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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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7.2 Les associations des confréries musulmanes sénégalaises

Le Sénégal est un pays peuplé très majoritairement de musulmans adhérant pour la plupart à des confréries, dont les principales sont les tidjanes, les mourides, les khadirs et les layènes. Largement répandus dans le pays avec près de 51% de la population, les

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tidjanes sont essentiellement représentés par les descendants du marabout Elhadj Malick Sy à Tivaouane et par ceux du marabout Baye Niass dans la ville de Kaolack. Fortement représentés au sein de la diaspora, les disciples mourides de Cheikh Ahmadou Bamba ont investi toutes les places fortes de l'économie mondiale dans lesquelles ils tentent de se constituer leur « little Touba ». C'est ainsi que l'on trouve le mot Touba associé quasiment à toutes les villes importantes dans le monde: Touba Paris, Touba New York, Touba Londres, Touba Milan, Touba Madrid, Touba Tokyo, etc. En France, Touba a investi quasiment toutes les villes de l'Hexagone. On y trouve Touba Bordeaux, Touba Pau, Touba Toulouse, Touba Aix-Marseille, Touba Lyon, Touba Grenoble, Touba Lille, Touba France Aulnay, etc. A présent Touba, le symbole du mouridisme, s'est massivement invitée sur le web. La confrérie des khadirs, la plus ancienne confrérie sénégalaise fut introduite au Sénégal par le marabout Cheikh Bou Kounta dont les successeurs se trouvent aujourd'hui dans la cité religieuse de Ndiassane à Thiès. Les disciples layènes sont surtout originaires des villages lébous de Dakar, en particulier Yoff, lieu de rassemblement de la communauté à l'occasion de la célébration annuelle de l'appel du marabout Seydina Limamou Laye, le fondateur de la confrérie.

La confrérie est un aspect fondamental de la migration sénégalaise. Elle est présente à tous les niveaux du processus migratoire, du départ jusqu'à l'arrivée en passant par les étapes de l'hébergement et de l'activité exercée dans le pays d'installation. L'émergence du phénomène confrérique dans la migration sénégalaise remonterait, selon Fatou Gassama145, à la première guerre mondiale avec l'arrivée des tirailleurs sénégalais. Depuis cette date, les Sénégalais ont toujours entretenu une vie religieuse relativement intense dans leur pays de migration. Aujourd'hui, toutes les confréries (mouride, tidjane, layène, khadir) sont représentées dans la migration internationale sénégalaise. Mais la confrérie mouride constitue sans aucun doute la confrérie la plus influente et la plus visible, celle dont les membres sont les plus nombreux dans la diaspora sénégalaise. La dissémination massive des disciples mourides à travers le monde a permis à la confrérie d'acquérir aujourd'hui une dimension quasi planétaire et ainsi une plus grande notoriété.

145 Dans sa thèse de doctorat d'histoire soutenue à Lille en 2005 sur « L'immigration sénégalaise en France de 1914 à 1993 : étude de l'implantation et du rôle des confréries musulmanes sénégalaises ».

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7.2.1 Une forte prédominance des associations mourides

Comme nous l'avons précédemment souligné, l'appartenance confrérique, mouride en particulier, a été l'élément moteur ou le « push factor » dans la réalisation du projet migratoire pour la grande majorité des migrants modou-modou notamment. L'appartenance mouride leur a permis en effet d'accéder aux moyens financiers permettant de payer le voyage, de bénéficier par exemple des filières mourides implantées en France, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis et dans le reste du monde pour leur accueil et leur intégration dans le tissu socio-professionnel au sein des différentes villes d'établissement. Devant l'ampleur de la migration en masse et à un rythme de plus en plus rapide vers les pays occidentaux des disciples ou talibés au cours de la décennie 1980-1990, certains responsables de la confrérie mouride ont senti la nécessité de se rapprocher davantage des fidèles. Il fallait en effet les réunir dans leurs lieux d'installation et les organiser au profit d'une expansion cohérente de la confrérie et aussi dans le but de mieux maîtriser la dispersion de ses disciples.

Pour les migrants mourides, surtout modou-modou, il est fondamental de vivre, même dans la mobilité, leurs pratiques religieuses et entretenir leurs fibres confrériques, c'est-à-dire leur mouridité. Pour eux, la confrérie est en quelque sorte une soupape de sécurité et un facteur d'unification. La migration est non seulement un moyen d'acquérir des ressources permettant de participer au développement de la cité religieuse de Touba, haut lieu emblématique du mouridisme, mais aussi une opportunité pour vulgariser les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba auprès des populations locales dans les pays d'installation. Aujourd'hui, le prosélytisme et le dynamisme de la confrérie mouride ont largement contribué à donner une plus grande visibilité et aussi un plus grand retentissement à la migration internationale sénégalaise. On assiste de ce fait à un foisonnement d'associations mourides au sein de la communauté des Sénégalais de l'extérieur.

Par ailleurs, afin de communier et magnifier plus largement la vie et l'oeuvre de Cheikh Ahmadou Bamba, de divulguer ses enseignements, de stimuler l'adhésion d'autres populations et de renforcer le rayonnement transnational de la confrérie mouride, les talibés se mettent au diapason des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Internet devient pour certaines associations mourides, une vitrine permettant de donner une envergure planétaire à la confrérie. C'est ainsi qu'on assiste à

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la création d'un nombre important de sites web par des associations de migrants mourides.

Aujourd'hui, les sites qui oeuvrent pour le prestige de la confrérie mouride sont de plus en plus nombreux. Ces sites ont en effet été réalisés parfois sous la responsabilité des marabouts ou de simples talibés, mais le plus souvent ils ont été mis en place par des dahiras basés surtout hors du Sénégal. Il importe en effet de souligner que les dahiras mourides implantés à l'étranger constituent l'immense majorité des dahiras ayant une présence sur le web. Au Sénégal, on note essentiellement la présence significative sur le web du dahira des étudiants mourides, Hizbuth Tarquiyah. Ces sites sont destinés avant tout à la diffusion de l'oeuvre et des enseignements du fondateur de la confrérie, Cheikh Ahmadou Bamba. En effet, comme le révèle Ibrahima Sarr146, le webmaster du site de l'Association des Mourides de France, la réalisation de leur site web résulte d'une volonté de contribuer à la vulgarisation et à la diffusion de l'oeuvre, de la pensée et du message universel de Cheikh Ahmadou Bamba.

Force est de reconnaître que la confrérie mouride est actuellement très active sur Internet. En France, la plupart des dahiras mourides ont effectivement investi Internet pour tirer profit de son potentiel ainsi que de ses multiples opportunités. On constate en effet que les dahiras des mourides implantés dans les différentes villes de la France jouent un rôle actif dans le développement du web sénégalais. Parmi les dahiras des mourides de France présents sur le web, on peut citer l'Association Bordelaise des Etudiants Mourides (ABEM), le dahira des étudiants mourides de Lille, le dahira Touba Aix-Marseille, le dahira des mourides de Grenoble, le dahira des mourides de Lyon, le dahira des mourides de Toulouse, le dahira des mourides de Pau, etc. Autre illustration de ce dynamisme, c'est la présence significative sur le web de la fédération des mourides de France et aussi celle de l'Association des Mourides de France.

146 Ibrahima Sarr est l'administrateur du site web de l'Association des Mourides de France. Dans sa correspondance électronique du 26 décembre 2005, il précise que c'est un groupement d'étudiants sénégalais établis à Paris qui a été à l'origine de la création du site. Créée en 1995, l'Association des Mourides de France, Al Khidmat (qui signifie en arabe le Service) était présidée à l'époque par un petit-fils de Serigne Touba. Aujourd'hui, la majeure partie des membres fondateurs est rentrée au Sénégal. Ibrahima quant à lui est resté à Paris où il continue de gérer le site. La décision de créer le site a été prise au moment de la fondation de l'association. Ibrahima reconnaît que le site a apporté des changements dans l'évolution de l'association. Il ajoute que le nombre de messages d'encouragements et de félicitations reçus dans la page dans laquelle se trouve le « Livre d'or » constitue pour lui un plaisir personnel et l'encourage à mieux gérer le site.

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En outre, à travers leurs contenus, il apparaît que, plus concrètement, ces sites servent d'abord à faire connaître le fondateur du mouridisme et participer à la diffusion de son oeuvre. Ensuite, les sites permettent de connaître sa descendance et les réalisations effectuées par chacun d'entre elle. Mais, on peut dire que, d'une manière générale, ces sites jouent un rôle prépondérant dans la diffusion des informations liées aux différentes manifestations religieuses et culturelles organisées aussi bien en France qu'au Sénégal ou dans les autres pays rassemblant de fortes communautés mourides. Ces sites permettent d'informer les disciples de l'arrivée des marabouts importants de la confrérie comme celle organisée par exemple à la maison « keur Serigne Touba d'Aulnay-sous-Bois ». Certaines associations mourides utilisent leurs sites web pour le rappel des contributions financières dont les membres doivent s'acquitter dans le cadre de la réalisation de certains projets. C'est le cas de celle des mourides de Bordeaux qui utilise son site web pour rappeler à ses membres qu'ils doivent apporter leurs cotisations dans le cadre d'un projet d'achat d'une maison « keur Serigne Touba » à Marseille147. De ce point de vue, il nous paraît aussi particulièrement important de souligner l'utilisation du web par l'association des mourides de Toulouse pour informer les disciples mourides du Téléthon organisé en vue de collecter de l'argent pour l'achat de cette « maison Serigne Touba » à Marseille.

Les médiathèques regroupent souvent des enregistrements audio et vidéo permettant d'écouter ou de visualiser les sermons, discours et appels de l'actuel Khalife ou ceux effectués par certains de ses prédécesseurs. Les appels constituent des moments de rassemblement et de ferveur où le khalife rappelle aux disciples certains enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba. Mais, ce sont aussi des occasions pour faire quelques recommandations à travers les médias traditionnels (radios et télévision) et désormais à travers Internet. Il s'agit en fait d'enregistrements audio ou vidéo sur les journées de commémoration des évènements mourides célébrés en France ou au Sénégal. Les vidéos peuvent être ainsi des commémorations célébrées par le collectif des mourides de France (par exemple départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba organisé à l'UNESCO) ou des causeries religieuses organisées par les dahiras. Sur certains sites, les visiteurs ont non seulement la possibilité d'écouter des khassaïdes, mais également de les télécharger. Les photos prises à l'occasion des fêtes religieuses ou des évènements comme le Magal, la

147 Il s'agit en fait d'un projet de la fédération des mourides du sud de la France, consistant à l'achat d'une maison située dans le 14ème arrondissement de Marseille, pour une valeur de 400.000 euros (soit 262.382.800 FCFA).

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fête de Korité et celle de la Tabaski ou autres manifestations culturelles sont aussi parfois entreposées dans les médiathèques.

Généralement, chaque site propose des liens vers d'autres sites web de dahiras mourides implantés en France, aux Etats-Unis ou ailleurs. Il y a un autre aspect qu'il faut remarquer sur quasiment tous les sites, c'est la présence des photos du fondateur de la confrérie, des khalifes successifs et aussi celles de la ville de Touba, sa mosquée en particulier. Certains sites se sont aussi dotés d'un forum où les internautes peuvent s'exprimer et échanger sur divers sujets relatifs au mouridisme en particulier. A travers les messages enregistrés dans les « Livre d'or », on perçoit à tel point les disciples mourides sont attachés à la vulgarisation de l'oeuvre de Cheikh Ahmadou Bamba. D'une manière générale, les visiteurs des sites mourides considèrent leur réalisation comme étant une mission parmi celles que tout mouride doit entreprendre afin d'apporter sa pierre à l'édifice liée à l'expansion du mouridisme et des enseignements de son fondateur.

L'analyse des contenus de ces sites tend aussi à montrer que contrairement à l'idée d'un prétendu repli exclusif à la communauté, Internet témoigne des relations pouvant exister entre les associations mourides et certains acteurs locaux dans le pays de résidence. Dans un certain nombre de cas, Internet contribue à rendre plus visible ces relations. C'est ainsi qu'il faut comprendre les relations de partenariat nouées par exemple entre l'Association Bordelaise des Etudiants Mourides et des établissements publics français comme le CROUS et les municipalités de Bordeaux, Pessac, Mérignac, Lormont et Cenon de même qu'avec la société d'imprimerie et de sérigraphie Copy Sud implantée à Agen dans le Lot-et-Garonne.

Parmi les sites des associations mourides de France, ceux des associations mourides de Lille et de Marseille apparaissent comme les plus intéressants autant au niveau de l'abondance et de la diversité des contenus proposés (articles, enregistrements audio et vidéo, liens disponibles...) que de la qualité graphique. Ils sont tous les deux relativement facile à utiliser et les informations sur la communauté présentent un grand intérêt.

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Le site des mourides de Lille présente la particularité de proposer une littérature intéressante sur la communauté mouride. Dans la rubrique « Actualités » du site, le visiteur peut y trouver quelques livres écrits sur Khadimou Rassoul tels que celui de Didier Hamoneau, Vie et Enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, celui du guide spirituel du mouvement tidjane des « Moustarchidines », Cheikh Tidiane Sy, La confrérie Sénégalaise des Mourides, celui de D.B. Cruise O'Brien, The Mourides Of Sénégal. The Political and Economic Organisation of an Islamic Brotherhood, etc.

Site web 31. Site web des étudiants mourides de Lille

Le site du dahira Touba Aix-Marseille se différencie des autres sites des associations mourides en France par l'importance des formats audiovisuels utilisés. Le site diffuse les séances de récitation des poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba effectuées non seulement par les différentes sections du dahira de Marseille, notamment celle des enfants comme celle des adultes, mais aussi celles effectuées par les membres de la fédération des mourides de France. On peut les écouter ou les télécharger ainsi que bien d'autres fichiers audio contenant des traductions et des discussions. Il existe également une rubrique « Xibaar » consacrée spécialement à l'actualité relative à la communauté mouride. Les auteurs y présentent également les biographies de Cheikh Ahmadou Bamba et de son fidèle compagnon Mame Cheikh Ibrahima Fall ainsi que celles de ses khalifes. Ceux qui le souhaitent peuvent se rendre dans le forum et discuter librement sur l'actualité mouride et sur l'intégration des étudiants mourides en France, en particulier à Aix-Marseille.

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Site web 32. Site web des mourides de Marseille

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