique, qui est la mobilité de la population. En effet, l'ouverture vers l'international va permettre aux artistes de voyager et de suivre leur formation en Europe notamment. Ainsi, on notera que 22% des formations ont été suivies en Europe. Néanmoins, les photographes de la biennale sont 40% à avoir obtenu leur diplôme en Afrique. Ce chiffre montre que l'Afrique a su investir dans des centres de recherches et de formations modernes, à l'instar de l'Europe. Ce progrès dans les institutions favorise l'ouverture vers le monde international et par conséquent, offre la possibilité aux artistes d'étudier et de prendre conscience des travaux d'autres artistes. Environ 8% des artistes ont suivi une double formation, une en Afrique et une en Europe. Une autre donnée est révélatrice de cette mobilité artistique : environ 25% de ces individus vivent aujourd'hui en Europe et principalement sur Paris.

Cette mobilité artistique va propulser les artistes africains sur la scène internationale et bouleverser leur rythme professionnel en leur permettant de participer à de nombreuses expositions. Environ 11% d'entres eux ont participé à des expositions uniquement en Afrique, contre 16% qui ont participé aux expositions uniquement internationales. En parallèle, on notera que 57% des artistes ont participé aux deux types d'expositions. Ce qui montre, encore une fois, la présence de plus en plus importante des artistes africains dans le panorama culturel international. Seulement 16% n'ont pas encore exposé.

Cette popularité naissante va provoquer deux choses :

- 100% des artistes ont écrit ou participé à l'élaboration d'ouvrages de types bibliographique ou historique,

- 43% ont déjà été récompensés par un prix national ou international.

40

***

Comme nous venons de le constater, les photographes africains d'aujourd'hui présentent de grandes différences avec la génération des studiotistes. Si on compare les données, voici ce qui les caractérise aujourd'hui :

- la liberté individuelle permet de choisir le métier de photographe par passion et non plus par contrainte,

- les études et diplômes sont primordiales afin de réussir dans ce domaine,

- ils sont mobiles et ouverts vers l'international,

- ils exposent leur oeuvre en dehors du continent et ont intégré le panorama culturel mondial.

Nous sommes par conséquent en présence d'un nouveau visage d'artiste, qui grâce à l'apparition de structures culturelles, tels que le festival de Bamako, va permettre aux photographes de créer et d'exister. Le métier s'est donc professionnalisé.

Compte tenu de ces différences entre les deux générations, il semble important maintenant d'étudier leur production et de voir si, en terme de technique et d'esthétisme, nous noterons de telles différences.

6%

21%

Thèmes des photographies

4%

41%

4%

12%

12%

Ville

Urbain - Site industriel Urbain - Bâtiments Urbain - Individus Rural - Paysage Rural - Individus Photos Studio

41

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