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Mémoire, identité et dynamique des générations au sein et autour de la communauté harkie. Une analyse des logiques sociales et politiques de la stigmatisation.


par Emmanuel BRILLET
Université Paris IX Dauphine - Doctorat de sciences politiques 2007
  

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- 2. De l'utilité d'un recrutement de masse dans le contexte d'une guerre « subversive » ou la question de l'efficace politique des supplétifs

Mais dans le contexte de la guerre d'Algérie (guerre dont l'enjeu principal, compte tenu de la disproportion des forces militaires, était le contrôle et/ou la conquête des populations civiles), la question de l'efficacité militaire des supplétifs était indissociable de celle de leur efficacité politique. Dans cette optique, le haut commandement entend notamment faire jouer aux autodéfenses - élément adventice (quoique utile) sur le plan militaire - un rôle politique de premier plan, car ces autodéfenses symbolisent l'implication directe des populations dans la lutte, donc leur "responsabilisation". Ainsi, dans son exposé du 26 octobre 1959, dans la salle des opérations de l'état-major interarmées d'Algérie, le général Challe explique comme suit comment il entend arriver à ce que « la population de ce pays, avec notre aide, prenne la direction des événements » :

« Il faut qu'en face du parti de la sécession, nous organisions dès maintenant le parti de la France, et que nous le rendions vigoureux. (...) Pour moi l'embryon du parti de la France réside, militairement parlant, dans les unités territoriales et les autodéfenses. (...) J'ai fait monter une fédération des U.T. et des autodéfenses ; cette fédération prendra corps et soutiendra sur le plan civil l'organisation que nous mettrons sur pied sur le plan militaire. Par ce moyen nous arriverons à la «structuration» des populations : le mot n'est certes pas joli mais il doit être prononcé »239(*).

Soucieux de pousser plus avant cet avantage, « le Commandant en chef [le général Challe] décide de créer dans chaque secteur un centre de formation pour les responsables des GAD, qui seront les adhérents du grand parti constitué par la Fédération des unités territoriales et des autodéfenses »240(*). Selon Maurice Faivre, ces centres de formation, progressivement mis sur pied, accueillirent jusqu'à 1.200 stagiaires par mois241(*). Selon Charles-Robert Ageron, ils étaient 20.000 à les avoir suivis en avril 1960. Pour cet auteur, « le «grand parti de la France» que le général Challe voulait constituer autour des supplétifs ne parvint pas à voir le jour. La Fédération des unités territoriales et des autodéfenses fut une tentative mort-née. (...) Le général Challe dut renoncer à son projet politique »242(*). Maurice Faivre avance pour sa part que « le général Challe ne renonça pas à son projet politique de créer «un grand parti de la France» mais fut plus simplement relevé de son commandement en avril 1960 »243(*). Mais il faut aussi rappeler que la Fédération des unités territoriales et des autodéfenses a bien sûr pâti de la dissolution des unités territoriales, en février 1960, à la suite des journées des barricades, à Alger, fin janvier 1960.

* 239 Maurice Challe, Notre révolte, Paris, Presses de la Cité, 1968, p.128.

* 240 Maurice Faivre, « Les supplétifs dans la guerre d'Algérie », Guerre d'Algérie magazine, « Harkis et pieds-noirs : le souvenir et la douleur. Numéro spécial été 62 », n°4, juillet-août 2002, p.21.

* 241 Ibidem.

* 242 Charles-Robert Ageron, « Les supplétifs algériens dans l'armée française pendant la guerre d'Algérie », Vingtième siècle. Revue d'histoire, Presses de la F.N.S.P., n° 48, octobre-décembre 1995, p.9, 10 et 13.

* 243 Maurice Faivre, « Les harkis contestés », texte inédit, décembre 1995, p.4.

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