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Le graffiti à  Beyrouth : trajectoires et enjeux dà¢â‚¬â„¢un art urbain émergent

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par Joséphine Parenthou
Sciences Po Aix-en-Provence - Diplôme de Sciences Politiques 2015
  

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3. Des débuts « individuels » ?

N'est-il pas possible, contrairement à ce que la sociologie de l'art et la sociologie interactionniste affirment, de considérer qu'il existe des débuts individuels ? L'intérêt d'une analyse fondée sur les discours des acteurs est de justement considérer leurs représentations. Il faut chercher à comprendre pourquoi et comment celles-ci se sont construites. Il serait de fait incorrect de ne pas nous pencher sur les voix dissidentes, qui considèrent ne pas avoir eu de mentor et qui se seraient donc engagées de manière autonome dans le graffiti. À cet égard, beaucoup de graffeurs se définissent comme complètement autodidactes : les jumeaux Ashekman, Potato Nose, Yazan, Spaz, Exist, Sup-C... Si l'on s'attache aux discours de Spaz et Exist en particulier, on a, à première vue, l'impression que leur engagement dans le graffiti relevait d'un choix absolument personnel. L'apprentissage de la pratique ne se serait réalisé que de manière solitaire et par des recherches sur internet. Pourtant, Exist reconnaît aisément l'influence de ses frères, mais ils n'ont pas agi comme des mentors, n'étant pas graffeurs ; il aurait donc choisi lui-même cette activité (« I had no mentor, though I'm proud I didn't have any help to get into it »). A posteriori, cette idée d'avoir commencé seul devient une fierté, en accord avec l'imaginaire du hip-hop entendu comme Way of living. Mais qu'est-ce qui, dans sa pratique, lui permet exactement d'affirmer cela ? Dans les entretiens, il considère avoir commencé le graffiti il y a quatre ans, se « débrouillant seul » dans un apprentissage qui s'approche de l'incrémentalisme :

I started sketching and then noticed that it would be followed by trying things on walls with spray paint, it's obviously not the same as using a pen and a paper so I had to find the closest shitty paint shop got some bombs and visited some abandoned buildings in the village where I can practice. And... it was difficult because, well... graffiti belongs to the city where the chances of interaction exist but I had some thoughts

60 VAGNERON, Frédéric, op. cit., p. 98.

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and feelings and ego telling me « you need to prove something », get up, paint more... So managed to train there until I moved to Beirut where it got easier to paint and practice more.

S'il semble effectivement ne pas avoir eu de mentor, deux pistes de réflexions peuvent être abordées. Premièrement, la difficulté avec laquelle il date son entrée dans le graffiti, et l'enjeu qu'il peut y avoir dans le « choix » de celle-ci. Deuxièmement, les difficultés qu'il relate et qui sont liées à cet enjeu de datation posent la question de savoir si, et quel effet l'absence de mentor a pu avoir sur sa pratique. Concernant le premier point, on peut justement noter qu'il fait une distinction entre le moment où il déclare avoir commencé à graffer, soit il y a quatre ans, et le moment où il a commencé à peindre « properly » et à intégrer la scène graffiti, il y a deux ans donc. Des difficultés rencontrées entre ces deux périodes découlent à la fois cet enjeu de datation et une fierté personnelle. Avoir commencé sans mentor représente effectivement une forme de fierté, tout autant que cela a impacté négativement sa progression : « Actually I started the wrong foot, I first noticed the big murals not the core of graff which is the tag and so on, but then got slapped in the face like « nah man you're doing it wrong... » until I got on the right track and started evolving baby steps. »

Le problème de la délimitation sociologique des étapes de la carrière réapparait : la difficulté tient à concilier des séquences communes à tous et définies par un ensemble de facteurs particuliers, sans occulter les représentations des acteurs et la définition de leurs propres étapes. En définitive, nous ne devons pas nous-mêmes imposer une grille analytique fermée et tenter d'y faire entrer tous les graffeurs, à l'image d'un tiroir dans lequel on rangerait avec force un objet trop gros ou non adapté à celui-ci. Il est nécessaire de conserver une analyse souple de la notion de carrière, permettant de rendre compte de la complexité du réel, plutôt que de tenter d'adapter ce réel à des conceptions rigides et finalement inadéquates. Quoi qu'il en soit, si l'étape de l'engagement pour ces acteurs semble plus floue et distillée dans le temps, le facteur collectif retrouve de l'importance dans le maintien et l'apprentissage de la carrière. La relation décisive entre Wyte, Abe et SMOK dans leur engagement, tout comme la relation fraternelle d'Ashekman permet d'inscrire l'activité dans un processus collectif pratiquement dès l'origine. Qu'en est-il des graffeurs tels qu'Exist, ou Spaz, dont les débuts semblent individuels ? Même sans mentor « attitré », la dynamique de groupe a joué ; Exist reconnaît que son intégration à la scène s'est faite lorsqu'il a pu rejoindre les crew RBK, ACK et, plus récemment, REK. Quant à Spaz, s'il considère avoir débuté sans jamais savoir « that graffiti was the name of it », sa rencontre avec Sup-C puis Exist, lui a permis de commencer à peindre sur des murs, de découvrir ce qu'était un perso et que c'était « son truc » (« I was introduced to characters and I found that it is my thing »). Pour eux, la colocation a très largement contribué à développer leur activité, à aller peindre à un rythme hebdomadaire et à dessiner quotidiennement.

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams