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Mémoire, identité et dynamique des générations au sein et autour de la communauté harkie. Une analyse des logiques sociales et politiques de la stigmatisation.

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par Emmanuel BRILLET
Université Paris IX Dauphine - Doctorat de sciences politiques 2007
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- 2. Sur le nombre de musulmans pro-français massacrés par le FLN

a) La succession des faits

Au cours de la période transitoire courant de la conclusion des accords d'Évian jusqu'au référendum d'autodétermination, l'attitude du FLN à l'égard des anciens supplétifs musulmans de l'armée française était apparue plus ou moins contenue suivant les régions. Certes, de graves exactions furent immédiatement perpétrées à l'encontre de supplétifs démobilisés, notamment pour ce qui concerne certaines unités emblématiques, tel le célèbre "commando Georges". Mais, dans un premier temps du moins, ces exactions restèrent localisées. Le discours officiel du FLN, conformément à la ligne de conduite tracée par les accords d'Évian, se voulait magnanime. Il était cependant demandé aux supplétifs démobilisés de racheter leur conduite - au sens propre comme au sens figuré - en versant leur maigre pécule de fin de service au FLN . Bien que contraire à l'esprit des accords d'Évian, cette pratique fut tolérée - et parfois encouragée - par les autorités françaises et l'exécutif transitoire qui espéraient sans doute ainsi accélérer la pacification des esprits. Mais ainsi que le souligne Guy Pervillé, « cette mansuétude n'était qu'un expédient temporaire »598(*). De fait, au même moment, et dans l'attente du transfert définitif de souveraineté, certaines directives de l'état-major de l'ALN « préconisaient de tenir à jour des listes de traîtres, et de surveiller leurs déplacements »599(*). Cette consigne n'était pas isolée, comme en témoignent d'autres documents, précédemment cités (voir supra), faisant état de la duplicité du FLN à l'égard des ex-supplétifs pendant la courte période transitoire séparant la conclusion du cessez-le feu (le 19 mars 1962) de l'accession à l'indépendance de l'Algérie (le 3 juillet). Du reste, Guy Pervillé note que, dès janvier 1960, le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA), réuni à Tripoli, s'était prononcé - sans attendre les termes d'une éventuelle négociation600(*) - pour que « le sort définitif des «traîtres» [soit] décidé souverainement par l'Assemblée nationale et par le gouvernement de l'Algérie indépendante »601(*). Les représailles de l'après-indépendance ne furent donc pas simplement le fruit d'une éruption de colère spontanée, imputable à certains éléments incontrôlés.

Cette détermination, forgée de longue date, allait être redoublée dans la période de l'immédiat après-indépendance par la propension des différentes factions du FLN/ALN à céder à une forme de surenchère nationaliste pour asseoir leur légitimité. De fait, dès après l'accession à l'indépendance, la question de la succession de l'Exécutif provisoire mit aux prises trois mois durant deux coalitions. L'une, constituée autour d'Ahmed Ben Bella et du colonel Boumediene, était composée de l'ALN extérieure et des wilayas I, V et VI. L'autre, constituée autour du GPRA, était constituée des wilayas II, III et IV, ainsi que des Fédérations de France, de Tunisie et du Maroc. Les forces mieux équipées et organisées de l'ALN extérieure emportèrent la partie pour Ben Bella et Boumediene. Tout au long de cet « affrontement au bord de la guerre civile », « l'absence d'une autorité reconnue et obéie plongea l'Algérie dans une profonde anarchie »602(*). Dans ces conditions, ajoute Guy Pervillé, « les garanties de sécurité des personnes et des biens contenues dans les accords d'Évian devinrent plus que jamais lettre morte »603(*). En outre, relève-t-il, « les rivalités entre les chefs responsables de la Révolution algérienne les entraînèrent dans une surenchère nationaliste qui favorisa une chasse aux traîtres. Tous les concurrents dans la course au pouvoir avaient intérêt à se montrer implacables, ou tout au moins à ne pas protéger les «traîtres», pour ne pas laisser leurs adversaires mettre en cause leur patriotisme »604(*).

Dans ce contexte où justifications lointaines et immédiates se renforçaient les unes les autres, la clause de non-représailles contenue dans les accords d'Évian fut précocement et systématiquement violée. Ainsi que le souligne Guy Pervillé, aussitôt l'indépendance proclamée, « les arrestations d'anciens harkis et autres «collaborateurs» des Français se multiplièrent en même temps dans toutes les régions, suivies souvent de sévices, de tortures et de supplices effroyables »605(*). Voici le bilan que dressait pour son arrondissement Jean-Marie Robert, ancien sous-préfet d'Akbou, dans une note adressée en mai 1964 à l'attention d'Alexandre Parodi, vice-président du Conseil d'Etat et secrétaire général du Comité national pour les musulmans français :

« Pendant quelques semaines, tous crurent au miracle et au respect des accords d'Evian. Soudain, du 27 juillet au 15 septembre 1962 environ, la répression s'abattait sans aucune cause locale particulière. Une cinquantaine d'ex-supplétifs ou de civils furent tués par l'ALN dans les villages les plus éloignés.

« Mais surtout 750 personnes environ furent arrêtées et groupées dans trois «centres d'interrogatoire» (...). Dans ces centres, d'où l'on entendait loin à la ronde les hurlements des torturés, près de la moitié des détenus fut exécutée à raison de 5 à 10 chaque soir. L'emplacement des charniers situés à proximité des centres est connu (...). Ces centres contenaient environ deux tiers d'ex-supplétifs et un tiers de civils (maires, conseillers généraux, conseillers municipaux, chefs de village désignés, généralement contre leur gré par l'armée, anciens combattants et de plus ceux qui avaient été dénoncés, à tort ou raison, librement ou sous la torture, comme ayant travaillé pour la France). Un conseiller général, qui avait par conviction toujours pris position pour la France, a été arrêté le 1er août et enterré vivant le 7 août la tête dépassant et recouverte de miel en compagnie de plusieurs autres détenus dans le camp d'Ain Soltan près de Bordj Bou Arreridj devant ses 350 codétenus. Son agonie, le visage mangé par les abeilles et les mouches, dura cinq heures.

« A noter que durant cette période la population n'a participé aux supplices que de quelques dizaines de harkis - promenés habillés en femmes, nez, oreilles et lèvres coupés, émasculés - enterrés vivants dans la chaux ou même le ciment - ou brûlés vifs à l'essence. Cependant les supplices dans cette région n'atteignirent pas la cruauté de ceux d'un arrondissement voisin à quelques quinze kilomètres de là : harkis morts - crucifiés sur des portes - nus sous le fouet en traînant des charrues - la musculature arrachée avec des tenailles. De même dans cet arrondissement ne furent pas signalés les massacres par l'ALN de femmes et d'enfants de harkis, ce qui fut fréquent dans des arrondissements voisins où des femmes furent aussi tuées pour le seul fait d'avoir reçu des soins dans des infirmeries militaires.

« Cependant le 15 septembre le calme revenait et ne devait pas se démentir jusqu'au 15 octobre. (...) Pourtant la répression reprenait le 15 octobre 1962 à froid et sur la seule initiative de l'ALN-ANP (l'ANP avait fait son entrée dans l'arrondissement le 15 octobre) [NDA : l'Armée nationale populaire avait pris la suite de l'Armée de libération nationale à la suite de l'accession à l'indépendance de l'Algérie. Elle était majoritairement constituée par les troupes de l'ex-Armée des frontières, commandée par Houari Boumediene]. L'on doit en effet noter que pas plus que la population, ni le FLN proprement dit, ni le pouvoir local n'ont participé en rien à cette nouvelle période de répression et qu'ils peuvent donc légitimement non pas nier ou prétendre ignorer mais désavouer et affirmer ne pas y avoir pris part. L'on ne peut cependant penser qu'ils en aient été contristés.

« Les 15, 16 et 17 octobre, une cinquantaine d'ex-harkis étaient massacrés par l'ALN. Les enfants comptaient les cadavres en allant en classe. (...) D'autre part, de fin octobre à début décembre, allait reprendre une nouvelle vague d'arrestations de ceux qui avaient déjà été détenus, puis libérés vers le 15 septembre. Il n'était plus question de centres d'interrogatoire : l'ALN exécutait sommairement, seules les personnalités avaient encore l'honneur de supplices et de tortures.

« Dans chaque commune (groupant en moyenne 13 villages et 7.000 habitants) 30 à 50 personnes furent abattues - harkis ou moghaznis, chefs de village ou conseillers municipaux et jusqu'à des septuagénaires présidents de petites sections locales d'anciens combattants. Dans certaines communes, la totalité des harkis a été tuée ; dans d'autres, une vingtaine seulement. (...) Enfin eurent lieu des massacres généraux dans des villages qui avaient été les premiers à se rallier à la France en 1957. Ainsi arrivaient fin novembre 1962 à Marseille, convoyés par l'armée, 50 rescapés, femmes et enfants, d'un village d'un arrondissement voisin où tous les hommes avaient été tués. Dans l'arrondissement dont il s'agit ici, l'on a seulement indiqué que dans un village profrançais tous les hommes étaient soit morts, soient prisonniers (...).

« Cependant, si au cours de la première vague de répression du mois d'août aucun des menacés n'avait pu s'échapper, sans doute parce que la population suivait encore aveuglément les ordres du FLN, plus de 200 personnes sont parvenues en France de fin octobre à fin novembre 1962 échappant de justesse à la mort. Elles ont souvent déclaré qu'elles avaient été prévenues de leur arrestation par la population quelques heures avant celle-ci et souvent nourries, cachées pendant 3 à 10 jours puis munies de viatiques pour pouvoir passer en France (...).

« La répression massive se termina fin 1962, début 1963. Cependant elle devait continuer de façon épisodique, au gré sans doute des cadres locaux et, à titre de diversion, à l'occasion des difficultés locales »606(*).

A cet égard, les conséquences de la non-intervention des troupes françaises encore présentes sur le sol algérien (mais consignées dans leurs casernes avec l'ordre exprès de ne pas intervenir) furent aggravées par le caractère exagérément tardif des protestations diplomatiques. Ce n'est que le 19 septembre - puis le 13 novembre 1962 (voir supra) - que l'ambassadeur de France en Algérie, Jean-Marcel Jeanneney, s'émut officiellement de la situation auprès des autorités algériennes, et pointa la violation caractérisée de la clause de non-représailles contenue dans les accords d'Evian. Quelles furent les suites de ces protestations ? Dans un rapport du 23 mai 1963 au Premier ministre, le général de Brébisson, commandant supérieur en Algérie, souligne certes que « le gouvernement algérien est intervenu (...) mais [que] la plupart du temps il a encouragé ou laissé faire, tout en semant le bruit que des dispositions seraient prises pour réimplanter hors de leur zone d'origine les familles de harkis »607(*). De fait, les réponses apportées par les autorités algériennes aux protestations françaises furent à la fois tardives et équivoques. Dans une lettre du 19 juin 1963, le ministre algérien de la Justice, Amar Bentoumi, s'il reconnaissait la réalité des exactions en cause (sans en préciser l'ampleur), en attribuait la responsabilité directe à des individus isolés, et la responsabilité indirecte aux accords d'Évian : il se serait agi de « réactions spontanées de vengeance », avivées par la frustration de l'Algérie de n'avoir pu « emprisonner et juger tous les collaborateurs, empêchée [qu'elle en fut] par ses engagements aux accords d'Évian »608(*). Et il ajoutait que, de ce fait, le gouvernement algérien avait dû fermer les yeux sur ces réactions609(*).

Cependant, dans cette même lettre, le ministre algérien de la Justice reconnaissait indirectement que ces exactions ne furent pas uniquement le fait de réactions spontanées de la population puisque, soucieux de montrer la bonne volonté dont aurait tout de même fait preuve le gouvernement algérien sur cette question, il expliquait que « lorsque l'Armée nationale populaire [anciennement Armée de libération nationale] intervint avec des méthodes encore plus brutales, il fallut bien sévir contre les coupables, lorsqu'ils étaient connus »610(*). Une sorte de confirmation en creux du récit de l'ancien sous-préfet d'Akbou, Jean-Marie Robert. À l'instar de ce dernier, qui distinguait plusieurs vagues de répression contre les musulmans précédemment engagés à un titre ou à un autre aux côtés de la France, Amar Bentoumi fait état de plusieurs stades dans le déroulement des épurations sauvages de l'après-indépendance : les réactions « spontanées » d'abord, l'intervention « brutale » de l'ANP ensuite. Les autorités et les forces de l'ordre ne furent donc pas étrangères aux exactions perpétrées à l'encontre des anciens supplétifs et autres catégories de musulmans pro-français, bien au contraire. Du reste, contrairement à ce que laisse entendre Amar Bentoumi, la clause d'amnistie contenue dans les accords d'Évian n'a en rien dissuadé les autorités algériennes d'emprisonner nombre d'anciens supplétifs ni d'organiser des procès de « collaborateurs » (même si la plupart des musulmans pro-français emprisonnés le furent sans procès). Selon Jean Monneret et Guy Pervillé, des procès publics furent ainsi organisés au mois d'août 1962 à Alger611(*). Dans sa lettre du 13 novembre 1962, l'ambassadeur de France Jean-Marcel Jeanneney évaluait à 7.000 le nombre d'anciens supplétifs (et autres catégories de musulmans pro-français) détenus en toute illégalité dans les geôles algériennes.

Guy Pervillé précise à cet égard que, au moment où les violences commencèrent à diminuer en intensité, au printemps 1963, le gouvernement algérien autorisa des visites régulières du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans les prisons des grandes villes (visites jusque-là autorisées de manière sporadique). En mai 1963, le CICR y dénombra 2.400 anciens supplétifs incarcérés. Cette organisation estima en outre à 7.000 le nombre des supplétifs incarcérés dans les divers camps d'internement et de travaux forcés qui lui étaient restés inaccessibles, ou dont l'existence était niée par les autorités algériennes612(*). En 1965, le CICR révisera son estimation à la hausse, évaluant le chiffre des supplétifs emprisonnés à 13.500613(*). Jamais, après-coup, les autorités algériennes ne décideront d'une amnistie générale pour ces "prisonniers de paix" dont le statut était contraire à la clause d'amnistie contenue dans les accords d'Évian. Amorcées seulement au compte-gouttes, les libérations s'échelonnèrent jusqu'en 1969. Néanmoins, un accord franco-algérien impliquant la médiation du CICR permit à 1.333 anciens prisonniers d'être "rapatriés" en métropole entre 1965 et 1970614(*).

Les témoignages recueillis par Stéphane Gladieu et Dalila Kerchouche auprès de femmes de harkis disent bien à la fois ce que furent les conditions de détention de leurs maris, et ce que fut la vie quotidienne de femmes abandonnées à elles-mêmes dans un environnement hostile. Témoignage de Mme Khelfoun, veuve de 68 ans vivant à Bias : 

« [Après l'arrestation de mon mari], je suis restée seule avec mes enfants, dans la misère, dans un pays qui tuait les harkis. Quand ils ont emprisonné mon mari, ils m'ont chassé de chez moi. Les femmes de harkis n'avaient pas droit aux maisons. Je dormais dehors avec mes petits, dans la forêt, sous les arbres, et je les couvrais de branchages pour les protéger du froid. Dans la rue, je me faisais insulter : «Harkia !», criaient-ils. J'évitais le plus possible d'aller en ville. Mes enfants ont été expulsés de l'école. Les Chaabs (Algériens) refusaient que les fils de harkis étudient. Nous étions la risée du village. Ils organisaient des soirées sur les harkis, pendant lesquelles ils complotaient notre mort. Finalement, mon cousin nous a recueillis chez lui. Sans nouvelles de mon mari pendant cinq ans, je croyais qu'il était mort. Un jour, j'ai reçu une lettre de lui : il était à la prison de Batna. Je suis allée le voir, je l'ai trouvé maigre à pleurer. Il ne lui restait que la peau sur les os. Il m'a raconté que leurs gardiens pissaient sur des pastèques qu'ils leur mettaient sous le nez : «Mangez klebs !», criaient-ils »615(*).

De même, Zahia Rahmani revient sur les cinq années d'épreuves endurées par sa mère - et d'autres comme elle - après que son père fut arrêté :

« Elle me parle cette fois de sa guerre de femme. Les cinq ans sans Moze. Elle me dit son ardeur, celle qui lui fut nécessaire pour maintenir ses enfants en vie. Elle me dit sa joie. Celle d'avoir surmonté des temps ombrageux. Elle me dit sa patience, son assurance et sa ruse. Elle vivait maintenant dans une ville. A l'intérieur d'une grande bâtisse qui appartenait à la famille de son époux. Après l'arrestation de leurs hommes, les femmes s'y étaient rassemblées avec leurs familles. Les murs de la cour étaient hauts. Ils les protégeraient des assauts et des insultes. L'école n'existait plus. Les enfants en revenaient trop abîmés. Sur les toits, la nuit, des hommes, des amis proches, les veillaient. Ils les ont veillées jusqu'à la dernière nuit ». Plus loin, à propos de son grand frère : « On t'a poignardé à treize ans. Tu as eu le ventre ouvert parce que ton père était un traître. Mokrane [NDA : un autre de ses frères] t'a donné trois litres de son sang pour que tu vives... Tu as été sauvé. Cinq ans dans ce pays. Cinq ans expropriés, misérables et pourchassés. J'ai oublié pendant plus de trente ans ces années sordides et il a fallu que sur ton corps de grand frère je revoie cette chair boursouflée pour qu'à nouveau tous les cailloux nous tombent dessus... »616(*).

Nous l'avons dit, les représailles dont furent victimes les ex-supplétifs à l'été (1ère grande vague de représailles) et à l'automne 1962 (2ème grande vague) furent davantage et autre chose que la simple conjonction d'actes de vengeance isolés, supposément imputables aux seuls combattants de la vingt-cinquième heure. Perpétrées dans un climat de surenchère nationaliste (la première vague de représailles est immédiatement contemporaine des luttes de faction pour la prise de pouvoir au sein du FLN-ALN), puis d'affirmation de la domination du clan vainqueur (la deuxième vague de représailles, perpétrée par et sous l'impulsion de l'ex-armée des frontières, suit de quelques semaines la prise de contrôle du FLN-ALN par le binôme Ben Bella-Boumediene), ces violences ne sont pas détachables, dans leur signification, du contexte de fondation d'un régime militarisé de parti unique dans l'Algérie post-coloniale. Guy Pervillé : « Les arrestations suivies de tortures et de massacres qui frappèrent alors de nombreux Algériens compromis avec la France ont souvent été expliquées par des vengeances spontanées de la population ou par le zèle des marsiens, volontaires de la vingt-cinquième heure ayant besoin de prouver leur vertu patriotique. Ces explications sont insuffisantes : l'existence pendant plusieurs mois de camps de prisonniers oblige à mettre en cause la responsabilité des commandements des wilayas, de l'Etat-major de l'ALN et du gouvernement de la jeune République algérienne formé le 26 septembre 1962 par Ahmed Ben Bella. Tous les concurrents dans la course au pouvoir avaient besoin de montrer leur patriotisme en se montrant impitoyables envers les harkis »617(*). Pour cette raison, sans doute, ces actes de violence s'accompagnent, sinon systématiquement, du moins très fréquemment de mises en scène macabres destinées à marquer les esprits et, ce faisant, à asseoir le pouvoir de ceux qui les commanditent. On pourrait ici multiplier les témoignages faisant état de l'extrême cruauté des supplices infligés aux ex-supplétifs et autres catégories de musulmans pro-français618(*), apparentant la mise à mort à une cérémonie du "dire" (à l'adresse des gens ordinaires) autant que du "faire" (à l'encontre des ennemis désignés). Un supplément au n°371 du 14 novembre 1962 de la Nation française publie les premiers témoignages de harkis rescapés. Récit du moghazni K. Amar de la S.A.S. de Lentia, arrondissement de Mila (Constantinois) : « Voici ce qui s'est passé en Algérie à Trolard Taza : le FLN a reconstitué les deux petites unités de harkis qui avaient mené le combat dans les rangs de l'armée française. Devant un grand concours de population, il les a disposés face à face dans une arène improvisée, et leur a imposé une rencontre au poignard. Comme la combativité des malheureux, de dépit de la promesse faite de laisser la vie sauve à l'unité victorieuse, l'ALN, pour stimuler les énergies, a abattu sur-le-champ quelques harkis. Le combat eut lieu, âpre, sauvage... Et les survivants furent tous abattus par l'ALN et leurs corps abandonnés sans sépulture pendant plusieurs semaines »619(*). Le caporal L. Brahim de la SAS de Texenna, puis de Duquesnes, près de Djidjelli (Constantine), témoigne pour sa part avoir été directement victime de ces séances d'expiation collective : « (...) Puis un jour les Fellagha ont réuni toute la population civile. Ils nous ont à nouveau attachés les mains à tous les trois et à un autre moghazni de la SAS de Tamentout. Alors, pendant trois jours, les civils, conduits par les Fellagha, nous ont battus à coups de bâton, de pierre. Nos femmes ont subi le même sort que nous. Après ces trois jours, nous étions presque morts, nous quatre et nos femmes, couverts de plaies, surtout à la tête »620(*). Fatna Tabti se souvient avoir enduré une séance de torture publique de son mari, ancien moghazni à la SAS de Saint-Leu (près d'Oran), qui pensait avoir trouvé refuge à Chanzy, chez son beau-frère. Il est pourtant arrêté par l'ALN. Le surlendemain, « un camion parcourt Chanzy invitant les habitants «à venir au camp assister à des scènes de cinéma». Parmi les villageois amusés, Fatna et ses enfants voient son mari parmi d'autres harkis. «Tous en short, on les faisait escalader des rouleaux de barbelés» »621(*).

Dans un entretien avec Benjamin Stora, pour Les Années algériennes, l'ancien maire d'El-Affroun, Jack Averseng, dira avoir été personnellement témoin de ces massacres en place publique :

« Ce massacre des harkis, vous y avez personnellement assisté ?

J.A. : Oui.

- A El-Affroun ?

J.A. : A El-Affroun. Mais, bien sûr !

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

J.A. : On leur faisait boire du pétrole, et on leur mettait le feu.

- Vous l'avez vu, ça ?

J.A. : Mais oui ! Ça se passait sur la place publique.

- Vous étiez encore maire ?

J.A. : Non. Ça s'est passé après moi.

- Et vous n'avez pas pu vous opposer ?

J.A. : Mais l'armée n'a rien fait ! L'armée n'est pas sortie.

- Parce que l'armée française était encore là ?

J.A. : L'armée française avait ordre de ne pas bouger...

- Et on a laissé massacrer les harkis ?

J.A. : Oui !... On n'a pas voulu les avoir en France »622(*).

Encore une fois, ce déchaînement de violence et, plus encore, la "spectacularisation" de la mise à mort des « traîtres » dans un contexte où tout foyer de résistance hérité de l'ère coloniale est pourtant juridiquement et factuellement éteint ne sont pas dénués de sens, bien au contraire. L'emploi de telles méthodes atteste que ces violences participent non seulement d'un processus d'épuration, mais aussi - mais surtout - d'un processus de fondation : elles visent autant à édifier les gens ordinaires sur ce qu'il pourrait leur en coûter de contester l'hégémonie naissante du FLN qu'à éradiquer les « traîtres » en raison de leurs agissements passés. On voit comment l'ALN s'attache à impliquer les populations - ne serait-ce que passivement - dans l'exécution des représailles, de la même manière qu'elle s'était attachée à impliquer ces populations dans la conduite de la guerre (voir le chapitre III de la Partie 1 ci-dessous). Certes, aux dires de certains témoignages, les populations civiles ne sont pas pour rien dans cette escalade de manifestations d'ardeur - et de terreur - "patriotiques". Mais c'est bien dans un contexte de verrouillage politique de la société algérienne, sans claire distinction entre ce qui participe du domaine de la force et ce qui participe du domaine de la loi, que doivent être compris les agissements de ceux qu'il est convenu d'appeler les « marsiens ». Dans ce contexte insécure, l'abandon à la violence peut être vécue comme la condition même du dédouanement - les tueries, et notamment les exécutions publiques et les lynchages, revêtant alors comme une dimension cathartique. Témoignage de Messaoud Kafi, ancien harki : « C'était l'hystérie générale. Des foules immenses parcouraient la ville en hurlant. Ceux qui n'avaient même pas été harkis mais qui, par peur, s'enfuyaient étaient rattrapés puis lynchés par des hordes de voyous qui faisaient la loi à coups de hache et de gourdin »623(*).

De ce point de vue, le sort des prisonniers fut à l'unisson de celui des autres suppliciés. Dans sa lettre du 13 novembre 1962, l'ambassadeur de France s'inquiétait des « traitements particulièrement odieux » subis par les anciens supplétifs. Pour qui est familier des précautions de langage diplomatiques (même s'agissant d'une lettre de protestation), il est permis de penser que les traitements infligés à ces « victimes de la propagande colonialiste »624(*) furent en effet des plus odieux.

Ainsi, contrairement à ce que déclarait Ahmed Ben Bella le 3 juin 1963 en réaction aux protestations françaises, l'Algérie n'a jamais « pardonné » aux anciens harkis625(*). À l'inverse, tout indique que les représailles exercées à leur encontre n'ont été rendues possibles que grâce au concours et de par l'initiative des forces armées et, comme le confirme à demi-mot Amar Bentoumi, du fait de la complicité bienveillante - à tout le moins - des autorités algériennes. Témoignent en ce sens tant l'éventail des mauvais traitements infligés aux musulmans pro-français - emprisonnement, travaux forcés, exécutions sommaires précédées ou non de sévices, exécutions publiques précédées ou non de sévices - que le caractère cyclique des exactions. A cet égard, l'ancien sous-préfet d'Akbou, M. Jean-Marie Robert, pointant le caractère prémédité de ces massacres, souligne que ceux-ci ont été perpétrés par vagues successives, « s'abattant soudainement sans aucune cause locale particulière », et lors même que les victimes des vagues les plus tardives avaient jusque-là résidé dans leurs villages « sans être nullement inquiétées » : « Il n'était donc plus question de vengeance à chaud, ni même de liquider ceux qui s'étaient particulièrement engagés avec la France, ce qui avait été fait largement lors de la première vague de répression, mais de tuer ceux qui, ou bien n'avaient jamais caché leurs sentiments profrançais, ou bien simplement avaient accepté, sans que la population ne trouve rien à redire, de participer au système administratif de l'époque, sans avoir jamais pris part ni à la répression, ni à des prises de position politiques caractérisées. Beaucoup avaient même été inquiétés ou suspectés par l'armée à juste titre »626(*).

De fait, l'éventail des personnes ciblées va bien au-delà des seuls combattants musulmans de l'armée française. Jean-Marie Robert rapporte ainsi que, dans sa circonscription, les centres d'internement de l'ALN « contenaient environ deux tiers d'ex-supplétifs et un tiers de civils (maires, conseillers généraux, conseillers municipaux, chefs de village désignés, généralement contre leur gré par l'armée, anciens combattants et de plus ceux qui avaient été dénoncés, à tort ou raison, librement ou sous la torture, comme ayant travaillé pour la France) »627(*). Il revient sur ce point plus avant : « A noter également que l'on ne parle que de harkis alors que la proportion non négligeable de civils est de l'ordre d'un tiers constitué d'élus de tous rangs, de chefs de villages, d'anciens combattants ou de simples civils. À titre d'exemple, sur six conseillers généraux, deux ont été tués, deux ont pu se réfugier en France, un est en prison depuis le 1er août après d'atroces sévices et un autre a été libéré après deux mois de détention et de tortures. Sur onze maires : cinq tués, un en prison, deux évadés, un détenu puis libéré, un libre »628(*).

Ceci atteste que le massacre des harkis n'était pas la simple "rétribution" des exactions commises par certains anciens supplétifs, qu'il n'était pas un simple accès de vengeance des victimes de ces exactions, mais qu'il participait, de la part du FLN, d'une entreprise calculée, dont la visée était clairement hégémonique : il s'agissait bien, pour le futur parti-Etat, de faire table rase - au sens propre comme au sens figuré - des cadres d'allégeance liés de près ou de loin à la période coloniale, ainsi que de leurs chevilles ouvrières, civiles et militaires. Déjà, dans El Moudjahid du 1er novembre 1958, dans un style visiblement directement inspiré par la pensée de Frantz Fanon (voir ci-dessous629(*)), Krim Belkacem écrivait : « Notre révolution devient le creuset où les hommes de toute conditions, paysans, artisans, ouvriers, intellectuels, riches ou pauvres subissent un brassage tel qu'un type d'homme nouveau naîtra de cette évolution »630(*). A cet égard, Omar Carlier rappelle que « [les chefs de l'insurrection] se considèrent comme l'avant-garde d'une Révolution, à la fois nationale et internationale, nourrie en 1954 de références à Valéra et Mao, ou encore à Giap et Nasser ». Et il ajoute : « Révolution, tel est en effet, depuis l'Etoile Nord-Africaine, et surtout depuis l'OS, le mot magnétique du nationalisme radical. (...) Il s'agit également de fonder une Algérie nouvelle débarrassée de ses féodaux et de ses caïds »631(*). Plus encore que Krim Belkacem, l'auteur des Damnés de la terre632(*) et rédacteur d'El Moudjahid, Frantz Fanon était explicite sur le moyens requis pour atteindre à ce « changement de panorama » : « Dans décolonisation, il y a donc exigence d'une remise en cause intégrale de la situation coloniale. Sa définition peut, si on veut la décrire avec précision, tenir dans la phrase bien connue : «Les derniers seront les premiers». La décolonisation est la vérification de cette phrase ». Et il précise : « Présentée dans sa nudité, la décolonisation laisse deviner à travers tous ses pores, des boulets rouges, des couteaux sanglants. Car si les derniers doivent être les premiers, ce ne peut être qu'à la suite d'un affrontement décisif et meurtrier des deux protagonistes. Cette volonté affirmée de faire remonter les derniers en tête de file, de les faire grimper à une cadence (trop rapide, disent certains) les fameux échelons qui définissent une société organisée, ne peut triompher que si on jette dans la balance tous les moyens, y compris, bien sûr, la violence »633(*). Cela renvoie à une question importante, soulevée par Mark Levene : « Pourquoi des gens - que parfois même on n'aurait pas distingués du reste de la population dominante - se retrouvent-ils étiquetés, non seulement comme différents, mais d'une façon telle que l'Etat, à un certain moment, décide que la seule forme d'action possible est de les éliminer ? ». « Il semble, poursuit-il, que cela soit intrinsèquement lié aux efforts des Etats pour organiser socialement des groupes indigènes ou traditionnels, souvent de manière très rapide, voire par de grands bonds en avant de caractère révolutionnaire, et concerne ce qui se passe lorsque, face à la simple magnitude des tâches qu'ils s'assignent, ces Etats font dramatiquement fausse route. Ce n'est donc pas un hasard si les victimes des génocides sont ceux qui se trouvent en travers de la voie, qui s'opposent activement, ou dont les systèmes culturels de croyances remettent en question la plausibilité ou le sens de ces projets eux-mêmes »634(*).

* 598 Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.216.

* 599 Ibidem.

* 600 A cet égard, Benyoucef Ben Khedda a présenté rétrospectivement les accords d'Évian comme « le type même du compromis révolutionnaire, où le GPRA a sauvé les positions clés de la Révolution tout en se montrant souple sur les aspects secondaires ou susceptible d'être révisés » (Les accords d'Évian, Alger, OPU et Paris, Publisud, 1986, p.39 ; cité in Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.209).

* 601 Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.216.

* 602 Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.217-218.

* 603 Ibid, p.218.

* 604 Ibid, p.219.

* 605 Ibid, p.218.

* 606 Document cité et reproduit in Maurice Faivre, op.cit., p.164-165, et in Mohand Hamoumou, « Les harkis, un trou de mémoire franco-algérien », Esprit, « France-Algérie : les blessures de l'histoire », n° 161, mai 1990, p.30-32.

* 607 Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.222.

* 608 Extrait de la lettre d'Amar Bentoumi cité in Guy Pervillé, op.cit., p.222.

* 609 Ibidem. C'est nous qui soulignons.

* 610 Ibid, p.222.

* 611 Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 2001, p.317 ; et Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.219.

* 612 Début septembre 1962, le Deuxième Bureau avait localisé une cinquantaine de camps d'internement sur l'ensemble du territoire algérien, dont 4 chantiers de déminage (Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie. Des soldats sacrifiés, Paris, L'Harmattan, 1995, p.179).

* 613 Jean-Jacques Jordi, Mohand Hamoumou, Les harkis, une mémoire enfouie, Éditions Autrement, 1999, p.55.

* 614 Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Paris, Picard, 2002, p.222.

* 615 Stéphane Gladieu et Dalila Kerchouche, Destins de harkis. Aux racines d'un exil, Paris, Autrement, 2003, p.101.

* 616 Zahia Rahmani, Moze, Paris, Sabine Wespieser, 2003, p.155-156 et 158.

* 617 Guy Pervillé, « La tragédie des harkis : qui est responsable ? », L'Histoire, n°231, avril 1999, p.65.

* 618 Voir, par exemple, les témoignages tardifs - rapportés par Dalila Kerchouche - des derniers rescapés de familles décimées, arrivés par convoi spécial en 1968 (Dalila Kerchouche, Mon père, ce harki, Paris, Seuil, 2003, p.134-135).

* 619 Témoignage repris in Gérard Israël, Le dernier jour de l'Algérie française, Paris, Robert Laffont, 1972, p.320. C'est nous qui soulignons.

* 620 Supplément au n°371 du 14 novembre 1962 de la Nation française ; témoignage repris in Gérard Israël, Le dernier jour de l'Algérie française, Paris, Robert Laffont, 1972, p.319. C'est nous qui soulignons. Ces témoignages, et d'autres encore, ont également été repris par Maurice Challe, Notre révolte, Paris, Presses de la Cité, 1968, p.421 à 441.

* 621 Nidam Abdi, « Chez les Tabti, au nom du père harki », Libération du 24 juillet 2002, p.12. C'est nous qui soulignons. Voir aussi les récits recueillis par Bernard Moinet (Ahmed ? Connais pas... Le calvaire des harkis, Paris, Lettres du monde, 1980), qui témoignent de ce que ces "jeux du cirque" ou séances de torture publique furent organisés par l'ALN sur l'ensemble du territoire, et sous des formes souvent bien plus cruelles que celles ici rapportées. Voir à cet égard le récit que fait Zahia Rahmani (d'après le témoignage de sa mère, qui y a assisté) de la mise à mort - entre autres - de son grand-oncle, brûlé vif devant sa famille et les villageois, dont des femmes et des enfants (Zahia Rahmani, Moze, Paris, Sabine Wespieser, 2003, p.150-151).

* 622 Reproduit in Benjamin Stora, La gangrène et l'oubli. La mémoire de la guerre d'Algérie, Paris, La Découverte, 1992, p.201.

* 623 Témoignage cité in Bernard Delattre, « Les harkis, une communauté prise entre deux feux », La Libre Belgique, article consultable sur : www.courrierinternational.fr/mag570/fr.htm#.

* 624 Expression employée par Amar Bentoumi, ministre de la Justice algérien, dans sa lettre du 19 juin 1963 cité par Guy Pervillé, op.cit. , p.222.

* 625 Déclaration citée in Guy Pervillé, op.cit., p.222.

* 626 Document cité et reproduit in Maurice Faivre, op.cit., p.164-165, et in Mohand Hamoumou, « Les harkis, un trou de mémoire franco-algérien », Esprit, « France-Algérie : les blessures de l'histoire », n° 161, mai 1990, p.30-32.

* 627 Document cité et reproduit in Maurice Faivre, op.cit., p.164-165, et in Mohand Hamoumou, « Les harkis, un trou de mémoire franco-algérien », Esprit, « France-Algérie : les blessures de l'histoire », n° 161, mai 1990, p.30-32.

* 628 Ibid.

* 629 Voir aussi le chapitre III de la Partie 2 pour une présentation détaillée de l'idéologie fanonienne de la "libération" et ses conséquences - directes ou en creux - sur la construction d'une image des harkis et autres catégories de musulmans pro-français (ou non-inféodés au FLN).

* 630 Benjamin Stora, La gangrène et l'oubli. La mémoire de la guerre d'Algérie, Paris, La Découverte, 1992, p.162.

* 631 Omar Carlier, « D'une guerre à l'autre, le redéploiement de la violence entre soi », Confluences Méditerranée, n°25, printemps 1998, p.123 à 137. C'est nous qui soulignons.

* 632 Frantz Fanon, Les damnés de la terre, Paris, Maspero, 1982 [1ère édition : 1961].

* 633 Ibid, p.6-7.

* 634 Mark Levene, « Les génocides : une particularité du XXème siècle », conférence donnée dans le cadre de l'Université de tous les savoirs le samedi 4 novembre 2000 à Paris. Voir aussi Mark Levene & Penny Roberts (ed.), The Massacre in History, New York-Oxford, Berghahn Books, 1999; et Mark Levene, « The Changing Face of Mass Murder. Massacre, genocide and post-genocide », International Social Science Journal, n°174, Décembre 2002.

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