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Mémoire, identité et dynamique des générations au sein et autour de la communauté harkie. Une analyse des logiques sociales et politiques de la stigmatisation.


par Emmanuel BRILLET
Université Paris IX Dauphine - Doctorat de sciences politiques 2007
  

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III. L'écartèlement des identifications au niveau du Moi : le concept de triangle de stigmatisation et la notion de « déchirement » (Vincent de Gaulejac)

Ce chapitre consacre une forme de montée en généralité, et ce à double titre :

- d'abord via un effort de modélisation de la sociodynamique de la stigmatisation au sein et autour de la communauté harkie, à travers la notion de "triangle de stigmatisation" (section A.);

- ensuite via la mise en évidence du double étayage, affectif et social, du sentiment d'humiliation des enfants de harkis, déchirés entre la nécessité de composer au jour le jour avec un environnement social stigmatisant et la "honte d'avoir honte" de leurs parents1557(*) (section B.).

A. Le concept de triangle de stigmatisation

L'effort de modélisation de la sociodynamique de la stigmatisation s'articule autour de la notion de "triangle de stigmatisation" ou, plus exactement, de double triangle de stigmatisation. Nous distinguerons entre :

- d'une part, un triangle "catégoriel" qui modélise la dynamique externe de "générescence" d'une imagerie globale (et globalement négative) de la figure du harki (section 1) ;

- d'autre part, un triangle "existentiel" qui modélise le brassage du "reçu" et du "vécu" chez les enfants de harkis dans l'ordinaire des relations sociales et familiales (section 2).

1. Un triangle "catégoriel"

Ce triangle catégoriel peut être dépeint comme le lieu de coalescence d'un regard institutionnel (gestes officielles algérienne et française), d'un regard collégial (geste des intellectuels en guerre d'Algérie) et d'un regard routinier (les anticipations statutaires fondées sur l'activation de stéréotypes physiques et réputationnels dans l'ordinaire des relations sociales). Eric Landowsi parle à cet égard d'un « jeu à trois » des catégorisations, ou d'un triptyque « catégories officielles », « catégories savantes », « catégories naturelles »1558(*).

Ce lieu où s'agglomèrent et s'amalgament ces différents "regards" est aussi, nous l'avons vu, le lieu de "générescence" d'une imagerie globale - et globalement négative - des intéressés. Ainsi, le triangle de stigmatisation "catégoriel" rend compte de la dynamique de confluence des formes d'assignation statutaire qui limitent l'acceptation des intéressés et de leurs enfants en France et en Algérie. Autrement dit, ce triangle de stigmatisation catégoriel est une forme de modélisation de ce que Erving Goffman décrit comme « l'histoire de la capacité qu'a un attribut [en l'occurrence, la qualité de harki] de servir de stigmate dans une société donnée »1559(*).

Triangle de stigmatisation catégoriel

Formation d'une "imago"/imagerie globale (et globalement négative)

Catégories "officielles" Catégories "savantes"/militantes

(gestes officielles algérienne et française) (geste des intellectuels français)

Catégories "naturelles"/routinières

(activation de stéréotypes dans l'ordinaire des relations sociales)

* 1557 Vincent de Gaulejac, Les sources de la honte, Paris, Desclée de Brouwer, 1996, p.72.

* 1558 Eric Landowski, Présences de l'autre. Essais de socio-sémiotique II, Paris, PUF, 1997.

* 1559 Erving Goffman [1963], Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Les Éditions de Minuit, 1975, p.46.

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