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Technique et esthétique des photographies de la 7ème édition du festival de la photographie contemporaine de Bamako

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par Mélanie BEREHOUC
Université Paris III Sorbonne nouvelle - Master 1 conception et direction de projets culturels 2009
  

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C) Technique et esthétique

Dans ce contexte d'éclatement artistique et de modernité, nous devons déterminer s'il existe des « habitus » au niveau technique et esthétique de ces artistes contemporains. En se différenciant du parcours « non-professionnel » des photographes de studios, on peut penser que la technique et l'esthétisme ont changé. En effet, la perception du monde n'est plus la même, ces nouveaux artistes sont amenés à explorer de nouveaux horizons et à enrichir leur expérience sociale personnelle.

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1. Archive de l'espace et du temps

D'un point de vue général, nos données se basent toujours sur les 37 artistes précédents et leurs 144 photographies proposées sous 49 thèmes. Après avoir répertorié les photographies, nous avons étudié chaque thème abordé par les photographes qui tourne autour de la ville et des périphéries (puisque nous le rappelons, le thème d'étude de cette 7ème édition du festival portait sur la vision que l'artiste a des villes et de ses alentours). Une photographie délimite toujours un espace, qui soit urbain ou rural, et se positionne dans un axe spatial qui englobe la ville ou la campagne.

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Ainsi, après une première lecture, nous pouvons constater que chaque artiste a abordé le thème global avec beaucoup de différence. En effet, les sujets sont variés et portent principalement sur le monde urbain. Environ 69% des photographies retenues nous offrent une vision de la ville contre 27% qui représentent sur le monde rural. Les 4% restants correspondent aux photographies de Samuel Fosso23 prises dans un studio photo.

Parmi les photographies portant sur le milieu urbain, on peut différencier plusieurs catégories : les photographies présentant la ville en général (environ 12%), les sites industriels (4%), les photographies des bâtiments (12%) et les citadins (41%). On peut constater que les photographes se sont davantage focalisés sur les individus que sur les autres sujets que peut offrir la ville. Ceci dit, il faut relativiser ce chiffre puisque dans chaque photographie dont le sujet principal est l'homme, nous pouvons voir des détails de la ville en arrière plan. En ce qui concerne les photographies rurales, le sujet principal est également l'homme (environ 21%) contre 6% de photographies portant exclusivement sur le paysage rural.

Ces premiers chiffres nous permettent de constater deux choses :

- les photographes ont chacun leur propre vision artistique et abordent le thème de la ville et des périphéries de façon différente,

- l'espace photographié est complexe et nous offre plusieurs éléments à analyser et comprendre.

Sans revenir sur les photographies de studio, nous sommes contraints de constater que ces photographies marquent une rupture avec les précédentes. Premièrement, hormis les clichés de Samuel Fosso, elles sont toutes prises à l'extérieur. Cette différence montre bien le changement de mentalité dans la recherche esthétique et technique. La vision ancienne qui privilégie la tradition, la composition, la place de l'individu, les costumes, etc. n'est plus le critère recherché par la nouvelle génération.

À cause de leur passé et leurs expériences professionnelles, nous avons des sujets sociaux conscients qui ont leur propre vision du monde et qui cherchent à l'exploiter avec de nouvelles techniques et une sensibilité artistique qui leur est propre. Par conséquent, les

23 Samuel Fosso est né en 1962 au Cameroun.

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photographies présentées sont très différentes les unes des autres. Néanmoins, on notera qu'à 96%, elles représentent les villes ou campagnes du présent contre 4% qui sont tournées vers le passé. Ces chiffres ne sont pas étonnants quand on sait que les quatre premières éditions du festival avaient pour but de faire le bilan sur la création africaine depuis quelques années. Aujourd'hui, les éditions ne sont plus tournées vers le passé mais le présent et l'avenir. Ainsi, le visage urbain et rural de l'Afrique étant en pleine mutation, les photographes ont photographié ce qu'ils voyaient sans chercher à analyser le passé.

C'est pourquoi la plupart des photographies sont réalistes. En effet, environ 90% des clichés représentent la réalité des villes ou des campagnes. Seulement 10% des photographies sont empreintes à la fois d'éléments réels et abstraits. Ces chiffres nous révèlent l'orientation esthétique des photographes. En effet, en considérant que chaque photographie est une « archive de l'espace »24 urbain ou rural, cela suppose que les photographes ont pour volonté de garder ou de sauvegarder des monuments, des lieux, des paysages, des individus, etc. afin que le souvenir perdure à la destruction du temps.

À partir de ces critères, les photographies du festival de Bamako ne répondent pas uniquement qu'à des critères esthétiques, mais bien plus, elles sont comme des archives documentaires du continent, des villes, des gens, des costumes, etc. Néanmoins, la photographie documentaire n'est jamais perçue uniquement comme archive documentaire. Sa production et sa réception se fondent à une appartenance à plusieurs registres de signification à différents critères de définition de l'événement.

24 Terme inventé par Pierre-Louis Spadone dans l'introduction sa thèse, Une traversée de l'espace urbain : la Paris Humaniste de la photographie, décembre 1995. Pour lui, une photographie se présente comme un ensemble complexe de signification. C'est cet ensemble qu'il convient étudier, pour saisir le sens d'une composition photographique et qu'il définit en termes d'espace photographique de l'archive.

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