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Drapeaux, iconographies et géopolitique


par Simon GERMAIN-BATISSE
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 1 Géographie 2012
  

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CHAPITRE QUATRIEME

LA FORMATION D'UN DRAPEAU : UN

PROCESSUS GEOPOLITIQUE

Un changement de drapeau, dans la vision gottmanienne, est directement conditionné par un rapport de force entre circulation et iconographie tendant vers la première. Lorsque le décloisonnement s'opère de façon nette, l'iconographie, par conséquent le drapeau, doit s'adapter. Il en va de ces grands mouvements de l'Histoire. Récemment, la décolonisation, la chute de l'URSS, et la dislocation de l'ex-Yougoslavie sont les exemples les plus significatifs. A ces facteurs de décloisonnement correspond une opération iconographique de construction ou de reconstruction, et de formation de nouvelles entités, de nouvelles régions, de nouveaux Etats. Le drapeau tient le premier rôle de cette refonte de cloisons. C'est ici tout le sujet de cette partie : comprendre comment s'opère la formation d'un drapeau national, et à quelles lois et mécanismes répond-elle.

A partir de cette analyse, quels seront les types de drapeaux possibles, et qu'exprimeront-ils du pays qu'il représente ?

Que cherche-t-on à mettre le plus en valeur ? Quelles stratégies envisagées pour quels résultats ? Comment associer les intérêts nationaux (unification iconographique) avec d'autres données extérieures ? Un drapeau peut-il atteindre une forme de perfection iconographique satisfaisant tous les paramètres de création ? Et quels sont ces paramètres ?

La construction d'un drapeau élabore une géographie du drapeau. Cette géographie est parcourue de courants géopolitiques qui la structurent. Le drapeau est donc un espace géographique parcouru de dynamiques. Notre étude propose ainsi une grille de lecture pour l'ensemble des drapeaux nationaux. Dans l'esprit de Jean Gottmann, cette grille d'analyse de la formation des drapeaux nationaux fonctionne sous trois dynamiques géopolitiques, elles-mêmes déclinées aux échelles internes et externes d'un pays. En d'autres termes, trois mécanismes iconographiques, conjugués aux jeux d'échelles géographiques, forment l'appendice de l'évolution du drapeau national, de sa création, jusqu'à sa légitimité reconnue. Un mécanisme de séparation vexillologique, un mécanisme d'intégration vexillologique, et un mécanisme de résistance vexillologique au sein même du nouveau drapeau créé.

I - La séparation vexillologique

Le premier des ces mécanismes est donc celui d'une séparation vexillologique et iconographique dans laquelle le drapeau national se mue, en réponse à un détachement par rapport à une ancienne entité géopolitique : genèse d'un régionalisme correspondant à la distance prise face une ancienne autorité, il faut donc créer une nouvelle iconographie.

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Sous cette appellation de séparation, on retrouvera évidemment toutes les traces de la décolonisation, de régimes autoritaires renversés, d'éclatement de l'URSS, de dislocation d'entités dans lesquelles la diversité l'a emporté sur l'unité (ex-Yougoslavie). C'est de ce point départ de mise à distance, de détachement, d'indépendance, dans des visées d'autodétermination que le processus de formation iconographique débute. Les bouleversements géopolitiques liés à ce que Gotmann nommerait la circulation, deviennent des terreaux fertiles de nouvelles formes iconographiques dont le drapeau en est l'expression ultime.

Cette séparation iconographique, dans laquelle le drapeau occupe la place principale, évolue à deux échelles.

Echelle interne

Une échelle interne, où, déjà composé comme Etat-Nation, l'on veut seulement prendre symboliquement ses distances avec le régime fraîchement renversé. C'est tout le sens de la création d'un nouveau drapeau. Pour exemple, on pourra citer le drapeau tricolore français marquant la rupture - quoique pas toujours consommée (le blanc vaut toujours pour la royauté dans certaines études) - avec la monarchie. On peut également évoquer le drapeau de l'Union Soviétique des bolchéviks qui remplace le drapeau russe des tsars en 1917.

C'est également le se sens du changement récent de drapeau au Rwanda : l'ancien rappelle un régime lié aux tragédies ethnique et à la colonisation française (l'ancien drapeau rappelle le tricolore), il est doublement nécessaire le modifier. Les couleurs changent d'ailleurs radicalement. Le Rwanda nous expose une situation originale : le nouveau drapeau correspond à une double séparation aux deux échelles, interne pour le régime lié aux massacres ethniques, et externe pour mettre au jour pour de bon la décolonisation. Lorsque que ces deux séparations sont présentes, il s'agit souvent de pays dans des situations de tensions latentes qui peuvent engendrer de graves déséquilibres régionaux. Le Rwanda donc, citons également à titre d'exemple le Kosovo, récemment indépendant dont le drapeau, fruit d'une dislocation externe (ex-Yougoslavie puis Serbie) et interne (régime serbe autoritaire) exprime le nécessaire besoin d'un compromis.

Le changement d'emblèmes en Iran en 1980 après la Révolution Islamique révèle la nécessité de se séparer et de se détacher de l'ancien régime impérial renversé. L'emblème du lion solaire est alors remplacé par un nouvel emblème volontairement religieux, puisque l'Iran était devenue une république islamique. Les cinq piliers ainsi que l'expression stylisée « Allah akbar » font leur apparition. Ici le passage d'un Empire à une république islamique nécessite la modification du drapeau. « Tout ce qui pouvait évoquer l'histoire des dynasties régnantes fut aussitôt supprimé »1.

On peut également évoquer le cas de l'Afghanistan, qui enterre symboliquement la période talibane par un changement de drapeau. Le drapeau blanc des talibans (le blanc est la couleur de Mahomet) est abandonné au profit du drapeau actuel qui reprend les couleurs du Royaume

1 LUX-WURM, 2001 : 148

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d'Afghanistan (1930-1973). Cette rupture interne au pays se traduit donc par la modification du drapeau1.

Plus tragiquement, l'Allemagne nazie, voulant marquer la rupture avec la République de Weimar, reprend le drapeau du parti nazi pour l'officialiser. Cela n'allait pas de soi, il y avait quand même risque de détourner une partie de l'Allemagne. Pourquoi finalement ne pas avoir repris le drapeau de l'Empire, puisque Hitler lui-même, se plaçait dans la continuité du Saint Empire qui dura mille ans ?2 Il y a ici double séparation symbolique : d'un régime passé que l'on renverse, et d'une mise à distance de ce de quoi l'on s'inspire, comme pour marquer un renouveau plutôt qu'une continuité.

Echelle externe

A l'échelle externe, il s'agit là de se détacher nettement d'une ancienne puissance ou autorité qui régnaient alors sur le territoire national. C'est tout le sens des indépendances suivies directement par la création ou le retour à un ancien drapeau exprimant l'originalité du pays.

On peut penser évidemment à quelques drapeaux postcoloniaux d'Afrique de l'Ouest. Celui du Bénin, qui par exemple, en plus de se rattacher aux couleurs panafricaines, avait placé une étoile symbolisant le régime socialiste pour mieux signaler la rupture des liens avec l'ancienne puissance coloniale française. Ici, l'appel à un régime idéologique met fin à ce que le Bénin nommait alors la « Françafrique », cette continuité de l'influence française sur cet espace africain.

Après un âpre débat, le Canada retire en 1965 de façon officielle l'Union Jack du canton de son drapeau et marque symboliquement la fin de la supériorité de la couronne britannique au Canada. Les Canadiens se dotent alors d'un nouveau drapeau qui à présent fait l'unanimité (même si des provinces intérieures conservent le drapeau britannique dans leur canton).

Une des dernières indépendances en date, celle du Timor Oriental en 2002, s'accompagne d'un retour à un drapeau, celui du Front Révolutionnaire pour l'Indépendance du Timor Oriental (FRETILIN) qui luttait contre les colons portugais puis récemment contre le joug indonésien. Ce drapeau qui n'est pas créé pour l'occasion puisqu'il existait déjà auparavant ne possède pas moins de légitimité qu'un autre nouvellement élaboré. Ce drapeau que l'on reprend demeure même peut-être encore plus symbolique puisqu'il correspond à deux luttes successives contre une puissance extérieure. La séparation symbolique du Timor Oriental par le drapeau est ici nette.

On a relevé que le drapeau du Timor Oriental reprenait celui du FRETILIN. Il est un trait vexillologique qu'il nous faut analyser. S'il existe une dynamique de séparation iconographique, elle est dans de nombreux cas - particulièrement dans les anciens pays colonisés - accompagnée par un retour à un drapeau préexistant. Mais pas n'importe lequel. Il

1 cf Pierre C. LUX-WURM, 2001, Les drapeaux de l'Islam, de Mahomet à nos jours, Buchet-Chastel, Méta Editions, Paris, pp 15-29

2 Pascal Ory analyse très bien cette question du choix du drapeau du régime nazi dans « L'histoire culturelle face aux images : le drapeau, un enjeu oublié ? », conférence donnée en 2006 à l'ENS-Paris.

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s'agit souvent du drapeau des partis, des fronts révolutionnaires qui ont combattu l'ancienne puissance colonisatrice1. Repris à l'identique, ou d'une grande inspiration, les drapeaux de ces partis politiques indépendantistes, parce qu'ils expriment sans doute le mieux la lutte pour la séparation, deviennent d'office drapeau national. C'est quasiment une constante par exemple en Afrique post coloniale. Citons à titre d'exemple le drapeau du Kenya, repris du drapeau Kenyan African National Union (KANU), de la Namibie, dont les couleurs rappellent celles du parti indépendantiste du South-West African People's Organisation (SWAPU), de l'Algérie reprenant le drapeau du Front de Libération National (FLN), enfin de l'Erythrée, directement inspiré du Front Populaire de Libération de l'Erythrée (FPLE). La dynamique de séparation iconographique ne signifie pas toujours créer un nouveau drapeau jamais vu auparavant (comme au Rwanda par exemple). Après tout, qu'est-ce qui représente le mieux l'indépendance si ce n'est le drapeau de ceux qui ont lutté politiquement et officiellement contre la puissance étrangère ?

Un dernier exemple, celui du Soudan du Sud, récemment indépendant, qui par le choix de son drapeau fait le choix de ses alliés. En effet, le drapeau du Soudan du Sud largement inspiré par celui de son voisin kenyan exprime bien l'orientation politique du nouveau régime souhaitant rompre avec les alliances que le Soudan passe avec d'autres Etats. Est en jeu ici une proximité ethnique et culturelle avec le Kenya, mais aussi et surtout la séparation nette de son ancien mentor le Soudan, en froid avec le Kenya2.

La séparation symbolique n'est pas toujours gage d'une indépendance nette. L'exemple des drapeaux des anciennes colonies françaises ou anglaises est à ce sujet parlant. L'Australie porte encore l'Union Flag dans le canton de son drapeau malgré les récents débats (de même en Nouvelle-Zélande et les îles Fidji), marqueur de leur intégration au Commonwealth. La République Centrafricaine possède un drapeau clairement exposé comme trait d'union entre les valeurs africaines et françaises... Dans cette optique comment ne pas penser au drapeau français lorsque l'on aperçoit un drapeau sénégalais ou malien, tant la disposition des couleurs et la structure du drapeau font écho à l'ancien colonisateur. La trace colonisatrice est par conséquent involontairement - ou non ? - conservée.

Suite à la dislocation de l'URSS, les nouvelles républiques fraîchement indépendantes se dotent de nouvelles iconographies3. Mais ces distances prises par rapport à un ancien pouvoir ne sont pas toujours clairement établies. C'est là toute la complexité de la formation des drapeaux. Et c'est là tout un questionnement géopolitique et stratégique de choix d'une iconographie, qui doit répondre aux attentes de beaucoup d'acteurs. Faut-il à tout prix se détacher de notre ancien partenaire au risque de s'exposer à de vives tensions ? Cette première étape de la formation du drapeau national révèle toute la subtilité du processus de

1 Lire à ce sujet l'analyse de la création des drapeaux postcoloniaux africains sur l'exemple des drapeaux des partis et fronts indépendantistes : Patrice de la Condamine, 2005, Vert, Jaune, Rouge, Noir, les couleurs panafricaines, Miroir et conscience d'un continent, Les Enclaves Libres, pp.81-85

2 Lire l'analyse du Blog de la SFV(Société Française de Vexillologie), 10/07/2011, « Indépendance du Soudan du Sud »

3 Lire à ce sujet la brochure concernant les drapeaux de l'ancienne URSS : Patrice de la Condamine, 2008, Les couleurs de l'empire éclaté, les ex-républiques soviétiques depuis 1991 : drapeaux, identités, pouvoirs, Les Enclaves Libres.

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séparation interne ou externe dans lequel s'insère les nouvelles iconographies et le drapeau. Le dessin de celui-ci, son choix n'est jamais purement libre.

Quelques drapeaux des nouvelles républiques d'Asie Centrale ou d'Europe issues de la dislocation de l'URSS nous rappellent la difficile mise à distance de l'ancien grand frère. Le drapeau du Belarus nous expose comment un drapeau démontre des liens forts étroits entre russes et biélorusses (il s'agit du même drapeau que celui arboré du temps de la république socialiste, sauf étoile et faucille ôtées). Il y a une proximité iconographique qui s'exprime par parenté vexillologique, révélant des liens politiques forts entre les deux entités (Russie et Belarus). De la même manière, le drapeau du Tadjikistan ainsi que celui du Kazakhstan, tout en montrant un écart pris avec Moscou révèlent des affinités gardées avec l'ancien grand frère. Le drapeau tadjik reprend les couleurs de l'ancienne RSS du Tadjikistan et nous rappelle que l'élite dirigeante n'est simplement que la continuité de l'ex nomenklatura soviétique1. Le drapeau kazakh est un drapeau qui ne revendique pas son indépendance vis-à-vis de la Russie. Dans un pays composé à 30% de russes, le choix du drapeau ne s'est pas tourné vers l'implantation de symboles musulmans, contrairement à ses voisins, qui auraient marqué une nette rupture avec le régime soviétique2.

La région sécessionniste de Transnistrie ne fait quant à elle que reprendre l'ancien drapeau de la république socialiste de Moldavie, et nous indique le visage de celui qui dans le secret tire les ficelles de cette région, ici la Russie.

Finalement, la séparation vexillologique et iconographique vis-à-vis d'une ancienne autorité peut simplement opérer un rôle inverse. Jusqu'à en souligner les forts liens entre les deux anciens amis devenus de fait rivaux. D'une séparation, on revient à une réintégration iconographique et vexillologique pas toujours volontaire... La séparation symbolique dont le drapeau concrétise les attentes, n'est pas toujours nette, particulièrement à l'échelle externe. Il existe une hiérarchie dans ces séparations vexillologiques, qui correspondent à l'intensité des rapports et des échanges entre des pays hier opposés, devenus aujourd'hui partenaires à des degrés divers. La réelle séparation vexillologique, s'accompagne toujours d'une dynamique d'intégration à un autre ensemble.

II - L'intégration vexillologique

Après une séparation symbolique, il reste à insérer le nouveau drapeau dans un nouveau schéma structurel. L'on intègre alors son drapeau à d'autres familles iconographiques, à d'autres filiations vexillologiques, a fortiori à d'autres ensembles géopolitiques extérieurs. Mais pas seulement, le drapeau sert également d'unificateur national, il faut donc une intégration de l'ensemble des populations et des territoires de l'intérieur. Le drapeau fait donc feu de tout bois : il s'intègre à des ensembles géopolitiques extérieurs, et fait acte d'intégration et de cohésion intérieures jusqu'à rassembler des ancien territoires considérés comme légitimement insérés à son territoire national. Le drapeau devient alors dans certains cas revendicateur de territoires.

1 DE LA CONDAMINE, 2008 : 65

2 Ibid : 54-55

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Echelle interne

La première étape est celle de l'intégration nationale par le drapeau. De quoi parlons-nous concrètement ? Il s'agit ici de comprendre comment le drapeau parvient à intégrer, à faire cohabiter un peuple sur le même territoire. Cette dynamique d'intégration à l'échelle interne, est en fait la recherche d'unité. Se dédouble en réalité à la dynamique d'intégration une dynamique d'unification. Toute la question est ici de comprendre quel type d'unité est mise en valeur ?

Un symbole unanime

Une des solutions est de trouver un emblème, ou symbole que l'on appose sur le drapeau et qui fait l'unanimité. Par conséquent, pas de contestations possibles. Ce symbole, ou cette couleur spécifique doit parler à tous. Il exprime des traditions locales, et évoque en chacun un sentiment de partage. Il en va de l'unité même d'un pays et d'un peuple. On pense au cèdre libanais qui vise à unir cette mosaïque de peuples. La feuille d'érable, pour le Canada, doit opérer une unité nationale après s'être symboliquement détaché de l'influence britannique. Souvent, ces symboles auxquels l'on fait appel font écho à des « âges d'or »1 (périodes historiques glorieuses quasi sacralisées par un peuple, jusqu'à les rendre erronées), ou bien des uchronies2 (des temps mythifiés), qui par essence peuvent rassembler potentiellement le plus de sujets possibles, puisque faisant appel à l'imaginaire collectif. Il s'agit là d'une unité par héritage. L'on fait donc appel à des mythes fondateurs connus de tous ou des figures d'ancêtres. Le Bhoutan reprend à son compte le dragon, appelé «Druk » directement issu de la mythologie bhoutanaise. Le Mexique, par son blason qui évoque le mythe créateur de l'Empire aztèque, (il fallait pour les aztèques trouver un cactus sur un rocher pour pouvoir s'implanter, ils en trouvèrent un avec une aigle et un serpent dessus), se rappelle aux glorieuses heures de l'Empire Aztèque3. Derrière cette unification par le drapeau, l'on remarque un « caractère » national. Certains pays peuvent être considérés comme « nostalgiques » d'un certain temps ; le Portugal par exemple, dont l'astrolabe sur le blason rappelle un temps où l'empire portugais avec ses grands navigateurs dominait le monde maritime4.

Des idées neuves

L'on fait appel également à de nouvelles idées supposées réunir un peuple entier. C'est tout le sens du drapeau brésilien, qui par sa devise « Ordem e Progresso », emprunte la voie du positivisme pour se détacher de la domination portugaise, mais également unir son peuple sous une même idée de progrès5.

1 THUAL, 1999 : 112

2 Ibid 113

3 DOUBLET, 1987 : 123-124

4Cf analyse de la Condamine concernant la famille vexillologique lusophone : Patrice de la Condamine, 2005,

Les drapeaux de l'archipel lusophone, Les Enclaves Libres

5 DE LA CONDAMINE, 2005 : 29-34

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Une unité des peuples

Cette unité nationale peut s'exprimer dans la construction du drapeau. A travers le drapeau, c'est une entente entre ethnies qui peut être en jeu. L'exemple du drapeau de l'Afrique du Sud est à ce titre le plus significatif. Il y a une double opération d'intégration interne historique. La première date de 1928, lorsque l'union des colonies néerlandaises (peuplées d'Afrikaners) et britanniques est opérée. Le drapeau réalise alors l'union territoriale des deux colonisateurs : la structure est celle de l'ancien Prinsenvlag néerlandais, et la bande blanche centrale associe les territoires d'Oranje et du Transvaal aux mains des néerlandais, et les colonies britanniques du Cap et de Natal par la présence de l'Union Jack.

La première se situe après la fin de l'apartheid, qui nécessite la création d'un nouveau drapeau censé représenter l'unité et l'égalité désormais acquises entre anciens colons et Bantous (autochtones exploités durant l'apartheid). La lecture de la gauche vers la droite du drapeau indique la recherche de la paix entre les ennemis d'hier. Les couleurs de l'ancien drapeau sont conservées (rouge, bleu, blanc) mais les couleurs représentant les Bantous sont désormais présentes, et en première place si l'on lit le drapeau de gauche à droite (vert, jaune, noir). L'agrégation des couleurs Bantous à celles des Afrikaners invite à la cohésion nationale au service d'une même cause : celle du pays et non plus celle des ses propres intérêts, et celle du mélange territorial, non plus celle de la ségrégation spatiale1.

La religion

La cohésion d'un groupe s'exprime dans pléthore d'Etats par la religion dominante, et plus particulièrement l'Islam, une religion qui inspire à l'heure actuelle le plus grand nombre de drapeaux2. Par conséquent, le drapeau se fait l'ambassadeur de cette union interne générée par la religion. Les couleurs dites panarabes (vert, blanc, rouge, noir, pour les quatre grandes dynasties ou courants de la religion musulmane : Hachémites, Omeyyades, Fatimides et Abassides), tout comme le croissant et l'étoile deviennent les représentants sur le drapeau de l'Islam, dénominateur commun de tout un peuple. Pensons au drapeau des Emirats Arabes Unis. Celui-ci reprend les couleurs panarabes, servant de fédérateur des sept émirats qui les composent. Le drapeau irakien, dont un projet proposé des Etats-Unis fut abandonné car la ressemblance avec le drapeau israélien était flagrante, s'attache actuellement à unifier le pays ruiné par les guerres et le régime de Saddam Hussein. Les étoiles rappelant le régime de Saddam Hussein sont retirées, on conserve la calligraphie « Allah akbar » pour tenter l'unification par la religion, non plus par le régime.

Egalement, loin d'une religion dominante, l'intégration interne par le drapeau est marquée par l'équilibre subtil des religions sur un même territoire. Il s'agit en fait d'intégrer symboliquement sur le drapeau l'ensemble des religions pratiquées sur un territoire. Le drapeau de l'Albanie, en apposant l'aigle bicéphale, est censé marquer la paix régnante entre la majorité musulmane et la minorité chrétienne. Le drapeau de l'Irlande souligne par le blanc

1 DE LA CONDAMINE, 2005 : 70-71

2 Lire à ce sujet l'introduction de Pierre C.LUX-WURM, 2001, Les drapeaux de l'Islam, de Mahomet à nos jours, Buchet-Chastel, Meta Editions, Paris

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la paix entre protestants et catholiques. Si officiellement les couleurs du drapeau du drapeau de l'Inde expriment des valeurs, il n'en reste pas moins qu'elles semblent indiquer la volonté d'une cohabitation et d'une unité des deux religions principales (le vert pour l'Islam, le safran pour l'Hindouisme) autour d'une seule et même cause : le développement de l'Inde. Dans ce même espace, le drapeau du Népal, seul à ne pas être rectangulaire avec la Suisse, obéit également à cette dynamique. Les deux pointes des deux triangles symbolisent les deux religions majoritaires appelées à s'entendre, le Bouddhisme et l'Hindouisme.

L'exemple malien est également patent. Le drapeau qui précède l'actuel avait apposé sur la bande jaune centrale une représentation stylisée de l'Homme, que l'on nomme « kanaga ». Mais pour la communauté puriste musulmane malienne, toute représentation de figure humaine, qui plus est sur un drapeau, est formellement interdite. Par conséquent, pour ne pas attiser de tensions supplémentaires, l'Etat central décida le retirement du kanaga1. Le drapeau qui suivit est toujours le même actuellement, malgré le flou concernant les indépendantistes de l'Azawad qui arborent un drapeau subtil dont les couleurs sont panafricaines mais la forme rappelle le drapeau palestinien2.

L'unité territoriale

Mais cette dynamique d'intégration à l'échelle interne, visible sur le drapeau, est souvent liée à des rattachements de territoires, ou dans certains cas à des revendications territoriales. Est alors assignée au drapeau la fonction de représentant suprême de l'unification territoriale d'une nouvelle nation. Citons à titre d'exemple la Tanzanie, dont le drapeau exprime la réunion de deux territoires (le Tanganyka en vert pour la partie continentale, Zanzibar en bleu pour la partie insulaire3), associés par la logique panafricaine. L'Union Jack appartient également à ce type de drapeau, puisqu'il symbolise l'association de quatre territoires au sein d'un même Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles, Ecosse, et Irlande du Nord). Dans ce sens, la Croatie réalise l'unité territoriale par son drapeau : le blason central possède cinq écus symbolisant les cinq grandes régions du pays. Comment ne pas penser au drapeau des Etats-Unis, celui qui par son nombre d'étoiles (50) unit tout un territoire pour autant d'Etats. Le drapeau des Etats Fédérés de Micronésie assure l'unité des territoires qui les composent (quatre étoiles pour le Chuuk, Pohnpei, Kosrae et Yap). Marquer sur le drapeau une unité des territoires est un fait récurrent pour les pays insulaires ou archipélagiques. Les îles Salomon illustrent bien cette idée : les cinq étoiles représentent les cinq îles qui composent l'archipel.

Le drapeau des revendications territoriales

Lorsque que cette unité territoriale n'est pas réalisée, le drapeau devient le promoteur d'une revendication territoriale. Il correspond en vérité à l'expression de « rivalités de pouvoir sur un territoire ». L'intégration interne passe ici par la réclamation de territoires. Souvent inspiré par des « grandismes »4 (en se référant à une entité politique passée), le drapeau vise à

1 DE LA CONDAMINE, 2005 : 39-40

2 Au sujet de ce drapeau de l'Azawad, lire sur le Blog de la SFV, « Un nouvel Etat », 07/04/2012

3 DE LA CONDAMINE, 2005 : 68

4 THUAL, 1999 : 113

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revendiquer la souveraineté sur des terres qui appartenaient à cette ancienne entité. Concrètement, les Comores revendiquent toujours la souveraineté sur l'île de Mayotte - désormais Département d'Outre-Mer de la France (DOM) - par le drapeau (la bande blanche symbolise Mayotte). De même, le Venezuela a ajouté une huitième étoile à son drapeau pour mettre au jour sa volonté de rattacher la Guyane vénézuélienne à son territoire (la Guyane vénézuélienne se trouvant à l'heure actuelle sur le territoire du Guyana).

Le drapeau de compromis

Il est des cas où l'intégration et l'unité à l'échelle interne, ne s'opèrent pas de manière aisée. L'on fait recours alors à des drapeaux consensuels, neutres, ne favorisant aucun camp, qui expriment simplement le besoin de paix pour des pays dont l'unité est encore remise en cause. La fragilité et l'instabilité qui caractérise la Bosnie-Herzégovine depuis l'éclatement de la Yougoslavie ont orienté la création vers un drapeau de consensus, nécessaire prérogative à l'entente des trois principales communautés du pays. Les trois sommets du triangle jaune représentent les Bosniaques, les Croates et les Serbes, tandis que les étoiles évoquent l'Union Européenne (UE), dont l'intégration apparaît comme le seul objectif commun de ces trois communautés. Le dernier exemple en date est celui du Kosovo1. Après une compétition où plus de 700 drapeaux furent proposés, et malgré les lourdes contraintes imposées (pas d'aigle bicéphale, pas de rouge évoquant l'Albanie, pas de devises, et doit correspondre aux aspirations du Kosovo à se faire reconnaître des institutions internationales), un drapeau de consensus national est proposé. Et l'on se sert du territoire, seul dénominateur commun de toutes les ethnies et des religions, pour opérer l'éventuelle unité nationale. Il existe un autre drapeau où la cartographie se fait l'apanage des diverses aspirations des peuples vivant sur un même territoire. Il s'agit du drapeau de Chypre. Celui-ci demeure vraisemblablement le plus neutre possible, au sens où le blanc combiné avec les branches d'olivier offrent un socle pacifique à l'éventuelle réunification des deux parties de Chypre. La possibilité de placer la carte de son territoire sur le drapeau apparait cependant comme la dernière étape de compromis et de pacifisme avant l'implosion interne d'un territoire.

Finalement, on constate vite une typologie des drapeaux nationaux dans leur dynamique d'intégration. C'est elle qui détermine le choix d'un type de drapeau. La voie choisie pour unifier un peuple et son territoire est directement matérialisée par le drapeau.

Echelle externe

A l'échelle externe, on exprime ici l'idée que le drapeau en formation choisit, dans la majorité des cas, de se fondre dans des familles vexillologiques - a fortiori des ensembles politiques - qui dépassent le cadre de la Nation. Le drapeau crée ou recrée des liens. La proximité politique se double d'une proximité vexillologique. C'est ici un jeu d'alliances politiques par drapeaux interposés.

1 Lire à ce propose l'étude suivante : Erwan Cobic, 2007, Kossovo, La bataille de l'éternité, Paris, Artiz,

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Les « panismes »1

L'exemple le plus frappant de cette intégration par le drapeau à une entité extérieure est les pays qui arborent des couleurs répondant à des volontés de panismes. Non pas au sens premier du terme (réunir les peuples de même langue), mais au sens géopolitique, c'est-à-dire créer des ensembles homogènes de pays partageant des mêmes visées. Le plus important mouvement vexillologique de panisme est celui du panafricanisme.

Ce mouvement de panafricanisme, né hors Afrique avant et surtout pendant les mouvements d'indépendances africaines, trouve son pendant vexillologique dans les couleurs dites « panafricaines » (vert-jaune-rouge et noir). Symboliquement, ces couleurs ont pour origine le drapeau éthiopien, en signe d'hommage au royaume d'Abyssinie (Ethiopie actuelle) qui avait résisté à tous les assauts venants de l'extérieur, arabes ou colonisateurs. C'était là un symbole fort : ces couleurs éthiopiennes incarnaient de la meilleure façon qui soit, l'indépendance et l'intégrité territoriale. L'Afrique post coloniale entre alors dans l'ère panafricaine. Les nouveaux drapeaux (qui reprennent souvent les couleurs des partis politiques indépendantistes, eux-mêmes arborant les couleurs panafricaines) deviennent des drapeaux du panafricanisme, apanage de la conscience africaine. C'est ainsi donner par le drapeau une voix à toute l'Afrique. Actuellement, sur cinquante cinq Etats reconnus officiellement, trente-deux arborent des couleurs panafricaines de près ou de loin. Ainsi dans les faits, les drapeaux traduisent une forme d'entente cordiale et politique de pléthores d'Etats africains. En pratique, ces drapeaux cachent de nombreuses divergences. Le problème du panafricanisme2 est simple : il est plus une idée philosophique qu'une application dans les faits malgré la volonté symbolique d'accorder entre eux les Etats africains. Les couleurs panafricaines correspondent ainsi plus à cette idée philosophique qu'à une véritable unité africaine.

Dans cette optique, on soulignera également le mouvement vexillologique panslave correspondant à la doctrine du panslavisme. En simplifiant de manière très schématique, ce mouvement qui apparaît au début du XIXème siècle rassemble désormais plusieurs pays d'Europe de l'est et balkanique autour de cette conscience d'être slave. Les couleurs panslaves choisis furent celles du drapeau russe. L'aide russe dans les guerres de sécessions de la majorité de ces pays contre l'occupant ottoman n'y est pas étrangère. Pourtant, on aurait tort de parler ici d'un ensemble homogène. Si l'on retrouve dans ces pays slaves les mêmes couleurs (blanc-bleu-rouge), on a tendance à penser que la Russie s'est servit de ce mouvement panslave pour asseoir son autorité dans la région. A tort, car le monopole du panslavisme n'appartient à personne, même si pendant l'ère soviétique, l'argument slave était souvent avancé pour consolider des alliances. Néanmoins, on imagine désormais mal la République Tchèque s'allier avec la Russie avec le souvenir du Printemps de Prague encore vivace dans les esprits tchèques, ceci malgré la proximité vexillologique des deux drapeaux. Les drapeaux ne sont pas toujours les vecteurs d'unité entre deux pays arborant les mêmes couleurs. C'est ici toute la subtilité du jeu vexillologique. Pourtant, dans le cas de la Serbie et de la Russie, ce jeu d'alliance par drapeaux interposés semble fonctionner. D'ailleurs, le

1 THUAL, 1999 : 113

2 Lire à ce sujet Philippe Decreane, 1976, Le Panafricanisme, Que sais-je n°847, PUF, Paris

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drapeau serbe reprend dans la disposition inverse les couleurs russes sur son drapeau. Le lien créé par une même religion (ici l'Orthodoxie, dont les liens avec la Nation ont toujours été étroits), ainsi que l'aide russe plus effective que dans d'autres Etats slaves lors de la guerre d'indépendance contre les Ottomans au XIXème siècle, sont de solides arguments pour pouvoir penser que les couleurs panslaves réalisent ici une réelle intégration politique de plusieurs Etats (ici Russie et Serbie auxquelles on pourrait rajouter la Bulgarie).

De la même manière, les couleurs panarabes ne sont pas l'expression d'une unité d'un monde arabe. D'ailleurs, l'Iran perse arbore ces couleurs alors qu'elle n'est géographiquement et culturellement pas de culture arabe. Aussi, les couleurs panarabes, qui expriment l'adhésion d'un Etat à l'Islam, pourraient nous faire oublier les grandes dissensions entre plusieurs Etats qui hissent ces couleurs. On oublie trop souvent les nettes différences confessionnelles entre l'Islam sunnite et l'Islam chiite. Et le drapeau ne montre pas ces différences. Comme dans le cas des couleurs panslaves, le drapeau est ici un piège. Il n'exprime pas, malgré l'apparente homogénéité, des alliances fortes. Néanmoins, on citera l'exemple d'Israël, qui peut servir de point d'ancrage d'une politique commune antisioniste de nombre d'Etats musulmans caractérisés par les mêmes couleurs panarabes. Il n'y a cependant pas toujours de proximité politique derrière une proximité vexillologique. Cela peut par conséquent servir des thèses réductibles, comme celle du « choc des civilisations »1. En effet, penser que le drapeau peut réunir par la religion des dizaines de pays, c'est oublier les nombreux désaccords entre ces mêmes pays, qui a fortiori ne permettent pas une homogénéité religieuse et politique, que certains ont prétendu.

Volonté de créer des alliances commerciales ou politiques

Derrière des drapeaux arborant les mêmes couleurs, on ne peut ne pas imaginer qu'il existe des intérêts sous-jacents d'ordre politique et commercial. Plusieurs exemples viennent à l'esprit. D'abord celui de la Roumanie et de la Moldavie. En effet, le drapeau moldave exprime bien la volonté du gouvernement actuel de se rapprocher de la Roumanie, pour accéder à l'Union Européenne. Il est presque question ici d'une demande sous-jacente de rattachement à la Roumanie, en soulignant le même héritage de l'ancienne Valachie. A l'opposé, les sécessionnistes de Transnistrie récupère l'héritage soviétique pour soutenir la « vraie » Moldavie, qui selon eux n'a rien à voir avec la Roumanie et l'Europe (le drapeau de Transnistrie est celui de l'ancienne RSS de Moldavie). Deux visions politiques s'affrontent, que le drapeau illustre particulièrement bien.

De la même façon, regardons le drapeau du Panama. La ressemblance avec celui des Etats-Unis est flagrante (mêmes couleurs, étoiles), et correspond en vérité à l'alliance stratégique qui lie les deux protagonistes, même si l'on peut penser que le poids des Etats-Unis étouffe quelque peu celui du Panama. Le canal de Panama étant pour les Etats-Unis vital, on imagine donc que ce drapeau sert les intérêts des Etats-Unis, en rendant officiel la prépondérance états-unienne sur cet endroit du monde. Il ya là derrière le drapeau une intégration à une aire d'influence extérieure, ici celle des Etats-Unis.

1 cf Samuel Huntington, 1997, Le Choc des Civilisations, Odile Jacob

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Toujours en Amérique Centrale, un phénomène vexillologique est éloquent. Quatre drapeaux, pour quatre Etats arborent les mêmes couleurs, et quasiment sous la même disposition. Seuls les blasons diffèrent d'un pays à l'autre. Du nord au sud, le Guatemala, le Salvador, le Honduras, et le Nicaragua. Ils ont en commun de hisser un drapeau qui rappelle celui des Provinces unies d'Amérique centrale, ayant vues le jour en 1823. Cette confédération regroupait les quatre pays précédents, ainsi que le Costa Rica. A travers un drapeau similaire, on pourrait imaginer, non pas un retour à cette république fédérale, mais à la formation d'une seule entité politique, économique et stratégique à l'image de l'Union Européenne. Le traité d'intégration économique de 1960 signé entre les quatre Etats illustre bien ces liens forts entretenus par ces pays. Le drapeau quasi commun favorise bien évidemment cette entente sur le plan symbolique.

La prise en compte du voisinage

L'intégration à l'échelle externe correspond également pour le drapeau à se fondre dans son environnement. Quelques drapeaux expriment la nécessité de jouer la neutralité face aux voisins. Le compromis est ici de ne pas froisser les pays proches. On pense au drapeau de Singapour, qui a placé le croissant de lune et l'étoile au plus près de la hampe, non pas pour exposer son rattachement à l'Islam (la majorité des habitants est bouddhiste), mais simplement pour ne pas s'attirer les foudres de ses proches pays (Malaisie et Indonésie) dont la religion dominante est l'Islam. Il y a là une attitude purement géopolitique et stratégique derrière ce drapeau de compromis à l'échelle régionale.

On peut également évoquer de nouveau le cas du Soudan du Sud fraîchement indépendant depuis 2011, qui par son choix du drapeau, s'est non seulement détaché symboliquement et religieusement du Soudan (couleurs panafricaines au lieu des panarabes du Soudan), mais a également créer un lien culturel et politique avec son voisin kenyan (reprise du drapeau kenyan en fond). Cela signifie une alliance politique de poids, indispensable pour ce pays en proie à l'isolationnisme. On soulignera également la proximité religieuse avec le Kenya chrétien.

La prise en compte du voisinage peut trahir des ambitions politiques cachées. L'exemple du drapeau ouzbek illustre la volonté de l'Ouzbékistan de marquer son autorité sur l'Asie Centrale, et devenir leader influent de cet espace. Le bleu du drapeau est celui de Tamerlan, fondateur de la dynastie des Timourides qui régna longtemps sur l'Asie centrale au XVème siècle. Ce héros récupéré par l'Ouzbékistan, alors que d'autres pays pouvaient légitimement réclamer cet héritage, souligne bien l'influence que l'Etat ouzbek souhaite étendre sur l'Asie centrale'.

' DE LA CONDAMINE, 2008 : 57-58

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III - Forces vexillologiques résistantes

Le sujet a été traité de manière implicite dans les deux dynamiques précédentes, cependant il est nécessaire de ne pas négliger cet aspect des nouvelles iconographies et des nouveaux drapeaux. Il existe souvent au sein d'une iconographie nationale des résistances. Des résistances qui se dotent d'iconographies, a fortiori d'un drapeau ou qui arborent un drapeau en provocation du drapeau national. La question soulevée ici est la suivante : un drapeau national, ou dans une plus large mesure une iconographie nationale ou un récit national, peuvent-ils être reconnus de tous sans provoquer chez quelques communautés un sentiment de rejet aboutissant sur l'élaboration d'iconographies de résistance ou rivales ?

De la même manière que les deux dynamiques précédentes, à deux échelles, des forces iconographiques de résistance prennent part à la légitimité du drapeau nouvellement créé.

Echelle interne

A cette échelle, il s'agit pour le plus souvent de régions autonomistes, voire sécessionnistes au sein d'un Etat, qui concurrencent l'iconographie officielle par leur propre iconographie. C'est tout le sens des de certaines régions qui préfèrent arborer leur propre drapeau, considérant l'officiel comme illégitime, voire non-représentatif de la diversité du pays. C'est ici le point de départ d'une remise en cause d'une iconographie nationale, a fortiori d'un équilibre et d'une stabilité nationale. Comment l'iconographie officielle peut elle s'adapter ? C'est tout un système qui peut être remis en cause. Car le drapeau, en tant que représentant ultime d'une iconographie concurrente, se veut l'ambassadeur d'un autre système. L'intérêt de cette résistance iconographique est bien de comprendre quelles dynamiques arbitrent la création d'un drapeau concurrent, et de voir quelles réponses offrent l'iconographie nationale officielle.

Des orientations différentes régissent les iconographies concurrentes. La première est une logique purement autonomiste et indépendantiste et répond à une volonté d'une communauté de se détacher d'un pouvoir central. Le drapeau de ces iconographies concurrentes revêt alors des couleurs locales sans attaches particulières à d'autres familles vexillologiques. C'est le sens d'une voie autonomiste sans l'appui de puissances extérieures qui pourraient instrumentaliser ces mouvements autonomistes pour affaiblir l'Etat central. L'on pense au drapeau basque à la frontière franco-espagnole, au drapeau breton, corse, et kanak en France, qui sont l'expression d'une originalité locale forte que Paris doit prendre en compte. Le choix de la France fut d'attacher de l'importance à ces régions autonomistes en acceptant que les deux drapeaux (celui de la France et celui du régionalisme) soient arborés lors de cérémonies officielles. La reconnaissance de ces drapeaux ne nuit pourtant pas à l'unanimité concernant le tricolore.

Une autre orientation concerne - comme pour les drapeaux officiels - un rattachement à des familles vexillologiques, ce qui renforcerait ainsi la force de cette iconographie dissidente. La majorité des mouvements revendicatifs d'Afrique emprunte cette voie. Ils choisissent le rattachement aux couleurs panafricaines, s'inscrivant de cette façon dans la lignée de leurs

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aînés devenus indépendants1. Le drapeau des Négro-Mauritaniens arborent un drapeau horizontal jaune, noir et vert. L'ancien drapeau des indépendantiste du Biafra exprimait l'appartenance à l'Afrique plus qu'au Nigéria (drapeau très ressemblant à celui du Malawi actuel). Les autonomistes du Haoussas (nord du Nigéria) utilise un drapeau purement panafricain (le panel des couleurs est complet : vert, jaune, rouge, noir, et marron). Les indépendantistes de l'enclave de Cabinda marque la rupture avec le régime socialiste d'Angola en s'insérant à l'aire panafricaine (drapeau de fond blanc, couleurs panafricaines avec un cercle rouge apposé sur ces couleurs)2. Le cas de l'Azawad (récemment à l'actualité internationale), partie nord du Mali, sous contrôle touareg et islamiste, est très subtil. Le drapeau arboré se rattache à deux familles vexillologiques. A la famille panafricaine (les quatre couleurs sont vert, jaune, rouge et noir), et à la famille panarabe, ou plutôt soutien de la Palestine. La structure du drapeau avec le triangle jaune et les trois bandes aux couleurs panarabes illustre ce rattachement à la famille panarabe. L'équilibre des deux rattachements (qui exprime deux courant de pensées : panafricain pour les touareg, panarabe pour les islamistes) est ainsi complexe et souligne toute la finesse et tout le discernement nécessaire pour l'analyse géopolitique de ce mouvement indépendantiste. En Chine, le drapeau du Turkestan Oriental où vivent des Ouïghours turcophones et musulmans, se rattache directement au mouvement panarabe fixant définitivement une rupture avec le régime communiste chinois au profit de revendications religieuses (le drapeau sur fond bleu ou vert selon les endroits se pare du croissant et de l'étoile3).

Enfin une dernière orientation correspond à l'élaboration d'un drapeau autonomiste directement inspiré d'une puissance étrangère qui dans certains cas peut instrumentaliser le mouvement autonomiste pour ses propres intérêts afin d'affaiblir l'Etat officiel considéré comme hostile. On a déjà évoqué le cas de la Transnistrie dont le drapeau est une réplique de l'ancienne RSS de Moldavie, on peut évoquer le cas de l'Ossétie du Sud sur le territoire géorgien. En vérité, le drapeau de l'Ossétie du Sud, peuplé de russophones, est le même que celui de l'Ossétie du Nord en territoire russe. Il s'agit là de clairement exposer son orientation politique : le rattachement à l'espace russe. On imagine aisément l'implication des autorités russes dans la formation de ce drapeau, pour maintenir son assise dans la région et s'opposer au régime géorgien. Dans cette même région, le drapeau du Daghestan dont on a entendu les ardeurs indépendantistes, est quasiment identique au drapeau russe, le vert (pour l'Islam) se substituant au bleu russe. Que peut-on en conclure ? Le Daghestan souhaite-t-il réellement l'indépendance ? Les dirigeants sont-ils tant anti-russe comme on le dit en Russie ? Le drapeau oriente simplement notre réflexion : le cas du Daghestan ressemble à celui d'un mouvement autonomiste orchestré par Moscou pour pouvoir intervenir fermement dans la région et retrouver de son autorité passée.

Dernier cas d'étude : celui du Haut-Karabagh4. Le drapeau de cette région disputée par les autorités arméniennes et azéris menant même parfois jusqu'au conflit, est l'exemple même d'un drapeau au service d'une entité extérieure. Les marches blanches orientées vers la

1 DE LA CONDAMINE, 2005 : 72

2 DE LA CONDAMINE, 2005, exemples tirés de cet ouvrage

3 LUX-WURM, 2001 : 284

4 Cf DE LA CONDAMINE, 2008 : 47-49

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gauche (vers l'ouest, vers l'Arménie) sur le fond des couleurs arméniennes est une explication explicite du rattachement du Haut-Karabagh à l'Arménie. De la même façon, le drapeau de la République serbe de Bosnie arborant les couleurs panslaves similaires donc aux couleurs serbes, exprime l'implication du régime serbe dans le processus d'autonomisation de cette région à majorité serbe orthodoxe pour rétablir à long terme le rattachement à la Serbie.

Dans les deux cas, difficile de ne pas imaginer ces régions autonomistes (et leurs drapeaux) en proie à des intérêts qui dépasse largement le cadre du processus séparatiste. En effet, comme dans le cas de la formation du drapeau national, la formation ou les revendications vexillologiques de certaines entités sont autant mués par les intérêts d'autres acteurs que par leurs propres arguments autonomistes.

Echelle externe

Il s'agit ici de comprendre comment le choix des couleurs, des symboles, des emblèmes, peut parfois induire de vives tensions entre Etats. Par ailleurs, une certaine interprétation d'un drapeau peut parfois conduire un drapeau officiel à se modifier clairement.

Ces tensions intra-étatiques autour du drapeau correspondent en vérité le plus souvent à ce que Thual nomme la « bataille de généalogie »1. Un symbole devient disputé entre deux parties et peut conduire à la rupture de relations diplomatiques. Trois exemples sont particulièrement significatifs : le cas de la Macédoine et de la Grèce, celui de la Slovaquie et de la Hongrie, ainsi que celui du Tchad et de la Roumanie.

A la querelle sémantique entre la Grèce et la Macédoine2, s'est adjoint une querelle de drapeau concernant un certain héritage. Sur le plan sémantique comme sur le plan vexillologique, c'est l'accaparement d'un certain patrimoine qui génère de lourdes tensions entre les deux protagonistes. Après la fragmentation de l'ex-Yougoslavie en 1991, la Macédoine devient indépendante sous l'appellation République de Macédoine et se heurte dès lors l'hostilité de la Grèce concernant son nom. Celui-ci, qui est utilisé pour une province grecque, est considéré pour la Grèce comme un héritage culturel de l'Antiquité ne pouvant être revendiqué que par la Grèce elle-même. Les autorités grecques, craignant d'éventuelles revendications de souveraineté sur certains territoires grecs par l'autorité du nom, et par la présence de populations slaves macédoniennes, décide un embargo contre la Macédoine pour qu'elle change de nom. Cette querelle sémantique s'est doublée d'une querelle de drapeaux. En effet, parallèlement à son indépendance, la Macédoine se dote de symboles et d'un drapeau reprenant le soleil de Vergina, symbole retrouvé - vraisemblablement - sur la tombe de Philippe II, père d'Alexandre le Grand, célèbre roi et héros grec, de langue grecque de l'Antiquité. Cela exacerbe alors encore plus les tensions entre les deux Etats. Paralysée par l'embargo, la Macédoine accepte de changer ses symboles en 1994. Figure désormais une étoile stylisée à huit rais sur le drapeau macédonien, c'est un drapeau de compromis.

1 THUAL, 1999 : 45

2 Lire à ce propos l'étude très précise suivante : Nadège Ragaru, Macédoine-Grèce : les pouvoirs de la toponymie, publications de Science-Po et du CERI.

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Il est bien question ici d'une querelle iconographique dans laquelle le drapeau a tenu le rôle principal à coté de la dénomination. Nous finirons simplement par dire qu'aujourd'hui encore, la Macédoine prend l'appellation d'Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM) pour prendre place au sein des différentes organisations dans le monde.

Les tensions entre la Hongrie et la Slovaquie sont elles d'origines ethniques, surtout depuis l'apparition du parti extrémiste et nationaliste slovaque anti-magyares du Parti National Slovaque (PNS). C'est la minorité magyare de Slovaquie qui a cristallisé toutes les attentions des deux Etats. En effet, les attaques perpétrées par Jan Slotà (président du PNS) contre cette communauté ont été mal reçues par les autorités hongroises. Le drapeau va ici s'ajouter comme sujet de discorde entre les deux pays pour deux raisons : à propos du blason slovaque, sensiblement similaire au hongrois (les deux revendiquent un même héritage par la présence sur les deux blasons nationaux de la double croix) ; et par la présence symbolique dans le blason slovaque d'une montagne, le Matra, aujourd'hui en Hongrie. L'héritage historique, culturel et linguistique a donc déterminé des tensions latentes dont le drapeau se fait le messager.

Le cas de la Roumanie et du Tchad est lui complètement étranger à d'autres considérations que celles concernant le drapeau. Simplement, les deux drapeaux arborent les mêmes couleurs (bleu, jaune et rouge) dans le même ordre. Il existe une nuance de bleu, mais elle n'est pas assez nette pour pouvoir différencier les deux bannières. La Roumanie, de manière officieuse en a référé à l'ONU pour que le Tchad change au moins une couleur. En effet, la Roumanie avait expliqué que la similarité des deux drapeaux avait entraîné une perte de crédibilité de certaines entreprises roumaines qui arboraient les couleurs nationales. Les relations diplomatiques entre le Tchad et la Roumanie sont à l'heure actuelle froides.

On peut enfin évoquer dans le cadre d'une bataille de généalogie, les tensions qui peuvent régner entre plusieurs Etats arborant le même insigne central. Il s'agit dès lors d'une bataille d'héritage. Prenons le cas de l'aigle bicéphale, qui se retrouve sur pas moins de trois drapeaux officiels (Monténégro, Albanie, et Serbie). Ce qui retient l'attention ici, c'est de savoir qui s'inscrit dans la lignée de l'Empire Byzantin don l'aigle bicéphale était l'emblème. Ces trois Etats sont donc concurrents pour la main mise sur un symbole qui leur procure une aura inestimable.

La réaction de l'iconographie officielle.

Les réactions diffèrent d'un pays à l'autre selon que l'unité nationale soit considérée comme réalisée. Lorsque le pays est démocratique, tout du moins d'apparence démocratique, les iconographies concurrentes sont acceptées. Elles figurent à côté des officielles créant une diversité iconographique dont la Nation s'en trouve renforcée. Il n'est pas étonnant de retrouver sur les bâtiments publics côte à côte drapeaux breton et français en Bretagne. De la même façon, le drapeau du Québec se déploie désormais aux côtés de celui du Canada dans la province éponyme. De la même manière, en Ecosse, au Pays de Galles, en Irlande du Nord et en Angleterre, l'Union Jack se hisse à coté du drapeau régional sans que cela porte préjudice au drapeau et à l'unité du Royaume-Uni. Le drapeau officiel demeure néanmoins l'unique

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représentant du pays lors de grandes réunions nationales ou internationales. Mais ces iconographies concurrentes ne remettent pas en cause l'officielle. Elles demeurent en marge. Finalement, plus que se vouloir se vouloir antagoniste, la présence des iconographies concurrentes sur l'espace de l'iconographie nationale, ne fait que renforcer la stabilité de cette dernière. Celle-ci apparaissant comme ouverte à l'expression d'une opposition, mais en même temps suffisamment ferme pour unifier tout un territoire.

Le cas des régimes que l'on peut qualifier d'autoritaires diffère. Accepter une iconographie concurrente, c'est accepter que son propre régime ne satisfasse pas l'ensemble des individus. Tous, ne souscrivent pas à ce constat. Par conséquent, l'interdiction de brandir un drapeau concurrent va de pair avec l'élimination physique ou politique des opposants, avec le rejet systématique de demandes de dialogues, et avec un mépris concernant ceux qui s'opposent ou revendiquent une autre idée que celle dite « officielle », ou tout simplement la prise en compte de leurs intérêts. Ainsi, ces iconographies concurrentes peuvent être étouffées. Viennent à l'esprit le cas du drapeau kurde, totalement interdit sur le territoire turc (pourtant 20% de la population totale), et le cas du brandissement d'un drapeau tibétain en Chine, juridiquement punissable.

Inversement, si l'on s'aperçoit que certaines pratiques, certains rites, certaines religions sont sanctionnées durement ou tout simplement bannis par le pouvoir central, on en conclura que le régime en place est autoritaire. On se rendra compte alors que le régime sera de type nationaliste agressif et non plus « ordinaire » comme c'est le cas en régime démocratique. L'exemple syrien du moment est également significatif. Les événements actuels en Syrie mettent au jour deux iconographies rivales, deux drapeaux opposés1. Celui des rebelles, qui reprend celui la Première République indépendante de Syrie après le départ des Français, qui s'oppose au drapeau officiel, digne héritier du drapeau de l'Union des républiques arabes (1972-1980). Deux drapeaux concurrents, pour deux visions politiques différentes.

IV - Quels drapeaux pour quels pays ?

Dans une vision géopolitique, quels types de pays cette grille d'analyse détermine-t-elle ? C'est ici la confrontation de ces trois dynamiques de formation d'un drapeau qui nous permet de les classifier et de repérer les principaux traits des pays qu'ils représentent.

Une petite précision s'impose, un drapeau n'obéit pas toujours à un seul type de drapeau, il peut être concerné par plusieurs catégories.

-Les drapeaux dont l'aura a été conservée par le temps, avec un certain héritage qui n'est pas renié. Ce sont les drapeaux d'héritages. Il s'agit le plus souvent de « vieux drapeaux », encore beaucoup plébiscités et inspirant pour d'autres drapeaux. On pense aux vieux Etats-Nations d'Europe de l'ouest (France, Espagne, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, drapeaux de la Scandinavie, Autriche...), aux drapeaux russe, japonais...

1 Lire Blog de la SFV, «Après la Libye, la Syrie : réapparition de l'ancien drapeau », 28/01/2012

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-Les drapeaux fédérateurs : on entend ici parler de la famille vexillologique états-unienne. Ces drapeaux mettent l'accent sur leur propre régime fédéral avant d'être des drapeaux internationaux. On pense aux Etats-Unis donc, mais aussi à la Malaisie, à l'Uruguay, au Libéria, aux Emirats Arabes Unis, états archipélagiques du Pacifique, au Togo...

-Les drapeaux de type idéologique : on peut évoquer ici les drapeaux qui mettent en avant leurs propres régime - le plus souvent communiste (drapeaux sécularisés), marxiste, et même monarchique (Chine, Cuba, Corée du Nord, Bhoutan) voire même ces drapeaux revendiquant clairement une religion d'Etat, la confondant ainsi avec une idéologie (Iran, Arabie Saoudite)

-Les drapeaux correspondant à une démarche volontariste, allant de la revendication territoriale aux alliances politiques par le biais du drapeau, ou tout simplement l'unité territoriale (Tanzanie). On pense aux mouvements nordiques (croix nordique), panslaves (même si l'homogénéité politique est loin d'être établie), panafricains (même constat : ce mouvement demeure en marge d'un point de vue politique), panarabes (de même l'homogénéité politique de ce groupe arborant ces couleurs est à démontrer). Egalement les Etats d'Amérique centrale, ou encore Singapour qui s'insère volontairement dans son environnement musulman par son drapeau. On peut également évoquer ces rapprochements culturels comme le bleu eurasiatique présent sur le drapeau azéri, mongol, et kazakh rappelant les racines communes du pantouranisme de ces Etats, après s'être séparé du joug soviétique, ou encore le blanc et rouge commun à Madagascar et à l'Indonésie soulignant le lointain mais réel lien à l'aire civilisationelle indonésienne.

-Une place doit être faite, dans la lignée des couleurs de « panismes », à ces drapeaux de la religion, qui expriment l'unité nationale par la religion qui correspond en vérité à une iconographie nationale dans sa majorité religieuse, mais également un rattachement à une entité religieuse qui dépasse le cadre national (on utilise alors la croix pour la chrétienté, le croissant et l'étoile pour l'Islam...). Evidemment les drapeaux aux couleurs panarabes illustrent bien cette idée. Citons également la Turquie, l'Algérie, la Tunisie, les Comores, les Maldives et Pakistan pour l'Islam. Pour la religion chrétienne, on penser à Malte, au Vatican. Pour sa part, Israël nous rappelle la primauté de la religion judaïque sur son territoire.

-Les drapeaux consensuels : ce sont bien là des drapeaux qui peuvent souligner la fragilité politique du pays qu'ils représentent (Chypre, Kosovo, Bosnie), certains sont cependant désormais bien ancrés dans les esprits (Afrique du Sud). Certains d'entre eux ne trouvent pas mieux qu'un élément naturel pour contenir les ardeurs des différentes communautés (le cèdre au Liban). Dans ces Etats fragiles, les forces vexillologiques résistantes sont très présentes et marquent la difficulté de créer une iconographie nationale convenant à l'ensemble des acteurs (drapeau albanais au Kosovo, drapeau du Hezbollah au Liban, drapeau de Chypre du Nord à Chypre, drapeaux serbes et croates en Bosnie...). Ces drapeaux consensuels peuvent au contraire établir une unité nationale avérée souvent réalisée par l'alliance de deux religions dominantes satisfaisant ainsi les deux parties (Irlande, Albanie, Inde...).

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-Une autre catégorie concerne ces drapeaux d'allégeances à une entité extérieure : Ce sont pour leplus souvent des drapeaux qui comportent la marque dans leur canton d'une autorité étrangère. On pense aux drapeaux de certains dominions britanniques, de l'Australie... On peut penser également au drapeau du Belarus établissant clairement le lien politique entre Russie et Belarus.

-Enfin une dernière catégorie recenserait ces pays qui arborent des drapeaux neutres sans attaches particulières à des groupements extérieurs, ne cherchant simplement qu'à opérer une unité nationale la plus forte possible, souvent nés - ou réapparus - après la colonisation. On pourrait les nommer drapeaux de l'unité et de l'intégrité nationale. On pense aux drapeaux d'Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili), quelques africains (Botswana, Namibie), d'ex-Indochine, Mexique... Officiellement, la symbolique des couleurs tient souvent d'explications par la nature (vert pour les forêts, bleu pour l'océan...).

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