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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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identitaires ?

On va s'interroger ici sur les possibilités réelles des TIC comme supports d'intégration ou en tant que vecteurs de replis identitaires. Car comme le souligne le dessinateur et peintre Ivan Sigg, « les nouvelles technologies reflètent l'état de notre monde en ce début de siècle »153. Par conséquent, elles peuvent être mises au service de l'intégration des migrants comme elles peuvent servir à proprement parler à mieux affirmer leur identité ou leur appartenance à telle ou telle communauté. Comme l'écrivent en effet les auteurs de l'article sur « l'immigration », publié sur le site web www.openfing.org, « le téléphone portable, l'ordinateur et Internet deviennent des outils accessibles aux migrants, pourvoyeurs de nouveaux services : favorisant l'intégration dans les pays d'accueil. Les TIC assistent la recherche d'emploi, le téléphone portable permet d'être joint par les employeurs et les équipes sociales, parfois de garder le lien avec la solidarité de quartier ». Ils ajoutent que d'un autre côté « la consommation exclusive et fermée de médias consacrés à la communauté (journaux, radios, télévisions ou émissions communautaires) peut favoriser des replis communautaires et la constitution de "bulles

153 Sigg, I. Migrants.com. Hommes et migrations, n° 1240, novembre-décembre 2002. Sigg est à la fois artiste et écrivain. Il est également le réalisateur de certaines illustrations dans les pages du journal Le Monde.

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culturelles" au sein des pays d'accueil sans garantir de réelle communication entre les cultures ».

8.1.1 Les TIC, supports d'intégration

Depuis le début des années 1990, la question de l'intégration des migrants occupe une place centrale dans le débat public et dans les discours politiques en France (C. Withol de Wenden, 1992 ; J. Barrou, 1997, 2001 ; G. Noiriel, 2000, 2002 ; P. Dewitte, 2003 ; J. Costa-Lascoux, 2006). Contrairement au modèle d'intégration anglo-saxon en faveur d'une politique favorable au multiculturalisme, le modèle français d'intégration vise plutôt à favoriser la participation des migrants à la vie commune, avec l'acquisition des mêmes droits et l'assujettissement aux mêmes devoirs républicains. Dans son article intitulé « Différents modèles d'intégration nationale » et publié sur son site web www.reynier.com, l'auteur indique que dans le modèle américain d'intégration « chaque groupe peut participer à la construction de l'identité nationale en tant que groupe. C'est la pluralité des groupes qui forme l'unité nationale » tandis que dans le modèle français « l'intégration se fait de manière individuelle. Elle doit être le fruit d'une démarche personnelle. La France ne reconnaît pas les communautés particulières. Ce sont les individus et non les communautés qui sont intégrées ». En France, l'affirmation des appartenances culturelles, ethniques, religieuses ou sociales est perçue par les pouvoirs publics comme comportant des dangers pour la cohésion nationale154. Or cette vision peut être généralement considérée par les groupes minoritaires comme une tendance à vouloir les soumettre à une certaine forme d'uniformisation culturelle. Par conséquent, cela ne fait qu'engendrer des divergences qui viennent s'ajouter aux nombreuses contradictions auxquelles la société française est déjà confrontée dans sa politique d'intégration des personnes immigrées ou issues de l'immigration.

Pour ce qui concerne plus précisément les migrants sénégalais, il convient de noter que, d'une manière générale, l'intégration dans le pays de résidence a toujours été une dimension fondamentale dans les stratégies migratoires. On pourrait effectivement nous objecter le cas des ressortissants de la vallée du fleuve Sénégal vivant, pour l'essentiel, repliés en communautés villageoises dans les foyers de travailleurs migrants gérés jadis

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par la Sonacotra. Mais, nous pensons que ces établissements réservés à l'hébergement des populations migrantes présentaient également toutes les conditions favorables à l'exclusion et l'isolement de ces personnes démunies dans la plupart des cas. C'est d'ailleurs en réaction à cette situation de repli communautaire que l'on va assister progressivement à l'émergence de nouveaux leaders, hors des hiérarchies traditionnelles habituelles. Il s'agit le plus souvent de jeunes leaders, ayant une certaine maîtrise du fonctionnement de la société française, et qui vont donc mettre en oeuvre des stratégies parfois efficaces pour faciliter l'intégration de leurs compatriotes dans leur pays de résidence.

D'autre part, on sait que les premières associations d'étudiants sénégalais en France remontent à une période relativement ancienne. On peut même dire qu'elles remontent à avant l'indépendance du Sénégal obtenue en 1960. Elles résultaient non seulement d'une volonté de se rassembler dans un cadre de solidarité et d'entraide, mais aussi d'une détermination à contribuer à l'intégration des étudiants dans leur nouvel environnement estudiantin. Il en va généralement de même pour les migrants exerçant des fonctions de responsabilité dans l'administration ou dans les entreprises privées en France. En effet, pour mieux défendre leurs intérêts, les travailleurs sénégalais en France ont mis en place des structures telles que l'Association Générale des Travailleurs Sénégalais de France (AGTSF), l'Union des Travailleurs Sénégalais en France (UTSF), le Regroupement des Travailleurs Sénégalais en France (RTSF). Il y a d'une part l'insertion sociale à travers la recherche et l'obtention d'un travail permettant de mener une vie d'un niveau convenable ou décent. Il y a ensuite l'intégration à travers la participation aux échanges interculturels et plus généralement à la vie culturelle du pays de résidence.

Avec l'avènement et la propagation des TIC, et en particulier le téléphone portable et Internet, on remarque des changements significatifs dans les rapports que les migrants entretiennent avec leur pays de résidence. Par exemple, l'accès à Internet permet aux migrants d'obtenir des informations utiles sur les conditions de délivrance de la carte de séjour autorisant à rester temporairement ou la carte permettant de devenir résident permanent (par le biais de la naturalisation) en France. Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire de se déplacer à la préfecture pour obtenir certains renseignements sur le dossier à constituer en vue d'obtenir la carte de séjour. En France, les préfectures

154 Pour preuve, la tournure politique prise par l'affaire de la conductrice voilée de Nantes et de son conjoint

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permettent aux administrés d'effectuer en ligne l'essentiel de leurs services administratifs. Mais il y a surtout le site web Service-Public.fr où il est possible d'effectuer la plupart des démarches, quelles que soient par ailleurs leurs complexités administratives. Service-public.fr est le portail officiel de l'administration française. Les migrants sénégalais en France l'utilisent pour obtenir certains services en ligne et des formulaires électroniques. Parmi les plus grands utilisateurs du site, on trouve en majorité des personnes disposant naturellement de la nationalité française ou ayant vécu assez longtemps en France. Généralement, mieux intégrés dans la société française que leurs jeunes compatriotes néo-migrants, désormais ils accomplissent au quotidien diverses démarches administratives par Internet. Ainsi par exemple, certains se servent du web pour télécharger des formulaires, effectuer en ligne leurs déclarations de revenus ou d'achats de véhicules d'occasion, consulter leurs remboursements d'assurance maladie...

Site web 38. Site web du service public en France

De même, les sites web mis en place notamment par les associations de migrants étudiants permettent également d'accompagner les migrants dans leurs démarches concernant les demandes de titre de séjour. D'un autre côté, ils fournissent également des renseignements forts utiles sur les possibilités d'acquisition de logement en résidences universitaires ou dans le secteur locatif privé. Généralement, dans quasiment chaque ville

supposé polygame, en avril 2010.

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française, les étudiants ont mis sur le site web de leur association un lien permettant de se rendre sur le site du CROUS de la ville concernée. Il est aussi intéressant de noter la possibilité de constituer en ligne son dossier social étudiant et aussi de suivre en ligne son évolution. On observe aussi que la plupart des associations d'étudiants proposent sur leur site des liens vers le site de la CAF (caisse d'allocations familiales). Il s'agit de l'organisme français chargé des allocations familiales et des aides attribuées au titre de soutien aux dépenses de locations de logement (ALS et APL). Généralement, on trouve une antenne de la CAF dans presque toutes les villes françaises. Désormais, il est possible d'effectuer en ligne l'essentiel des démarches relatives aux prestations fournies par la CAF sans se déplacer jusque dans ses locaux. En effet, on peut créer en ligne son compte et télécharger les formulaires d'allocations familiales, d'aides au logement, de demande de revenu minimum d'insertion, etc. Il convient de souligner en fait que la plupart des personnes interrogées apprécie les commodités offertes par l'administration numérique. Grâce à l'e-administration, elles peuvent constituer facilement et rapidement un dossier administratif et suivre son évolution en ligne au quotidien tout en restant à leur domicile. Plus généralement, les réponses à nos questionnaires ainsi que les contenus des sites web mis en ligne par les associations de migrants sénégalais en France tendent à mettre en évidence un rôle non négligeable des TIC dans le processus d'insertion sociale des migrants.

8.1.1.1 Pour mieux accompagner les migrants dans la recherche d'emploi ou de stage

En France, le marché de l'emploi est essentiellement structuré autour du service public de l'emploi qui regroupe les agences et associations chargées de faciliter les recherches, la formation et l'insertion des demandeurs d'emploi. Ces derniers effectuaient leurs démarches principalement auprès des établissements spécialisés comme l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE), l'Association pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (ASSEDIC) et l'Union nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (UNEDIC). Mais c'est surtout l'ANPE, créée en 1967, qui apparaît comme la structure la plus dynamique dans le secteur du marché français de l'emploi. Depuis 1997, l'ANPE a mis en ligne son site web dans lequel les internautes peuvent consulter quotidiennement des milliers d'offres d'emploi. Le site web de l'ANPE

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permet donc de trouver des opportunités d'emploi dans les secteurs qui recrutent, de se faire embaucher en ligne, de bénéficier d'aides et de conseils dans ses démarches et ses droits à obtenir un emploi ou une formation. Ainsi, à l'instar de l'ANPE, les autres organismes qui s'activent dans le domaine de l'emploi ont également mis en ligne leur site web. Les chercheurs d'emploi peuvent y trouver des ressources et des conseils dans leurs démarches et leurs parcours, s'inscrire et suivre l'évolution de leurs dossiers en ligne. Il s'agit principalement du site web du Pôle emploi, un établissement public issu de la fusion en 2008 de l'ANPE et l'ASSEDIC. Le Pôle emploi propose sur son site web l'actualité et les opportunités d'emploi dans chaque région française. Chaque demandeur d'emploi peut également accéder aux forums et aux informations sur le marché de l'emploi de sa région. Pour montrer la place importante qu'occupent ces technologies dans la vie des migrants sénégalais en France, nous allons évoquer les cas de A. D. et L. G.

Agé de 40 ans, A. D. est arrivé en France en 1992. Il a fait des études de philosophie d'abord à Montpellier puis à Marseille où il a obtenu son diplôme de DEA en 2000. Voilà ce qu'il nous dit :

« J'ai commencé à utiliser le téléphone portable en 1998 et l'Internet en 2000. En moyenne, je dépense 60 euros pour mes appels téléphoniques (cartes prépayées et abonnement Bouygues) et 43 euros pour la connexion Internet (Liveboxe d'Orange). Je me suis inscrit au niveau du rectorat. Ce qui me permet de temps en temps de faire de la vacation dans les collèges. Cependant, les horaires que l'on m'attribue ne me permettent pas de gagner assez d'argent. Aussi, je suis obligé de mener parallèlement une activité indépendante saisonnière. De juin à juillet, je travaille comme commerçant. Je vends des objets d'art africain, des ceintures, des porte-monnaies... Cependant, quand je ne travaille pas, je m'inscris aux ASSEDIC en tant que demandeur d'emploi afin de pouvoir bénéficier des aides au chômage. J'ai donc constitué un dossier sur le site de Pôle emploi. Les formalités sont très faciles. J'ai un mot de passe qui me permet d'accéder à mon dossier en ligne à tout moment. Franchement, c'est très pratique car cela évite de se déplacer parfois inutilement. Ma conseillère en recherche d'emploi me tient régulièrement informé par courrier électronique. Quand je me déplace pour me rendre dans les locaux de Pôle emploi, c'est généralement pour répondre aux convocations pour des journées de formation. En outre, étant souvent au Sénégal, je peux aller dans les cybercafés pour suivre au quotidien mon dossier ASSEDIC ».

L. G., une jeune femme âgée de 36 ans et domiciliée à Drancy en région parisienne dit à peu près la même chose :

« Je suis arrivée en France en 2005. J'ai fait des études d'AES à l'université de Metz. Après avoir fait une formation en secrétariat médical, j'ai trouvé du travail dans un hôpital de la région parisienne. J'ai commencé à utiliser le téléphone portable en 1997. Depuis lors, je suis restée une fidèle cliente de SFR chez qui j'ai pris un abonnement mensuel de 50 euros. Pour ma connexion Internet à domicile, j'ai pris un abonnement mensuel de 30 euros chez Free. Mon ordinateur portable, acquis en 2008, me sert surtout à effectuer mes démarches administratives. Par exemple, j'utilise Internet pour les procédures avec la CAF. Quand j'en ai besoin, je peux discuter par courrier électronique avec mon assistante sociale. Etant actuellement à la recherche d'un logement, j'ai constitué en ligne un dossier de demande de logement dans le parc locatif public. N'empêche, je fais aussi sur Internet des recherches de logement dans le parc privé en région parisienne, de préférence pas loin de mon lieu de travail. Internet m'apporte beaucoup de commodités dans mes relations notamment administratives avec mon pays de résidence. Grâce à Internet, mes relations avec mon pays d'origine sont devenues quasi quotidiennes. J'appelle mes parents restés au pays presque tous les jours sur Skype. Comme presque tous mes frères et soeurs sont en France, on a installé une connexion Internet à domicile à Dakar pour permettre à nos parents de ne pas se sentir trop seuls ».

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Site web 39. Site web de Pôle emploi

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En ce qui concerne les étudiants, c'est généralement le CROUS qui permet l'accès à certaines offres d'emploi qui leur sont plus particulièrement destinées. Le « service emploi étudiants » au niveau des CROUS met à la disposition des employeurs un espace pour afficher leurs offres d'une part et, d'autre part il permet aux étudiants de trouver des offres d'emploi en ligne pour financer leurs études et subvenir à certains de leurs besoins. I. D., âgé de 25 ans est étudiant à Bordeaux où il vit depuis 2002. Cet étudiant en maîtrise de droit nous raconte comment il procède pour trouver un emploi étudiant.

« C'est en 1998 que j'ai commencé à utiliser le téléphone portable et Internet en 2000. Chaque mois, je dépense 30 euros pour mon abonnement téléphonique chez SFR et 20 euros pour mon abonnement Internet chez Neuf Télécom. Quand je cherche du travail, je vais consulter les annonces affichées au CROUS ou au CIJA. Dès que je trouve une annonce intéressante, j'appelle avec mon téléphone portable pour postuler. Parfois, on me demande le numéro de mon téléphone portable sur lequel on va me rappeler. De plus, je me suis inscrit auprès de quelques agences d'intérim comme Manpower et Adecco qui me trouvent de temps en temps du travail dans le nettoiement ou la manutention. Grâce au téléphone portable, je peux être joint à tout moment par toutes ces structures susceptibles de me procurer du travail. Ce qui me permet de financer mes études en France et d'envoyer un peu d'argent à mes parents restés au pays».

Par ailleurs, nous avons aussi vu que le secteur du marché du travail au Sénégal constitue également un enjeu majeur pour certains migrants sénégalais en France. Aussi, ceux qui cherchent un emploi ou un stage au Sénégal n'ont plus vraiment besoin de se déplacer jusqu'au Sénégal. Ils peuvent désormais trouver de nombreuses propositions sur Internet. Il y a les sites web mis en ligne par les structures administratives chargées de l'emploi et l'insertion professionnelle des jeunes au Sénégal, notamment le site du Ministère de la jeunesse et de l'emploi des jeunes www.jeunesse.gouv.sn, le site du Fonds national de promotion de la jeunesse www.fnpj.sn et le site de l'Agence nationale pour l'emploi des jeunes www.anej.sn.

On peut citer également le site web www.senjob.com « le spécialiste de l'emploi en ligne au Sénégal et en Afrique » comme l'indiquent les auteurs du site. Dans presque tous ces sites Web, les demandeurs d'emploi peuvent déposer leurs candidatures et postuler en ligne aux offres d'emploi contenues quel que soit le secteur d'activités. En outre, le site

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web www.senjob.com propose un forum où les internautes peuvent se rencontrer virtuellement afin de partager leurs expériences professionnelles, échanger des idées sur l'entrepreneuriat, débattre sur le retour au Sénégal après les études en Europe, etc.

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