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Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

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par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

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8.3 Les TIC, de nouveaux moyens de contrôle, de surveillance

et de répression ?

Les applications des TIC offrent aux institutions s'occupant de tâches proprement sécuritaires de nouveaux outils de surveillance et de contrôle des citoyens. Dans les pays occidentaux, de nombreux espaces publics ont été équipés de caméras de surveillance ou vidéosurveillance durant ces dernières années, afin de dissuader d'éventuels actes mal intentionnés. Comme on peut le voir plus particulièrement dans les centre-villes, les aéroports, les gares, le long des routes pour réprimer les excès de vitesse et diminuer les accidents et dans les transports publics, des politiques de vidéosurveillance de grande ampleur ont été mises en place par les pouvoirs publics en France. Des lois instaurant l'installation de caméras de vidéosurveillance dans certains lieux publics, ces non lieux explorés par Marc Augé (1992) dans son Anthropologie de la surmodernité, ont été votées dans d'autres pays occidentaux, notamment l'Angleterre, la Suisse... Le déploiement de cet arsenal souvent très coûteux répond au tout sécuritaire initié par les autorités face à la recrudescence des actes de vandalisme et de délinquance et autres délits. Toutefois, ces initiatives rencontrent de nombreux détracteurs qui doutent, à juste raison, de leur efficacité réelle et redoutent leur usage abusif dans la vie privée. L'extension de l'installation des caméras de vidéosurveillance dans les zones résidentielles a provoqué un gigantesque tollé qui a fini par populariser l'expression « Big Brother » pour dénoncer les dérives liberticides. Dans son ouvrage La globalisation de la surveillance, Armand Mattelart (2007) lance en quelque sorte une alerte sur les menaces que font peser l'intrusion de techniques de surveillance de plus en plus sophistiquées dans la vie des individus. Il montre que dans les pays développés, la prolifération des systèmes de contrôle des citoyens, notamment empreintes génétiques, fichage, vidéosurveillance, écoutes, puces... a permis et permet encore de réaliser des prélèvements d'informations utiles pour dresser des profils et géolocaliser plus simplement les citoyens. Claude-Marie Vadrot (2007) estime que cette grande surveillance est en train de créer une obsession sécuritaire d'où peut découler une démocratie en liberté surveillée.

Dans un contexte où la migration est considérée comme un problème de sécurité, on constate que certains aspects du problème évoluent vers un amalgame entre délinquance, immigration et illégalité. Pour certains hommes politiques et une partie de l'opinion publique, il y a un lien établi entre migration, chômage et insécurité. Ce sentiment

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d'insécurité suscite des peurs que certains hommes politiques n'hésitent pas à utiliser comme fonds de commerce. C'est en ce sens que l'on assiste à la mise en place d'un dispositif sécuritaire de plus en plus coûteux et draconien pour surveiller les frontières et contrôler les déplacements des migrants et un durcissement généralisé des politiques migratoires. En revanche, il est également à craindre que les nouveaux outils de communication accentuent davantage les contrôles et les répressions dont les migrants font déjà l'objet.

8.3.1 Surveillance des frontières et traçage des migrants

Pour empêcher les arrivées éventuelles de migrants sur leurs territoires, la plupart des pays occidentaux ont mis en oeuvre des stratégies complexes de surveillance et de restriction des mouvements au niveau de leurs frontières géographiques. Non seulement, les frontières sont maintenant surveillées jour et nuit par des technologies de plus en plus sophistiquées, « dont la caractéristique la plus saillante est d'être à la fois mobiles et intelligentes, c'est-à-dire capables de s'adapter à la mobilité des individus, de les suivre, de tracer leur itinéraire et de déterminer leur véritable identité (A. Ceyhan, 2010), mais aussi par des gardes-frontières mieux formés, mieux entraînés et dotés davantage d'équipements. D'autant plus que notent Bertrand Badie et Catherine Withol de Wenden « les flux migratoires font figure d'intrus qu'il s'agit de maîtriser et de contrôler159 ». L'objectif visé, à travers toutes ces mesures, consiste principalement à rendre ces frontières les moins étanches possibles. Ces « frontières intelligentes », intelligentes dans la mesure où elles doivent être capables de filtrer et détecter les entrées et sorties des « individus à risque » en devenant aussi mobiles qu'eux, deviennent en quelque sorte la ligne de front où la richesse se dresse toutes griffes dehors face à l'avancée de cette effrayante pauvreté. Ainsi, dans l'espace Schengen, la gestion des frontières extérieures de chaque État membre de l'Union Européenne est désormais coordonnée par l'Agence européenne pour le contrôle des frontières extérieures (FRONTEX) créée en 2004 par l'Union Européenne. En effet, souligne Ayse Ceyhan (2010), « l'Union européenne hésite à faire de la mobilité un atout. Plutôt que de bâtir une politique d'immigration adaptée

159 BADIE, Bertrand et WITHOLD DE WENDEN, Catherine. Le Défi migratoire. Paris : Presses de la Fondation nationale de Sciences Po, 1994.

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aux nouvelles dynamiques de la mobilité, elle continue de mélanger une logique sécuritaire de contrôle, qu'elle valorise plus que tout, avec une logique utilitariste d'accueil de migrants qualifiés pour combler le manque de main-d'oeuvre dans certains domaines bien précis comme l'informatique ».

Au niveau des systèmes utilisés pour le traçage des migrants, on peut mentionner les puces présentes au niveau des visas collés sur les passeports et les documents de titres de séjour, la biométrie, les caméras, les capteurs et les radars. La biométrie est une technique qui permet d'obtenir des renseignements extrêmement précis sur des individus. Elle permet de reconnaître chaque individu en fonction de ses caractéristiques biologiques propres. Cela peut se faire à travers par exemple une analyse morphologique des empreintes digitales ou des traits du visage. Les moindres présences suspectes peuvent en général être détectées par les capteurs et les radars.

Toutes ces mesures combinées font que les migrants rencontrent aujourd'hui des obstacles insurmontables pour traverser certaines frontières terrestres ou maritimes. Mais une chose est certaine, ces mesures ne peuvent en aucun cas constituer un frein à la volonté inébranlable des candidats de migrer au péril de leur vie. Etant donné l'absence désespérante de perspectives de promotion sociale dans les pays d'origine et leur forte détermination à franchir ou contourner, dans des conditions de précarité extrêmes, les obstacles de toutes sortes pour rejoindre ces pays où ils espèrent tout simplement des conditions de vie meilleures.

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