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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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6.5 Les médias en ligne

Au début d'Internet, beaucoup de professionnels des médias affichaient leur pessimisme en annonçant que cette nouvelle technologie allait sans aucun doute sonner le glas des médias dits traditionnels, c'est-à-dire, la presse, la radio et la télévision. Mais au regard de ce qui se passe depuis sa diffusion massive à l'échelle mondiale, force est de reconnaître que cette prédiction pessimiste est pour le moment très loin de refléter la réalité. Au contraire, les médias classiques ont quasiment tous relevé, à des degrés divers cependant, le défi du numérique et utilisent à présent Internet non seulement comme source d'informations mais aussi comme un important moyen de communication. Désormais, les médias se servent des nombreuses opportunités d'Internet comme une source inestimable pour trouver des informations et à la fois exploitent ses potentiels de diffusion pour atteindre un public beaucoup plus large. Pour les médias, Internet représente aussi un support incontournable pour communiquer en particulier avec les usagers.

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L'apparition et le développement d'Internet ont généré de nouvelles habitudes de consommation chez les usagers, notamment en ce qui concerne l'information. La plupart des organes d'information ou de communication se servent désormais d'Internet pour exploiter ses immenses potentialités afin d'atteindre le maximum d'usagers. La presse écrite et la radio constituent, à bien des égards, les médias ayant le plus bénéficié des extraordinaires possibilités offertes par Internet. Actuellement, toute la presse écrite internationale ainsi que toutes les radios du monde sont quasiment présentes dans le cyberespace. Bon nombre de radios diffusent en effet leurs émissions en ligne ; de même, de nombreux journaux publient des informations économiques, politiques, sociales, culturelles, sportives, etc. en ligne. On assiste d'ailleurs à un tel foisonnement des médias sur Internet que cela peut paraître compliqué de prétendre estimer leur nombre. Quoi qu'il en soit, les médias ont envahi en masse Internet, les plus anciens comme les plus récents. Tous les journaux d'information français sont aujourd'hui accessibles sur Internet, du quotidien de référence Le Monde aux journaux d'information gratuits comme 20 Minutes et Métro distribués quotidiennement dans les transports en commun français (métro et tramway en particulier), sans oublier des journaux comme Libération, L'humanité ou Le Figaro. La présence des médias sénégalais sur Internet est beaucoup moins importante.

Néanmoins, face à cette évolution technologique d'une ampleur qui dépasse toutes les hypothèses prévues, les médias sénégalais tentent de s'adapter en faisant preuve d'ingéniosité et de créativité. Ainsi, des informations traitant de l'actualité sénégalaise sont véhiculées quotidiennement sur Internet à travers notamment les sites réalisés et mis en ligne par certains médias sénégalais. Et la cible principale de ces sites demeure les migrants qui constituent probablement l'essentiel de leurs visiteurs. Autrement dit, les médias sénégalais en ligne bénéficient d'une audience extrêmement importante auprès des membres de la diaspora sénégalaise. De leur côté, les migrants sénégalais manifestent un engouement réel pour les médias en ligne. Il est possible à présent de consulter presque toute la presse sénégalaise sur Internet. Les principaux acteurs du paysage médiatique sénégalais mettent en place des stratégies multiples pour conquérir et toucher un public potentiel disséminé à travers la France et les autres pays de forte implantation

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de ressortissants sénégalais tels que les Etats-Unis et le Canada, la Belgique, la Suisse, l'Italie, l'Espagne...126.

Jusqu'au début des années 2000, il y avait un réel déséquilibre dans l'accès à l'information au sein de la diaspora sénégalaise. Les étudiants par exemple, ne disposant pas de moyens financiers leur permettant généralement de se procurer la radio numérique par satellite Worldspace, à la différence de leurs compatriotes commerçants et autres travailleurs, parvenaient difficilement à se procurer des informations relatives à l'actualité de leur pays d'origine. Internet a corrigé ces inégalités en permettant à toute personne connectée de pouvoir soit lire la presse, soit écouter la radio ou soit encore regarder la télévision. Du fait donc de la pluralité des sources d'information (presse écrite, radio, télévision), l'accès à l'information sur Internet est possible aussi bien pour des personnes bien formées que pour des personnes illettrées. En leur offrant d'autres canaux de diffusion, Internet permet aux médias qui avaient une diffusion restreinte, limitée à l'échelle locale d'étendre leur diffusion à l'échelle mondiale et de multiplier leurs bassins d'audience.

A côté des médias audiovisuels traditionnels diffusant sur Internet, il existe à l'heure actuelle des médias de communication nouveaux appelés webradios et webTVs qui émettent exclusivement par le vecteur Internet. Il faut toutefois souligner ce paradoxe de l'accès à l'information véhiculée par les médias sénégalais qui touche, dans l'ensemble, davantage les membres de la diaspora alors qu'une bonne partie des Sénégalais restés au pays reste encore aujourd'hui en dehors des circuits d'accès à l'information donnée par la presse écrite en particulier. Internet au Sénégal demeure pour le moment essentiellement dakarois.

Grâce à Internet, l'information sénégalaise, auparavant « intra-territoriale », est devenue de nos jours « extra-territoriale ». Avec cette déterritorialisation de l'information sénégalaise, on assiste à une remise en cause fondamentale de la place de l'espace sénégalais dans la géographie de l'information sénégalaise. Nous verrons, dans ce chapitre, qu'Internet n'est plus perçu comme une menace par les médias traditionnels,

126 Pour s'assurer une plus grande visibilité et trouver ainsi de nouveaux publics, certains médias sénégalais ont désormais des correspondants dans des pays comme la France, l'Italie et les Etats-Unis. Ces correspondants ont principalement pour mission de faire circuler les informations entre le Sénégal et ces différents pays. Ils permettent aux migrants d'être informés de tout ce qui fait l'actualité dans leur pays d'origine, mais aussi ils permettent à ceux qui sont au Sénégal de mieux saisir les réalités des conditions de vie de leurs compatriotes dans les pays d'installation.

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mais plutôt comme un support qui peut leur permettre de s'affranchir des obstacles de la distance et du temps et aussi de toucher cette forte communauté sénégalaise implantée en particulier dans les pays occidentaux. La précision est ici de taille, dans la mesure où ceci soulève la question du retard numérique de l'Afrique quand on sait que les pays africains sont, semble-t-il, ceux qui accueillent le plus de ressortissants sénégalais.

Au Sénégal, le paysage médiatique a connu, ces dernières années, une flambée d'apparition aussi bien dans la presse écrite qu'à la télévision et la radio. Même si officiellement, les autorités étatiques n'ont pas encore décrété la libéralisation de la télévision, des chaînes privées telles que 2STV, Walf TV, RDV et CanalInfo ont commencé à diffuser leurs programmes. Pour le moment, 2STV et RDV ont essentiellement une vocation culturelle. La chaîne CanalInfo privilégie principalement l'information. Grâce à un accord conclu avec la société Eutelsat, la chaîne de télévision nationale RTS transmet désormais ses programmes via le satellite dans le monde entier sur Intelsat 801 et sur Eutelsat W3A en DTH. D'autres chaînes de télévision sont aussi disponibles au Sénégal : Canal Horizons, filiale de la chaîne française Canal+, TV5, CFI, Africâble... Pour son expansion géographique notamment auprès de la diaspora sénégalaise, la chaîne privée 2STV a investi aussi le satellite pour diffuser ses programmes télévisuels dans le monde entier.

Plusieurs radios diffusent leurs programmes sur la bande FM, massivement en wolof et très peu dans quelques langues nationales (sérère, poular, mandingue, soninké, diola). Ces radios ont généralement pour mission d'informer, de sensibiliser, d'éduquer et de divertir les populations. Les principales sont la radio nationale RSI, les radios privées Walf FM, Sud FM, RFM, RMD, Océan FM et quelques radios associatives et communautaires comme Afia et Gaynakoo. Pour les populations notamment analphabètes, les radios sont des sources d'informations inestimables. Il y a un réel engouement des populations pour ce type de médias. Depuis le début des années 2000, on note une prise d'intérêt importante des radios FM existantes pour la diffusion sur Internet. La richesse du paysage médiatique sénégalais se traduit également par la parution de plusieurs quotidiens et de nombreux hebdomadaires. D'après une étude réalisée récemment sur la connectivité de 220 radios dans sept pays ouest-africains (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Mali, Niger, Sénégal et Sierra Léone) aux TIC (Internet, satellite, ordinateur, outils de stockage numérique, etc.) par l'institut Panos Afrique de

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l'Ouest (IPAO), le Sénégal compte 89,7% de radios connectées à Internet. Ce qui le place à la deuxième position derrière le Ghana où 93,5% des radios sont connectées à Internet. Les résultats révèlent que 61,5% des radios sont connectées au Burkina Faso et 55% au Bénin. Alors que seulement 34% des radios sont connectées au Mali et le Niger en compte encore beaucoup moins avec 20% des radios connectées.

Contrairement à de nombreux pays africains, le Sénégal a connu un développement relativement important de la presse écrite. Une presse sénégalaise pluraliste existe à l'heure actuelle et joue un rôle important plus particulièrement comme vecteur d'information et de fait dans la sensibilisation des populations. Le paysage de la presse écrite sénégalaise se distingue par des publications quotidiennes assez diversifiées et par quelques publications périodiques. Chaque jour, des journaux à large diffusion comme Le Soleil, Sud Quotidien, Wal Fadjri, Le Quotidien, L'Observateur, Le Populaire, L'As, L'Office et 24H Chrono traitent l'actualité locale, nationale et internationale. Ces publications s'adressent normalement à l'ensemble de la population sénégalaise, mais malheureusement leur distribution sur le territoire national pose de réels problèmes. A l'exception de Dakar où on peut trouver tous les jours de jeunes revendeurs en train de se faufiler entre les véhicules bloqués dans les embouteillages pour tenter d'écouler des piles de journaux constitués de 14 à 15 titres différents, la distribution des quotidiens sur l'ensemble du territoire national connaît de sérieuses difficultés. Un peu moins prolifiques, les périodiques se multiplient, contribuant également à enrichir le paysage de la presse écrite sénégalaise. On peut citer les hebdomadaires d'informations générales comme Nouvel Horizon, Le Témoin et le nouveau magazine paru tout récemment, La Gazette.

Pour les acteurs de la presse, Internet est un moyen pour toucher les lecteurs de la diaspora et permet ainsi de trouver de nouveaux lecteurs. La plupart des quotidiens ont désormais pignon sur « cyberrue ». D'une manière générale, les contenus des versions des journaux sénégalais mis en ligne sont pour le moment complètement identiques aux contenus des versions en papier. En permettant aux internautes d'accéder et de consulter leurs versions en ligne, les journaux se procurent ainsi un moyen de s'offrir une plus grande visibilité ainsi qu'une plus grande notoriété.

De même Internet a également favorisé l'émergence de quotidiens publiant exclusivement des versions en ligne sur le réseau. C'est notamment les cas de Rewmi,

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Nettali, Leral, Ferloo et Guissguiss qui se positionnent sur Internet pour proposer chaque jour des articles évoquant un certain nombre d'évènements au Sénégal, apparaissant en conséquence comme de véritables concurrents pour les quotidiens qui publient aussi des versions imprimées. Le pluralisme de la presse se développe plus facilement et beaucoup plus rapidement sur Internet. Non seulement, Internet contribue de manière non négligeable à la liberté de la presse, mais il représente également pour les migrants le vecteur indéniable pour satisfaire leurs droits ou répondre à leurs besoins d'être informés de ce qui se passe dans leur pays d'origine.

En outre, Internet garantit l'interactivité et de ce fait joue un rôle incommensurable dans le dynamisme et la diversité du débat démocratique. Les articles de la presse donnent lieu à des échanges et favorisent une participation citoyenne plus active. Tous ces quotidiens en ligne visent en priorité les Sénégalais de l'extérieur qui peuvent à présent trouver une mine d'informations sur leur pays d'origine. La diaspora constitue, dans de telles conditions, l'essentiel du lectorat de la presse en ligne sénégalaise. En 2000, trois quotidiens sénégalais seulement étaient présents sur Internet. Aujourd'hui, on peut relever la présence de huit quotidiens sénégalais sur Internet. On peut également ajouter parmi les journaux sénégalais présents sur Internet l'agence de presse sénégalaise (APS) et l'hebdomadaire la Gazette.

Il est vrai que pour les migrants, en quête permanente d'identité individuelle et collective, les ressources culturelles diffusées par les médias en ligne contribuent puissamment à nourrir leurs repères et leur permettent de s'identifier comme faisant partie d'une collectivité liée à un lieu géographique bien déterminé.

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Image 3 : Kiosque à journaux en ligne de Seneweb et kiosque à journaux à Dakar

Photo : Moda Gueye

6.5.1 Les médias proches du gouvernement : Le Soleil et la RTS

Plus ancien parmi les quotidiens sénégalais publiés à l'heure actuelle, le journal « Le Soleil » a été fondé le 14 février 1970 et doit son appellation actuelle à l'ancien président Léopold Sédar Senghor. Le siège du Soleil se situe dans le quartier populaire de Hann à Dakar et celui de la RTS sur le boulevard Général de Gaule à Dakar. D'une façon générale, leur ligne éditoriale est présentée comme pro-gouvernementale. Le Soleil et la RTS sont en effet perçus par bon nombre de Sénégalais comme des médias trop proches des régimes en place. Il arrive d'ailleurs très fréquemment que les partis d'opposition montent au créneau pour dénoncer leurs couvertures trop partiales en faveur principalement des activités du parti au pouvoir et de ses alliés. Cette forte propension à couvrir, le plus souvent avec beaucoup de zèle, les activités politiques uniquement de ces derniers constitue vraisemblablement l'une des raisons du peu d'intérêt accordé par une bonne partie des lecteurs et des téléspectateurs à ces médias. Néanmoins, ils restent quasiment accessibles dans plusieurs parties du pays. Le Soleil se revendique comme le quotidien sénégalais le plus publié avec un tirage moyen de 25.000 exemplaires par jour.

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En faisant son apparition sur le web le 3 avril 1998, il devient le deuxième quotidien sénégalais présent sur Internet, après le journal privé Sud Quotidien. Une nouvelle édition électronique du journal existe depuis août 2000 et reprend la totalité des articles de la version papier. Lesoleil.sn offre également la possibilité d'accéder gratuitement à la télévision publique RTS et aussi d'écouter Radio France Internationale (RFI), les stations de radios privées RFM et Walf FM ainsi que la webradio Radio Tam-Tam Online. Pour devenir plus attractif et plus dynamique, le site propose aux lecteurs des espaces de discussion (forum et chat), des offres d'emploi et des petites annonces. Ce site de qualité, réalisé par la cellule TIC du groupe « Le Soleil », a d'ailleurs été sélectionné par Courrier International pour figurer sur la liste des dix meilleurs sites de la presse écrite. Ce qui constitue fondamentalement une prouesse, tout à l'honneur du Sénégal.

Sites web 4. Les sites web des médias proches du gouvernement : www.lesoleil.sn et www.rts.sn

L'analyse des données fournies par Alexa Internet montre que les lecteurs de la version du journal Le Soleil en ligne sont essentiellement basés à l'étranger. On constate en effet, d'après les données recueillies le 09/04/2009, que seulement 14,6% des utilisateurs du site se trouvent au Sénégal. Les autres lecteurs (85,4%) basés à l'étranger sont constitués principalement de la communauté sénégalaise implantée en Amérique du Nord, avec 46,9% des visiteurs du site localisés aux Etats-Unis et 4,9% au Canada. Les

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lecteurs du journal en ligne au sein de la communauté sénégalaise en France représentent 4,6% du lectorat. Les lecteurs basés en Angola constituent 3,9% des utilisateurs du site et le reste (25,1%) est réparti dans d'autres pays. A la date du 03/05/2010, ils ne sont que 23,4% à se connecter sur le site à partir du Sénégal. La grande majorité des lecteurs se trouve à l'étranger, elle est répartie entre les Etats-Unis (46,5%), la France (6,9%), le Canada (3,1%), l'Inde (2,4%) et le reste (17,7%) est éparpillé dans divers pays tels que la Mauritanie, le Royaune-Uni, l'Allemagne, le Maroc, le Liban...

Graphique 13. Pays de résidence des visteurs du site Lesoleil.sn

La multidirectionnalité des flux et la forte représentation des migrants sont encore beaucoup plus marquées quand on analyse les chiffres donnés par Alexa Internet concernant les téléspectateurs et les auditeurs en ligne de la RTS le 09/04/09. Seulement 27,3% des utilisateurs sont basés au Sénégal. Une très large partie des connexions (72,7%) s'effectue à l'extérieur du Sénégal, un peu partout à travers le monde. Les utilisateurs, implantés en France, représentent 16,4% des internautes. Ils sont 4,3% basés au Canada et 1,9% au Maroc. Les utilisateurs de RTS.sn, éparpillés dans les autres pays

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à travers le monde constituent 50,1% des internautes qui fréquentent le site127. D'autre part, les chiffres obtenus le 03/05/2010 montrent que 49,7% des internautes connectés sur Rts.sn sont localisés au Sénégal, les autres utilisateurs (50,3%) viennent de la France (26,9%) ou d'autres pays (23,4%).

Graphique 14. Pays d'établissement des visiteurs de Rts.sn le 09/04/2009

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