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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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1.4 Les migrants qualifiés ou hautement qualifiés

La migration des cadres, intellectuels, de personnes très compétentes, qualifiés généralement de « cerveaux » par les spécialistes, vers la France est aussi un aspect essentiel de la migration sénégalaise. Le « brain drain » ou l' « exode des cerveaux » sénégalais vers la France est en effet une réalité qu'il est difficile de nier. En France, les migrants sénégalais hautement qualifiés sont composés, en général, de professeurs d'université, de chercheurs, d'étudiants qui y ont trouvé du travail à la fin de leurs études, de médecins, d'avocats, de financiers, de cadres administratifs (technocrates) et techniques (techniciens supérieurs) disposant de compétence et de savoir-faire pointus et reconnus. Les migrants sénégalais cadres de haut niveau cherchent en France de nouveaux horizons propices à leur bien-être matériel et financier et aussi des conditions de travail favorables à leur épanouissement intellectuel et professionnel. Généralement, on leur propose parfois en France des émoluments particulièrement alléchants ainsi que de meilleures conditions de travail et de vie. Il leur est en outre offert, notamment dans

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les universités françaises et dans les sphères du privé international, non seulement des emplois beaucoup plus intéressants et mieux rémunérés, mais aussi des perspectives de carrière beaucoup plus prometteuses. Le phénomène de la "fuite des cerveaux" concerne donc des personnes ayant des qualifications de plus en plus élevées.

A l'image des pays pauvres, le Sénégal reste préoccupé par ce phénomène. Selon le rapport annuel de la Conférence des Nations-Unies66 sur le commerce et le développement (CNUCED), 11% des Sénégalais diplômés de l'enseignement supérieur s'étaient expatriés en 1990. En 2000, c'est-à-dire dix ans plus tard, ils étaient 24%. Pierre Encontre, Chef économiste au bureau du Cnuced de Genève en Suisse estimait leur nombre à 24.000. La fuite des compétences concerne des ressources humaines de qualité en provenance de différents secteurs socioprofessionnels. Au cours de ces dernières années, beaucoup d'enseignants sénégalais ont quitté leur pays pour aller chercher des conditions de travail et de vie meilleures dans les pays occidentaux. Entre 1992 et 2002, l'université Cheikh Anta Diop de Dakar a enregistré 19 départs en faculté de médecine et de pharmacie, 15 enseignants ont quitté la faculté des lettres et sciences humaines, 13 sont partis de la faculté des sciences juridiques et politiques, 8 départs ont été enregistrés en faculté des sciences économiques et de gestion, 17 départs en faculté des sciences techniques. Dans le même temps, l'université Gaston Berger de Saint-Louis enregistrait le départ de 23 enseignants toujours durant la même période. Ce qui fait un total ahurissant de 95 départs d'enseignants des universités sénégalaises vers les universités occidentales essentiellement rien que durant la période comprise entre 1992 et 2002.

Parmi ceux qui sont partis, certains d'entre eux sont souvent d'éminents professeurs dans leurs disciplines. Bon nombre d'enseignants et de chercheurs ont choisi, la mort dans l'âme parfois, d'aller exercer définitivement leurs professions dans les universités, les écoles supérieures et dans les laboratoires des pays francophones (France, Belgique, Canada) et des Etats-Unis, en raison notamment du faible niveau des salaires, de la vétusté et de l'obsolescence des équipements (bibliothèques et autres structures de recherche) et aussi de l'absence d'une perspective intéressante de carrière dans leur pays d'origine. D'ailleurs, les syndicats d'enseignants continuent jusqu'à présent de se plaindre contre la faiblesse des rémunérations des enseignants et aussi pour exiger de meilleures conditions de travail.

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Ainsi, à l'instar des Etats-Unis, d'autres pays comme la France mettent en place des politiques migratoires encourageant et facilitant la mobilité de ces migrants hautement qualifiés. Ces pays vont par conséquent bénéficier des compétences et des qualifications avérées, le plus souvent, au détriment des pays d'origine qui en ont certainement besoin davantage. La déperdition de sa main-d'oeuvre qualifiée constitue une perte incommensurable pour le Sénégal qui a quand même investi parfois des moyens financiers considérables pour la formation ou la spécialisation de quelques uns d'entre eux. Cette déperdition contribue ainsi à augmenter le gap entre nos pays pauvres et les pays riches. Le Sénégal est certainement parmi les pays les moins avancés celui qui possède le plus de cadres expatriés occupant des postes de haut niveau dans les organismes internationaux.

Au Sénégal, le choix des hommes, au lieu de s'opérer sur la base de la compétence et de la qualification, s'effectue plutôt malheureusement sur la base de considérations politiciennes voire sur la base d'affinités confrériques. Dans un tel contexte, on peut s'attendre à ce que d'autres cadres sénégalais ne tardent pas à répondre à l'appel des sirènes du Nord dès que l'opportunité se présentera.

Une nouvelle donne est cependant en train de voir le jour, consécutive aux innombrables possibilités offertes par les technologies de l'information et de la communication. Avec les multiples et immenses potentiels de ces technologies, dorénavant le migrant cadre hautement qualifié n'a pas nécessairement besoin d'être présent physiquement pour apporter sa contribution au développement économique, social et culturel de son pays d'origine. Aussi, nous tenterons d'étudier, dans la troisième partie, en quoi les technologies de l'information et de la communication peuvent élargir et favoriser la participation des migrants sénégalais hautement qualifiés en particulier aux processus et dynamiques de développement de leur pays d'origine.

66 Nations-Unies. 10 ans de fuite de cerveaux : le Sénégal a perdu 24% de ses diplômés du supérieur. Le Quotidien du 21/07/07 par Dialigué Faye.

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Tableau 2. Enseignants sénégalais de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar partis à l'étranger de 1992 à 2002

Discipline Effectif

Médecine et Pharmacie 19

Lettres et Sciences humaines 15

Sciences juridiques et politiques 13

Sciences économiques et de gestion 8

Sciences techniques 17

Total 72

Source : Ibrahima Hamidou Dia. Déterminants, enjeux et perceptions des migrations scientifiques internationales africaines: le Sénégal. Global Commission on International Migration, Genève 2005.

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Tableau 3. Départ des enseignants de l'université Gaston Berger de Saint-Louis entre 1992-2002

Unité de formation et de recherche

TOTAL ENSEIGNANT

UFR Sciences appliquées et

technique

07

Sciences juridiques et politiques

05

Sciences économiques et de gestion

08

Lettres et Sciences Humaines

03

Total

23

Source : Ibrahima Hamidou Dia. Déterminants, enjeux et perceptions des migrations scientifiques internationales africaines: le Sénégal. Global Commission on International Migration, Genève 2005. In Diene, I. La fuite des cerveaux dans l'enseignement supérieur : impact et solutions.

Disponible sur : http://www.ei-ie.org/educ/higheduc/french/Downloads/2003_hied_Dakar_paperSAES.pdf

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