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Mémoire, identité et dynamique des générations au sein et autour de la communauté harkie. Une analyse des logiques sociales et politiques de la stigmatisation.


par Emmanuel BRILLET
Université Paris IX Dauphine - Doctorat de sciences politiques 2007
  

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B. Chiffrer les maux

Au regard de notre problématique d'ensemble, la question du nombre - nombre de réfugiés en France (les Français musulmans rapatriés proprement dits) et nombre de victimes en Algérie (massacres de l'après-indépendance) - est centrale tant pour apprécier l'empreinte laissée (le passé tel qu'il pèse, ou la stigmatisation telle qu'elle est subie) que pour déconstruire les usages politiques faits de la destinée dramatique des harkis au sein et autour de cette communauté (le choix du passé, ou la stigmatisation telle qu'elle est "agie" et "ré-agie"). L'abord de cette question participe ainsi de l'objectivation du travail de l'écart entre ce qui a été (l'advenu) et ce qui en a été dit ou donné à voir (le représenté), notamment pour ce qui a trait aux enjeux de la transmission (dimension intersubjective), de la reconnaissance (dimension politique) et du pardon (dimension éthique). A ce stade, il importera d'abord - tant les divergences et les imprécisions sont grandes en la matière - de mettre en perspective puis de soumettre à examen critique les évaluations disponibles. Sur ces bases, il nous sera possible, par la suite (voir notamment les parties 2 et 4), de montrer comment et d'expliquer pourquoi les "enjeux de chiffrage" sont, aujourd'hui encore, au coeur des polémiques liées au ressouvenir de la destinée des anciens harkis, qu'il s'agisse de dramatiser cet événement ou de le scotomiser/euphémiser.

- 1. Sur le nombre de rapatriements

Combien de musulmans pro-français, quel que fût leur statut d'affiliation au regard de la loi572(*) et quelles que fussent les modalités de leur engagement aux côtés de la France573(*), parvinrent à gagner la métropole au lendemain ou même au surlendemain de la conclusion des accords d'Evian et de l'accession à l'indépendance de l'Algérie ? Et quelle est, en fin de compte, la part des rapatriements officiels ?

Il n'existe pas (hors les estimations des historiens ou des polémistes) de données synthétiques sur la question, et les seules données dont nous disposons pèchent soit par leur incomplétude (les bilans officiels ignorent le flux des rapatriements opérés selon des modalités échappant au contrôle et dérogeant à la volonté des autorités) soit par leur indifférenciation574(*). Ainsi, l'une - l'incomplétude des données - comme l'autre - leur indifférenciation et les effets de massification de l'interprétation qui en sont la résultante - gênent une lecture fine et circonstanciée de la destinée plurielle d'une population plurielle. Il nous faudra, dès lors, procéder tant par recoupement que par dégrossissement des données disponibles pour gagner en lisibilité. De fait, dans ce qu'il est convenu d'appeler l' « abandon des harkis », la lisibilité des données surdétermine en grande partie la question de l'imputation des responsabilités. Il nous faudra, par exemple, juger du volume des rapatriements non planifiés - ce que nous appelons les rapatriements d'initiative - par différence entre le volume global des rapatriements575(*) et le volume des rapatriements effectivement pris en charge par les autorités civiles et militaires576(*). L'imprécision de tels recoupements ne fait bien sûr qu'ajouter à l'imprécision de sources dont aucune prise séparément n'est exempte de critique. Elle ne saurait néanmoins invalider une démarche qui vise à établir non des statistiques mais des ordres de grandeur.

Le recensement général de la population française de 1968 dénombre 134.724 « Français-Musulmans », dont 87.816 sont nés en Algérie - 56.000 hommes et 31.816 femmes - et 46.908 sont des enfants nés en France depuis 1962. Soit au total 24.320 familles.

En toute logique, le chiffre de la population des « Français-Musulmans » nés en Algérie recensés en 1968 (soit 87.816 personnes) équivaut (ou devrait équivaloir) à celui de la population des Français musulmans rapatriés proprement dits, c'est-à-dire à la somme des rapatriements (planifiés ou d'initiative) de musulmans pro-français et de leurs familles contraints de fuir leur terre natale après la conclusion des accords d'Evian et l'accession à l'indépendance de l'Algérie.

Il convient néanmoins de noter que les données du recensement de 1968 ne tiennent pas compte de la région Midi-Pyrénées - dont Michel Roux nous dit qu'elle a été "oubliée" dans le dépouillement - et où le nombre de « Français-Musulmans » est alors estimé par Jean Servier à 5.500 personnes, y compris les enfants nés en France depuis 1962577(*), soit - si l'on applique à cette région les ratios qui prévalent à l'échelon national - 3.575 « Français-Musulmans » nés en Algérie et près de 1.000 familles.

En outre, le chiffre de la population des « Français-Musulmans » nés en Algérie tel qu'il ressort du recensement général de la population française de 1968 tend à sous-évaluer le chiffre de la population des musulmans pro-français rapatriés d'Algérie à partir de 1962 pour au moins deux raisons : d'une part, ce chiffre ne tient pas compte des « Français-musulmans » décédés entre la date de leur rapatriement et celle du recensement578(*) ; d'autre part, à la suite de leur rapatriement, tous les musulmans pro-français n'ont pu579(*) ou voulu580(*) se faire reconnaître la nationalité française. Or, ces personnes étant réputées (aux termes de la loi) avoir perdu la nationalité française le 1er janvier 1963 pour autant qu'elles n'eussent pas souscrit de déclaration recognitive (ou que leur démarche fût vouée à l'échec) avant le 21 mars 1967, elles n'ont donc pu être recensées au titre de « Français-Musulmans » en 1968581(*).

Au final, en tenant compte des réserves précédemment exprimées (lesquelles induisent, par rapport aux résultats bruts du recensement, des variations non négligeables), si l'on agrège les données résultant du recensement général de la population française de 1968 et les données résultants de l'enquête menée par Jean Servier en 1972, il est permis d'estimer que le volume global des rapatriements (quelles qu'en fussent les modalités pratiques, officielles ou non officielles) a concerné de l'ordre de 95.000 à 100.000 personnes entre 1962 et 1968582(*).

Cette estimation - qui repose principalement sur les données du recensement de 1968 (le seul à faire ressortir en propre la population des « Français-Musulmans », à la distinguer du reste de la population) - est confirmée dans ses grandes lignes par les statistiques de déclaration de nationalité entre 1962 et 1968, établies par la sous-direction des naturalisations du ministère du Travail583(*). Ces statistiques font état de 58.932 déclarations recognitives de nationalité enregistrées entre 1962 et 1968584(*), chiffre auquel il faut ajouter 25.118 enfants de moins de 18 ans nés en Algérie et portés sur la déclaration du chef de famille, soit au total 84.050 personnes concernées585(*).

Pour autant, ce chiffre reste assez sensiblement inférieur à notre estimation globale du nombre de rapatriements (voir ci-dessus), ce pour au moins trois raisons.

En premier lieu, le chiffre des déclarations recognitives de nationalité souscrites excède significativement celui des déclarations effectivement enregistrées par les autorités compétentes : il y eut seulement 59.684 enregistrements pour 69.303 souscriptions entre 1962 et 1970, soit 9.619 refus586(*).

En second lieu, nous l'avons vu, outre les cas de refus administratifs mentionnés ci-avant, toutes les personnes soumises à un statut civil de droit local en Algérie ne purent (par manque d'information) ou ne voulurent (par prostration ou, au contraire, par sentiment de révolte ?) se faire reconnaître la nationalité française une fois empruntés les chemins de l'exil587(*).

Enfin, tous les musulmans pro-français exilés n'eurent pas à souscrire de déclaration recognitive de nationalité : quelques milliers de musulmans relevant du statut civil de droit commun en Algérie conservèrent de plein droit la nationalité française à leur entrée en France, à l'instar des « pieds-noirs ». A ce titre, ils n'apparaissent pas dans les statistiques de la sous-direction des naturalisations du ministère du Travail. Ils sont par contre comptabilisés dans le recensement de 1968 où, confondus avec l'ensemble des « Français-Musulmans » (c'est-à-dire non distingués de ceux - l'immense majorité - qui ont dû souscrire une déclaration d'option), ils n'apparaissent pas en propre. Le nombre des rapatriements de musulmans de statut civil de droit commun peut cependant être estimé par différence : en retranchant du chiffre de la population des « Français-Musulmans » nés en Algérie recensés en 1968 (soit 87.816 personnes) celui de la population effectivement concernée par les déclarations recognitives de nationalité enregistrées à cette date (soit 84.050 personnes), on obtient un ordre de grandeur de 3.500 à 4.000 musulmans de statut civil de droit commun rapatriés en France.

Somme toute, les statistiques de déclaration recognitive, revues et corrigées dans le dessein d'apprécier le chiffre d'ensemble de la population rapatriée (y compris, donc, la dizaine de milliers de rapatriés musulmans qui n'ayant pu se faire reconnaître la nationalité française avant 1968, ont bénéficié après-coup - entre 1968 et 1984 - de la procédure dite de « réintégration par décret », ainsi que les quelques milliers de Français musulmans rapatriés relevant du statut civil de droit commun en Algérie, donc non concernés par les procédures de réintégration), induisent à leur tour une évaluation globale du nombre des rapatriements de l'ordre de 95.000 à 100.000 musulmans pro-français et membres de leurs familles.

Relativement à cet ordre de grandeur, quelle est la part due aux rapatriements d'initiative, lesquels, nous l'avons vu, furent constamment entravés par les pouvoirs publics ? Autrement dit, dans quelle mesure l'évaluation globale du nombre des rapatriements excède-t-elle le décompte officiel des seuls rapatriements effectivement pris en charge par les pouvoirs publics en vertu du plan général de rapatriement ? Cet écart est-il significatif d'une forme d'impéritie des autorités compétentes dans la prise en charge des populations menacées ?

S'agissant du décompte (officiel) du nombre de personnes (familles comprises) ayant bénéficié des procédures de transfèrement vers la France mise en place par les autorités, nous ne disposons que de bilans partiels, les seuls décomptes globaux (mais non officiels) dont nous disposions (pour toute la période considérée, qui s'étale depuis les premiers rapatriements opérés à la fin du printemps 1962 jusqu'aux dernières libérations de prisonniers à l'automne 1969) émanant d'évaluations rétrospectives d'historiens, d'acteurs (tel le général Buis) ou de témoins de l'époque (tel le général François Meyer).

Pour la période s'étendant depuis la conclusion des accords d'Evian et l'entrée en vigueur du cessez-le-feu jusqu'à la fin de l'année 1962, un premier décompte des rapatriements effectivement pris en charge par les autorités est communiqué début 1963 à l'Assemblée nationale par le secrétaire d'Etat en charge des Affaires algériennes auprès du Premier ministre588(*) : les effectifs des musulmans rapatriés - y compris les familles - dans le cadre du plan général au cours de l'année 1962 s'élèveraient à 14.000 personnes entre mars et septembre, et à 7.000 personnes pour la période qui court d'octobre à décembre, soit 21.000 personnes au total.

Nous ne disposons, pour toute l'année 1963, d'aucun décompte officiel. Néanmoins, l'estimation de 15.000 rapatriements (soit 1.250 rapatriements par mois en moyenne) avancée par le général François Meyer (qui ne cite pas ses sources)589(*) nous semble relativement fiable en ce qu'elle traduit sans l'exagérer la décroissance du rythme des opérations de transfèrement : 21.000 rapatriements sur 9 mois pour l'année 1962 (soit 2.333 rapatriements par mois en moyenne), 15.000 rapatriements sur 12 mois en 1963 (soit 1.250 rapatriements par mois en moyenne). A quoi s'ajoutent, selon un document émanant du ministère des Rapatriés en date du 9 juin 1964590(*), 3.480 rapatriements au cours du premier semestre 1964 (soit 580 rapatriements par mois en moyenne).

Après le départ des derniers détachements de l'armée française591(*) et l'interruption subséquente du plan général de rapatriement, une nouvelle procédure de rapatriements est mise en place conjointement par l'ambassade de France et la Croix-Rouge. Cette procédure, dite des « laissez-passer », est ouverte aux anciens détenus du FLN ainsi qu'à leurs familles désireux de refaire leur vie en France. Selon le colonel Schoen, il y eut 1.166 rapatriements bénéficiant de cette procédure entre 1965 et 1970592(*).

Il convient enfin d'ajouter que 3.200 engagés593(*) furent démobilisés au camp de Sissonne, soit environ 10.000 personnes avec les familles (lesquelles furent progressivement mais non immédiatement transférées vers la France).

Tout compte fait, on peut estimer (avec le général François Meyer) à près de 50.000 les effectifs de musulmans pro-français et membres de leurs familles (toutes catégories confondues) ayant bénéficié des opérations officielles de transfèrement vers la France. Cette estimation est concordante avec celle avancée par Guy Pervillé et faisant état - hors les effectifs des engagés démobilisés et leurs familles, ainsi que les ex-détenus rapatriés à partir de 1965 en vertu de la procédure dite des « laissez-passer » - de « 42.000 réfugiés officiellement recueillis et transportés en métropole par l'armée française de juin 1962 à 1965594(*) ; elle est pareillement concordante avec l'estimation de Charles-Robert Ageron faisant état de « 41.500 supplétifs rapatriés passés par les centres de transit jusqu'en 1965 »595(*), à cette réserve de formulation près que cette estimation doit être entendue comme englobant 41.500 supplétifs et membres de leurs familles (soit 15.000 supplétifs environ).

Si l'on retranche le chiffre de 50.000 rapatriements officiellement pris en charge de celui qui résulte de notre estimation globale du nombre de transfèrements opérés vers la France (de l'ordre de 95.000 à 100.000), on obtient une estimation du nombre de musulmans parvenus à trouver refuge en métropole en dehors des voies officielles (et, ce, en dépit des mesures d'interdiction édictées par les autorités à l'encontre des initiatives privées) de l'ordre de 45.000 à 50.000, soit probablement près d'un musulman pro-français rapatrié sur deux.

Il est à noter que notre évaluation tant du chiffre que de la part des musulmans pro-français et membres de leurs familles parvenus à gagner la métropole en dehors des voies officielles est nettement inférieure à celle avancée par Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou qui, retranchant du nombre des « Français-Musulmans » nés en Algérie recensés en 1968 (soit près de 88.000 personnes) l'estimation chiffrée avancée par le général Buis de 25.000 musulmans pro-français et membres de leurs familles rapatriés par l'armée (estimation avancée dans l'entretien accordée par le général Buis à la revue L'Histoire en 1991), font état de « 63.000 Français musulmans [qui] se sont «rapatriés» par leurs propres moyens ou [qui] ont été «rapatriés» par l'ensemble des associations et amicales », soit près des trois-quarts des rapatriés musulmans596(*).

Cependant, cette évaluation, qui s'appuie sans distance critique ni précautions méthodologiques sur des sources hétérogènes et inégalement fiables, pèche par son manque de rigueur : d'une part, Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou font équivaloir le nombre total des musulmans pro-français et membres de leurs familles parvenus à trouver refuge en France (par quelque moyen que ce fût) à celui des « Français-Musulmans » nés en Algérie recensés sur le territoire métropolitain en 1968 ; or, nous avons vu que ce dernier chiffre sous-estimait celui des rapatriements de musulmans pro-français d'environ une dizaine de milliers (voir détails ci-dessus) ; d'autre part, Jean-Jacques Jordi et Mohand Hamoumou semblent tenir pour fiable l'estimation rétrospective faite par le général Buis du nombre des musulmans pro-français et membres de leurs familles rapatriés dans le cadre du plan général, laquelle évaluation sous-estime pourtant vraisemblablement d'au moins une vingtaine de milliers le nombre des personnes réfugiées ayant bénéficié du concours des autorités (et en particulier de l'armée). Compte tenu des responsabilités éminentes qui ont échu au général Buis - alors simple colonel - en tant que chef du cabinet militaire du haut-commissaire en Algérie, de telles approximations peuvent paraître étonnantes, même si, nous l'avons vu, le souci premier des autorités était alors de limiter les prises en charge, non de les faciliter. Car, même si elles ont été revues constamment à la hausse et corrigées selon les réalités (incontournables et pressantes) du terrain, les prévisions officielles de transfèrements vers la métropole ont eu dès l'origine tendance à sous-estimer (de propos délibéré) l'ampleur des mesures de protection et de sauvegarde rendues nécessaires par la situation de fait créée dans les ex-départements français. A ce propos, il est sans doute nécessaire de rappeler que le 30 mai 1962 le secrétaire d'Etat aux Rapatriés Robert Boulin estimait le nombre des personnes menacées, pour toute l'Algérie, à environ 5.000 (y compris les familles), ordre de grandeur confirmé quelques jours plus tard par un communiqué émanant du ministère des Armées, lequel évaluait à 4.930 le nombre des personnes susceptibles d'être prises en charge par les autorités (là encore familles comprises). Guy Pervillé, se fondant sur les notes prises en Conseil des ministres par Alain Peyrefitte et reproduites dans le tome 1 de C'était de Gaulle, rapporte - non sans malice - qu'à l'annonce des prévisions de Robert Boulin le général de Gaulle se serait écrié : « Ne calculez-vous pas un peu juste ? »597(*). « Un peu juste », en effet, au regard du rapport adressé à l'ONU par l'ex-contrôleur général des Armées Christian de Saint-Salvy qui, peu avant la conclusion des accords d'Evian, nous l'avons dit, avait estimé le nombre des musulmans pro-français menacés par d'éventuelles représailles à 250.000 (toutes catégories confondues, civiles et militaires), soit environ un million de personnes en incluant les membres de la (proche) famille.

* 572 Il s'agit ici de distinguer entre la situation - très largement minoritaire - de ceux qui, dès avant 1962, avaient été francisés par décret et dont la situation au regard de la nationalité relevait, à l'instar des pieds-noirs, du droit commun et celle de l'immense majorité des musulmans pro-français qui, rattachés au statut civil de droit local en Algérie, furent astreints, en vue de recouvrer la nationalité française, à une déclaration d'option devant le juge d'instance une fois parvenus sur le territoire métropolitain.

* 573 Qu'ils fussent simples supplétifs, militaires de carrière, anciens combattants, élus ou fonctionnaires.

* 574 Le recensement de 1968, s'il comptabilise en tant que tels les « Français-Musulmans », et s'il les dispatche selon le sexe, le lieu de naissance (selon qu'ils soient nés en Algérie avant 1962 ou en France depuis lors) et la région d'implantation, ne distribue pas les Français musulmans rapatriés selon leurs catégories d'élection en Algérie, pas plus qu'il ne les distribue selon les modalités pratiques de leur transfèrement vers la métropole.

* 575 La mesure du volume global des rapatriements nous est fournie par les données du recensement de 1968, lequel distingue entre les « Français-Musulmans » nés en Algérie avant 1962 - c'est-à-dire les Français musulmans rapatriés proprement dits - et ceux nés en métropole depuis lors.

* 576 La mesure du volume des rapatriements effectivement pris en charge par les autorités ressortit pour l'essentiel de l'agrégation de décomptes officiels sporadiques.

* 577 D'après les résultats de l'enquête sur les Français -Musulmans menée par Jean Servier en 1972 à la demande du Comité national pour les Français-Musulmans ; cf. Michel Roux, op.cit., p.223-224.

* 578 Le père d'un des enfants de harkis que nous avons été amené à interroger au cours de nos travaux est ainsi décédé en 1967 à la suite d'un accident de travail.

* 579 Soit que l'information leur fit défaut pour faire valoir leurs droits, soit que leur demande fût purement et simplement rejetée (il y eut près de 10.000 refus pour 70.000 demandes entre 1962 et 1970 ; cf. Michel Roux, op.cit., p.228). Voir supra les développements que nous consacrons à la question de la nationalité.

* 580 Aucun exemple de ce type n'a été porté à notre connaissance.

* 581 Cependant, il faut noter qu'une dizaine de milliers de musulmans rapatriés d'Algérie qui n'avaient pu faire valoir leurs droits avant terme (c'est-à-dire avant que la forclusion ne fût décrétée) se verront réintégrés dans la nationalité française par décret entre 1968 et 1984 (cf. Michel Roux, op.cit., p.227). Voir ci-dessous nos développements sur les statistiques de déclaration de nationalité.

* 582 Soit 87.816 « Français-Musulmans » nés en Algérie recensés en 1968 sur l'ensemble du territoire métropolitain (exception faite de la région Midi-Pyrénées), auxquels il faut ajouter environ 3.575 Français musulmans rapatriés pour la seule région Midi-Pyrénées, une dizaine de milliers de personnes qui n'ont pu (ou voulu) se faire reconnaître la nationalité française avant le 21 mars 1967, et quelques centaines ( ?) de personnes décédées entre le moment de leur entrée sur le territoire métropolitain et la date du recensement.

* 583 Cf. Michel Roux, op.cit., p.226.

* 584 Michel Roux rapporte qu'une statistique ultérieure, émanant de la même administration, fait état de 59.684 déclarations enregistrées entre 1962 et 1970 (cf. Michel Roux, op.cit., p.226). Cette légère inflation par rapport aux chiffres arrêtés en 1968 peut paraître étonnante concernant une procédure décrétée forclose en mars 1967. Elle traduit en fait son élargissement exceptionnel aux personnes retenues prisonnières en Algérie et arrivant en France après cette date.

* 585 Cf. Michel Roux, op.cit., p.226.

* 586 Estimation avancée par le colonel Schoen, et citée in Anne Heinis, L'insertion des Français-Musulmans. Étude faite sur les populations regroupées dans le midi de la France dans les centres d'ex-harkis, thèse de sciences économiques, Montpellier, Université Paul Valéry, 1977, p.44. Ces refus administratifs semblent avoir été compensés par la suite par la mise en oeuvre de la procédure dite de « réintégration par décret » (procédure dont Michel Roux nous dit qu'elle fut soumise aux conditions et aux règles de la naturalisation), qui concerna une dizaine de milliers de musulmans pro-français entre 1968 et 1984 (cf. Michel Roux, op.cit., p.226-227).

* 587 De toute évidence, de tels cas de figure, qui procédaient ou induisaient une forme d'isolement géographique et/ou moral, demeurèrent exceptionnels.

* 588 Déclaration faite le 22 janvier 1963 selon Maurice Faivre (cité in B. Coll et T. Titraoui, op.cit., p.217) et le 22 avril 1963 selon Michel Roux (op.cit., p.217) ; ce bilan a par ailleurs été repris sa,ns précisions sur son origine par Charles-Robert Ageron (« Le drame des harkis », Vingtième siècle, n°42, avril-juin 1994, p.5).

* 589 « Le drame des harkis en 1962 », texte de l'allocution donnée le 7 mars 1999 au Pavillon Gabriel par le général François Meyer à l'occasion de la rencontre « Histoire et Mémoire : les Harkis, 1954-1962 », organisée par l'association Jeune Pied-Noir, p.10.

* 590 Document cité in Michel Roux, op.cit., p.217.

* 591 Il était stipulé dans la Déclaration de principes relative aux questions militaires contenue dans les accords d'Evian que les effectifs des forces françaises, d'abord ramenés à 80.000 hommes dans un délai de douze mois à compter de l'autodétermination, seraient définitivement rapatriés vers la France « à l'issue d'un second délai de vingt-quatre mois » (D'après les extraits des accords d'Evian cités in Maurice Allais, op.cit., p.322-323).

* 592 Colonel Schoen, « Notes des 6 et 10 décembre 1972 », cité in M. Roux, op.cit., p.217. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, il restait en Algérie environ 25.000 prisonniers en octobre 1964, et 13.500 en 1965 (D'après Guy Pervillé, « La tragédie des harkis : qui est responsable ? », L'Histoire, n°231, avril 1999, p.66).

* 593 3.800 selon Maurice Faivre (« Evolution des effectifs des Français musulmans rapatriés », document daté de 1987 et publié in B. Coll et T. Titraoui, op.cit., p.217), 5.000 selon Guy Pervillé (art.cit., p.66).

* 594 Guy Pervillé, art.cit., p.66. C'est nous qui soulignons.

* 595 Charles-Robert Ageron, « Le drame des harkis », Vingtième siècle, n°42, avril-juin 1994, p.6.

* 596 Cf. Jean-Jacques Jordi, Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Paris, Editions Autrement, 1999, p.48-49.

* 597 Cf. Guy Pervillé, art.cit., p.66.

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