WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Mémoire, identité et dynamique des générations au sein et autour de la communauté harkie. Une analyse des logiques sociales et politiques de la stigmatisation.


par Emmanuel BRILLET
Université Paris IX Dauphine - Doctorat de sciences politiques 2007
  

précédent sommaire suivant

F.L.N. - A.L.N.

Aux Armées,

Le 10 AVRIL 1962

ETAT-MAJOR GENERAL

Commandement Général Wilaya 5 Directives

Objet : Répercussions du cessez-le-feu

Quelques jours après le cessez-le-feu, nous avons pu enregistrer certaines répercussions d'une importance assez grande pour pouvoir nous causer d'énormes difficultés dures à surmonter, si les précautions nécessaires ne sont pas tout de suite prises en conséquence, à savoir notamment :

1) La libération des harkis, goumiers et ralliés servant dans les rangs ennemis : A travers toute l'Algérie, l'ennemi a entrepris la démobilisation massive des harkis, goumiers et ralliés qui n'ont maintenant aucune raison d'être. Le colonialisme français, ayant fini de se servir et d'exploiter ses valets inconscients, a décidé de les rejeter définitivement comme ce devait arriver tout à fait naturellement.

Nous n'ignorons aucunement leurs actes irréfléchis et inhumains, leurs méfaits et crimes dont ils ont été auteurs, obéissant ainsi aveuglément à leurs maîtres colonialistes qui n'ont à aucun moment cessé de les dresser contre leur peuple désarmé et meurtri par tant d'années de souffrance et de misère. Ils ont librement consenti l'engagement de servir et de n'épargner aucun effort contre leur cause nationale. Dans leur égarement total, ils ont tout fait pour détruire, opprimer et bafouer leur dignité et l'honneur de notre vaillant peuple à jamais invincible. Nul n'ignore leur honteuse et abominable histoire qui restera plus que jamais connue de toutes les générations à venir. Si la révolution les a condamnés, il n'en reste pas moins que le peuple les frappe de son mépris et continuera toujours à les haïr et à les nier.

Néanmoins, le cessez-le-feu n'étant pas la paix, nous devons user du tact et agir avec souplesse afin de les gagner provisoirement pour ne pas leur donner l'occasion de faire encore le jeu de l'ennemi qui n'en reste pas moins désarmé qu'avant et continue de faire des manoeuvres et tentatives en vue de noyauter notre chère et noble Révolution. Leur jugement final aura lieu dans une Algérie libre et indépendante devant Dieu et devant le Peuple qui sera alors seul responsable de leur sort. Il y a lieu donc, d'inviter ce peuple assoiffé de vengeance, à contenir sa colère et prendre conscience de la situation actuelle qui n'est que provisoire et que le moment attendu n'est pas encore arrivé.

Toutefois, comme nous l'avons déjà fait savoir dans notre Circulaire N°403, ces égarés abandonnés doivent être surveillés dans leurs moindres gestes et activités et seront inscrits dans une liste noire qu'il faudra conserver minutieusement. Aussi, il faut faire de telle manière qu'ils ne tombent pas dans le camp adverse et de ce fait, peuvent nous saboter et collaborer soit avec l'OAS, soit avec n'importe quel autre ennemi. C'est la raison pour laquelle, nous vous recommandons la plus grande souplesse afin de les gagner et non de les perdre et faire d'eux d'autres ennemis qui auront à agrandir le camp adverse »456(*).

Il n'est pas jusqu'en métropole où l'on ne conditionne les esprits à ce double langage, comme en témoigne cette directive trouvée à Versailles en date du 25 avril 1962 : « Il faut accepter tous les ralliements et mener une campagne auprès des harkis et des messalistes pour qu'ils se rallient. Ne pas les brusquer, ne pas leur reprocher ce qu'ils ont fait. L'organisation est seule compétente pour prendre des décisions... Car l'épuration elle aussi s'accentue. Les traîtres seront jugés et s'ils ne sont pas toujours exécutés sur le champ, ils n'échappent pas longtemps au sort qui leur est réservé. Par le recensement, l'organisation s'attache à dresser un fichier général d'où seront extraits les noms de traîtres et des mauvais citoyens »457(*).

Selon Jean Monneret, cette politique des faux-semblants correspondait à une orientation déjà ancienne, tracée par exemple dès 1960 par le ministre chargé des Liaisons et Communications au sein du GPRA, Lakdhar Ben Tobbal. Celui-ci déclarait alors : « Autant essayer de les [les harkis] gagner à nous, c'est autant de gagné sur l'ennemi. Quant à demain, le Parlement et le Gouvernement qui seront mis en place décideront de leur sort »458(*). Ce marché de dupes a pu prendre parfois des atours beaucoup plus mercantiles et vils : ainsi le FLN a-t-il incité les anciens supplétifs qui avaient opté pour le licenciement avec prime de démobilisation à lui rétrocéder l'intégralité de leur pécule (pour solde de tout compte eu égard aux "arriérés" d'impôt révolutionnaire) contre la promesse - généralement restée lettre morte - d'une plus grande mansuétude459(*).

Cependant, quelle qu'ait pu être la duplicité du FLN en la circonstance, le fait est que les supplétifs ont d'abord et principalement été soumis à l'influence de leurs autorités de tutelle, civiles et militaires, qui les ont uniment incité à privilégier la solution du recasement en Algérie. Les discours captieux du FLN n'ont fait, à cet égard, que relayer les couplets exagérément optimistes de l'appareil d'État français. Ce dont témoignent rétrospectivement nombre d'anciens harkis, qui reviennent sur l'effet dévastateur des « paroles de miel » prodiguées par les autorités françaises. M. R. (anonyme) : « On savait que notre village était foutu, que toutes nos familles étaient foutues. Plus aucun harki n'avait d'armes parce que la France nous avait menti. Et maintenant, elle nous laissait en nous disant que c'était fini, que la guerre était finie, et que nous n'étions plus en guerre »460(*). De même, Abdelkader Adelaah : « Les officiers français nous ont dit que tout allait s'arranger. C'était des paroles de miel »461(*).

Ainsi, aux louvoiements à usage externe du FLN répondait le double discours des autorités françaises. Aux confluents de ces politiques d'artifice se tramait la disparition des harkis : il apparaît de fait clairement que tant l'habillage discursif que les conditions liées à l'instruction des options offertes aux supplétifs au moment de leur démobilisation, plutôt que d'organiser leur libre choix, l'ont aiguillé plus qu'incidemment vers la solution du « recasement » en Algérie.

- L'annonce du plan général de rapatriement

Confrontés aux obstacles ou insuffisances pratiques liés aux modalités d'application de l'option de transfèrement, ainsi qu'à la rhétorique officielle de minoration des périls qui les assure de l'innocuité d'un retour immédiat à la vie civile, la plupart des supplétifs ont préféré opter pour le licenciement et cherché à se fondre au plus vite dans les cadres mouvants de l'Algérie nouvelle, plutôt que de constituer une demande de transfert à l'issue aléatoire et se signaler ainsi inopportunément au reste de la population (qui plus est désarmés). Il en résulte que, dans les jours qui précèdent l'indépendance, seules 1.500 demandes de rapatriement ont été effectivement enregistrées et transmises pour toute l'Algérie462(*).

C'est sur ces bases, qui satisfont l'optique gouvernementale de minimalisation du dispositif de rapatriement, que Pierre Messmer annonce dans un communiqué en date du 5 juin 1962 l'amorce prochaine des opérations de transfèrement, dans le cadre du plan général de rapatriement : seules 4.930 personnes (familles comprises, ce qui correspond aux 1.500 chefs de famille recensés) sont concernées. Un premier recensement, effectué en avril 1962, évaluait pourtant à 9.400 le nombre de harkis et membres de leurs familles dits « réellement menacés », soit un chiffre deux fois supérieur à celui communiqué en juin.

Quoi qu'il en soit, ces chiffres apparaissent dérisoires en comparaison de ceux avancés par l'ancien contrôleur général des armées Christian de Saint-Salvy qui, dans un rapport adressé à l'ONU en mars 1962, évaluait le nombre des musulmans pro-français menacés par d'éventuelles représailles à 263.000 (soit environ un million de personnes si l'on y ajoute les membres de la proche famille). Ce chiffre se décompose comme suit :

- militaires de carrière 20.000 ;

- militaires du contingent 40.000 ;

- harkis 58.000 ;

- moghaznis 20.000 ;

- membres des GMPR et GMS 15.000 ;

- membres des groupes civils d'autodéfense 60.000 ;

- élus, anciens combattants et fonctionnaires 50.000.

Comment expliquer de telles différences d'appréciation ? A la différence des évaluations officielles, qui reposent sur le seul inventaire des demandes de transfert effectivement déposées par les intéressés eux-mêmes puis instruites et validées par les autorités (procédure dont nous avons vu les difficultés pratiques d'activation et l'esprit - hautement restrictif - qui entoure sa mise en oeuvre), l'estimation de Christian de Saint-Salvy se calque sur les effectifs maximums des différentes catégories de personnels civils et militaires indigènes atteints à la fin de l'année 1960 et au début de l'année 1961. Autrement dit, tandis que les estimations officielles reposent sur l'idée que seule une infime minorité de musulmans pro-français est réellement sous la menace de représailles, à l'inverse, l'estimation de Christian de Saint-Salvy part du postulat symétrique que seule une infime minorité de musulmans pro-français est à l'abri de telles représailles.

Les termes du communiqué du ministre des Armées sont rapportés et commentés l'après-midi même à l'Assemblée nationale par le bachaga Boualam, député et ancien vice-président de l'Assemblée. Je cite le bachaga Boualam : « Ce matin même, 5 juin, un communiqué du Ministre des Armées affirme que les harkis menacés et leurs familles, soit 4.930 personnes, vont être rapatriés, et que M. le Secrétaire d'État aux Rapatriés est chargé de leur accueil en Métropole. (...) En fait, il ne s'agit là que d'une estimation provisoire concernant exclusivement les harkis les plus menacés. Parle-t-on de tous les autres musulmans condamnés par les tribunaux FLN ? Le chiffre du Ministère des Armées, je ne le considère pas comme valable. Il cache l'abandon et la mort de milliers d'autres. En retirant l'armée, vous livrez nos terres et nos populations à la merci de l'ALN. Dans le bled on rançonne systématiquement les serviteurs de la France. (...) Je demande au gouvernement : pourquoi n'avez-vous rien prévu, depuis des mois, alors qu'il était encore temps et que déjà l'abandon était décidé ? Pourquoi n'avez-vous pas, depuis des mois, regroupé et protégé tous ceux qui sont désarmés ? (...) Il faut qu'on m'assure que là-bas, en Algérie, partout les autorités vont recevoir immédiatement l'ordre de regrouper effectivement ceux qui le veulent, à quel que titre que ce soit. Il faut qu'on m'assure qu'en tout lieu les moyens seront mis en oeuvre pour les protéger. Car ce sont des milliers de personnes qu'il nous faut sauver avant le 1er juillet »463(*).

Devant les réactions indignées de certains secteurs - minoritaires - de l'opinion, et pour éviter que ces réactions ne fassent tâche d'huile, Robert Boulin, secrétaire d'État aux rapatriés, réévaluera quelques jours plus tard les chiffres du plan général de rapatriement à hauteur de ceux du recensement effectué en avril, soit 9.500 personnes. La plupart des auteurs s'accordent à dire que ce dernier chiffre correspond, en effet, au nombre de demandes de transfert formulées en bonne et due forme par les intéressés (proches parents compris) à la suite de leur démobilisation. Tous s'accordent également à dire que ce chiffre sous-estime gravement - et sans doute délibérément compte tenu des obstacles liés aux modalités d'application de cette option et à l'esprit de sa mise en oeuvre (voir supra) - le nombre des harkis et membres de leurs familles menacés. François Meyer : « On pourra dire que les candidats au départ pour la France n'étaient pas très nombreux464(*). Mais dans les conditions d'accès qui leur étaient faites, cela n'était guère étonnant. Désabusés, certains ont peu à peu cédé aux assurances du FLN. En fait, les supplétifs ne commenceront à croire à leur transfert en France que lorsqu'ils verront partir les premiers convois, c'est-à-dire au milieu du mois de juin »465(*).

Il est un fait cependant que les carences de l'État-providence (obstacles pratiques et procéduraux liés à l'activation de l'option de transfèrement d'une part, discours dilatoires des plus hautes autorités d'autre part), qui, dans un premier temps, ont convaincu/acculé les ex-supplétifs à demeurer massivement (et, apparemment du moins, librement) en Algérie dans un contexte pourtant plus qu'insécure, vont être redoublées par les excès de zèle de l'État-gendarme : assimilant les harkis à des recrues potentielles de l'OAS, les autorités, en plus de donner au plan général de rapatriement un caractère hautement restrictif, vont - sous le prétexte d'un péril subversif - aller jusqu'à prescrire l'interdiction des rapatriements en dehors des voies officielles (et, ce, bien que la liberté de circulation entre la France et l'Algérie soit une des dispositions fondamentales contenues dans le texte des accords d'Evian), et entreprendre de sanctionner contrevenants et complices.

- L'interdiction des rapatriements en dehors des voies officielles

Dans ces temps de chaos généralisé en Algérie, l'État-gendarme va trouver matière à s'exprimer là où on l'attend le moins : le contrôle et le filtrage tatillons - qui peuvent aller jusqu'à prendre la forme d'une "traque" - des réfugiés musulmans ayant bénéficié, pour gagner la métropole, de filières d'évacuation "hors cadres". Il est un fait que, dès avant le mois de juin et l'amorce du plan général de rapatriement, des initiatives privées et localisées, impulsées notamment par des chefs de harkas ou des chefs de SAS et motivées par les carences évidentes du dispositif officiel de rapatriement qu'aggrave la lenteur de sa mise en place, tendent à faciliter et à précipiter le rapatriement des supplétifs et de leurs familles vers la métropole. En dehors des voies officielles, donc.

À Marseille, en mai et juin 1962, les autorités préfectorales se font d'abord les témoins passifs, sinon bienveillants, des premières arrivées de familles isolées ou d'unités reconstituées par leurs cadres. Je cite :

« Ce 11 mai, 17 familles de harkis de Béni-Saf (90 personnes) ont débarqué à Marseille et se sont rendues à Chauvigny (Vienne) où elles seront employées dans l'agriculture. Le voyage, sans problème, était organisé par le capitaine D., officier des Affaires algériennes, qui accompagnait les intéressées.

Ce 18 mai, arrivées le matin par le Ville-de-Bordeaux de 4 familles musulmanes dont 3 ex-harkies - 16 personnes - venant de Nemours [Algérie] pour Dijon pour trois d'entre elles et pour Troyes en ce qui concerne la quatrième. Les familles intéressées ont d'ailleurs été considérées comme de simples familles migrantes (sic).

Ce 23 mai, 120 familles harkies venant de Mers-el-Kébir sont arrivées à Marseille. Elles sont encadrées par le lieutenant de Saint-G. pour le compte d'une association de fusiliers marins pour la Lozère »466(*).

Cependant, ces initiatives semi-clandestines suscitent, une fois opérée la remontée de l'information à l'échelon gouvernemental, une levée de boucliers immédiate. Aux yeux des autorités gouvernementales, il ne saurait être question de court-circuiter plus longtemps la voie hiérarchique normale et, surtout, de contrarier l'esprit minimaliste du plan général de rapatriement. C'est au ministre en charge des Affaires algériennes, Louis Joxe, que l'on doit le premier rappel à l'ordre, le plus fameux malgré son caractère « Très secret ». Cette directive en date du 12 mai 1962 à l'adresse de Christian Fouchet, haut commissaire de la République en Algérie, va jusqu'à préconiser le renvoi en Algérie des supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général :

« NR 1676 TRES SECRET - PRIORITE ABSOLUE -

MINISTRE ETAT CHARGE DES AFFAIRES ALGERIENNES

A

HAUT COMMISSAIRE DE LA REPUBLIQUE EN ALGERIE - ROCHER NOIR -

NR 223/Z

SUITE NOTE 215/Z DE CE JOUR

LES RENSEIGNEMENTS QUI ME PARVIENNENT SUR LES RAPATRIEMENTS PREMATURES DE SUPPLETIFS INDIQUENT L'EXISTENCE DE VERITABLES RESEAUX TISSES SUR L'ALGERIE ET LA METROPOLE DONT LA PARTIE ALGERIENNE A SOUVENT POUR ORIGINE UN CHEF DE S.A.S. JE VOUS ENVOIE AU FUR ET A MESURE LA DOCUMENTATION QUE JE REÇOIS A CE SUJET. VOUS VOUDREZ BIEN FAIRE RECHERCHER TANT DANS L'ARMEE QUE DANS L'ADMINISTRATION LES PROMOTEURS ET LES COMPLICES DE CES ENTREPRISES ET FAIRE PRENDRE LES SANCTIONS APPROPRIEES.

LES SUPPLETIFS DEBARQUES EN METROPOLE EN DEHORS DU PLAN GENERAL DE RAPATRIEMENT SERONT EN PRINCIPE RENVOYES EN ALGERIE OU ILS DEVRONT REJOINDRE AVANT QU'IL SOIT STATUE SUR LEUR DESTINATION DEFINITIVE LE PERSONNEL DEJA REGROUPE SUIVANT MES DIRECTIVES DES 7 ET 11 AVRIL. JE N'IGNORE PAS QUE CE RENVOI PEUT ETRE INTERPRETE PAR LES PROPAGANDISTES DE LA SEDITION COMME UN REFUS D'ASSURER L'AVENIR DE CEUX QUI NOUS SONT DEMEURES FIDELES. IL CONVIENDRA DONC D'EVITER DE DONNER LA MOINDRE PUBLICITE A CETTE MESURE MAIS CE QU'IL FAUT SURTOUT OBTENIR C'EST QUE LE GOUVERNEMENT NE SOIT PLUS AMENE A PRENDRE UNE TELLE DECISION.

SIGNE : LOUIS JOXE.

1825/12/05

JE REPETE 1676 223/Z 215/Z ET 11 AVRIL - LOUIS JOXE - »467(*).

Le rappel à l'ordre de Louis Joxe est immédiatement répercuté en Algérie par le colonel Buis, chef du cabinet militaire du haut commissaire de la République en Algérie, via une note en date du 16 mai 1962 à l'adresse de l'Inspecteur général des Affaires algériennes. Il y est notamment rappelé que « le transfert en métropole de Français musulmans effectivement menacés dans leur vie et dans leurs biens s'effectuera sous la forme d'une opération planifiée et préparée ». Le colonel Buis de conclure : « J'ai en conséquence l'honneur de bien vouloir prescrire à tous les cadres placés sous vos ordres de s'abstenir de toute initiative isolée destinée à provoquer l'installation de Français-musulmans en métropole. Il vous appartiendra seulement d'instruire les demandes émanant des personnels demandant à se réfugier en métropole, et de me transmettre vos propositions, qui seront présentés au secrétariat d'État aux Rapatriés »468(*).

En métropole, c'est au Ministre de l'Intérieur Roger Frey qu'incombe la tâche de répercuter auprès des autorités déconcentrées les dispositions contenues dans la directive Joxe. Dans un télégramme « secret » en date du 17 mai 1962, il informe les préfets qu' « en dehors des transferts présentés par le haut-commissariat, et ayant reçu accord du secrétaire d'Etat aux Rapatriés, vous devez vous opposer à toute opération de ce genre »469(*).

Ainsi relayée, la directive au ton comminatoire de Louis Joxe ne tarde pas à être suivie d'effets. On peut lire, par exemple, dans Le Figaro du 23 mai 1962 : « Il y a quelque temps, une soixantaine de harkis arrivés à Marseille étaient refoulés et renvoyés en Algérie, leurs papiers n'étant pas en règle. Hier, cinquante-cinq harkis et leurs familles, venant de la région de Palestro, ont été également refoulés à leur arrivée à Marseille. Les uns et les autres, pour échapper à la menace du FLN, sont envoyés - plus ou moins régulièrement - par les officiers SAS de leur secteur. Refoulés, ils doivent regagner l'Algérie jusqu'à l'autodétermination »470(*).

À cette date, les directives Joxe et Buis sont les seules connues du grand public (elles ont notamment été publiées par le journal Combat à la suite d'indiscrétions dues à des officiers scandalisés471(*)). Elles ne sont pourtant pas isolées. Pierre Messmer, alors ministre des Armées, a lui aussi participé de cette stratégie gouvernementale de containment. Son message du 12 mai 1962 à l'adresse du Commandant Supérieur en Algérie, diffusée le même jour que la note de Louis Joxe à l'attention du haut commissaire de la République en Algérie (voir ci-dessus), ne se distingue ni dans le ton ni dans le contenu de celui du ministre en charge des Affaires algériennes :

« Il me revient que plusieurs groupes d'anciens harkis seraient récemment arrivés en Métropole (...) - Renseignements recoupés tendent à prouver que ces arrivées inopinées sont dues à initiatives individuelles certains officiers S.A.S. - De telles initiatives représentent infractions caractérisées aux instructions que je vous ai adressées (...) - Je vous prie d'effectuer sans délai enquête en vue déterminer départ d'Algérie de ces groupes incontrôlés et sanctionner officiers qui pourraient en être à l'origine - En veillant application stricte instructions qui ont fait l'objet votre note de service n°1013/CSFA/EMI/MOR du 11 avril, informer vos subordonnés que, à compter du 20 mai, seront refoulés sur Algérie tous anciens supplétifs qui arriveraient en Métropole sans autorisation de ma part, accordée après consultation départements ministériels intéressés »472(*).

Rétrospectivement, pourtant, Pierre Messmer, affectant d'avoir oublié ses propres instructions, s'est désolidarisé de son ancien collègue, Louis Joxe. Ainsi, dans un récent recueil de souvenirs intitulé Les Blancs s'en vont, il estime que le message pré-cité de Louis Joxe a soulevé à l'époque « une juste indignation »473(*). Bien plus, dans une interview donnée à l'occasion de la Journée d'hommage national aux harkis du 25 septembre 2001, Pierre Messmer avance avoir sur le moment « contredit publiquement M. Joxe lorsqu'il a parlé de sanctions »474(*). Et il ajoute : « Je vous défie de trouver un officier que j'aurais sanctionné pour avoir rapatrié des harkis. Pas un harki recueilli n'a été livré au FLN, tous ont été transportés en France avec leurs familles. Le document que vous mentionnez concerne seulement certains officiers des sections administratives spécialisées (SAS) qui rapatriaient des harkis sans accord de la hiérarchie et sans qu'aucun accueil n'ait été organisé »475(*). Or, le document précédemment produit, celui-là même qui a été mentionné par le journaliste et dont Pierre Messmer cherche visiblement à minorer la portée, témoigne de ce que l'attitude du ministre des Armées fut au contraire à l'unisson de celle du ministre d'État chargé des Affaires algériennes. Et ce tant pour ce qui a trait au renvoi des supplétifs « inopinément » parvenus en métropole que pour ce qui concerne les sanctions à prendre à l'encontre des officiers à l'origine de ces initiatives "hors cadres". Nous verrons plus avant que cette difficulté des hauts responsables de l'époque à assumer leurs actes n'est bien entendu pas sans conséquences sur la construction rétrospective d'une image des harkis (ou, plutôt, sur son "élision") au sein des relais institutionnels de la mémoire (voir la Partie 2).

Dans cette même interview, Pierre Messmer affirme que « pas un harki recueilli n'a été livré au FLN [et que] tous ont été transportés en France avec leur famille ». Cela ne fait guère de doute, en effet, pour les supplétifs recueillis dans le cadre du "plan général de rapatriement". Mais pour les autres - ceux qui étaient expressément visés par les directives pré-citées - divers témoignages tendent au contraire à établir que les ordres donnés par l'ancien ministre des Armées ont été parfois suivis d'effet. L'historien et ancien "soldat perdu" Pierre Montagnon476(*) se fait ainsi l'écho d'une des répercussions les plus tragiques de ce faisceau de directives gouvernementales. Je le cite : « Une illustration parmi d'autres de ces directives : le maghzen de la SAS des Beni Bechir, une dizaine de kilomètres au sud de Philippeville, a réussi à embarquer sur un navire s'apprêtant à appareiller à destination de la France. La quarantaine d'hommes qui le compose sait quel salut représente cet embarquement. Dans peu de temps l'ancre sera levée et ils seront sauvés. Un capitaine de l'ALN a repéré les harkis. Il leur ordonne de débarquer, ce que, bien évidemment, ils refusent. Il alerte alors le corps d'armée de Constantine commandé par le général Ducournau. Peu après, l'ordre tombe : «Faites débarquer les harkis des Beni Bechir». Agrippés au bastingage, à tout ce qui se présente, les malheureux implorent les soldats français qui, à coups de crosse, les rejettent vers le quai. «Mais vous voulez notre mort !». Peu après, tombés entre les mains de l'ALN, ils seront exécutés sur la place Marquet à quelques centaines de mètres de ce navire dont l'armée française les avait chassés »477(*).

Le colonel Bernard Moinet se fait quant à lui l'écho d'un épisode similaire, qui témoigne du rôle particulièrement actif de la Sécurité militaire (SM), affectée en Algérie au contrôle des embarquements. Est relatée ici la tentative avortée des officiers du "2/9ème hussards" pour faire embarquer certains de leurs supplétifs :

« Vers 16 heures, la nouvelle se déplaça comme une tornade : le régiment devait embarquer dans deux jours. Les harkis se concertèrent un moment - Mon lieutenant, tu nous emmènes ? L'officier se retourna, surpris et gêné. Bien sûr, on les avait acceptés et vaguement hébergés, mais sans dévoiler officiellement leur présence. - Moi, je ne peux rien pour vous, il faudrait aller voir le capitaine... Non... c'est au colonel qu'il faudrait demander, je vais en dire un mot au capitaine, revenez ce soir. À l'heure dite, ils n'étaient plus dix mais trente... Le colonel finit par sourire. - Bon, dites-leur qu'on va s'arranger pour les embarquer demain après-midi. Mais attention ! Pas de vagues ! Il faudra qu'ils soient habillés en treillis et calot de tradition pour 15 heures. Faites tout cela discrètement, Leuridan, très discrètement... Vers 16 heures, pour l'embarquement sur le Ville d'Oran, ils étaient cinquante. On les dissimula dans les GMC arrimés sur le pont supérieur... 17 heures, on s'affairait pour le départ. Pas une bâche, pas une ridelle des GMC ne bougeait. Silencieux, immobiles, les harkis attendaient le moment où s'ébranlerait enfin la grande carcasse noire du bateau. C'est alors qu'on vit monter à bord quatre personnes fort préoccupées : un colonel, un commandant, un jeune lieutenant et un Arabe en tenue fell. - La SM, souffla Leuridan. - Merde ! Il ne manquait plus qu'eux, laissa échapper le colonel. - Mon colonel, vous savez sans doute que vos GMC embarqués ne sont pas vides ? Le colonel a blêmi. Il s'est fait bel et bien piéger. Leuridan n'était plus là. Il avait donné l'ordre d'alerter les harkis et de les faire évacuer vers les cales du navire. Mais il était désormais impossible de garder les clandestins à bord. On reviendrait sans doute fouiller le bateau de fond en comble. Les supplétifs furent débarqués par une échelle arrière, emmenés par deux vedettes puis cachés dans un hangar de stockage »478(*).

En métropole, les rappels à l'ordre gouvernementaux du mois de mai motivent également un changement de ton des autorités préfectorales, qui passent de l'enregistrement quasi-anecdotique et "après-coup" des convoyages effectués en dehors du plan général - « Le voyage, sans problème, était organisé par ... » - à un signalement préventif qui s'apparente à une forme de pistage : « Ce 17 juin, vous signale l'arrivée à Millau pour demain 5 heures du matin, 29 harkis, 28 femmes et 72 enfants non compris dans le plan des autorités militaires, ils viennent de Bougie »479(*). De fait, selon Jean Monneret, « les responsables du port de Marseille demandaient par radio s'il y avaient des supplétifs à bord à chaque arrivée de bateau en provenance d'Algérie »480(*). Et l'article du Figaro du 23 mai 1962, précédemment cité, témoigne de ce que ces contrôles sont désormais susceptibles d'aboutir au renvoi en Algérie des intéressés.

Louis Joxe, dont la charge de ministre d'Etat le place en fait directement sous l'autorité du Président de la République, de même que Roger Frey et Pierre Messmer, qui se situent à sa suite, n'agissent pas en "électrons libres". Lors du Comité des Affaires algériennes (CAA) du 23 mai 1962, le Chef de l'Etat lui-même appuie de toute son autorité les instructions données par ses ministres quelques jours plus tôt et prescrit : « A. Le Ministre des Armées et le Haut Commissaire de France en Algérie veilleront à ce que les Sections administratives spécialisées cessent de prendre des initiatives au sujet du rapatriement des harkis. (...) B. Des instructions seront données aux préfets de Métropole pour qu'ils signalent au Ministère de l'Intérieur et au Secrétariat d'Etat aux Rapatriés toute arrivée irrégulière de musulmans dans leur département »481(*).

En dépit de l'hostilité affichée et agissante des autorités à l'encontre des initiatives "hors cadres", et au seuil d'une dégradation prévisible des conditions de vie (voire des possibilités de survie) offertes aux supplétifs à l'approche de l'indépendance, les initiatives sporadiques du début trouvent rapidement un semblant d'organisation dans « la constitution de véritables filières clandestines mobilisant des réseaux relationnels en marge des réseaux officiels »482(*). Ainsi, l'Association des Anciens des Affaires Algériennes (AAAA), placée sous le patronage de l'épouse du maréchal de Lattre et qui regroupe des officiers SAS, est créée à cet effet au lendemain de la diffusion des directives Joxe et Messmer. Son action vient renforcer celle de l'Amicale de la demi-brigade des fusiliers marins (déclarée le 3 mars 1962), du Comité national de solidarité pour les Français musulmans réfugiés, de l'Association des familles et amis des parachutistes coloniaux, et de diverses associations d'officiers de réserve ou comités d'aide. Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou soulignent que leur action ne consistait pas seulement à convoyer, d'une manière ou d'une autre, les supplétifs vers la métropole, « mais à les accueillir à leur arrivée et à leur assurer travail et emploi »483(*). Ces opérations de convoiement vers la métropole, généralement menées dans le plus grand secret, s'apparentent à un véritable jeu de cache-cache avec les autorités. À cet égard, le débarquement en France - de même que l'embarquement en Algérie - sont les phases les plus délicates, comme en témoigne cette bénévole de la Croix-Rouge, témoin et complice d'un jour :

« En juin et juillet 1962, j'étais, avec mon frère et ma belle-soeur, bénévole de la Croix-Rouge pour l'accueil des rapatriés. Vers la fin du mois de juin, je signale au commandant du Ville-d'Oran que je désire m'embarquer pour aider les rapatriés et pour revoir mon père dont nous n'avions plus de nouvelles. En pleine discussion avec le commandant, j'aperçois un capitaine qui me regarde attentivement. Puis, ce capitaine s'approche de moi et il me dit qu'il a pu embarquer quelques-uns de ses harkis mais qu'il n'est pas sûr de pouvoir les débarquer. Il me demande si je connais quelqu'un avec une voiture afin d'emmener le plus discrètement possible ses harkis - je n'ai jamais su combien il y en avait - du port vers une ferme des Basses-Alpes. Mon frère avait une voiture mais il était déjà occupé à amener une famille juive pied-noire à Sainte-Marguerite. Finalement, un ami se porte candidat. On réussit à entrer dans le port et on place la voiture près des larges portes des cuisines et des marchandises. De là, sort un premier harki, complètement ébloui par la lumière, que je distingue bien, portant un tout petit baluchon, avant que l'officier ne lui mette un vêtement sur la tête et les épaules. Combien se sont engouffrés dans cette voiture, je ne le sais pas, car pour ne pas attirer l'attention, je suis retournée à mon travail d'aide dans les hangars de la Joliette. Je n'ai jamais su ce qu'ils étaient devenus »484(*).

Exceptionnellement, cependant, lorsque l'activation de proches réseaux de solidarité ne suffit pas à assurer la prise en charge des supplétifs et de leurs familles - notamment s'ils arrivent en grand nombre, l'opération peut être délibérément rendue publique une fois l'embarquement effectué en Algérie : il s'agit alors autant de mobiliser les bonnes volontés (pour pourvoir à l'accueil des réfugiés) que de placer les autorités devant le fait accompli, en tablant sur la pression exercée par l'opinion publique pour éviter que ne soit mise à exécution la menace de renvoi en Algérie. Ainsi en va-t-il, par exemple, de l'"exfiltration" de la harka de Sidi Ali bou Nab (Kabylie) par l'Association des familles et amis des parachutistes coloniaux et l'Amicale des anciens de cette commune, annoncée triomphalement en page 6 du Méridionial du 8 juin 1962, à quelques heures de l'arrivée des intéressés. Le titre de l'article est à lui seul éloquent : « Vouée à l'égorgement après avoir défilé sous l'Arc de triomphe, la harka de Sidi Ali bou Nab où figurent des soldats des plus décorés de France est sauvée ! Leur marraine, Mme Françoise Valentin, en appelle à la fraternité métropolitaine » 485(*). Suit l'article : « Par un prochain bateau, aujourd'hui ou demain, vont arriver 60 harkis et moghaznis et leurs familles, soit 337 personnes dont 157 enfants, 94 femmes et 26 vieillards avec pour unique bagage leur volonté de rester français et vivants (...). Fidèles aux engagements, respectueux de leur serment, les anciens chefs de la SAS de ce village, le lieutenant Mondedeo, MM. De Planta et Faye sont parvenus à faire leur devoir (...). Ils recherchent d'urgence de vastes locaux, anciennes colonies de vacances, entrepôts, usines désaffectées où l'on pourrait abriter 250 à 300 personnes »486(*). Jean Monneret de souligner combien l'attitude de ce journal était peu représentative de celle de la grande presse nationale qui, pour reprendre les termes de l'auteur, « fut réservée au sujet des harkis et n'en parla guère avant le mois de juillet 1962 [début des massacres] »487(*).

Rétrospectivement, Nicolas d'Andoque, l'un des fondateurs de l'A.A.A.A., s'est interrogé sur les fondements de l'hostilité agissante des pouvoirs publics à l'égard de telles initiatives : « Il fallait se résigner : nous étions seuls. La reculade de l'administration en cette tragique affaire me paraît encore aujourd'hui aussi incompréhensible qu'inadmissible. Où diable étaient les risques ? Quelles foudres menaçaient une action de pure justice aussi évidente ? »488(*). En fait, l'intéressé n'était pas sans savoir qu'au moment où avaient été édictées les directives Joxe et Messmer, leurs auteurs vivaient dans la crainte que ces initiatives privées, sous un paravent humanitaire, n'aient d'autre but que de concourir à la structuration militaire de l'OAS en métropole.

- L'assimilation des harkis à des recrues potentielles de l'OAS

Ainsi, Louis Joxe, dans son intervention au Conseil des ministres du 23 mai 1962, évoque le cas des harkis, « qui veulent partir en masse ». Il ajoute, sous la forme d'un amalgame évident avec l'OAS : « Il faut combattre une infiltration qui, sous prétexte de bienfaisance, aurait pour effet de nous faire accueillir des éléments indésirables »489(*). Déjà, évoquant les jeunes pieds-noirs lors du Conseil des ministres du 9 mai, Louis Joxe avait déclaré : « C'est une mauvaise graine, une graine de fascisme. Il vaut mieux les laisser là-bas »490(*). Ces "craintes" ou ces préventions seront relayées instamment par la grande presse. Par Le Figaro, d'abord. Dans un éditorial en date du 22 mai 1962, Serge Bromberger avance que « dans un certain nombre de cas précis [dont l'auteur ne rend pourtant pas compte], l'on tend à faire entrer en métropole des éléments déracinés ayant la pratique des armes, et destinés à servir de moyens d'action à l'OAS »491(*). Puis c'est au Monde, le lendemain, de se faire l'écho des préventions gouvernementales. Dans un article intitulé « De l'entraide à l'utilisation des harkis en métropole », Jean Planchais suggère, sans plus d'éléments tangibles que son confrère, que l'« on cherche à susciter à l'occasion du cas des harkis, une opposition à l'application des Accords d'Evian, voire à faire venir en Métropole des groupes de supplétifs pour les mettre au service de l'OAS »492(*). Et il ajoute : « En définitive, à l'heure actuelle, plusieurs centaines et non plusieurs milliers, comme il a été dit parfois, de harkis ont demandé à être envoyés en Métropole en compagnie de leurs familles »493(*). La curieuse concomitance de ces "éclairages" (les 22 et 23 mai) laisse penser, à l'évidence, que les inspirateurs de ces articles relèvent d'une seule et même source gouvernementale.

Rétrospectivement, de telles extrapolations apparaissent à bien des égards malavisées. Mais qu'en était-il sur le moment ? Une chose est sûre : les « cas précis » évoqués par Serge Bromberger, pour autant qu'ils aient existé, n'ont jamais été portés à la connaissance du grand public. Et rien, dans les travaux des historiens, ne vient témoigner ne serait-ce que de l'amorce d'une tentative de constitution d'un maquis harkis-OAS en métropole. Qu'en conclure ? Faut-il croire que ceux qui sont à l'origine de telles allégations - à commencer par Louis Joxe - n'aient eu d'autre but, en fait, que de désamorcer l'indignation naissante suscitée par le strict contingentement des rapatriements offerts aux anciens supplétifs (indignation attisée, nous l'avons dit, par la divulgation des directives secrètes Joxe et Buis, rendues publiques par le journal Combat) ? Pour l'historien Jean Monneret, cette propension à diaboliser les anciens supplétifs et ceux qui leur portaient assistance s'inscrivait « dans la malheureuse logique des choses » : « Pour le gouvernement, la politique définie à Évian était bonne, et ce qui venait contrarier la vision optimiste de l'avenir qui en découlait était vu avec suspicion ou hostilité »494(*). De même, pour Anthony Clayton, « les excès de l'OAS, autour desquels toute la publicité nécessaire est faite, permettent de détourner l'attention du monde sur le sort catastrophique des harkis et des Français d'Algérie »495(*).

Certes, l'OAS comptait des musulmans dans ses rangs, et certains de ses éléments européens étaient d'anciens chefs de harkas. Une tentative d'implantation d'un maquis « Algérie française » avait même été contrecarrée dans l'Ouarsenis, qui mêlait harkis et commandos de l'OAS. Mais cette initiative était restée isolée et n'avait jamais menacé de faire tâche d'huile. Elle reposait en grande partie sur la personnalité du bachaga Saïd Boualam, député de l'Orléanvillois et vice-président de l'Assemblée nationale, qui avait beaucoup à craindre du FLN. Une semaine après la conclusion des accords d'Évian, le bachaga avait accepté d'engager quelques centaines de harkis des Beni-Boudouane aux côtés d'un détachement de quatre-vingt hommes venus d'Alger. Il avait posé deux conditions : 1. « que l'OAS se montre capable de provoquer le passage à la dissidence de plusieurs unités constituées » ; 2. « que le sang ne coule pas »496(*). Cette opération commando, ponctuée par l'occupation de trois postes militaires, revêtit d'abord les apparences d'un succès. Mais la riposte des autorités fut immédiate et violente, contrairement aux attentes du bachaga et du colonel Gardes qui espéraient des ralliements : l'état-major fit donner l'aviation, acculant les commandos OAS à la dispersion. De leur côté, les harkis des Beni-Boudouane, après avoir temporairement renseigné et hébergé les fuyards, choisirent finalement, sur ordre du bachaga Boualam, de rentrer dans la légalité : le bachaga avait directement négocié leur reddition contre la promesse d'un prochain rapatriement. Ce qui fut fait, mais seulement au compte-gouttes. Et pour ceux - la majorité - qui n'eurent pas la chance d'être rapidement transférés en métropole, la suite des événements fut sans surprise. Saïd Boualam : « Après l'aventure Gardes dans l'Ouarsenis, tous mes harkis, tous mes hommes avaient été désarmés. L'armée française se retirant peu à peu, le FLN était à mes portes (...). Sur les quinze mille personnes de mon douar, j'ai pu en faire ramener, en me démenant, un millier environ. Les autres sont là-bas ou ne sont plus »497(*). Selon le capitaine Grenier, qui commanda la SAS de Lamartine de 1958 à la fin de 1960, « sur les quelque mille hommes qui composaient la harka du bachaga Boualam, plus de la moitié ont été mis à mort dans le douar des Beni-Boudouane »498(*).

Cette tentative avortée d'implantation de maquis « Algérie française » dans l'Ouarsenis en préfigurait-elle d'autres, en métropole cette fois ? Rien, hors les déclarations précitées de Louis Joxe, ne vient factuellement nourrir de telles allégations. Il n'est pas d'exemple connu d'initiatives de transfèrement de supplétifs vers la métropole ourdies par des "desperados" de l'OAS. Et on voit mal comment les initiatives ponctuelles dues à des officiers SAS ou à d'anciens chefs de harkas, servies par des filières aux ramifications diverses, eussent pu constituer le socle d'une nouvelle armée secrète. Par surcroît, et pour ce qui concerne spécifiquement les harkis, de telles collusions avec l'OAS eussent perdu tout leur sens, et certainement toute leur efficacité, une fois les intéressés repliés en métropole. Dès lors, assimilant ainsi les rapatriements opérés en dehors des voies officielles à des entreprises séditieuses plutôt qu'à des entreprises de sauvegarde, et les supplétifs soucieux de gagner la métropole à une masse de manoeuvre potentielle de l'OAS plutôt qu'à des réfugiés, les autorités ont-elles sincèrement pensé déjouer quelque menée subversive ? Ou cette attitude visait-elle plus prosaïquement à éluder les véritables raisons qui, depuis l'hiver 1960-1961, avaient conduit les autorités à planifier le maintien des supplétifs en Algérie en cas de "sécession" ?

Quoiqu'il en soit de l'épaisseur factuelle de telles allégations, l'assimilation des harkis à des troupes de choc potentielles de l'OAS en métropole est symptomatique de la ligne de conduite effective du gouvernement à l'égard des musulmans pro-français à cette période, à savoir : une politique de mise à distance. Il est un fait, nous l'avons dit, que, durant la phase transitoire qui courre de la conclusion des accords d'Évian à l'accession à l'indépendance de l'Algérie, les discours officiels tendent à minorer les dangers auxquels sont susceptibles d'être exposés les anciens supplétifs et leurs familles. Dès lors, dans un contexte qu'elles se refusent à reconnaître comme insécure (du moins publiquement), les autorités, plutôt que d'appliquer systématiquement le principe de précaution au bénéfice de leurs anciens serviteurs d'arme, vont jusqu'à renverser la charge de la preuve et du soupçon : il appartient aux ex-supplétifs désireux d'être rapatriés en métropole d'apporter la "preuve" de l'effectivité des menaces qui pèsent sur eux. Quant à ceux qui, n'ayant pas souhaité suspendre leurs possibilités de survie à l'attitude défiante des autorités, ont choisi de gagner la métropole par leurs propres moyens (ou via l'entremise de filières parallèles), ils sont suspectés de vouloir attenter à la sûreté de l'État, et menacés d'être renvoyés en Algérie.

Nous l'avons vu, cette attitude suspicieuse trouve dans la presse quotidienne une utile caisse de résonance. C'est ainsi qu'un mois après avoir relayé les soupçons de collusion entre harkis exfiltrés en dehors des voies officielles et OAS, Jean Planchais récusait avec véhémence dans Le Monde du 21 juin 1962 une déclaration du général Weygand qui, dans Le Monde du 16 juin, s'était fait l'augure des massacres de supplétifs : « Il est tout aussi faux d'affirmer, non sans arrière-pensées politiques, que des milliers de harkis aient été massacrés depuis le cessez-le-feu et que des dizaines de milliers d'autres soient menacés »499(*). Commentaire de Jean Monneret : « Si la première subordonnée complétive exprimait la réalité, - des milliers de harkis n'avaient pas encore été massacrés -, il n'en allait pas de même de la seconde et l'avenir allait bien montrer que le péril pesant sur des milliers d'hommes et de femmes n'était pas une vue de l'esprit »500(*).

Pour autant, les premiers transferts officiels de juin 1962 qui, après moult tergiversations, sanctionnaient la mise en place effective du "plan général de rapatriement" (voir supra), auguraient-ils d'un assouplissement de l'attitude des autorités, voire d'une plus grande réactivité ? Bien au contraire, à compter de cette date, l'attitude du gouvernement n'aura de cesse de se raidir, témoignant de ce que la frilosité initiale des autorités était tout sauf accidentelle. De fait, au moment même où, à l'approche de l'indépendance, la situation se dégrade visiblement sur le terrain, l'attitude des autorités change de nature : l'on passe ainsi d'une phase de minoration des périls et de minimalisation du dispositif de prise en charge préventive (19 mars - 2 juillet 1962) à une phase de dénégation pure et simple des représailles effectivement perpétrées et, corrélativement, d'obstruction quasi-systématique aux opérations de secours et à l'accueil des ex-supplétifs dans les casernements en cours de démantèlement (à partir du 3 juillet).

b.2.2. De la minoration des périls à la dénégation des persécutions (à partir du 3 juillet 1962)

En l'espace d'un mois, une succession d'échanges de correspondance, de prises de décisions et de directives donnent le ton de ce que sera l'attitude des autorités françaises à l'égard des ex-supplétifs à compter de l'accession à l'indépendance de l'Algérie (le 3 juillet), et même dès avant :

- le 21 juin, le Comité des Affaires algériennes (CAA) décidait que « l'intervention d'initiative ne devra être envisagée pour assurer la protection de nos Forces et celle de nos nationaux que dans les cas de légitime défense ou d'attaque caractérisée »501(*). Autrement dit, les troupes encore stationnées en Algérie ne sauraient faire usage de la force qu'en situation de légitime défense donc d'agression caractérisée à leur encontre ou à l'encontre des Français d'Algérie, et non pour prêter secours à des éléments tierces, quand bien même s'agirait-il de musulmans suppliciés pour leurs engagements passés pour ou aux côtés de la France. Car, du fait même qu'ils ont été rendus à la vie civile et automatiquement déchus de la nationalité française au jour de l'indépendance, ceux-ci ne sauraient être désormais considérés ni comme des membres des forces armées ni comme des « nationaux ». Le 24 août, une note du général de Brébisson, Commandant Supérieur des Forces Armées en Algérie, répercutera de manière plus explicite encore ces instructions et précisera qu' « il y a lieu de ne procéder en aucun cas à des opérations de recherche dans les douars de harkis ou de leurs familles »502(*). A cet égard, les témoignages rétrospectifs du général Buis503(*), de Pierre Messmer504(*) et Jean-Marcel Jeanneney505(*) apportent des éclairages décisifs sur ce que fut, en effet, la stratégie gouvernementale.

- le 15 juillet, Louis Joxe réitère ses instructions du 12 mai quant à l'interdiction des rapatriements initiés en dehors des voies officielles et au démantèlement des filières concernées.

- le 19 juillet enfin, Pierre Messmer, dans une lettre à Louis Joxe, considérant que « les moyens mis en oeuvre [dans le cadre du plan général de rapatriement], tant du point de vue du personnel que des locaux et du matériel, représentent pour les armées une somme de charges et d'efforts considérables qu'il est malaisé de maintenir et qu'il ne peut être question d'accroître », estimait que « l'armée est ainsi arrivée à la limite du concours qu'elle peut accorder »506(*). En conséquence, Pierre Messmer, soucieux de tarir au plus vite le flux des rapatriements, demandait à Louis Joxe « une intervention rapide et ferme auprès de notre représentant en Algérie »507(*). Et, ce, au moment même où s'amorçait, en Algérie, une première vague de répression massive à l'encontre des anciens compagnons d'armes de l'armée française508(*). Un état de fait que Pierre Messmer, régulièrement informé par ces services, ne pouvait ignorer. Le bulletin de renseignement mensuel du C.A. d'Alger décrit ainsi la situation en juin 1962, avant même l'accession à l'indépendance de l'Algérie : « Le sort des musulmans engagés à nos côtés est tragique. En dépit des promesses de pardon du FLN, les enlèvements d'hommes, de femmes et d'enfants, les exécutions sommaires, mises en quarantaine, les travaux forcés dans les camps de l'ALN en font des parias »509(*). C'est pourtant un tableau tout autre que brosse le ministre des Armées aux fins de justifier sa requête : « Il semble d'ailleurs que, les intéressés ayant eu le temps et la possibilité d'apprécier les conditions de leur reconversion en Algérie, les options pour la Métropole qui pourraient aujourd'hui se manifester ne devraient être le fait que de quelques rares individus, pourvu que soit vérifié soigneusement la justification du départ sollicité et que soient déjouées toutes manoeuvres, inconscientes ou mal intentionnées, pour maintenir le courant des départs »510(*). Ainsi, à l'unisson du destinataire de cette lettre, Pierre Messmer a été de ceux qui ont alimenté la rumeur selon laquelle, compte tenu des conditions selon lui « appréciables » offertes aux ex-supplétifs dans le bled, nombre de départs auraient été, à n'en pas douter, « mal intentionnés » (voir ci-dessus la section : « L'assimilation des harkis à des recrues potentielles de l'OAS »). Louis Joxe, en parfaite accointance avec Pierre Messmer sur ce point, répercute avec diligence la demande du ministre des Armées et, dès le 23 juillet, écrit en ces termes à l'ambassadeur de France en Algérie, Jean-Marcel Jeanneney, au sujet de l' « envoi en France de supplétifs musulmans » : « Je vous serais obligé de me tenir étroitement informé des demandes de migration de musulmans qui vous seraient présentées et de ne mettre personne en route avant d'avoir reçu les directives du Ministre des Armées ou de moi-même »511(*).

Ainsi, en l'espace d'un mois à peine, l'on passe d'une phase de minoration des périls à une phase de dénégation publique de l'aggravation de la situation sur le terrain (pourtant parfaitement connue et documentée en hauts lieux) : il ne s'agit donc plus simplement de contenir dans des limites aussi ténues que possible ce dispositif de protection préventif qu'est le plan général de rapatriement (que l'on estime d'ailleurs avoir été « intégralement réalisé »512(*)), mais de s'abstenir - autant que possible - de toute opération de sauvegarde (même passive) en interdisant les interventions d'initiative d'une part, en invitant les troupes encore présentes en Algérie à n'offrir qu'exceptionnellement asile aux musulmans persécutés par le FLN.

À cet égard, les instructions édictées par le général de Gaulle dans le secret des débats du Comité des affaires algériennes du 17 juillet 1962 et du Conseil des ministres du 25 juillet, puis du 29 août, sont le témoignage le plus éclatant de cette "politique de l'autruche". Lors du Comité des affaires algériennes du 17 juillet, le chef de l'Etat estime que « partout où il n'y a pas d'Européens, il y a intérêt à ne laisser personne ». Par suite, lors du Conseil du 25 juillet, en réponse au ministre des Armées, Pierre Messmer, qui lui fait part des demandes pressantes des autorités civiles et militaires encore présentes en Algérie sur la position à tenir quant à l'accueil et au transfèrement des ex-harkis et des ex-fonctionnaires musulmans qui viennent trouver refuge dans les casernements français, le général de Gaulle oppose une fin de non-recevoir brutale : « On ne peut accepter de replier tous les musulmans qui viendraient à déclarer qu'ils ne s'entendront pas avec leur gouvernement ! Le terme de rapatriés ne s'applique évidemment pas aux musulmans (...). Dans leur cas, il ne saurait s'agir que de réfugiés ! Mais on ne peut les recevoir en France, comme tels, que s'ils couraient des dangers ! »513(*). Quatre ans auparavant, cependant, le général de Gaulle lui-même - au cours de sa conférence de presse du 23 octobre 1958 - déclarait : « A quelles hécatombes condamnerions-nous ce pays [l'Algérie] si nous étions assez stupides et assez lâches pour l'abandonner ! ». Le général de Gaulle est-il moins bien avisé en 1962 qu'il ne l'était en 1958 ? L'information existe, pourtant, puisque, outre le bulletin de renseignement mensuel du C.A. d'Alger du mois de juin (voir ci-dessus), les fiches du Deuxième Bureau rendent instantanément compte, en juillet 1962, de la brutale aggravation de la situation. « En juillet, observe Jean Monneret, les fiches du Deuxième Bureau concernant les harkis se multiplient et prennent rapidement une forme torrentielle. Certains des renseignements fournis ne sont pas recoupés mais d'autres sont d'excellente qualité, et portent les codes B3 ou A1. C'est le cas du bulletin du 28 août qui indique que l'ALN a ordonné de rafler tous les harkis et leurs enfants de plus de 12 ans, dans le Constantinois. Ils sont dirigés vers le barrage et employés au déminage ». Jean Monneret ajoute : « Les dossiers consultés renferment une véritable litanie de récits de torture, viols, sévices et cruautés diverses. Tous mentionnent que les ex-supplétifs sont dépouillés de leur argent et de leurs biens. La liste des lieux d'internement et d'exécution est extrêmement dense et basée sur des informations A1 ou B2. (...) Les harkis ne sont pas seuls visés, d'anciens élus le sont également514(*) qui vont durement payer leur participation aux consultations de naguère où ils ont bravé les consignes du FLN »515(*).

Pourtant, lors du Conseil des ministres du 29 août, le chef de l'Etat, s'il reconnaît cette fois - à demi-mot - la gravité de la situation, persiste dans la ligne de conduite qui est la sienne et qu'il veut être celle du gouvernement : « Il faut bien admettre que l'Algérie vit actuellement dans la confusion. Mais il est de notre devoir de faire comme si elle devait s'en sortir »516(*). Déjà, nous l'avons vu, au cours du Comité des affaires algériennes du 16 mai 1962, le chef de l'Etat avait clairement tracé la voie : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l'ordre après l'autodétermination. Elle aura le devoir d'assister les autorités algériennes. Mais ce sera de l'assistance technique. Si les gens s'entre-massacrent, ce sera l'affaire des nouvelles autorités »517(*).

Ainsi, à compter du jour de l'indépendance, la "politique de l'autruche" prend logiquement la suite des discours qu'avait inspiré la "méthode Coué" au cours de la phase initiale de minoration des périls (voir supra). Sur le terrain, pourtant, la dégradation de la situation sécuritaire est telle que l'afflux de réfugiés dans les camps de regroupement de l'armée française, loin de se tarir, aboutit à une situation d'étranglement incontrôlable en dépit des instructions gouvernementales. Cette situation motive d'ailleurs des messages en cascade de la part du nouveau Commandant supérieur en Algérie, le général de Brébisson, au début du mois d'août 1962. Le 4, il adresse au ministre des Armées, Pierre Messmer, le message suivant (n°1820/CSFAFA/EMI/MOR) : « Epuration menée par les populations et l'ALN envers ex-supplétifs se poursuit avec une violence accrue. De ce fait 2.300 personnes ont demandé asile et ont été recueillies. Situation pitoyable anciens compagnons d'armes menacés émeut à juste titre cadres et troupes. Honneurs vous demander instamment autoriser embarquement vers Métropole ex-supplétifs menacés, tant que pouvoir central algérien se révélera incapable faire cesser violences à leur égard »518(*). Ce message, en décalage total avec celui du ministre des Armées quant à l'analyse de la situation sécuritaire (voir ci-dessus), ne pouvait que susciter une réaction attentiste de sa part. Le directeur de cabinet du ministre répond en ces termes, le 6 août (n°04433 MA/CM) : « En raison sujétions nées du retour des unités d'Algérie et de l'accueil des réfugiés, les possibilités d'accueil de nos camps sont provisoirement épuisées. Prendre les dispositions nécessaires pour assurer localement sécurité et hébergement ex-supplétifs menacés »519(*). Quelques jours plus tard, le 11 août, le général de Brébisson, qui craint d'être débordé, insiste (n°1858/CSFA/EMI/MOR) : « Du fait poursuite épuration violente, nombre de personnes recueillies en accroissement quotidien. Cette situation devient de plus en plus préoccupante. Honneur renouveler demande autorisation embarquer vers Métropole ex-supplétifs menacés »520(*).

L'on ignore quand intervint la réponse du ministre des Armées, mais la teneur en transparaît clairement dans cette nouvelle note du général de Brébisson, en date du 24 août (au plus fort de la première grande vague de représailles), qui passe soudainement d'une optique alarmiste et volontariste à une optique restrictive et non-interventionniste : « Le Général Commandant Supérieur a entrepris de nombreuses démarches pour obtenir le transfert en France des harkis actuellement en danger. La principale difficulté qui s'oppose à ce transfert est l'impossibilité de donner du travail en France aux ex-harkis et moghaznis rassemblés dans les camps. Toutes les tentatives faites ont été extrêmement décevantes. Il semble que la plupart des Algériens ainsi déplacés hors de leur pays soient inadaptables. Il est possible que les efforts faits par l'Ambassade et le Commandement pour obtenir le transport en France des quelque 4.000 personnes actuellement dans les camps et les unités d'Algérie aboutissent à bref délai (...). On peut penser qu'après cet afflux, il n'y aura plus que des cas isolés. Une fois opéré, s'il est décidé, le transfert de ces 4.000 Algériens, le Gouvernement ne sera plus en mesure d'absorber en France d'autres réfugiés de cette catégorie. Il est donc essentiel d'orienter les Commandants de Divisions de façon qu'ils préparent leurs cadres à cesser de donner asile à des Algériens, sauf dans des cas très exceptionnels ». Par surcroît, nous l'avons dit, cette note répercute avec zèle les instructions du Comité des affaires algériennes du 21 juin et précise qu' « il y a lieu de ne procéder en aucun cas à des opérations de recherche dans les douars de harkis ou de leurs familles »521(*).

Ce n'est qu'un mois plus tard, à l'issue de la première grande vague de représailles (qui s'est étalée de la mi-juillet à la mi-septembre 1962) et au seuil de la seconde (à compter de la mi-octobre), que survinrent les premières protestations françaises en Algérie, et que fut décidé un assouplissement relatif (et très provisoire, nous allons le voir) de la politique de transfèrement vers la France des ex-supplétifs. Le 19 septembre 1962, l'ambassadeur de France, Jean-Marcel Jeanneney évoque, dans un courrier qu'il adresse à Abderrahmane Farès, président (à bien des égards fantoche) de l'Exécutif provisoire, « le cas particulièrement douloureux de ces hommes et de leurs familles. Près de deux mois se sont écoulés et l'on est obligé de constater que les violences n'ont pas cessé. Il ne se passe pas de jour que l'on ne relève en différents points du territoire algérien des arrestations, des tortures, des exécutions. (...) Ils [les ex-supplétifs] subissent, suivant des témoignages dont cette ambassade n'est pas la seule à avoir connaissance, des traitements particulièrement odieux. A aucun moment le gouvernement algérien n'a formellement désavoué ces violences, ni donné aux autorités responsables des directives précises dans le sens de l'apaisement »522(*). Le même jour, le Premier ministre, Georges Pompidou, informe le ministre des Armées qu' « [il] estime nécessaire, à la suite des demandes qui ont été présentées par le Général Commandant Supérieur en Algérie, ainsi que par notre Ambassadeur, d'assurer le transfert des anciens supplétifs qui sont venus chercher refuge auprès des Forces Françaises, sous la menace de représailles de leurs compatriotes »523(*).

Ces inflexions tardivement et provisoirement données à la politique initiale n'en marquent en fait qu'un assouplissement très relatif puisque, dans le même temps, les autorités françaises, plutôt que d'ouvrir largement les centres aux familles persécutées, s'évertuent encore et toujours à en contingenter l'accès ainsi que le flux des rapatriements : il s'agit simplement d'évacuer les ex-supplétifs et membres de leurs familles déjà regroupés dans les centres d'hébergement, non d'ouvrir plus largement ces centres et d'intensifier, à l'avenir, le flux des rapatriements. Bien au contraire, une note du général Valentin du 17 octobre 1962 (n°2280/CSFAFA/EMI/CEM) ordonne aux responsables de ces centres de se conformer strictement à la lettre des instructions précédemment diffusées : « Les différents centres d'hébergement d'Algérie rassemblent actuellement 6.200 musulmans menacés et membres de leurs familles. Ce nombre aurait tendance à s'accroître de 20 par jour. Le général commandant supérieur a pourtant donné des ordres précis pour que cet asile ne soit accordé qu'aux cas exceptionnels. (...) Dès maintenant le général commandant supérieur est obligé, contre son gré, de prendre des mesures pour stopper cet exode régulier vers les centres d'hébergement. (...) Cette prise de position aura une certaine répercussion sur le moral des petits échelons au contact avec des situations souvent dramatiques »524(*). Trois jours plus tard, à la suite de sa note du 24 août (voir ci-dessus), le général de Brébisson lui-même réitère ses instructions dans une nouvelle note, plus restrictive encore, en date du 20 octobre 1962 et adressée du vice-amiral de Querville :

« Note personnelle du commandant supérieur des Forces Françaises en Algérie à Monsieur le Vice-Amiral d'Escadre Commandant Supérieur de la base de Mers-el-Kébir

Objet : protection des ex-supplétifs et personnes ayant aidé les Forces Françaises

Référence : ma note n°1920 CSFAFA/EMI/MOR du 24 août 1962

1. Dans ma note citée en référence, j'ai attiré votre attention sur les difficultés présentées par l'arrivée, en France, des ex-supplétifs et personnes ayant aidé les Forces françaises, et je vous demande d'inciter à n'accorder asile que dans des cas exceptionnels. Malgré cette mise en garde, le nombre de Musulmans hébergés dans nos camps d'Algérie s'accroît régulièrement. Il dépasse actuellement 6.000 malgré les 1.300 départs en France au cours des mois de septembre et d'octobre.

2. Le Ministre m'a, d'autre part, fait savoir que la possibilité d'absorption de la Métropole en hiver serait, après ces premiers départs, largement saturée. Comme de plus, il est à craindre que le gouvernement algérien, dont l'autorité du pouvoir central se confirme, prenne rapidement ombrage de nos centres largement ouverts à ses opposants, il est nécessaire que le courant des Musulmans menacés qui alimente régulièrement nos camps, à raison de 20 par jour, soit interrompu.

3. En effet, la situation économique en Algérie risque d'inciter les Musulmans à venir chercher dans nos centres, puis ensuite en Métropole, l'alimentation et les ressources financières qui leur font particulièrement défaut.

De plus, la situation politique algérienne est suffisamment fluide pour que tout supplétif puisse s'estimer plus ou moins menacé et envisage facilement un exode vers la France.

4. Vous voudrez bien en conséquence :

- faire vérifier que le personnel actuellement dans les camps correspond bien aux catégories prévues pour recevoir notre aide (voir à ce sujet télégramme 1881 du 16 août et note de service 2152 du 20 octobre) ;

- suspendre dès maintenant toute nouvelle admission dans les camps. Les cas reconnus exceptionnels par les commandants de division me seront soumis pour décision ; en attendant celle-ci, l'accueil devra conserver un caractère provisoire. Les éléments d'appréciation me seront transmis par messages postalisés.

Signé : De Brébisson525(*)

Suspects, sans doute, de ne pas avoir assez fait montre de leur esprit de sacrifice527(*) pour en plus avoir l'outrecuidance de s'inviter dans la cuisine des Français, les harkis menacés et persécutés qui viennent chercher refuge auprès de leurs anciens compagnons d'armes sont ainsi avilis au rang de "pique-assiette" par le Commandant Supérieur des Forces Armées en Algérie. Il apparaît du reste à nouveau clairement dans ce message (« il est à craindre que le gouvernement algérien, dont l'autorité du pouvoir central se confirme, prenne rapidement ombrage de nos centres largement ouverts à ses opposants ») que la poursuite de la "coopération" avec les nouvelles autorités algériennes - ô combien vaine dans l'ensemble, et à sens unique528(*) - prévalait sur la préservation des vies de ceux qui, censément, étaient protégés dans leur intégrité physique et morale par la clause de non-représailles contenue dans les accords d'Evian.

Trois jours plus tard, le Cabinet du ministre des Armées, dans un message en date du 23 octobre 1962 adressé au Commandement supérieur en Algérie (n°5945/MA/CM), insiste à nouveau sur l'impérieuse nécessité de tarir au plus vite le flux des hébergements et des rapatriements : « Transfert reliquat musulmans regroupés sous protection armée sera effectué à partir 10 novembre. (...) Capacités absorption camps devant être atteintes après transfert ces personnels estimés à 6.500, aucune promesse de transfert en métropole ne devra plus être faite à musulmans qui demanderont protection armée française »529(*).

Or, cette cascade de rappels à l'ordre intervient au moment même où s'amorce la deuxième grande vague de représailles en Algérie530(*). Des fiches préparatoires à la réunion du Comité des Affaires algériennes (CAA) du 16 novembre 1962 font ainsi état de « plusieurs milliers d'anciens supplétifs détenus dans des camps (aveu des Algériens au C.I.C.R.) (...). Nombre d'entre eux ont succombé à d'horribles violences (...). L'engagement de non-représailles a donc été ouvertement violé (...) »531(*). Les membres du Comité (dont le général de Gaulle) prennent-ils connaissance de ces documents établis à leur intention ? Dans l'affirmative, choisissent-ils de n'en pas tenir compte ? Il faut croire que oui puisque, à l'issue de cette réunion, le chef de l'Etat ordonne au Premier ministre de « [mettre au point] avec les ministres concernés les mesures propres à organiser et limiter dans les plus brefs délais l'immigration algérienne en France »532(*). Du reste, ainsi que le signale Maurice Faivre, qui a eu accès aux procès-verbaux de ces réunions, le sort des supplétifs n'a plus été évoqué par le CAA depuis la réunion du 21 juin 1962, et ne le sera plus jamais jusqu'à sa dissolution533(*). Début 1963, c'est encore et toujours l'indifférenciation et le déni de la situation sécuritaire qui prévalent dans les propos du général, s'exprimant dans le cadre d'une audience privée accordée à Alain Peyrefitte, son ministre de l'Information : « Nous ne devons pas nous laisser envahir par la main-d'oeuvre algérienne, qu'elle se fasse passer ou non pour des harkis ! Si nous n'y prenons garde, tous les Algériens viendraient s'installer en France »534(*). Des propos parfaitement dans la ligne et dans l'esprit de la note Brébisson du 20 octobre 1962, précédemment citée, considérant que la situation était « suffisamment fluide » en Algérie pour qu'il fût possible de considérer que tout ou partie des musulmans qui se pressaient aux portes des centres de regroupement de l'armée française ne fussent en fait, plutôt que des réfugiés politiques gravement menacés, des opportunistes en quête d' « alimentation et de ressources financières ».

Dans une note adressée au ministre des Armées (n°0211/CSFAFA/EMI/BIEM), le général de Brébisson signale la persistance, au printemps 1963, de brimades, sévices et assassinats qui acculent les anciens supplétifs et membres de leurs familles à demander asile aux militaires français : « Des sévices et des meurtres sont encore signalés. Il importe de noter que dans beaucoup de régions d'Algérie les harkis et leurs familles ne peuvent bénéficier d'une vie normale et qu'à la moindre occasion, la possibilité de gagner leur pain leur est déniée. Le gouvernement algérien n'est pas inconscient de ce problème : dans certains cas, malheureusement peu fréquents, il a pris des mesures pour faire cesser les violences, mais, la plupart du temps, il a encouragé ou laissé faire. (...) Périodiquement, donc, des supplétifs qui avaient tenté leur chance en restant en Algérie viennent demander asile, et nous prouvent par les marques qu'ils portent sur leur corps que leurs demandes sont justifiées »535(*). Ceci, pourtant, n'empêche pas le général de Brébisson, en ce même printemps 1963, de continuer à adopter une posture "tatillonne" à l'encontre des anciens supplétifs, allant dans le sens d'un strict contingentement du flux des rapatriements. Dans une lettre adressée au ministre des Armées en date du 29 mai 1963, le général de Brébisson indique avoir prescrit « que les enquêtes soient menées avec soin par la sécurité militaire et par nos divisions et brigades. Tous les cas de rapatriement devront [lui] être soumis et la décision sera prise à [son] échelon »536(*).

D'après Charles-Robert Ageron, Ben Bella dénonça quelque temps après, le 4 juin 1963, « des actes criminels commis contre des harkis et annonça, dans un grand discours public, que les assassins seraient exécutés ». Charles-Robert Ageron ajoute cependant : « Mais cela ne fut jamais suivi d'effet »537(*). De fait, après cette date, les assassinats se poursuivirent en Algérie (et en métropole), sans même parler des vexations en tous genres affectant ouvertement les intéressés et leurs proches. Du reste, plusieurs milliers d'entre eux demeuraient prisonniers dans des camps, et leur libération - échelonnée sur plusieurs années (au moins jusqu'en 1967 pour les derniers survivants) - n'intervint qu'au compte-gouttes.

Pour autant, le général de Gaulle, lors de sa première rencontre post-indépendance avec le président de la République algérienne, Ahmed Ben Bella, le 13 mars 1964 au château de Champs-sur-Marne, plutôt que de saisir cette opportunité pour protester contre le sort fait aux harkis en Algérie, lui répétera bien plutôt, et presque mot pour mot, les propos tenus un an plus tôt à Alain Peyrefitte, propos qui, pour les harkis, sonnent comme une fin de non-recevoir (dans tous les sens du terme) :

« Et puis, cessez de nous envoyer des travailleurs migrants, qui essaient encore de se faire passer pour des harkis. Nous n'en avons que trop. Vous avez voulu l'indépendance, vous l'avez. Ce n'est pas à nous d'en supporter les conséquences. Vous êtes devenus un pays étranger. Tous les Algériens disposaient d'un an pour opter pour la nationalité française. Ce délai est largement passé. Nous n'en admettrons plus. Débrouillez-vous pour les faire vivre sur votre sol »538(*).

Dans son livre Le drame des harkis, le colonel Abdel-Aziz Méliani rapporte ce constat du sous-préfet Jean-Marie Robert, qui fut en poste à Akbou avant l'indépendance et qui, par un rapport, avait cherché à alerter l'opinion sur l'évolution de la situation dans ce secteur (et plus généralement en Algérie) après l'indépendance : « Les faits montrent que le rapatriement ne fut jamais convenablement préparé, ni planifié, même lorsqu'il n'y eut aucun doute sur les menaces qui pesaient effectivement sur les centaines de milliers de musulmans fidèles à la France. Il y a pire, alors qu'il était évident et visible, notamment après juillet 1962, que des dizaines de milliers de musulmans loyalistes étaient déportés pour être liquidés, les autorités françaises n'entreprirent aucune opération humanitaire de sauvetage bien que l'armée disposait sur place de tous les moyens en hommes et en matériel »539(*). A cet égard, nous l'avons vu, Pierre Messmer et le général Buis insistent rétrospectivement sur le souci qui était alors celui du gouvernement de ne pas raviver les tensions entre l'armée française et le FLN. Mais n'était-ce pas donner là un sens très limitatif à la notion de "pacification" dès lors que, dans le même temps, la partie algérienne violait systématiquement la clause de non-représailles contenue dans les accords d'Evian ?

En fait, ce qui transparaît clairement au terme de cette section, c'est le primat de la cessation des hostilités militaires et du transfert de souveraineté (ce que le général de Gaulle appelait le « dégagement ») sur les garanties offertes au respect des dispositions liées à la sécurité des personnes et des biens. Très clairement, la politique de passation des pouvoirs alors visée et entreprise n'accordait, en dépit des assurances gouvernementales et de la lettre des accords d'Evian, qu'une place contingente au retour de la concorde civile. C'est bien le sens, en effet, des propos rapportés par Alain Peyrefitte - et déjà cités - du chef de l'Etat, le 16 mai 1962, dans le secret des délibérations du Comité des affaires algériennes : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l'ordre après l'autodétermination. Elle aura le devoir d'assister les autorités algériennes. Mais ce sera de l'assistance technique. Si les gens s'entre-massacrent, ce sera l'affaire des nouvelles autorités »540(*). Ainsi, le primat du "dégagement" appelait nécessairement une "mise à distance" de ceux qui, de manière prévisible, seraient la proie de violentes représailles et dont la protection, pensait-on, eût risqué d'alourdir voire de compromettre la tâche des autorités françaises au moment de la passation des pouvoirs. Un an plus tard, au cours du Conseil des ministres du 9 octobre 1963, le chef de l'Etat - loin de s'émouvoir de la tournure des événements en Algérie - se félicitera à nouveau d'avoir arbitré en faveur des intérêts "stratégiques" de la France (le pétrole, le nucléaire) plutôt qu'en faveur de la pacification des esprits en général, des intérêts de ses ressortissants et amis d'outre-Méditerranée en particulier :

« Le pétrole est important, matériellement et financièrement. Il ne faut pas nous laisser faire. Notre aide en dépendra. N'attachez donc pas une importance extrême à l'Algérie, qui n'en a plus ! Nous avons voulu nous dégager. Nous voilà dégagés. Les Algériens ne le sont pas, les malheureux ! Ils ne sont pas sortis de l'auberge. Nous, si, heureusement »541(*).

Puis, à l'issue du Conseil, à l'attention d'Alain Peyrefitte :

« Tout ça était inévitable. L'essentiel, c'est que c'est eux qui ont dû faire face à la rébellion des Kabyles, au maintien de l'ordre, à la cohésion nationale. S'ils s'entre-tuent, ce n'est plus notre affaire. Nous en sommes dé-bar-ras-sés, vous m'entendez ? » (c'est l'auteur qui souligne).

 

Précisément, par-delà la mise au jour des directives et la mise à plat des responsabilités afférentes à la mise en oeuvre de cette politique de "mise à distance", ce qui, aujourd'hui encore, interroge, voire suscite la polémique542(*), ce sont les motivations et ressorts profonds d'un tel arbitrage. A une époque - la nôtre - où, de manière grandissante, l'intervention militaire se justifie par le risque humanitaire (le fameux « devoir d'ingérence »543(*)), l'attitude inverse ou symétrique - à savoir le refus de l'intervention humanitaire au nom du risque militaire - peut étonner, surtout s'agissant non de parfaits étrangers mais d'ex-compatriotes et compagnons d'armes. Cela peut-il s'expliquer - comme nous avons commencé de le voir (« soldats de pacotille » jouant le « double jeu », « magma qui n'a servi à rien ») - par l'image que le général de Gaulle et ses hauts collaborateurs s'étaient formée des intéressés ? Et dans quelle mesure cette image a-t-elle influé sur la stratégie de "mise à distance" précédemment détaillée ? En outre, quelle a été la part de l'incroyance gouvernementale - et gaullienne en particulier - quant à la possible coexistence et, plus encore, quant à la possible intégration des communautés musulmane et européenne dans un cadre français, en Algérie mais aussi en France ? Nous verrons que l'une et l'autre de ces dimensions - l'image des harkis en tant que (moitiés de) soldats, et l'image des harkis en tant que populations allogènes inassimilables - constituent, à n'en pas douter, deux déterminants majeurs de la "frilosité" des autorités au moment d'envisager l'avenir des ex-supplétifs et de mettre en place le "plan général de rapatriement".

Certes, tout n'est pas réductible à la volonté d'un homme et de son proche entourage, quand bien même seraient-ils aux commandes de l'Etat. Mais dans l'affaire algérienne, il convient de rappeler combien la personnalité et l'aura du général de Gaulle ont été déterminantes, de même que son oeuvre institutionnelle de renforcement de l'exécutif, l'autorisant en quelques mois à impulser des inflexions décisives à la politique algérienne de la France, là où ses prédécesseurs avaient échoué à dégager des majorités claires et à oeuvrer dans la continuité. Il se trouve que l'on connaît assez bien, par différentes sources (dont certaines au plus près de l'intéressé ; cf. Alain Peyrefitte), la nature de la considération portée par le général de Gaulle aux troupes supplétives en tant que telles, mais encore son opinion quant à la possibilité et à la désirabilité d'une coexistence des communautés musulmane et européenne dans un cadre français (en Algérie mais aussi en France). L'une et l'autre éclairent utilement la compréhension des tenants et des aboutissants de la politique gouvernementale à l'égard des musulmans pro-français (et des supplétifs en particuliers) à l'heure où fut décidé le désengagement de la France en Algérie.

c) L'autre figure du Père, ou la place accessoire des musulmans pro-français dans le dessein gaullien

c.1 Sur la considération portée par le chef de l'État aux troupes supplétives et sur son attitude quant à l'évolution de leurs effectifs

Sur la fiche « De Gaulle et l'Algérie » publiée sur le site Internet de l'Institut Charles de Gaulle, on peut lire que les harkis auraient été recrutés « contrairement aux instructions du Général »544(*). C'est là, nous le verrons, un raccourci rétrospectivement commode mais inexact. Et doublement instructif : 1. parce qu'il semble témoigner sinon de la gêne, tout au moins de la volonté de ceux qui se font les "gardiens" de la mémoire gaullienne de désamorcer toute polémique liée à la destinée des ex-supplétifs de l'armée française ; 2. parce qu'il témoigne indirectement de la faible considération - jamais exprimée publiquement cependant - portée par l'intéressé aux dits supplétifs.

L'affirmation selon laquelle les harkis et autres supplétifs auraient été recrutés « contrairement aux instructions du Général » est un raccourci commode mais inexact, avons-nous dit. S'il a parfois laissé entendre, sans y insister, qu'il était préférable de contenir la croissance des effectifs (sinon pour s'en servir comme variable d'ajustement avec les effectifs d'appelés ou de rappelés545(*)), ou encore de les employer à des tâches statiques546(*), le général de Gaulle ne s'est par contre jamais opposé au principe même du recrutement de supplétifs musulmans. Il s'est du reste finalement toujours rendu aux arguments de ses généraux - et notamment du général Challe, au point, d'une part, de ratifier le doublement des effectifs de harkis (qui passent de 30.000 à 60.000 unités) et, d'autre part, de se servir de cette présence massive d'auxiliaires musulmans aux côtés de l'armée française comme d'un argument publicitaire dans plusieurs de ses discours publics. Dans une conférence de presse du 25 mars 1959, le général de Gaulle, évoquant l'évolution de la situation en Algérie depuis son retour au pouvoir, s'exclame : « Et pour combien faut-il compter le nombre et l'importance des rapports humains qui vont se multipliant entre la France et l'Algérie et dans lesquels l'Armée où servent 110.000 musulmans joue un rôle capital ». Dans son célèbre discours sur l'autodétermination, encore, le 16 septembre 1959 : « Notre Armée accomplit sa mission courageusement et habilement en combattant l'adversaire et en entretenant avec la population des contacts larges et profonds qui n'avaient jamais été pris. Que nos soldats, et en particulier les 120.000 qui sont musulmans, aient fléchi devant leur devoir, ou bien que la masse algérienne se soit tournée contre la France, alors c'était le désastre ! ». Dans son discours du 10 novembre 1959, surtout, de Gaulle se félicite des effectifs pléthoriques des musulmans pro-français, et loue leur fidélité, chiffres à l'appui : « La rébellion parvient-elle à empêcher les musulmans algériens de servir dans les Forces de l'Ordre ? Voici : en janvier 1957, il y avait comme effectifs musulmans dans nos forces 43.400 hommes, tant appelés au titre du contingent qu'engagés volontaires ou supplétifs armés. Il y a, actuellement, 182.000 hommes dont 129.000 servent dans les troupes régulières et 53.000 sont des auxiliaires armés [NDA : c'était l'inverse, en fait]. Ce quadruplement des effectifs musulmans a-t-il augmenté la proportion des désertions ? Pas du tout et au contraire. Il y avait, en moyenne, en 1957, tous les mois, pour 1.000 musulmans, 4,5 pour mille de déserteurs. Il y en a, actuellement, chaque mois, moins de 1,4 pour mille ». Et de fait, les effectifs de supplétifs (toutes catégories confondues), loin de décroître après l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, vont atteindre leur maximum historique plus de deux années après son arrivée au pouvoir, à l'hiver 1960-1961.

Pour autant, nous savons par différentes sources que le général de Gaulle semble n'avoir jamais fait grand cas de ces combattants, quand bien même aurait-il publiquement déclaré le contraire. En privé, il ne cachait pas son scepticisme, voire un certain mépris à l'égard de soldats trop peu conventionnels à son goût. Les déclarations - déjà citées - sur les « soldats de pacotille » ou le « magma qui n'a servi à rien » sont édifiantes à cet égard (voir supra). De même que les déclarations rétrospectives du général Buis - alors colonel et chef du cabinet militaire du haut-commissaire de la République pendant la période de passation des pouvoirs - alléguant que, « dans leur majorité », les harkis avaient joué un « double jeu ». Nous n'y reviendrons pas, sinon pour y ajouter cette déclaration récente de Pierre Messmer, ministre des Armées du général de Gaulle, soulignant que « [celui-ci], il est vrai, n'a pas eu pour les harkis beaucoup de considération, ni de commisération »547(*).

c.2 Sur le scepticisme du chef de l'État quant à la possible coexistence et, plus encore, quant à la possible intégration des communautés européenne et musulmane dans un cadre français

« Sans doute était-il normalement prévu par le gouvernement qu'une grande partie de la colonie française [entendre européenne] envisagerait le rapatriement », écrit de Gaulle dans ses Mémoires d'espoir548(*). Mais il ne touche mot des Français-musulmans qui, à des titres divers, servirent le drapeau français entre 1954 et 1962 et qui, du même coup, se trouvèrent irrémédiablement compromis aux yeux des nouvelles autorités algériennes. Or, par-delà l'image - somme toute médiocre - qu'il s'était formée des supplétifs en tant que soldats (voir la section précédente), et aux dires mêmes de certains de ses plus proches collaborateurs, le général semble n'avoir jamais vraiment cru à la possible coexistence des communautés européenne et musulmane dans un cadre français (en Algérie ou en métropole), ni appelé de ses voeux un plus grand brassage des origines sous l'égide de la Nation française. Dans son livre-témoignage C'était de Gaulle, Alain Peyrefitte rapporte les confidences que le général de Gaulle lui aurait faites, à l'occasion des audiences particulières auxquelles il était régulièrement convié, au sujet de l'intégration des Français-musulmans. Dans un entretien privé qu'il accorde à Alain Peyrefitte, le 5 mars 1959, le général de Gaulle répond à celui-ci, qui lui demande pourquoi il n'a jamais utilisé le terme "intégration" :

« Parce qu'on a voulu me l'imposer, et parce qu'on veut faire croire que c'est une panacée. Il ne faut pas se payer de mots ! C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuplement européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne se raconte pas d'histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez bien regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants (il doit penser à Soustelle). Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcher de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »549(*).

Quelques mois plus tard, le 20 octobre 1959 l'Elysée, et toujours dans le cadre d'un entretien privé accordé à Alain Peyrefitte, il reprend cette antienne de l'invasion et de la perte de souveraineté : « Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l'Elysée ? »550(*).

Déjà, le 5 mars 1958, peu avant son arrivée au pouvoir, le général de Gaulle avait fait part de considérations analogues à Albert Camus, avec qui il avait été mis en présence. Dans une lettre à sa femme, Francine, Camus explique qu'ayant évoqué l'attribution de la citoyenneté à tous les Algériens, il s'est attiré cette réponse du général : « Oui, et nous aurions cinquante bougnoules à la Chambre ! »551(*).

Le général, qui instaurera pourtant le suffrage universel en Algérie quelques mois plus tard, mais sachant sans doute déjà - au vu des arguments développés sur le "fond" - que cela ne pouvait être que transitoire, ne déviera jamais dans son argumentation, se refusant toujours à employer le mot intégration (voir ci-dessus), et justifiant après-coup sa politique de « dégagement » selon une ligne de justification qui, pour être gardée confidentielle et parce que gardée confidentielle, restera continûment identique à elle-même (à l'inverse de ses louvoiements publics). Ainsi, après le Conseil des ministres du 4 juillet 1962, tirant les conclusions - en la seule présence d'Alain Peyrefitte - du transfert effectif de souveraineté, la veille, en Algérie : « Avec le recul, on comprendra que ce cancer allait nous emporter. On reconnaîtra que «l'intégration», la faculté donnée à dix millions d'Arabes, qui deviendraient vingt, puis quarante, de s'installer en France comme chez eux, c'était la fin de la France »552(*).

Ce "différentialisme" vaut aussi crainte de la mixité. Au député U.N.R. Raymond Dronne, favorable à l'Algérie française : « Voyons, Dronne ! Donneriez-vous votre fille à marier à un bougnoule ? »553(*). A un autre député U.N.R., Léon Delbecque, également partisan de l'Algérie française : « Et puis, Delbecque, vous nous voyez mélangés à des Musulmans ? Ce sont des gens différents de nous. Vous nous voyez mariant nos filles avec des Arabes ? »554(*).

Les citations de cet ordre abondent dans le livre de Jean-Raymond Tournoux mais, à la différence d'Alain Peyrefitte, ce sont là des propos rapportés. Tel n'est pas le cas des déclarations faites par le général de Gaulle à Cyrus Sulzberger, ancien directeur du New-York Times, dans le cadre d'une série d'entrevues accordées au journaliste américain entre 1947 et 1963 : « Qu'est-ce que les Arabes ? Les Arabes sont un peuple qui, depuis les jours de Mahomet, n'ont jamais réussi à constituer un Etat. Avez-vous vu une digue construite par les Arabes ? Nulle part. Cela n'existe pas. Les Arabes disent qu'ils ont inventé l'algèbre et construit d'énormes mosquées. Mais ce fut entièrement l'oeuvre des esclaves chrétiens qu'ils avaient capturés. Ce ne furent pas les Arabes eux-mêmes. Ils ne peuvent rien faire seuls »555(*).

Le fils aîné du général, l'amiral Philippe de Gaulle, a lui-même récemment rapporté, dans ses recueils d'entretiens avec Michel Tauriac, ce qu'inspirait à son père les notions d'intégration et d'assimilation : « [Mon père] respectait les Tziganes en tant que tels ou les Nord-Africains, ou n'importe quelle autre communauté, mais il ne les appréciait pas en tant que collectivité. Il ne voulait pas les voir en France sous cette forme. (...) Encore une fois, il pensait que tous les apports humains au pays étaient une bonne chose, mais qu'ils devaient être assimilés. «Non pas intégrés, insistait-il, mais fondus avec les autres». Et leur nombre devait être limité à un pourcentage raisonnable, c'est-à-dire acceptable pour tous les Français de souche. Il ironisait : «On aime bien les Allemands, ils apportent Goethe et Mozart, mais on n'aime pas les Allemands quand ils arrivent à un million ! ». Il estimait : «Si une communauté n'est pas acceptée, c'est qu'elle ne donne pas de bons produits, sinon elle est admise sans problème. Si elle se plaint de racisme à son égard, c'est parce qu'elle est porteuse de désordre. Quand elle ne fournit que du bien, tout le monde lui ouvre les bras. Mais il ne faut pas qu'elle vienne chez nous imposer ses moeurs» »556(*).

Selon Guy Pervillé, « De Gaulle jugea impossible l'intégration de la population musulmane pour des raisons démographiques et économiques, (...) mais également du fait de sa conception barrésienne de la nation française, produit d'un déterminisme historique et géographique millénaire. (...) Ainsi sa politique algérienne restait fidèle à une logique nationaliste qu'on peut estimer de droite »557(*).

De même, Emmanuel Le Roy Ladurie qui, avec force précaution, cherche « une explication des comportements certes critiquables d'un homme d'Etat par ailleurs génial et dont le bilan d'ensemble est si suprêmement glorieux que telle ou telle attaque de notre part n'enlève rien à la «vastitude» de son personnage », avance malgré tout que « de Gaulle n'aimait pas tellement les Algériens : ni les Arabes, bien sûr, ni non plus les pieds-noirs (...). Parmi ces pieds-noirs, de Gaulle n'appréciait qu'à moitié les juifs sépharades, en ex-maurrassien qu'il était (...). Les Méditerranéens musulmans, mais aussi chrétiens, italiens par exemple, n'étaient pas davantage en odeur de sainteté au gré du châtelain de Colombey. Quand on acceptera enfin de se débarrasser de la chape de plomb hagiographique dont la gauche intellectuelle d'aujourd'hui a enveloppé la mémoire du «grand Charles», on y verra plus clair sur ces divers points »558(*). Dans la même édition du Figaro littéraire, l'historien Benjamin Stora revient sur « l'élaboration de cette mythologie libératrice de l'homme du Sud » qui a été associée à la mémoire de l'auteur du discours de Brazzaville et du discours de Phnom Penh : « Dans le souvenir et la mémoire de nombreux Français, l'image du général de Gaulle est celle d'un décolonisateur, attentif au sort des populations du Sud, proches de leurs aspirations et souhaits ». « Pourtant, ajoute-t-il, c'est en «Nordiste« que le général de Gaulle regarde les populations d'Algérie dans leurs diversités, sans voir leur façon de pratiquer un art de vivre ensemble (...). De Gaulle se méfie des mouvements de l'extérieur venant encombrer, perturber cette conception d'une identité française, judéo-chrétienne et européenne. Il craint, par la perpétuation de l'histoire coloniale, une «invasion« de l'islam en France. Les exemples de citations abondent où il exprime sa peur d'une représentation musulmane à l'Assemblée nationale française, ses réticences sur une mixité possible par des mariages entre Européens et Algériens musulmans »559(*).

Une conception de la Nation française et de ses frontières que l'on retrouve à l'identique, aujourd'hui encore, chez Pierre Messmer, qui fut ministre des Armées du général de Gaulle. Répondant à une interview de la feuille d'information virtuelle La Nouvelle Liberté (www.nouvelleliberte.com), il estimait ainsi que « le problème essentiel est celui de l'assimilation : on assimile certains immigrés, pas d'autres. Les immigrés italiens, espagnols, portugais sont parfaitement assimilés. Les immigrés du Maghreb et d'Afrique noire sont, quant à eux, difficilement assimilables (...). On dit que la France est un pays d'immigration. C'était vrai lorsque les immigrants désiraient réellement s'assimiler, ce qu'ils pouvaient facilement faire car ils étaient issus de la civilisation judéo-chrétienne, catholique »560(*). Plus encore, Christian Fouchet, haut commissaire de la République en Algérie jusqu'à l'indépendance, décrit en ces termes - dans ses mémoires intitulés Au service du Général de Gaulle - ses adieux à son personnel : « Le lendemain matin, je fis d'abord mes adieux à tout le personnel de ma villa. Ces braves gens semblaient sincèrement désolés de mon départ. Le vieux Nedjeb, qui avait servi tous les gouvernements généraux depuis vingt-cinq ans, m'avait supplié de l'emmener. Mais qu'eût-il fait en France avec ses huit ou dix enfants ? »561(*). L'on peut aussi évoquer Claude Chayet, diplomate et membre de l'équipe formée autour de Louis Joxe, dont Jérôme Hélie dit qu' « il ne connaissait pas l'Algérie, et n'y trouvait pas grand inconvénient ». Selon Jérôme Hélie, « Claude Chayet ne croyait pas à l'intégration de l'Algérie dans la France, et évoque encore aujourd'hui comme absurde l'idée d'une Assemblée nationale où siégeraient cent quatre-vingts Algériens, en écrasante majorité musulmans »562(*).

Ces propos, dans leur ensemble, éclairent d'un jour particulier non seulement la décision prise, s'agissant des Algériens de statut civil de droit local, de subordonner le maintien - et non la déchéance - de la nationalité française à une déclaration expresse des intéressés, mais encore les autres éléments de la politique de "mise à distance" des anciens supplétifs, précédemment décrite : strict contingentement des rapatriements visant à fixer les intéressés en Algérie d'abord, politique délibérée de "ghettoïsation/relégation géographique" de ceux qui, ayant été pris en charge dans le cadre du "plan général de rapatriement", ont été transférés vers la France ensuite563(*). Mais ce qui importe davantage, ici, pour comprendre ce que sera la construction rétrospective d'une image officielle des harkis (ou, plutôt, ce que sera son "élision"), c'est le décalage entre ces discours d'officine (où l'on ne parle généralement pas pour ne rien dire) et le discours des foules (où l'on "dit" parfois pour ne pas parler). Ainsi, à mille lieues des confidences privées faites à Alain Peyrefitte et des argumentaires développés dans le secret des cabinets et des cénacles, les discours publics du chef de l'Etat, plutôt que d'insister sur ce qui différenciait les différentes composantes de la population algérienne (que l'on pense à la métaphore de « l'huile » et du « vinaigre » ; voir ci-dessus), avaient exalté leur unité, et fait fond sur sa pérennité. A Alger, bien sûr, le 4 juin 1958 : « A partir d'aujourd'hui et dorénavant, la France considère que, dans toute l'Algérie, il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants : il n'y a que des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs »564(*) ; le 6, à Mostaganem : « Il est parti de cette terre magnifique d'Algérie un mouvement exemplaire de rénovation et de fraternité. Il s'est levé de cette terre éprouvée et meurtrie un souffle admirable qui, par-dessus la mer, est venu passer sur la France entière pour lui rappeler quelle était sa vocation (...). Mais, à ce que vous avez fait pour elle [la France], elle doit répondre en faisant ici ce qui est son devoir, c'est-à-dire considérer qu'elle n'a, d'un bout à l'autre de l'Algérie, dans toutes les catégories, dans toutes les communautés qui peuplent cette terre, qu'une seule espèce d'enfants. Il n'y a plus ici, je le proclame en son nom et je vous en donne ma parole, que des Français à part entière, des compatriotes, des frères qui marcheront désormais dans la vie en se tenant par la main ! (...) L'Algérie est une terre française, organiquement, et pour toujours. (...) Vive Mostaganem ! Vive l'Algérie française ! Vive la République ! Vive la France ! » ; Le 6 encore, à Oran : « Oui ! Oui ! Oui ! La France est ici avec sa vocation. Elle est ici pour toujours ! Vive cette bonne terre française ! » ; le 29 janvier 1960, après la « semaine des barricades », à Alger : « Comment pouvez-vous douter que si un jour les Musulmans décidaient librement et formellement que l'Algérie de demain doit être unie étroitement à la France rien ne causerait plus de joie à la patrie et à De Gaulle que de les voir choisir entre telle ou telle solution, celle qui serait la plus française ? Comment pouvez-vous nier que toute l'action de développement des populations musulmanes, entamée depuis 18 mois, actuellement poursuivie et qui, après la pacification, devra s'épanouir encore, tend précisément à créer de multiples et nouveaux liens entre la France et les Algériens ? ». Ce n'est que dans son allocution radiodiffusée du 8 mai 1960 que, pour la première fois de manière évidente, le chef de l'Etat opère une nette distinction entre les « populations algériennes » et « ses propres enfants » : la rupture est alors consommée avec le discours du 6 juin 1958 à Mostaganem, dans lequel le chef de l'Etat avait déclaré ne discerner en Algérie qu' « une seule espèce d'enfants ».

Pourtant, si l'on en croit certaines déclarations rétrospectives de Pierre Messmer, dès 1958, « lors de son retour au pouvoir », de Gaulle « savait que l'indépendance était inéluctable et dans l'ordre des choses »565(*). Avis étayé, semble-t-il, par la lecture des mémoires du général de Gaulle puisque, dans ceux-ci, l'intéressé affirme lui-même que dès son retour au pouvoir « les grandes lignes [NDA : de sa politique] étaient arrêtées dans mon esprit », ajoutant : « Si de but en blanc j'affichais mes intentions, nul doute que sur l'océan des ignorances alarmées, des étonnements scandalisés, des malveillances coalisées se fût levée dans tous les milieux une vague de stupeurs et de fureurs qui eût fait chavirer le navire. Sans jamais changer de cap, il me faudrait donc manoeuvrer jusqu'au moment où décidément le bon sens aurait percé les brumes »566(*). Tel n'est pas en effet, comme nous venons de le voir, la teneur des messages qu'il délivre initialement à l'opinion publique, à commencer par les Algériens de toutes origines et de toutes confessions, à qui il semble promettre la concorde dans un cadre français, notamment le 6 juin à Mostaganem (devant un parterre majoritairement musulman) et à Oran (devant un parterre majoritairement européen). C'est dans ce décalage entre le discours des foules et les discours de cabinet que se joue, d'une certaine façon, l'abandon à eux-mêmes des musulmans engagés, à un titre ou à un autre, aux côtés de la France. Car tant les confidences privées du général de Gaulle à Alain Peyrefitte sur l'intégration que ses écrits rétrospectifs (ainsi que les révélations de ses proches collaborateurs) paraissent témoigner de ce que les fausses assurances prodiguées à « ceux des musulmans qui voudraient rester français » sur la question de la nationalité, ou encore le caractère minimaliste du "plan général de rapatriement", doivent moins à des tâtonnements de circonstances, imputables à la pression des événements, qu'à une impréparation voulue visant à mettre les parties concernées devant le fait accompli du retrait de la souveraineté française et de la nécessité pour eux de s'en accommoder.

Expression forte du décalage entre discours publics et discours d'officine, en même temps qu'expression incisive des réticences du chef de l'Etat à confondre en un même sentiment fraternel Européens d'Algérie et musulmans pro-français, le général de Gaulle n'hésita pas, lorsque vint l'heure des périls, à opérer un distinguo très net entre ce que serait l'attitude de la France à l'égard des musulmans non inféodés au FLN et ce qu'elle serait à l'égard des Européens d'Algérie : « On ne peut accepter de replier tous les musulmans qui viendraient à déclarer qu'ils ne s'entendront pas avec leur gouvernement ! Le terme de rapatriés ne s'applique évidemment pas aux musulmans (...). Dans leur cas, il ne saurait s'agir que de réfugiés ! Mais on ne peut les recevoir en France, comme tels, que s'ils couraient des dangers ! »567(*). Au cours de ce même Conseil des ministres du 25 juillet 1962, Georges Pompidou, qui rappelait que des camps militaires avaient été installés en métropole pour ceux des supplétifs qui avaient bénéficié - au cours du mois de juin - de la première vague de rapatriements officiels (initialement conçue comme suffisante), et qui signalait que ces camps étaient désormais « submergés », se lamentait de ce que « ces gens ne veulent pas travailler. Ils se trouvent très bien au Larzac sous leurs tentes et ils s'y installeraient volontiers pour l'hiver et au-delà ». Réponse agacée du général de Gaulle : « Il faut les mettre en demeure ou de travailler, ou de repartir ». Alain Peyrefitte de signaler qu'à ce moment « plusieurs collègues baissent la tête »568(*).

Cependant, pour Pierre Messmer, qui s'exprime rétrospectivement à ce sujet, l'attitude du chef de l'État ne doit pas être interprétée comme une marque de défiance à l'égard des musulmans en général, et des supplétifs en particulier. Selon lui, le général de Gaulle « croyait que l'avenir de ces hommes-là était en Algérie, leur pays, et que les transporter en France serait à l'origine de grands problèmes ». Il ajoute : « Il [le général de Gaulle] ne pouvait imaginer que le FLN se comporterait avec une telle sauvagerie »569(*). Au fond, pour l'ancien ministre de la Défense, le chef de l'Etat n'aurait été mû que par une vision pragmatique des choses - un « chacun chez soi ! » qui, pour d'autres, s'apparente pourtant à une forme de différentialisme - et, s'il a failli en la circonstance, ce n'est que par excès d'angélisme.

La première assertion, nous l'avons vu, peut-être sérieusement mise en doute au regard des considérations privées du général. Du reste, qu'en est-il de la frontière entre "pragmatisme" et "différentialisme" quand l'enjeu immédiat n'est pas de considérer l'endroit où les anciens supplétifs et leurs familles seront les plus à même de s'adapter (y compris au risque de « grands problèmes ») mais celui où ils pourront survivre, tout simplement ? Quant à la seconde assertion, elle suppose un chef de l'Etat coupé à ce point des réalités qu'il n'aurait somme toute jamais pris conscience des voies et moyens du FLN dans et à l'issue de la guerre570(*). Or, comme cela a déjà été souligné, peu après son retour au pouvoir, et alors qu'il n'envisageait pas encore publiquement de se résoudre à la « sécession », le général lui-même avait multiplié les déclarations sans équivoques quant aux convulsions auxquelles serait promise une Algérie livrée par exclusive au FLN. En outre, les instructions - déjà citées - données par le général de Gaulle dans le secret des débats du Conseil des Ministres du 25 juillet 1962, à la suite de la conclusion des accords d'Evian et au lendemain immédiat de l'accession à l'indépendance de l'Algérie, témoignent de ce que ce n'est pas l'ingénuité de l'intéressé qui est en cause (scénario de la « bonne foi abusée ») mais la volonté clairement affichée de ne pas dévier de la politique de « dégagement » en général, de la politique de mise à distance des musulmans non inféodés au FLN en particulier.

À l'inverse, pourtant, Pierre Messmer n'hésite pas à puiser dans les amertumes personnelles du général de Gaulle pour expliquer son attitude distante à l'égard des pieds-noirs. Ainsi, selon Messmer, de Gaulle leur aurait tenu grief d'avoir été « globalement pétainistes » durant la Seconde Guerre mondiale571(*). Faut-il conclure de ces approches si différemment précautionneuses que, dans l'esprit de l'ancien ministre des Armées, le sujet des harkis est décidément trop sensible - et la destinée qui leur a été faite trop difficile à assumer - pour laisser place, aujourd'hui encore, à de franches explications ?

* 456 Document cité et reproduit in Maurice Faivre, op.cit., p.164-165.

* 457 Directive citée par Jean-Jacques Jordi, « A propos des harkis », in Jacques Frémeaux et Michèle Battesti (dir.), Sorties de guerre, Ministère de la Défense, Cahiers du Centre d'Etudes d'Histoire de la Défense, n°24, 2005.

* 458 Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.333-334.

* 459 Maurice Faivre rapporte ainsi le témoignage de Pierre Rivière, un ancien chef de SAS, qui, à la sous-préfecture d'Arris, a été témoin de ce que « la prime de recasement fut payée aux harkis [par les autorités françaises] en présence du représentant du FLN, auquel chaque homme versait "spontanément" l'enveloppe qu'on venait de lui remettre » ; cf. Maurice Faivre, « Les harkis contestés », document inédit, décembre 1995, p.6.

* 460 Propos rapportés par Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Éditions Autrement, 1999, p.34. 

* 461 Paroles rapportées par Bernard Delattre, « Les harkis, une communauté prise entre deux feux », La Libre Belgique, article consultable sur : www.courrierinternational.fr/mag570/fr.htm#.

* 462 D'après une fiche du cabinet du ministre des Armées en date du 29 juin 1962 qui fait le point sur ce sujet ; fiche citée in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.5.

* 463 Journal officiel du 5 juin 1962 ; intervention reproduite in Bernard Coll et Taouès Titraoui, op.cit., p.177-178.

* 464 Référence faite à Charles-Robert Ageron, voir supra.

* 465 « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.6.

* 466 Exemples extraits des archives départementales des Bouches-du-Rhône par Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Éditions Autrement, 1999, p.37.

* 467 Note reproduite par Maurice Faivre d'après une copie de l'original tel qu'il est parvenu au P.C. de la Zone Est Constantinois ; cf. Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie. Des soldats sacrifiés, Paris, L'Harmattan, 1995, p.170.

* 468 Extrait cité dans « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.7. Voici le texte intégral de la note du colonel Buis : « Le ministre d'Etat chargé des Affaires Algériennes a appelé l'attention du Haut Commissaire sur certaines initiatives prises en Algérie pour organiser l'émigration et l'installation en métropole de familles musulmanes désireuses de quitter le territoire algérien. C'est ainsi que le 9 mai, sept familles d'ex-moghaznis ont quitté Oran pour s'installer dans la région de Dijon. Or, dans la conjoncture actuelle, on ne peut laisser à une autorité quelconque l'initiative des mesures de ce genre qui ne peuvent relever que de décisions prises à l'échelon du gouvernement. Le transfert en métropole de Français-musulmans effectivement menacés dans leur vie et dans leurs biens s'effectuera sous la forme d'une opération préparée et planifiée. J'ai en conséquence l'honneur de vous demander de bien vouloir prescrire à tous les cadres placés sous vos ordres de s'abstenir de toute initiative isolée destinée à provoquer l'installation de Français-musulmans en métropole. Il vous appartiendra seulement d'instruire les demandes émanant des personnels demandant à se réfugier en métropole, et de me transmettre vos propositions, qui seront présentés au secrétariat d'État aux Rapatriés  ».

* 469 Télégramme retrouvé dans les Archives départementales des Bouches-du-Rhône par Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Éditions Autrement, 1999, p.38.

* 470 Extrait cité in Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie. Des soldats sacrifiés, Paris, L'Harmattan, 1995, p.175.

* 471 Cf. Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.346-347.

* 472 Message n°1334 MA/CAB/DIR, cité in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.7. Le 13 mai 1962, ce message est répercuté à l'adresse des différents Corps d'Armées par le Chef d'Etat-major, le colonel Valentin : « Note de service n°1013 EMI/MOR a fixé conditions dans lesquelles les FSNA, supplétifs et civils engagés aux côtés forces armées et dont la vie serait en danger pour ce motif doivent être regroupés avant transfert en Métropole - Vous demande veiller stricte application de ces instructions. En particulier : - Personnes à transférer doivent être limitées à celles réellement menacées ; - Transport et installation ne seront exécutés que sur ordre et suivant modalités à fixer par départements ministériels compétents - Ministre des Armées a décidé à ce sujet refouler sur Algérie tous supplétifs et civils pris en charge par Armées, mis en route sans son autorisation » (Ibidem).

* 473 Propos rapportés in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.7.

* 474 Propos recueillis par Philippe Bernard, Le Monde, 25 septembre 2001, p. 22 ; interview reprise en intégralité sur : http://www.chez.com/constit/harkis.html.

* 475 Ibidem.

* 476 Pierre Montagnon, né en 1931, Saint-Cyrien, acteur et témoin de la guerre d'Algérie, sept fois cité, deux fois blessé comme chef de section dans les rangs des parachutistes de la Légion, officier de la Légion d'Honneur à titre militaire, est historien conférencier, lauréat de l'Académie française. Interné politique d'avril 1962 à décembre 1964 pour avoir combattu dans les rangs de l'OAS - il participa notamment à la mise sur pied du maquis de l'Ouarsenis qui associait à des commandos européens les supplétifs musulmans du bachaga Boualam (voir infra), il est l'auteur de nombreux ouvrages parus chez Pygmalion.

* 477 Pierre Montagnon, La guerre d'Algérie, Pygmalion, 1984, p.392, cité in Bernard Coll et Taouès Titraoui, op.cit., pp.191-192.

* 478 Bernard Moinet, Ahmed ? Connais pas... : le calvaire des harkis, Paris, Godefroy de Bouillon, 1997, p.183 à 186 ; cité in Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Éditions Autrement, 1999, p.48-49.

* 479 Exemple extrait des archives départementales des Bouches-du-Rhône par Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Éditions Autrement, 1999, p.45.

* 480 Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.339.

* 481 Procès-verbal de l'intervention du général de Gaulle, reproduit in Maurice Faivre, op.cit., p.191-192.

* 482 Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, op.cit., p.43.

* 483 Ibid, p.45.

* 484 Témoignage de F.R. rapporté par Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Éditions Autrement, 1999, p.43-44.

* 485 Extrait cité in Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, op.cit., p.46.

* 486 Extrait cité in Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, op.cit., p.46.

* 487 Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.146.

* 488 Nicolas d'Andoque, Guerre et paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS, Paris, Éditions SPL, 1977, p.153, passage cité par Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.340.

* 489 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.136.

* 490 Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Paris, Éditions Autrement, n°112, février 1999, p.38 et 86.

* 491 Cité par Michel Roux, Les harkis, les oubliés de l'histoire, Paris, La Découverte, 1991, p.220.

* 492 Ibidem.

* 493 Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.341.

* 494 Ibid, p.343.

* 495 Anthony Clayton, Histoire de l'armée française en Afrique, 1830-1962, Paris, Albin Michel, 1994, p.233.

* 496 D'après Rémy Kauffer, L'OAS, Paris, Fayard, 1986, p.274, cité in Michel Roux, Les harkis, les oubliés de l'histoire, Paris, La Découverte, 1991, p.221.

* 497 Saïd Boualam, Mon pays, la France, Paris, France-Empire, 1962, p.30-34 ; cité par Michel Roux, Les harkis, les oubliés de l'histoire, Paris, La Découverte, 1991, p.223.

* 498 Cité in Saïd Boualam, Les harkis au service de la France, Paris, France-Empire, 1962, p.246-247 ; repris in Michel Roux, Les harkis, les oubliés de l'histoire, Paris, La Découverte, 1991, p.223.

* 499 Extrait cité in Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.342.

* 500 Ibidem.

* 501 Décision rapportée in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.8.

* 502 Ibid, p.9-10.

* 503 Dans une interview - déjà mentionnée - à la revue L'Histoire, le général Buis, alors colonel et chef du cabinet militaire du haut commissaire de la République en Algérie, affirme rétrospectivement qu' « il n'était pas question pour [l'armée] de s'aventurer dans la nature pour récupérer des harkis qui n'avaient pas été rassemblés en même temps que les unités organisées » (L'Histoire, n°140, janvier 1991, p.121).

* 504 Dans un entretien au Monde, le 25 septembre 2001, l'ancien ministre des Armées du général de Gaulle explique pourquoi les forces militaires encore stationnées en Algérie après l'indépendance ne soient pas intervenues pour secourir les harkis persécutés par le FLN « Toute la question était de savoir si nous allions réoccuper des villages pour sauver quelques familles de harkis, au risque de relancer la guerre. Le général de Gaulle a tranché : il n'en était pas question ». Et il ajoute : « Il s'agissait de savoir si nous voulions finir une guerre de décolonisation, ou si nous voulions la continuer. Il est vrai que la négociation pouvait avoir des conséquences terribles. Cet épisode m'a plongé dans une grande tristesse mais, lorsqu'on gouverne, il faut choisir » (Propos recueillis par Philippe Bernard, Le Monde du 25 septembre 2001, p.22). A nouveau, deux ans plus tard, répondant aux questions de François d'Orcival dans Valeurs actuelles : « Pierre Messmer s'adresse au Général : «Autorisez-vous les opérations coups de poing de l'armée française pour récupérer les harkis dans telle ou telle zone que nous avons évacuée ?». Le Général refuse : «Je ne veux pas que vous recommenciez la guerre d'Algérie». Commentaire de Messmer : «A mon avis, on aurait pu faire ces opérations et courir le risque - et je ne crois pas que la guerre d'Algérie aurait recommencé» » (Interview de Pierre Messmer par François d'Orcival, publiée sous le titre : « Le témoignage de Pierre Messmer : «Ce crime est celui du FLN» » dans Valeurs actuelles du 7 au 13 novembre 2003, p.19).

* 505 Dans une entretien publié dans la revue L'Histoire, Jean-Marcel Jeanneney, premier ambassadeur de France en Algérie après l'indépendance, explique que « l'armée - sur laquelle j'avais autorité - avait encore d'importants effectifs sur place, mais elle ne devait pas intervenir pour rétablir l'ordre : c'eût été recommencer la guerre » ; cf. Jean-Marcel Jeanneney, « Ambassadeur de la France en Algérie (entretien) », L'Histoire, « Les derniers jours de l'Algérie française », n°231, avril 1999, p.62.

* 506 Ibid, p.9.

* 507 Ibidem.

* 508 Voir ci-dessous la section II.B.2 de la Partie 1 : « Sur le nombre de musulmans pro-français massacrés par le FLN ».

* 509 Cité in Maurice Faivre, op.cit., p.157.

* 510 Cité in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.9. C'est nous qui soulignons.

* 511 Lettre citée in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.9.

* 512 C'est ainsi que, dès le 4 juillet 1962 (le lendemain même de l'accession à l'indépendance de l'Algérie), à la suite des premiers rapatriements effectués en juin (et dont nous avons vu le caractère minimaliste), le colonel Buis, chef du cabinet militaire du haut commissaire de la République en Algérie, s'empresse d'écrire au général Parlange, qui lui avait fait part de ses inquiétudes, que « l'oeuvre d'honneur et de justice que constituait le rapatriement des Musulmans menacés a été largement conçue, minutieusement conduite et intégralement réalisée » (Cité in Michel Roux, Les harkis, les oubliés de l'histoire, Paris, La Découverte, 1991, p.215. C'est nous qui soulignons).

* 513 Déclaration au Conseil des ministres du 25 juillet 1962, citée par Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.196.

* 514 Ceux-là même dont le général de Gaulle disait, dans son discours du 4 juin 1958, à Alger : « C'est bien avec ces représentants élus que nous verrons comment faire le reste » (cité in Michel Winock, « La France en Algérie. Cent trente ans d'aveuglement », L'Histoire, « Les derniers jours de l'Algérie française », n°231, avril 1999, p.43). Il en ira bien différemment, nous l'avons vu, avec la reconnaissance du FLN comme seul interlocuteur légitime au cours du processus de négociation.

* 515 Jean Monneret, op.cit., p.336.

* 516 Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.229. C'est nous qui soulignons.

* 517 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.136.

* 518 Message cité in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.9. C'est nous qui soulignons.

* 519 Ibidem.

* 520 Ibidem.

* 521 Note reproduite in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.10.

* 522 Cité in Jean-Jacques Jordi, « A propos des harkis », in Jacques Frémeaux et Michèle Battesti (dir.), Sorties de guerre, Ministère de la Défense, Cahiers du Centre d'Etudes d'Histoire de la Défense, n°24, 2005, p.49. Le 13 novembre, à nouveau, l'ambassadeur de France attirera l'attention du ministre des Affaires étrangères de la République algérienne sur « les graves préoccupations que lui cause le sort des anciens auxiliaires algériens de l'armée française », ajoutant : « Le gouvernement français s'élève avec indignation contre des actes qui portent atteinte aux dispositions des accords d'Evian sur la sécurité des personnes et qui sont en outre contraires au droit des gens et aux principes de la Charte des Nations Unies auxquels l'Algérie vient de souscrire. Il attend du gouvernement algérien qu'il prenne des mesures rigoureuses pour interdire toute forme de représailles avouées ou occultes et mettre fin à une situation qui, en se prolongeant, risquerait d'avoir des conséquences sérieuses sur les relations franco-algériennes » (Jean-Jacques Jordi, Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Paris, Éditions Autrement, n°112, février 1999, p.57).

* 523 Note citée in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.10.

* 524 Note citée in Jean-Jacques Jordi, Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Paris, Éditions Autrement, n°112, février 1999, p.56.

* 525 Note reproduite in Jean Monneret, op.cit., p.348-349. Cette note est répercutée, le jour même (20 octobre 1962 ), par une autre note du général Le Ray (gendre de François Mauriac) : « Général supérieur [Brébisson] prescrit qu'à compter du présent ordre tout accueil d'Algériens demandant asile à nos forces devra être soumis à sa décision. En conséquence, tout hébergement accordé dans l'intervalle présentera un caractère révocable stop. L'attention des chefs de corps est attirée de façon pressante sur la nécessité de restreindre au stricte minimum le nombre de cas à soumettre à la décision supérieure et qui les engagent personnellement ainsi que les commandants de division. Signé : Général le Ray »526 (Note citée in Michel Roux, Les harkis, les oubliés de l'histoire, Paris, La Découverte, 1991, p.218).

* 527 Notamment pour ceux qui, tel le colonel Buis, chef du cabinet militaire du haut-commissaire de la République en Algérie entre le 19 mars et le 2 juillet 1962, les soupçonnent d'avoir - « dans leur majorité » - joué un « double jeu » (voir les références de la citation plus haut).

* 528 A cet égard, voir notamment Jérôme Hélie, Les accords d'Evian : histoire de la paix ratée en Algérie, Paris, Olivier Orban, 1992.

* 529 Message cité in « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.10.

* 530 Voir ci-dessous la section II.B.2 de la Partie 1 : « Sur le nombre de musulmans pro-français massacrés par le FLN ».

* 531 Fiches citées in Maurice Faivre, op.cit., p.190. Le Commandant supérieur de Brébisson signalera d'ailleurs rétrospectivement un « déchaînement de la population en novembre et décembre 1962 » (cité par Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie. Des soldats sacrifiés, Paris, L'Harmattan, 1995, p.181).

* 532 Charles de Gaulle, décision du 30 novembre 1962 consécutive au Comité des Affaires algériennes du 16 novembre 1962, citée in Maurice Faivre, op.cit., p.192.

* 533 Maurice Faivre, « Les harkis contestés », document inédit, décembre 1995, p.6.

* 534 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994.

* 535 Jean-Jacques Jordi, Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Paris, Éditions Autrement, n°112, février 1999, p.57-58.

* 536 Ibid, p.39.

* 537 Charles-Robert Ageron, « La prise du pouvoir par le FLN (entretien) », in L'Histoire, « Les derniers jours de l'Algérie française », n°231, avril 1999, p.63. Pour sa part, Gabriel Jasseron rapporte, à propos de Ben Bella et de son attitude vis-à-vis des supplétifs après l'indépendance, le témoignage d'un ancien harki, qui passa huit mois en prison à la suite de l'accession à l'indépendance de l'Algérie : « Il est venu, lui, en personne dans les camps. C'était en septembre ou en octobre 1962. On nous a alignés tous. Ben Bella a passé devant nous comme une revue, en nous couvrant d'insultes et en donnant parfois lui-même des coups de poing dans le visage ou des coups de pied dans les parties génitales de ceux qui le regardaient avec trop d'arrogance. L'un de nous portait une longue moustache. Ben Bella l'a saisie et a tiré de toute sa force en arrachant la peau jusque sous le nez, et il a continué son inspection en riant comme un fou. Puis, il nous a insultés tous, dans un discours où il nous a traités de tous les noms. La colère montait en nous, chacun serrait les poings car les mitraillettes étaient braquées sur nous. Mais un vieil homme, prisonnier, lui lança : «tu n'as rien à nous reprocher, Ben Bella, toi aussi tu as travaillé avec la France, tu as même servi l'armée française, tu étais adjudant». Ben Bella ne répondit pas, un officier de l'ALN fit sortir ce vieillard courageux, et deux soldats l'abattirent devant nos yeux » (Gabriel Jasseron, Les Harkis en France, Paris, Editions du Fuseau, 1965 ; cité in Taouès Titraoui et Bernard Coll, Le livre des harkis, Bièvres, Jeune Pied-Noir, 1991, p.179).

* 538 Le général de Gaulle par lui-même, rapportant à Alain Peyrefitte les termes de son entretien avec Ahmed Ben Bella ; cité in Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 2, « La France reprend sa place dans le monde », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1997, p.445.

* 539 Abdel-Aziz Méliani, La France honteuse. Le drame des harkis, Paris, Perrin, 1993 [réédition en 2001 chez Perrin, sous le titre Le drame des harkis].

* 540 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.136.

* 541 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 2, « La France reprend sa place dans le monde », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1997, p.439.

* 542 En témoigne, par exemple, l'âpreté du débat rétrospectif entre Stéphane Zagdanski et Paul-Marie Coûteaux à propos de l'attitude du général de Gaulle sur la question des harkis (Le Figaro Magazine du 15 novembre 2003, propos recueillis par Sébastien Lepaque) ; voir aussi, à cet égard, la polémique suscitée par la sortie du livre de Georges-Marc Benamou (Un mensonge français. Retours sur la guerre d'Algérie, Paris, Robert Laffont, 2003), dont le chapitre le plus commenté fut précisément celui consacré au massacre des harkis.

* 543 Voir notamment Mario Bettati, Le droit d'ingérence. Mutations de l'ordre international, Paris, Odile Jacob, 1996 ; Mario Bettati et Bernard Kouchner, Le devoir d'ingérence. Peut-on les laisser mourir ?, Paris, Denoël, 1997 ; voir également Charles Zorgbibe, Le droit d'ingérence, Paris, PUF, QSJ ?, 1994.

* 544 www.charles-de-gaulle.org/degaulle/fiches.htm.

* 545 C'est du mois ainsi que l'on peut interpréter ces quelques développements de Paul-Marie de la Gorce : « De Gaulle, dès son retour au pouvoir (1958) avait pensé qu'il y avait trop de musulmans algériens sous l'uniforme français. Lors de son voyage en Algérie, il s'informe, en juin, de leur nombre et apprenant qu'ils étaient 25.000, il jugea que c'était excessif : il prescrivit à Salan que ce chiffre ne soit pas dépassé. Il consentit, pourtant, en contrepartie du retrait de 60.000 soldats français du contingent en 1959, au recrutement de 60.000 supplétifs mais à condition que ce renfort ne soit que provisoire » (De Gaulle, Paris, Perrin, 1999, p.1002).

* 546 D'après Alain de Boissieu, le général de Gaulle était hostile à « l'engagement des harkis en opérations contre leurs frères de race » (Alain de Boissieu, Pour servir le Général (1946-1970), Paris, Plon, 1982, p.151 ; repris in Charles-Robert Ageron, « Les supplétifs algériens dans l'armée française pendant la guerre d'Algérie », Vingtième siècle. Revue d'histoire, Presses de la F.N.S.P., n° 48, octobre-décembre 1995, p.7).

* 547 Interview de Pierre Messmer par François d'Orcival, publiée sous le titre : « Le témoignage de Pierre Messmer : «Ce crime est celui du FLN» » dans Valeurs actuelles du 7 au 13 novembre 2003, p.19.

* 548 Des propos qui, en l'espèce, ont valeur de reconstruction puisque, selon Alain Peyrefitte, le général de Gaulle prévoyait à titre personnel un flux de rapatriements égal à 200.000 personnes au maximum pour 1962 (cf. Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994).

* 549 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.52.

* 550 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.56.

* 551 Olivier Todd, Camus, une vie, Paris, Gallimard, 1999, p.712.

* 552 Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.188.

* 553 Jean-Raymond Tournoux, La Tragédie du Général, Paris, Plon, 1967 ; repris in Guy Pervillé « Guerre d'Algérie : l'abandon des Harkis », L'Histoire, n° 102, juillet-août 1987, et Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie. Des soldats sacrifiés, Paris, L'Harmattan, 1995, p.107.

* 554 Jean-Raymond Tournoux, La Tragédie du Général, Paris, Plon, 1967. Voir aussi Saïd Boualam, L'Algérie sans la France, Paris, France-Empire, 1964, p.75.

* 555 Cyrus Sulzberger, Les derniers des géants, Paris, Albin Michel, 1972, p.106.

* 556 Philippe de Gaulle, De Gaulle, mon père. Entretiens avec Michel Tauriac (tome 1), Paris, Plon, 2003, p.433.

* 557 Pervillé (Guy), « L'Algérie dans la mémoire des droites », in Sirinelli (Jean-François), Histoire des droites en France, Paris, Gallimard, 1992, tome II, p.648.

* 558 Le Figaro littéraire, Jeudi 27 avril 2000, p.5.

* 559 Le Figaro littéraire, Jeudi 27 avril 2000, p.5.

* 560 La Nouvelle République, n°3, mars 1998 ; cf. http://www.nouvelleliberte.com/archives/n3/politique.htm.

* 561 Christian Fouchet, Au service du général de Gaulle, Paris, Plon, 1971.

* 562 Jérôme Hélie, Les accords d'Evian : histoire de la paix ratée en Algérie, Paris, Olivier Orban, 1992, p.78.

* 563 Voir infra le chapitre IV de la Partie 1 : « Du regroupement à la relégation : la «politique d'accueil» des Français musulmans rapatriés ».

* 564 Jean Touchard, Le gaullisme, 1940-1969, Paris, Seuil, 1978, p.169.

* 565 Marianne n°341, semaine du 3 au 9 novembre 2003 ; cf. http://www.marianne-en-ligne.fr/archives/e-docs/00/00/33/F2/document_article_marianne.phtml.

* 566 Charles de Gaulle, Mémoires d'espoir : le renouveau 1958-1962, Paris, Plon/Presses Pocket, 1970, p.51 et 53.

* 567 Conseil des ministres du 25 juillet 1962, propos rapportés par Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.196. C'est nous qui soulignons.

* 568 Propos rapportés par Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, « La France redevient la France », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1994, p.196. C'est nous qui soulignons.

* 569 Interview au Monde, le 25 septembre 2001, à l'occasion de la première Journée d'hommage national aux harkis.

* 570 Sur les voies et moyens du FLN, voir infra le chapitre III de la Partie 1.

* 571 Marianne n°341, semaine du 3 au 9 novembre 2003 ; cf. http://www.marianne-en-ligne.fr/archives/e-docs/00/00/33/F2/document_article_marianne.phtml. Pour sa part, Alain Peyrefitte rapporte en ces termes les propos tenus par le chef de l'Etat au cours d'un déjeuner dans la préfecture de Mamers (Sarthe), le 22 mai 1965 : « Il existe une couche de Français, peut-être un sur cinq ou un sur dix, qui m'en voudront jusqu'à leur dernier souffle, de les avoir transformés en débris de l'Histoire. Les gens de Vichy, les politiciens de la IVème, les pieds-noirs, m'exècrent moins pour les déboires qu'ils ont connu de mon fait, que pour les bienfaits que j'ai procurés à la France en les rudoyant. Le temps fournit la preuve qu'ils s'étaient trompés. Ils ne me le pardonneront jamais » (Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 2, « La France reprend sa place dans le monde », Paris, Éditions de Fallois/Fayard, 1997p.92. C'est moi qui souligne).

précédent sommaire suivant