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Mémoire, identité et dynamique des générations au sein et autour de la communauté harkie. Une analyse des logiques sociales et politiques de la stigmatisation.


par Emmanuel BRILLET
Université Paris IX Dauphine - Doctorat de sciences politiques 2007
  

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Partie 3 : Ce que veut dire être harki dans l'ordinaire des relations sociales et familiales

Corrélativement à l'étude de la stigmatisation telle qu'elle a été ou est institutionnellement "agie", depuis l'invention de la figure du harki jusqu'à ses reconfigurations et usages rétrospectifs (niveau macropolitique), cette troisième partie, glissant sur l'autre versant de la sociodynamique de la stigmatisation (niveau infrapolitique), traite de la capillarisation des anathèmes politiques dans les interactions de la vie sociale et dans l'intimité des relations familiales (niveau micropolitique), à savoir : la stigmatisation telle qu'elle est ordinairement subie et relayée (sous des formes plus ou moins dégradées et banalisées des grands mythes politiques et idéologiques) au sein et autour de la communauté harkie.

A cet égard, il nous faudra d'abord rendre compte de la stigmatisation telle qu'elle est intimement subie et ressentie dans le cercle familial. Qu'en est-il notamment du rapport à la mémoire familiale et de la façon dont il peut (ou non) produire la honte chez l'enfant ? En d'autres termes, comment les anathèmes politiques interfèrent-ils dans l'ordinaire des relations familiales, s'agissant tant de la transmission de la mémoire (du côté des parents) que de la réception de cette mémoire dans une visée d'identification (du côté des enfants) ?

Par suite, il nous faudra faire état de la manière dont les « idéologies de statut » (Elias et Scotson) véhiculées à l'encontre des anciens harkis - ou, à l'inverse, les formes institutionnalisées d'oubli qui tendent délibérément à en estomper la trace - influent sur la qualité des relations interpersonnelles en dehors du cercle familial : en d'autres termes, comment s'opère la construction du rapport "Nous / Eux" dans l'ordinaire des relations sociales, à l'articulation des processus d'étiquetage et des stratégies de présentation de soi (sur la base de "savoirs pratiques" et d'anticipations qui assurent la fluidité des interactions dans l'ordinaire des relations sociales) ?

Il s'agira ici à la fois d'identifier les agents, relais et modes opératoires ordinaires de la stigmatisation (mécanismes et formes de capillarisation des figurations politiques dans les interactions de la vie quotidienne), mais aussi de rendre compte des phénomènes liés au « maniement du stigmate » (Erving Goffman), autrement dit, des difficultés et du coût psychologique liés à la mise en oeuvre de stratégies d'accommodation ou d'adaptation aux exo-définitions de soi, qu'il s'agisse de neutraliser les préjugés liés au faciès (vis-à-vis du groupe majoritaire) ou de se conformer aux attentes normatives des populations issues de l'immigration maghrébine. Ce "coût" peut être décrit sous la forme d'un double triangle de stigmatisation (catégoriel et existentiel), qui dit bien l'écartèlement des identifications au niveau du moi, et la situation de « déchirement » dans laquelle se trouvent ordinairement placés les fils et filles de harkis dans la société d'accueil.

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