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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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1.1.2 Des relations multiformes et intenses avec les lieux d'origine

Une caractéristique dominante des ressortissants de la vallée du fleuve Sénégal est le lien affectif extrêmement fort qu'ils entretiennent avec les lieux d'origine. Plus justement, comme le souligne Mahamet Timéra, « l'immigration de longue durée et la sédentarisation vont de pair avec une affirmation identitaire croissante, un renforcement du lien avec le pays d'origine, plus précisément le village d'origine. L'idéologie paysanne et l'appartenance villageoise sont assez vivaces et s'expriment par leur définition et leur attachement au terroir » (M. Timéra, 1996). Cet attachement est si fort que le migrant se trouve presque dans l'impossibilité d'évoluer en dehors des sphères de la communauté villageoise d'origine. Le sentiment d'appartenance est tellement intense que le migrant ne cherche pas en réalité à bien vivre ailleurs. L'attachement au terroir natal constitue en quelque sorte le cordon ombilical qui relie en permanence les migrants aux lieux d'origine. Le mythe du retour demeure profondément ancré dans l'imaginaire collectif des migrants. Ainsi remarque Christophe Daum (2007), « pour ces migrants qui songent souvent au retour, le pays, le village, la famille... constituent des repères essentiels ». Les relations à distance sont surtout des relations d'ordre financière, économique, social, culturel... Les dépenses quotidiennes des familles au village sont presque entièrement prises en charge par les migrants. A ce titre rappelle Christophe Daum (1998), 30 à 80% des besoins familiaux sont pris en charge par les envois de fonds au début des années 80. Afin d'assurer le ravitaillement et l'approvisionnement des communautés villageoises d'origine, les migrants créent et développent des coopératives ou des centrales d'achat. Gérées le plus souvent à partir des foyers, elles permettent aux communautés villageoises

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de se procurer certaines denrées de première nécessité comme le riz, le mil, l'huile, le sucre, etc. Dans ses travaux sur les ressortissants de la vallée du fleuve Sénégal en quête de diamants dans certains pays de l'Afrique de l'Ouest (Côte-d'Ivoire, Guinée, Libéria, Sierra Léone) et de l'Afrique centrale (Angola, Congo, Zaïre, Zambie), Syilvie Bredeloup (1993) notait qu'« à l'instar des immigrés en Europe, les diamantaires rapatrient une partie de leurs biens dans la vallée du fleuve Sénégal qu'ils réinvestissent dans les mosquées, l'élevage, l'immobilier (en particulier à Dakar) ou encore dans le commerce ».

Non seulement, les migrants effectuent régulièrement des envois d'argent pour assurer la reproduction et la survie de la famille en particulier et des communautés villageoises en général, mais aussi ils sont les principaux initiateurs des investissements qui sont réalisés dans les villages d'origine. L'argent collecté dans les caisses villageoises permet aux communautés d'origine de passer les périodes de soudure ou encore les périodes de crises climatiques exceptionnelles. Les migrants ressortissants de la vallée du fleuve Sénégal se regroupent généralement dans des associations au sein desquelles ils font souvent preuve d'une grande capacité d'organisation et de gestion à travers des investissements et des réalisations, au profit des communautés villageoises. En effet, ils sont souvent à l'origine de la réalisation d'infrastructures comme des postes de santé, des salles de classe. De même, ils interviennent dans la construction de bureaux de poste, de salles de classe, de forages ainsi que dans l'installation de motopompes et l'aménagement de périmètres irrigués. Par ailleurs, parallèlement à ces investissements collectifs, les migrants réalisent aussi des investissements personnels dans l'agriculture et l'élevage en milieu rural et parfois dans l'immobilier en milieu urbain.

D'un côté, les liens affectifs et matériels sont très forts. D'un autre côté, la survie des communautés villageoises est largement dépendante des moyens financiers des migrants. Ainsi comme l'avait auparavant souligné Mahamet Timéra, certains migrants considèrent aujourd'hui encore que le village, là-bas au Sénégal, c'est eux les immigrés ici en France. Ainsi donc, la sauvegarde de l'identité villageoise reste une préoccupation majeure. Il faut veiller à sa préservation, à sa mise en valeur et à sa pérennité. Les stratégies et pratiques migratoires visent de ce fait à renforcer le prestige du village et aussi à mettre en place et développer des moyens permettant aux migrants de pouvoir répondre rapidement aux nombreuses sollicitations exprimées par les communautés villageoises. Tout migrant qui refuse de cotiser et de participer au fonctionnement des

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caisses risque tout simplement d'être banni du groupe. De même, sa famille au village risque de subir l'humiliation suprême de voir toute la communauté villageoise boycotter les cérémonies organisées au sein de la famille. On comprend dès lors pourquoi les caisses villageoises ont connu un si grand succès.

Grâce aux réalisations effectuées en partie avec l'argent acquis dans la migration, les migrants se sont octroyés un certain pouvoir de décision dans la gestion des espaces d'origine. Ils essayent de mener sur les espaces d'origine des actions bien plus efficaces encore. Avec des représentations autres que celles qu'ils avaient avant leur séjour en France, les migrants agissent sur les territoires d'origine avec des moyens plus importants et des stratégies qui empruntent ou se calquent sur le modèle de leur pays de résidence. Il s'ensuit quelquefois un meilleur aménagement de l'espace dans les lieux d'origine. Ce qui n'est pas sans heurts, sans créer des divergences parfois profondes avec les chefferies traditionnelles ou l'administration locale. Cette ingérence des migrants est perçue par les autorités traditionnelles comme une menace pouvant entraîner à moyen ou long terme une réelle contestation de leur pouvoir. Après les migrants originaires de la vallée du fleuve Sénégal, des observateurs comme Gérard Salem (1981), Ibou Sané (1993), Victoria Ebin (1994) et Sylvie Bredeloup (2004) vont focaliser leur attention sur les migrants commerçants en particulier mourides.

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