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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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5.1.2 Une forte impulsion des acteurs étatiques

Si la transition dans le domaine des technologies de télécommunication a pu être réalisée au Sénégal avec un certain succès, c'est aussi parce que l'État a pris très tôt conscience des enjeux liés à l'émergence et au développement des TIC. Les acteurs étatiques ont joué un rôle actif et important pour la promotion et le développement des technologies de l'information et de la communication sur tout le territoire national. Même si certains observateurs comme Thomas Guignard, ont pu noter, à juste titre d'ailleurs, un net décalage entre les ambitions parfois démesurées et la réalité, il faut quand même reconnaître que les pouvoirs publics sénégalais ont consentis de gros efforts et engagés une profonde réflexion basés en particulier sur la valorisation des ressources et atouts humains (formation d'ingénieurs informaticiens à l'école polytechnique de Thiès dès les années 1980) et des potentialités techniques dont dispose le pays. Cette détermination des pouvoirs publics s'est aussi traduite par une politique d'ouverture de certains segments du secteur des télécommunications avec l'ouverture partielle du capital de la Sonatel en 1996 et une volonté affichée de parvenir à amener l'opérateur historique des télécommunications à proposer des tarifs accessibles au plus grand nombre. Cet impératif va inciter davantage l'État sénégalais à mettre progressivement en oeuvre des réformes avec la libéralisation totale du secteur des télécommunications en août 2004, et à entreprendre des projets qui vont contribuer plus tard à améliorer de manière qualitative et quantitative l'offre de services de télécommunications mise à la disposition des usagers. Ce qui a permis en même temps une forte modernisation du réseau et son extension dans presque toutes les régions du pays.

Toujours dans son souci permanent d'assurer l'ouverture du secteur des télécommunications à d'autres opérateurs tout en l'encadrant avec des règles clairement définies d'une part, et d'autre part de faire la promotion des TIC en vue de leur utilisation dans divers secteurs d'activités et de répondre favorablement à la demande de baisse des tarifs exprimés par les populations notamment les plus démunies, l'État a mis en place d'autres structures comme l'Agence de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) et l'Agence de l'Informatique de l'État (l'ADIE).

Avant la promulgation de la loi n° 2006-02 du 4 janvier 2006 qui a élargi son domaine de compétences au secteur de la poste, l'ARTP s'appelait tout simplement l'ART (Agence de Régulation des Télécommunications). Actuellement, elle est chargée de

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veiller notamment, par un contrôle permanent et impartial104, à l'exécution et au respect d'une concurrence loyale, libre et saine dans le secteur des télécommunications, et aussi de procéder à la mise en place d'un cadre réglementaire propice pouvant simplifier les procédures et accompagner plus facilement la libéralisation souhaitée dans le secteur postal. (Source : htpp:// www.artp.sn)

A la question de savoir en quoi consistait précisément la mission de l'ADIE, son directeur général, Monsieur Tidiane Seck répond que son agence a pour vocation non seulement de favoriser l'utilisation de manière plus efficace « des nouvelles technologies au sein du gouvernement mais aussi, plus largement par tous les citoyens ». Cette réponse de Monsieur Seck nous semble beaucoup plus pondérée que l'ambition vraiment démesurée assignée à l'ADIE et consistant à vouloir faire du gouvernement un e-gouvernement et du citoyen sénégalais un e-citoyen. Se fixer de tels objectifs dans le contexte actuel du Sénégal fait de difficultés de toutes sortes pour les populations relève à notre avis d'un manque de réalisme et de vision. Il faut savoir raison gardée, car par quelle alchimie l'ADIE peut-elle parvenir vraisemblablement à transformer aujourd'hui 48,5% d'illettrés sénégalais en des e-citoyens ? Loin de nous aussi toute idée de rejeter ou de nier les nombreuses potentialités en matière d'administration, de participation citoyenne et plus généralement de bonne gouvernance offertes désormais par Internet, mais nous pensons que le Sénégal, en l'état actuel, a des défis beaucoup plus importants et urgents à relever. Les maux chroniques qui gangrènent actuellement la société sénégalaise nous interpellent. Ces maux endémiques dont souffrent les Sénégalais ont pour nom : la mauvaise gouvernance, la corruption à vaste échelle, le gaspillage des maigres ressources du pays, le chômage massif et endémique des jeunes, un tissu socio-économique complètement disloqué, un système éducatif moribond, un secteur médical malade, les coupures intempestives d'électricité105, etc.

104 En 2006, les responsables de Tigo, le deuxième opérateur de téléphonie mobile, avaient dénoncé les visites inopinées intempestives effectuées dans leurs locaux par les agents de l'ARTP. En 2007, les sanctions prises contre l'opérateur historique, la Sonatel, à qui l'ARTP avait infligé une pénalité de 3.196.800.000 FCFA soit 4.873.490 euros représentant 1% du chiffre d'affaires de 2005, en raison de la mauvaise qualité du réseau de sa téléphonie mobile, avait suscité l'ire et la réprobation des syndicalistes de l'entreprise. Saisi par la Sonatel qui avait vivement contesté cette décision, le Conseil d'État avait finalement conforté l'ARTP dans sa position.

105 L'approvisionnement en électricité connaît actuellement de très sérieuses difficultés. Les coupures intempestives d'électricité sont devenues le lot quotidien des Sénégalais. Aucune localité du pays n'est épargnée par les coupures quotidiennes de courant. La société nationale d'électricité, la SENELEC, se trouve actuellement dans l'incapacité de satisfaire les besoins en électricité de la population, faute de ressources financières suffisantes pour s'approvisionner en combustible et aussi faute d'avoir su prendre à temps les mesures idoines afin de prévoir l'augmentation de la demande et de procéder au remplacement

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Aveuglés par l'utopie de la communication et sous l'euphorie du mythe du village planétaire (P. Breton, 2007), les autorités sénégalaises eurent l'idée de proposer le fonds mondial de solidarité numérique. Lancé par le président Abdoulaye Wade lors du sommet mondial de la société de l'information à Genève en décembre 2003, ce fonds avait spécifiquement pour but de combattre et de réduire la fracture numérique entre les pays du Nord et les pays du Sud. Comme on peut le relever à travers l'encyclopédie électronique wikipédia, cette initiative du gouvernement sénégalais avait quand même suscité un enthousiasme mondial avec des soutiens pluriels, notamment de l'Union Européenne en février 2005 à Bruxelles, du Sommet mondial sur la société de l'information en novembre 2005 à Tunis, du Sommet de Bilbao en novembre 2005, de la Conférence internationale « solidarité et mondialisation : financements innovants pour le développement à Paris en février 2006, de la réunion plénière du groupe pilote sur les mécanismes de financements innovants à Brasilia en juillet 2006, de la XIe conférence des chefs d'État et de gouvernement de la francophonie à Bucarest en septembre 2006, de la IIe réunion des ministres ACP (Afrique Caraïbe Pacifique) de la culture à Saint-Domingue en octobre 2006, du Xe sommet des chefs d'État et de gouvernement des états ACP à Khartoum en décembre 2006. Au cours de ces différents sommets, des résolutions ont été prises pratiquement par toutes les nations dans le but de soutenir et d'encourager la mise en oeuvre du principe de 1% de solidarité numérique106, proposé par ses hérauts et représentants, afin d'alimenter le fonds et réduire la fracture numérique.

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