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Perceptions, espaces urbains et gestion des ordures ménagères à  N'Djaména au Tchad

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par Emmanuel Ngueyanouba
Université catholique d'Afrique Centrale - Maà®trise en sciences sociales- socio- anthropologie 2005
  

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I. PERCEPTION, REPRESENTATIONS, ESPACES URBAINS ET NOTIONS QUI S'Y RAPPORTENT

1.1. PERCEPTION ET REPRESENTATIONS.

1.1.1. La perception

La perception est un concept que l'on rattache volontiers à la psychologie et dans une certaine mesure, à la philosophie. Et dans ces deux sciences, le concept de perception désigne en général des sensations interprétées. C'est par nos cinq sens que nous percevons le monde environnant.

Pour la psychologie, la perception est précisément le processus par lequel les stimulations sensorielles sont interprétées. Ce processus consiste effectivement à transformer les messages sensoriels en les rendant compréhensibles, connus par la personne qui perçoit. Piaget dira d'ailleurs que «la perception est la connaissance que nous prenons des objets, ou de leurs mouvements par contact direct » (Georges Thirès , 1985 : 203). Elle remplit donc une fonction essentiellement cognitive. C'est dire que c'est par la perception que nous acquérons des connaissances du monde extérieur. Il convient de noter qu'il y a deux catégories de facteurs qui gouvernent l'activité perceptive :

- la première est constituée par les facteurs objectifs, c'est-à-dire extérieurs à l'individu qui perçoit. Il s'agit en fait des caractéristiques de l'objet perçu, ses mesures, sa forme, ses couleurs, son goût etc. ;

- la deuxième catégorie de facteurs est constituée des éléments subjectifs qui tiennent à la culture, à la personnalité, aux valeurs personnelles ... des individus. A titre d'exemple, lorsque nous voyons trois points non alignés, nous y percevons volontiers un triangle quand bien même ces points ne seraient pas reliés entre eux. Bref, quand un objet est perçu, il est représenté sous une forme donnée par le sujet qui perçoit. Il lui donne forme. C'est donc à la dimension représentative de la perception que nous nous intéresserons particulièrement. Qu'est-ce alors une représentation ?

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1.1.2. Représentations.

Comme le constate Gilles Ferréol (2002 : 190) « le concept de représentation occupe aujourd'hui une place grandissante dans de nombreuses disciplines (Sociologie, psychologie, psychologie sociale, science politique...) ». Il est presque à la mode dans les recherches sociales. Et c'est peut-être parce que c'est un concept particulièrement savant qu'il est si souvent sollicité comme objet de recherche. Dans ce travail, nous nous intéressons aux représentations non pas par effet de mode ni parce que le concept nous séduit. La séduction du concept aurait pourtant bien pu justifier un intérêt pour son étude. Aristote, en son temps déjà avait remarqué que c'est l' « émerveillement qui poussa l'homme à philosopher ». Mais notre intérêt pour l'étude des représentations vient plutôt de ce qu'il est impossible de saisir la perception des espaces publics et privés et des ordures ménagères sans déterminer les représentations que les individus s'en font. Mais une fois de plus qu'est-ce qu'une représentation ?

De façon élémentaire, le Petit Larousse définit la représentation comme étant « l'action de rendre sensible quelque chose au moyen d'une figure, d'un symbole, d'un signe ». Selon Denise Jodelet (1989, 37), « Représenter ou se représenter un objet correspond à un acte de pensée par lequel un sujet se rapporte à un objet. Celui-ci peut-être aussi bien une personne, une chose, un évènement matériel, psychique ou social, un phénomène naturel, une idée, une théorie, etc. (...) » Il n'y a pas de représentation sans objet. L'acte de représentation suppose d'abord un sujet et un objet qui est généralement absent mais qui est rendu présent. C'est le cas de la représentation théâtrale.

« En philosophie comme en psychologie génétique, la représentation est l'une des formes de l'activité symbolique visant à rendre présent un objet absent (...) La représentation devient une manière de conserver certaines parties de l'information contenue dans des entités originales, dans la perspective d'une utilisation différée (Gilles Ferréol, 2002 : 190). Mais comment la sélection de ces informations se fait-elle, à quoi obéit-elle ? De plus, comme se demande Ferréol, y a-t-il une distinction radicale entre l'objet et sa représentation ? Et dans le cas contraire qu'est-ce qui explique cette distinction entre un objet et sa représentation, entre une institution et sa représentation par exemple ?

Dans la perspective psychologique, la représentation est très souvent confondue à la perception, aux images mentales dont le contenu se rapporte à un objet, à une situation à une

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scène, etc., du monde dans lequel vit le sujet. Il existe différents types de représentations. Ferréol note que « les représentations sociales (par exemple) se présentent d'abord sous une grande diversité phénoménale : image du réel, croyances, valeur, systèmes de références et théories du social coexistent le plus souvent » (Gilles Ferréol, 2002 : 189).

Mais si nous admettons avec Jodelet (1989 :37) que les représentations sociales sont « une forme de connaissance socialement élaborée et partagée ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un ensemble social », nous dirons que les représentations des espaces urbains consisteront soit dans leur définition fonctionnelle et formelle, soit dans celle forgée par le sens commun, soit enfin les deux cas réunis.

1.1..2.1. ESPACES, REPRESENTATIONS ET CONDUITES

Il convient ici de faire une exploration des travaux portant sur les représentations et de voir ses interactions avec l'espace de vie des individus.

De l'avis de Jean-Claude Abric (1994:17), les représentations sociales remplissent plusieurs fonctions. Parmi ces fonctions il y a les fonctions d'orientations et les fonctions justificatrices des actions des individus.

Les fonctions d'orientation sont celles qui guident les comportements et les pratiques. A cet effet il soutient que « la représentation intervient directement dans la définition de la finalité de la situation déterminant a priori le type de relations pertinentes pour le sujet mais aussi éventuellement, dans des situations où une tâche est à effectuer, le type de démarche cognitive qui va être adopté. » Jean-Claude Abric (idem)

Il relève également que la représentation remplit des fonctions justificatrices des actions des individus. Ici l'action de représentation se situe en aval du comportement des individus. En effet, les représentations permettent aux acteurs « d'expliquer et de justifier leurs conduites dans une situation ou à l'égard de leurs partenaires. » Ainsi, peut-on dire que les représentations de l'espace urbain peuvent-elles justifier et/ou expliquer les usages que les individus en font.

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Par notre représentation de l'espace, nous l'organisons et lui attribuons des fonctions précises. Ce qui détermine de facto les comportements des individus vis-à-vis de lui. Selon E.T. Hall (1966 :130-170), « «l'espace à organisation fixe» constitue l'un des cadres fondamentaux de l'activité des individus. Il cite comme espace à organisation fixe les bâtiments construits ou encore l'intérieur d'une maison occidentale.

Pour ce qui concerne l'organisation de l'intérieur de la maison occidentale, E.T.Hall (1978, 176) montre qu'on trouve « des pièces particulières correspondant à des fonctions particulières telles que la préparation de la nourriture [la cuisine], la consommation des repas [salles à manger], la réception et les activités sociales, le repos et le sommeil, la procréation et même l'hygiène ». Il pense que cette organisation et la disposition intérieure actuelle de la maison occidentale - « considérée par les Européens et les Américains et aujourd'hui par les Africains comme allant de soi » - est une acquisition récente.

En effet, il rapporte de Philippe Ariès12 que jusqu'au XVIIIe siècle les pièces n'avaient pas de fonctions fixes dans les maisons européennes. Il s'explique : « les membres de la famille ne pouvaient pas s'isoler comme il le font aujourd'hui. Il n'existe pas d'espaces privés ou spécialisés. Les personnes étrangères à la maison allaient et venaient à leur gré, tandis que les lits ou les tables étaient dressés ou enlevés selon l'humeur ou l'appétit des occupants. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que la structure de la maison a changé. Et on a commencé à distinguer la chambre de la salle » (E.T.Hall, 1978 : 176). Antoine Prost (1987 : 62) rapporte que c'est au début du 20 e siècle que « l'ensemble de la population française a conquis l'espace domestique nécessaire au développement de la vie privée. » C'est à ce moment qu'apparaît la compartimentation des habitations au départ dans les ménages bourgeois. Il écrit que ceux-ci « avaient de la place : des pièces de réception, une cuisine et ses annexes pour la ou les domestique(s), une chambre pour chacun des membres de la famille, et souvent encore quelques pièces. Une entrée, des couloirs assuraient l'indépendance de ces divers espaces » (Antoine Prost, 1987 : 62). Les ménages des ouvriers par contre ne disposaient en général que d'une seule chambre pendant longtemps.

L'Anglais introduit non seulement une distinction précise des espaces intérieures désormais fixes des maisons mais encore désigne ces espaces par des noms comportant leur fonction. Ainsi on aura par exemple Bedroom littéralement « salle du lit » qui est la chambre ( à coucher) de nuit ; dining-room, la salle à manger, etc.

12Dans : L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime

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La conclusion que nous tirons avec E. T. Hall est qu'à partir de ce moment de nouveaux comportements se structurent et se déploient suivant la logique des fonctions attribuées à chaque espace. En est-il de même pour les espaces urbains qui remplissent chacun une fonction précise dans la ville ? L'article de Stéphane Tessier (1999 : 311-324), Marginalisation de l'enfant et espace public urbain est une sorte de démonstration de cette conclusion.

Stéphane Tessier en effet, fait une démonstration des usages de l'espace et montre que ceux-ci peuvent varier par affectation de nouvelles fonctions. Il pose d'abord que l'espace public ne peut faire l'objet d'appropriation privée ; « la collectivité autorise une appropriation temporaire de cet espace dans un cadre fonctionnel parfaitement défini en théorie. La ville moderne centre sur la circulation et l'échange, l'usage de l'espace dont elle consent le partage. L'appropriation peut durer quelques minutes ou quelques secondes, selon le mode de transport utilisé (ou la durée d'attente du bus ou du taxi). Mais c'est aussi le lieu anonyme de circulation collective des marchandises, des personnes, et de l'évacuation des déchets partagés. C'est par la qualité de cette fonction excrétoire collective que l'espace public urbain gagne son identité. On dit d'une ville qu'elle est sale ou propre» (Stéphane Tessier, 1999 : 316).

Les fonctions des espaces publics urbains sont bien définies mais la logique de leurs usages varie dans le temps. « Un marché n'a d'usage public que dans la journée, la nuit, il pourra faire l'objet d'autres usages. Une place pourra être désertée par les véhicules la nuit, et servir d'abri ou de lieu de rendez-vous. » Dans les carrefours des rues, le passage au rouge qui crée l'immobilisation du flot des véhicules « transforme instantanément ce lieu en marché ou prédomine l'échange économique entre le véhicule détenteur de pouvoir d'achat et l'enfant vendeur. Dés que le flot s'immobilise l'usage de circulation cède la place à celui d'échange. Ce détournement d'usage de l'espace public, détournement au sens où il n'était pas prévu par les planificateurs, crée un interstice spatio-temporel. » L'auteur montre que l'enfant des rues essaie de survivre en transformant l'espace de circulation urbaine en espace d'échange. Il y a donc attribution de nouvelles fonctions à l'espace, non pas au sens mertonien car cette fonction n'est pas latente ou secondaire. Il y a dédoublement conscient de fonction pendant un moment précis de l'espace public urbain. Mais on peut également passer de l'espace public à « l'espace privé particularisé du fait de l'usage pratique quotidien de cet espace » suivant un processus d'appropriation de l'espace tel que le montre bien Pierre Mayol (1994 :18).

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