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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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4.4 Une utilisation collective du téléphone fixe et du téléphone

mobile

Les migrants originaires de la vallée du fleuve Sénégal et une bonne partie des migrants commerçants partaient essentiellement des milieux ruraux sénégalais où le téléphone était un objet quasi inconnu pour les populations. Parmi ceux qui venaient dans les zones déjà équipées, le téléphone était souvent un objet rare, voire inaccessible. Selon les témoignages recueillis en France comme au Sénégal, les périodicités d'appels étaient le plus souvent relativement longues (une fois par mois et même plus pour certains) en raison non seulement du coût élevé des tarifs de communication, mais aussi du fait que leurs interlocuteurs dans leur pays d'origine étaient rarement équipés en appareils téléphoniques. Le réseau téléphonique se limitait essentiellement à la capitale Dakar, et à certaines zones dans les milieux urbains, et était globalement concentré dans le centre-ville94.

94 Le centre-ville était le centre d'activités et aussi le lieu de résidence des cadres de l'administration. Or ces derniers exigeaient un certain confort et un certain nombre d'équipements pour leur standing de vie. L'Etat allait par conséquent financer l'équipement de ces zones tout en oubliant de se préoccuper du sort d'une bonne partie du territoire national, et notamment des quartiers périphériques. Ces quartiers périphériques sont désormais investis par les migrants qui ont ainsi consenti, avec néanmoins l'aide de l'Etat et parfois

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Le téléphone a d'abord été une affaire de privilégiés et de nantis au Sénégal. Toujours, d'après les témoignages recueillis au cours de nos enquêtes effectuées auprès de certains migrants originaires des régions de Diourbel, ce sont les grands marabouts et les grands dignitaires qui ont été les premiers à se doter de lignes téléphoniques personnelles dans la région. Pour communiquer donc par téléphone avec les membres de leurs familles restés dans la localité d'origine, les migrants avaient recours, la solidarité aidant, aux numéros de téléphone de ces personnes équipées. Le migrant appelait dans un premier temps pour convenir d'un rendez-vous avant de rappeler une deuxième fois pour joindre cette fois-ci la personne avec qui il désirait parler.

Dans son étude consacrée précisément aux émigrés sénégalais et les nouvelles technologies de l'information et de la communication, Serigne Mansour Tall souligne l'usage communautaire du téléphone portable de Khady Diagne par tous les habitants (150 personnes) du village de Gade Kébé dans la région de Louga. Le téléphone portable de Khady Diagne dont le mari est émigré en Italie sert non seulement de « point de réception d'appels domestiques pour tous les villageois », mais aussi c'est à la fois un instrument de diffusion d'informations ayant trait aux cérémonies et un outil de travail pour les jeunes filles du village à la recherche d'un emploi domestique de même que pour les commerçants établis dans le village. Ainsi donc, même si l'utilisation du téléphone mobile s'est très largement répandue aujourd'hui au Sénégal comme un peu partout en Afrique d'ailleurs, les relations sociales sont façonnées de telle sorte que les usages communautaires ont encore de beaux jours devant eux. Et à notre avis, c'est cela qui va faire le succès des technologies de l'information et de la communication au Sénégal en particulier et en Afrique en général. Au Sénégal, le migrant pouvait appeler chez n'importe quel voisin du quartier proche ou lointain équipé en ligne personnelle, il était quasiment sûr que son message allait bien arriver à son destinataire.

celle des collectivités locales, de gros efforts financiers pour y construire des maisons et aussi doter ces espaces d'infrastructures en eau, en électricité, en téléphone, etc.

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