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Les ONG locales de développement et la question de pérennisation de leurs acquis dans la préfecture de Kankan ( Guinée).

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par Mamadou Sounoussy DIALLO
Université de Kankan ( Guinée) - Master II recherche en sociologie 2012
  

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SECTION II. CADRE THEORIQUE

2.1. Théorie du développement local

Le développement local est un processus de diversification et d'enrichissement des activités économiques et sociales sur un territoire d'échelle locale à partir de la mobilisation et de la coordination de ses ressources matérielles et immatérielles. Cette notion désigne à la fois une posture vis-à-vis de la question du développement, une méthode pour le développement des territoires locaux ainsi qu'un cadre d'analyse de ses ressorts.

Ainsi, la notion de développement local apparaît en France au moment où, dans les années 1970, certains acteurs prennent conscience que leurs n'ont pas bénéficié des grands courants du développement économique de l'après-guerre. Pour eux, il s'agit alors de s'extraire de lois macro-économiques et d'orienter leur destin selon des décisions prises localement avec pour objectif de mobiliser les potentialités et les ressources de groupes sociaux et de communautés locales, afin d'en tirer un bénéfice social et économique, en premier lieu pour les groupes en question. Dans ce sens, le développement local correspond à une critique du fonctionnement économique en faisant le constat que toutes les collectivités humaines, tous les territoires, ne pourront pas remplir les conditions d'une intégration à un fonctionnement économique national et, à plus forte raison, mondial.

C'est ainsi que l'approche en termes de développement local conduit à considérer que le développement ne découle pas seulement de la valeur économique des activités et qu'il ne relève pas seulement des systèmes organisés de production et des institutions centralisées mais est aussi lié à de petites initiatives localisées, à la mobilisation de la population locale autour de projets utilisant des ressources locales. Pour certains, cette approche s'inscrit dans une perspective humaniste qui considère que l'Homme doit être replacé au centre du fonctionnement économique. Partant les tenants de cette approche considèrent que le développement ne correspond pas seulement à la progression exponentielle des biens et des services produits mais doit aussi permettre la prise en compte des besoins immatériels, sociaux, culturels et psychologiques des personnes considérées à l'échelle de leur lieu de vie.

D'un point de vue opérationnel, le développement local s'appuie sur des méthodes qui mobilisent généralement trois principaux éléments :
  l'élaboration d'outils de production d'informations et de connaissances afin d'identifier les ressources du territoire ; (ex : diagnostic de territoire)
  la mise en place d'outils de concertation, de mobilisation et de coopération entre acteurs visant à valoriser les ressources en question et, si nécessaire, à en développer de nouvelles ; (ex : forums, groupes de travail, etc.)
  l'élaboration et la mise en oeuvre de projets grâce à un système plus ou moins formalisé de gestion et de prise de décisions.

Cependant, alors que le développement local relève d'une posture de nature politique dont découlent méthodes et actions, certains travaux scientifiques, en économie et en géographie, permettent de justifier cette approche d'un point de vue théorique.

En économie, le concept de district industriel forgé par l'économiste britannique MARSHALL à la fin du XIX siècle peut être considéré comme une base théorique pour le développement local. En effet, ce concept qualifie la présence, au sein d'un territoire de petite taille, d'une gamme de petites et moyennes entreprises organisées autour d'un métier industriel, voire de plusieurs métiers, dont le développement dépend des fortes relations qu'elles entretiennent entre elles et avec les communautés locales.

L'intensité de ces relations s'explique par le partage d'une culture commune des relations économiques et sociales considérée comme une ressource propre au territoire. Dans les années 1970, ce concept a été utilisé par des économistes italiens (ex : G.Becattini) pour décrire l'organisation industrielle de la Troisième Italie (Italie du Centre et du Nord-Est). En France, cette analyse a suscité l'intérêt de certains économistes qui ont proposé la notion de « systèmes industriels localisés » pour décrire l'organisation économique de territoires comme le Choletais (textile). Afin d'élargir le champ de l'analyse aux autres secteurs économiques, ils ont ultérieurement proposé la notion de « système productif localisé ».

En géographie, c'est la notion de « milieu innovateur » qui peut constituer une base théorique pour le développement local. Il existerait des « milieux » plus ou moins propices au développement selon la nature des relations que les entreprises entretiennent avec leur territoire d'insertion. Un « milieu innovateur » est celui où les entreprises développent des réseaux d'échanges et de coopérations et mobilisent les ressources humaines et matérielles de leur territoire. Ainsi, la notion de « milieu innovateur » permet d'analyser les facteurs de développement économique d'un territoire AYDALOT.

Ces deux approches ont en commun de considérer l'espace non pas comme un simple morceau de sol mais comme un ensemble de rapports techniques, économiques ou sociaux, plus ou moins riches en interactions et donnant inégalement lieu à des processus d'apprentissages collectifs. Par conséquent, elles s'intéressent aux territoires dans leur dimension géographique (localisation, topographie, paysage, climat, densités et répartitions de la population, présence et qualité des ressources du milieu...), culturelle (comportements, savoirs, coutumes qui modèlent une société et sur lesquels se fonde un sentiment d'appartenance) et sociale (constitution d'un réseau de relations territoriales support des initiatives locales). L'analyse de ses dimensions permet de fournir des explications quant aux différences de développement des territoires.

En France, ces dernières années, l'approche en termes de développement local a été mobilisée par l'État dans le cadre d'actions menées au titre de l'aménagement du territoire. À titre d'exemple, on peut citer les financements mobilisés à partir de 1998 par la DIACT (ex-DATAR) pour soutenir l'émergence et le développement de territoires. De manière plus générale, l'élaboration des projets de territoires locaux s'inscrivant dans les cadres législatifs (Loi d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire, 1999) et réglementaires de la politique d'aménagement du territoire (ex. : politique des pays) mobilisent également les méthodes du développement local.

Cette évolution correspond à une certaine institutionnalisation de la démarche du développement local alors même que ses justifications théoriques s'appuient sur des exemples de territoires souvent correctement insérés dans le jeu de l'économie mondiale. Aujourd'hui, la posture militante initiale ne semble donc plus suffire pour caractériser les différents avatars du développement local.

Les théories du développement face aux histoires du développement réel en cette fin du XXème siècle abordent seulement les politiques de développement et sont assez éloignées des pratiques liées au développement à l'échelle mondiale. En réalité, la pensée concernant le développement dans son contexte historique, ne peut comprendre le processus de formation de la pensée sur le développement ni la diversité de ses orientations, que si on la resitue dans une périodisation qui correspond aux inflexions du contexte historique dans laquelle elle s'est déployée, et aux conflits d'acteurs qui ont marqué ces différentes périodes".

"Il s'agit de situer les discours sur le développement et leurs avatars pratiques par rapport aux vicissitudes du `' développement réel'", à travers "une opposition entre l'ordre des choses et l'ordre des peuples et des gens". L'insertion des théories dans l'histoire qui les a produites se fait au niveau de la macroéconomie et non au niveau de ses effets sur les populations qui leur sont prétexte autant qu'elles en sont victimes, autant aussi, qu'elles en sont, à la marge, acteurs.

La micro-économie locale de ce que l'auteur appelle "la farce humanitaire" des Grands Lacs montrerait, en effet, des acteurs locaux, voire même nationaux, menant leur politique propre dans le contexte évoqué. A ce niveau de base, manque l'approche des processus de développement réel au sein desquels, pour rester dans cette note, les appropriations locales du mondial humanitaire rejoignent parfois le libéralisme le plus sauvage.

Colin Leys analyse les théories du développement à la lumière des circonstances de leur production. En limitant son ouvrage à l'Afrique, l'auteur opte, pour une confrontation plus étroite des théories à des réalités qui, sans être homogènes, présentent des similarités quant à l'héritage colonial, au rôle de l'état ou aux modes de production et d'accumulation. Il montre aussi la marginalisation croissante de l'Afrique dans le contexte mondial. Ici, les théories, depuis celle de la modernisation jusqu'à celle du choix rationnel en passant par la théorie de la dépendance, sont confrontées aux réalités africaines. Pour C. Leys, l'étude de la formation d'une bourgeoisie africaine et de ses stratégies est au coeur de l'étude du développement africain.

Mais la "tragédie africaine montre aussi clairement et de façon fort concrète que les théories du développement ne peuvent se limiter au Tiers Monde ou traiter le monde développé et ses options comme un "donné". Cette perspective le démarque de l'ouvrage de J.-Ph. Peemans dont l'érudition éloigne le lecteur des populations cibles qu'il ne parvient pas à percevoir comme des sociétés, des peuples possédant une autonomie et des modes de fonctionnement propres.

Les pays sous-développés, sont dans un cercle vicieux de pauvreté, en raison de la faiblesse de la demande interne liée aux faibles revenus, et sont dans l'incapacité de lancer des projets d'investissement rentables et capables de déclencher le processus de développement. Du côté de l'offre, la faible capacité d'épargne résulte du bas niveau de revenu réel qui lui-même reflète la faible productivité qui résulte, à son tour, du manque de capital, un manque de capital qui lui-même est le résultat de la faible capacité d'épargne ; ainsi, le cercle est fermé. (Nurkse, 2006). 

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