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Drapeaux, iconographies et géopolitique


par Simon GERMAIN-BATISSE
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 1 Géographie 2012
  

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CHAPITRE CINQUIEME

L'AVENIR GEOPOLITIQUE DU DRAPEAU

A l'heure de la mondialisation ou autre globalisation, quels rôles peuvent encore tenir les drapeaux ?

I - Fin des frontières, fin des territoires, fin des

drapeaux ?

On annonçait à la fin du XXème siècle plusieurs « fins »1. La « fin de l'Histoire » (ré)annoncée par Fukuyama en juin 1989 avec « l'universalisation de la démocratie libérale »2, la « fin des territoires » révélée par Badie parallèlement à l'épuisement des conflits possédant des enjeux territoriaux3, et la « fin de la géographie »4 signalée par O'Brien en 1992 constatant l'achèvement des localisations géographiques par les techniques modernes. Qu'ont en commun toutes ces fins annoncées ? Et bien simplement la remise en cause du rôle des Etats, des territoires et des iconographies et par conséquent du drapeau national.

Notre théorie gottmanienne, qui expliquait le constant rapport de force entre circulation et iconographie, s'écroulerait complètement. La circulation aurait étouffé toutes les iconographies, aurait détruit toutes les frontières, décloisonné l'espace géographique, aurait condamné le rôle des iconographies. Le territoire aurait pris fin par la perte de sa fonction refuge, perdue au détriment des logiques de circulation des armes, de la portée toujours plus lointaine des missiles et autres armes de dissuasions. La circulation aurait donc annihilé le rôle des drapeaux, ces derniers perdant alors leur rôle de lien symbolique d'unification d'un peuple et de son territoire. Est-ce pour autant une victoire finale de la circulation ?

II - L'insatiable besoin d'identité

Nous serions tentés de dire non. Les conjonctures actuelles prouvent le contraire. L'importance de la frontière en Afrique, ou encore ces murs qui s'érigent aux frontières par delà le monde exprime l'idée que les territoires ne sont pas finis. Par conséquent les iconographies non plus.

En temps normal, la circulation entraîne progressivement la fin des identités fortes et indivisibles, ou du moins les fragilisent. Or l'Histoire n'a cessé de démontrer que les identités finissaient toujours par resurgir. En vérité, il n'y pas de fin de l'iconographie. Celle-ci, et plus particulièrement les drapeaux, permettent la formation d'un équilibre identitaire. Celui-ci est nécessaire pour le maintien d'un ordre mondial, oeuvrant pour la paix. Il réalise la symbiose entre cloisons mentales et identité nationale d'un côté, et ouverture à la mondialisation de l'autre. Nos drapeaux ne sont pas prêts de sombrer. Il n'y a qu'à voir leur profusion lors de

1 PREVELAKIS, 1996 : 85

2 FUKUYAMA, 1992

3 BADIE, 1995

4 O'BRIEN, 1992

76

rencontres de football. Celles-ci sont d'ailleurs éloquentes : elles associent circulation et iconographie. En effet, on se présente à des compétitions internationales nées de la circulation, mais on soutient sa propre équipe nationale.

La préservation de spécificités nationales1 est ainsi loin d'être détruite par les lois de la circulation, particulièrement dans les pays récemment indépendants. Même si le rôle des territoires est différent qu'auparavant (de protecteur, il passe désormais au rôle de cadre identitaire), les iconographies sont elles toujours tenaces. C'est là toute la subtilité du raisonnement de Jean Gottmann : ce qu'elles ont créé (des territoires pour les protéger), les iconographies savent le perdre, et leur donner de nouveaux rôles. Le territoire sert désormais de cadre de préservation d'une identité. Le drapeau n'exprime plus le caractère intangible des frontières du territoire qu'il représente, il catalyse des spécificités nationales inhérentes à un territoire. Le drapeau s'adapte donc à l'évolution des territoires2.

Plus un modèle universel est diffusé, plus les hommes se tournent vers des territoires où les iconographies sont spécifiques3.

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