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Drapeaux, iconographies et géopolitique


par Simon GERMAIN-BATISSE
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 1 Géographie 2012
  

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B - L'iconographie :

C'est tout le rôle de l'iconographie, dans lequel s'insère notre drapeau. Trop de changements dus à la circulation seraient fatals pour les sociétés humaines, celles-ci se sont donc dotées d'un instrument de résistance : l'iconographie. Le terme d'iconographie, dont l'origine byzantine1 rappelle la fonction religieuse, renvoie de manière générale à l'ensemble de « tenaces attachements à des symboles, parfois fort abstraits »2 d'une communauté. L'iconographie, au lieu d'être un facteur de décloisonnement, est un facteur de cloisonnement de l'espace géographique3.

Ces symboles forment alors un socle sociétal vers lequel l'ensemble des individus formant une communauté, et/ou une nation, converge face au changement. C'est même un « ciment solide » qui « lie les membres de la communauté qui acceptent la cohabitation sous la même autorité politique »4. Acquis dès le plus jeune âge, ce besoin de symboles répond au besoin de remplacer les frontières « matérielles » trop poreuses, par des frontières dans les « esprits ». C'est tout le sens de la célèbre formule « c'est ainsi que les cloisons les plus importantes sont dans les esprits »5. Jean Gottmann rajoute même que l'iconographie est le « noeud gordien »6 de la communauté nationale. En effet, plus cette iconographie nationale est vivace, plus la communauté est liée, plus il est facile pour le pouvoir politique de s'opposer aux effets néfastes de la circulation. De la même façon, une iconographie nationale surabondante est peut-être plus facilement sujette à l'instrumentalisation politique (pensons à l'époque nazie en Allemagne). Mais une iconographie nationale fluctuante, sans racines structurelles, peut également constituer une coquille de résistance vide facilement exploitable pour d'autres iconographies concurrentes.

L'on constate vite dans ce concept d'iconographie, et Jean Gottmann le fait justement remarqué, un apparentement au concept de « genre de vie » de la géographie vidalienne. Jean Gottmann le cite lui-même parlant de l'iconographie comme « une auto-défense d'un genre de vie »7.

1 Lire à ce sujet M.Bruneau, 2000, « De l'icône à l'iconographie, du religieux au politique, réflexion sur l'origine byzantine d'un concept gottmanien », Annales de Géographie, n°616, Paris, pp. 563-579

2 JEAN GOTTMANN, 1952 : 220

3Voici une définition de l'iconographie donnée par Jean Gottmann: «L'iconographie, ensemble des symboles, abstraits et concrets, qui résument les croyances et les intérêts communs à une collectivité, constitue le ciment donnant sa cohésion et sa personnalité politique à cette collectivité; elle est donc un facteur de stabilisation politique, un mole de résistance au changement, à moins que celui-ci ne soit sous une forme dynamique introduit dans l'iconographie même de la collectivité». Jean Gottmann, «La politique et le concret», paru d'abord dans Politique Étrangère, Paris, 1963, nos 4-5, p. 273-302 et publié à nouveau dans id., p. 55-76, p. 62-63.

4 JEAN GOTTMANN, 1952 : 220

5 JEAN GOTTMANN, ibid

6 JEAN GOTTMANN, ibid

7 JEAN GOTTMANN, 1952: 156-157

17

L'iconographie nationale se divise en trois branches : « la religion, le passé politique, et l'organisation sociale »1. Ces branches iconographiques, par leurs actions limitatives de la circulation, enracinent un peuple sur son territoire, et participent de l'instauration et de la stabilité d'une autorité sur un territoire (« facteur de stabilisation politique »2). Ces symboles sont donc l'appendice de toute formation d'une entité politique sur un espace donné, de sa stabilité et de sa pérennité.

A l'instar de la circulation qui peut devenir réseau, l'iconographie dérive vers la notion de territoire. Puisque l'iconographie permet de fixer, de créer un lien vertical entre un espace et un peuple, ne doit-on pas parler de processus de territorialisation, aboutissant à la formation du territoire d'un peuple ? L'iconographie érige des frontières dans les esprits, bien plus que dans les faits matériels, elle devient ainsi une machine à créer un « nous » qui habitons dans ces frontières spirituelles partagées (sur notre territoire), et des « autres » en dehors de ces cloisons mentales3. C'est toute la définition du territoire en géographie. Il devient un espace vécu puis sacralisé4.

L'iconographie n'est pas toujours autant stabilisante que l'on pourrait l'imaginer. « Les symboles de l'iconographies ne sont pas rivés au sol »5. En effet les iconographies se diffusent par les voies de la circulation. Elles ne sont d'ailleurs pas inactives. Elles peuvent se modifier, pour le besoin inévitable de changement (« elles ne sont pas inamovibles »6). Toutefois, il s'agit de symboles tenaces. Intervenir de façon trop radicale et directe en changeant les iconographies revient à risquer l'implosion du socle de cohésion sociale d'un Etat. Jean Gottmann rajoute : « refaire les iconographies, c'est refaire les esprits »7.

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