Le deuxième sommet des BRIC s'est tenu le 16 avril
2010 à Brasilia, au Brésil, marquant le début d'une
institutionnalisation de ces réunions qui ont contribué à
l'émergence
30 O'NEILL JIM, op.cit., p.58
21
d'une nouvelle réalité géopolitique. Le
14 avril 2011, lors du troisième sommet à Sanya, en Chine,
l'Afrique du Sud rejoint officiellement le groupe, transformant ainsi le BRIC
en BRICS et faisant disparaître de facto le « Triangle Brésil
- Inde - Afrique du Sud ».Le quatrième sommet des BRICS a eu lieu
le 29 mars 2012 à New Delhi, en Inde, suivi par le cinquième
sommet le 28 mars 2013 à Durban, en Afrique du Sud, période
durant laquelle la Chine a lancé l'initiative BRI (Belt and Road
Initiative) en septembre 2013, un ambitieux projet de Nouvelle route de la
soie. Le sixième sommet s'est tenu le 17 juillet 2014 à
Fortaleza, au Brésil, et en 2015, Oufa en Russie a accueilli le
septième sommet des BRICS. Cette même année a vu
l'inauguration officielle de la Nouvelle Banque de Développement (NBD),
conçue comme une alternative à la Banque mondiale, souvent
perçue comme dominée par les intérêts
occidentaux.
En 2016, les dirigeants des BRICS, incluant Michel Temer,
Vladimir Poutine, Narendra Modi, Xi Jinping et Jacob Zuma, se sont
retrouvés à Hangzhou, en Chine, où leur nouvelle banque de
développement avait désormais son siège à Shanghai.
Le 4 septembre 2017, le sommet annuel s'est tenu à Xiamen, en Chine,
avec la participation de pays observateurs comme la Thaïlande, le Mexique,
l'Égypte, la Guinée et le Tadjikistan, pour discuter d'un
éventuel élargissement du groupe à travers le plan «
BRICS Plus ».
Entre le 25 et le 27 juillet 2018, après le fiasco du
G7, les BRICS se sont réunis pour leur dixième sommet à
Johannesburg, en Afrique du Sud, afin de renforcer leur coopération
économique dans un environnement international en mutation. La Turquie,
en tant que présidente de l'Organisation de coopération
islamique, y était également invitée. Les dirigeants ont
réaffirmé leur engagement envers le multilatéralisme et la
coopération entre États souverains pour maintenir la paix et la
sécurité31. Le président brésilien Jair
Bolsonaro a souligné l'importance croissante de la Chine dans l'avenir
économique de son pays. Le 17 novembre 2020, le 12e sommet des BRICS
s'est tenu en visioconférence. Le 9 septembre 2021, le 13e sommet des
BRICS s'est également déroulé en visioconférence,
dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19. La «
Déclaration de New Delhi » publiée à l'issue du
sommet a exprimé les regrets du groupe face à
l'inégalité flagrante dans l'accès aux vaccins,
diagnostics et traitements, en particulier pour les populations les plus
pauvres et vulnérables.
Le 14e sommet s'est déroulé le 23 juin 2022,
suivi du 15e sommet, du 22 au 24 août 2023, à Johannesburg,
où les membres ont convenu d'une expansion du groupe avec
31 Lors du 11e sommet BRICS, le 14 novembre 2019
à Brasilia
32 O'Neill J., op.cit.
33 Ibidem
22
l'intégration de six nouveaux pays à partir du
1er janvier 2024 : l'Iran, l'Égypte, l'Éthiopie, les
Émirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite et l'Argentine.32
Depuis 2024, le groupe élargi est souvent
désigné sous le nom de BRICS+, avec un sommet prévu en
octobre 2024 à Kazan, en Russie.
SECTION 3 EVOLUTION ECONOMIQUE DES RELATIONS ENTRE BRICS
ET LAFRIQUE
Les BRICS+ constituent une alternative salutaire à la
domination occidentale, en proposant de nouveaux partenariats plus
équitables, plus respectueux des souverainetés nationales et
davantage centrés sur les priorités de développement
national. Reste qu'entre l'Afrique et ce club hétérogène
de puissances émergentes, la relation demeure très
inégale, tendant même à reproduire l'ancienne dichotomie
Nord-Sud. L'essor de l'Afrique ne reposera pas sur les BRICS. Il
dépendra de sa capacité à s'engager dans un projet de
développement. Explication33.
Dans un contexte d'aggravation des tensions
géopolitiques, de recomposition des alliances internationales et de
croissante perte d'influence des pays occidentaux sur leurs traditionnelles
arrière-cours et plus généralement sur la marche du monde,
les BRICS+ rejoints, depuis le 1er janvier 2024, par l'Arabie saoudite, les
Émirats arabes unis, l'Iran, l'Égypte et
l'Éthiopie-exercent aujourd'hui un indéniable pouvoir
d'attraction sur les pays du Sud. Ces derniers sont de plus en plus nombreux
à vouloir intégrer ce club hétérogène de
puissances émergentes ou, à tout le moins, à s'en
rapprocher.
Les BRICS soulèvent aussi l'enthousiasme d'une bonne
partie du monde politique et de larges secteurs de la société
civile au Sud. En particulier en Afrique, où la montée en
puissance de cette coalition qui conteste l'hégémonie occidentale
et entend oeuvrer à la construction d'un monde multipolaire est
largement célébrée : pour beaucoup en effet, les BRICS
constituent une réelle opportunité pour le continent de se
débarrasser des vieux restes de dépendance néocoloniale,
empreinte de domination, d'assistanat et de paternalisme, de nouer
23
des rapports de coopération plus équitables et
d'amorcer un développement réellement souverain, plus en phase
avec les priorités du continent.34
Avant la montée en puissance de ces émergents,
le monde était extrêmement asymétrique. Les pays d'Europe
de l'Ouest, les États-Unis et le Japon, représentaient à
peine 20% de la population, mais contrôlaient les trois quarts de la
richesse du monde. Les BRICS sont venus relativiser cette
hégémonie en créant de nouveaux pôles qui assure[nt]
une représentation plus équilibrée de tous les segments de
l'humanité. [Leur] cosmopolitisme permet de sortir du monde unipolaire
dans lequel une seule civilisation imposait son refrain culturel et
idéologique sans la moindre possibilité de négocier ou de
choisir. Aujourd'hui les BRICS contestent précisément [cette]
hégémonie. Et peuvent proposer un contre-modèle aux
structures économiques et politiques libérales dominantes promues
par les puissances occidentales. Sur le plan économique, cette situation
autorise une diversification des partenariats et un élargissement des
marchés, etc. Mais sur le plan politique, les Africains peuvent se
saisir de cette opportunité pour rejeter, au moins en partie, les
diktats imposés par les Occidentaux.35
Il s'agit là d'un formidable atout pour tous ceux qui
recherchent les voies d'un véritable développement du continent
africain, abonde dans le même sens l'homme politique et diplomate
ivoirien, nous avons là des partenaires très importants
puisqu'ils rassemblent près de la moitié de la population
mondiale. Ils peuvent nous appuyer sur des projets de développement
alternatifs qui nous sortent de la soumission et des pillages orchestrés
sur le continent par le néocolonialisme et les multinationales
occidentales. L'ambition est de sortir des terribles rapports de
dépendance qui empêchent un développement souverain des
Africains »36