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Mémoire, identité et dynamique des générations au sein et autour de la communauté harkie. Une analyse des logiques sociales et politiques de la stigmatisation.


par Emmanuel BRILLET
Université Paris IX Dauphine - Doctorat de sciences politiques 2007
  

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Figure indicible, littéralement inassignable dans les schèmes d'interprétation axés autour de la dialectique du maître et de l'esclave, la figure du harki est également donnée à voir comme inaudible, tant il apparaît incongru que les anciens supplétifs musulmans de l'armée française puissent avoir quelque chose à dire ou à faire valoir. Pour Pierre Vidal-Naquet, nous l'avons vu, les harkis apparaissent ainsi rétrospectivement moins comme des acteurs autonomes, à même - au moins dans une certaine mesure - d'opérer des choix (quelles qu'en fussent les motivations immédiates), que comme de « pauvres hères attirés par un salaire fixe dans un pays misérable »1332(*). De même, selon Mohammed Harbi1333(*), « une bonne majorité allait aux harkas comme on va à l'usine » 1334(*). « Dans leur majorité, ajoute-t-il, les harkis n'étaient pas motivés politiquement. Ils ne constituaient pas une alternative politique »1335(*). Du reste, François Gèze ne s'explique-t-il le "phénomène harki" qu'au prisme - et comme étant le fruit d'une longue tradition de manipulation coloniale : « Pendant plus d'un siècle, la France a monté les Algériens les uns contre les autres, elle a instrumentalisé la violence d'une manière qui ne souffre pas la comparaison avec ce qui eut lieu lors des colonisations françaises en Indochine ou britanniques en Afrique et en Inde. Cette façon d'utiliser les gens les uns contre les autres, comme l'ont fait encore les Français avec les harkis pendant la guerre d'indépendance, vient de très loin »1336(*). Et Gilles Manceron, historien et vice-président de la Ligue des droits de l'homme, de railler le président de la République lorsque ce dernier, à titre d'hommage, entend lier l'engagement de certains harkis non pas même à quelque forme d'adhésion à la doxa coloniale ou à quelque sentiment patriotique mais à un simple sentiment de révolte ou d'injustice face aux exactions du FLN. Gilles Manceron : « Dire, comme l'a fait le président Chirac, que les harkis «ont pris les armes pour défendre leur terre et protéger leur famille» relève de la perpétuation d'une légende coloniale et non de la vérité historique ». Et il ajoute : « À quoi sert de laisser entendre que leur choix était volontaire et que l'Histoire leur a donné raison, quand leur sort fut bien souvent subi et qu'ils ont été conduits à épouser la cause du colonisateur de leur pays »1337(*).

* 1332 Intervention à la librairie des Presses Universitaires de France, le 15 novembre 2000, boulevard Saint-Michel.

* 1333 Pendant la guerre, Mohammed Harbi, aujourd'hui historien vivant en France, fut successivement militant de la Fédération de France du FLN jusqu'en 1958 (chargé de la propagande), puis cadre civil dans différents ministères du GPRA (notamment aux Affaires étrangères), et enfin expert aux négociations d'Evian.

* 1334 Mohammed Harbi interrogé par Nadjia Bouzeghrane pour le journal algérien El Watan du 15 septembre 2005 ; interview consultable à cette adresse : http://www.elwatan.com/2005-09-15/2005-09-15-26214.

* 1335 Ibid.

* 1336 François Gèze, « Algérie : face au poids de l'histoire et à la manipulation », Politique autrement, n°13, juin 1998.

* 1337 Gilles Manceron, « Justice et ambiguïtés de l'hommage aux harkis », Hommes et Libertés, N°116, septembre-novembre 2001 [ http://www.ldh-france.org/docu_hommeliber3.cfm?idhomme=889&idpere=868.

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