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Diplômes universitaires et chômage des jeunes une étude sociologique des représentations et de la réalité sociale dans la commune de Makala à Kinshasapar Gérard Masungi Université Pédagogique nationale ( UPN) - Licence bac+5 en sociologie 2024 |
e) Le soutien communautaire et les réseaux religieuxFace aux difficultés, de nombreux diplômés trouvent refuge dans les associations communautaires et les églises.Les églises de réveil, très présentes à Makala, offrent des réseaux de solidarité et parfois des opportunités économiques (petits prêts, entraide).Les tontines et mutuelles d'entraide permettent de mobiliser de petites sommes pour lancer une activité. Un diplômé en psychologie témoigne :« C'est grâce à ma paroisse que j'ai reçu un petit prêt pour acheter une moto. Aujourd'hui, je fais le taxi-moto. » (Entretien n°13, Makala-Kimbwala, juin 2025). Ø Analyse sociologique Ces stratégies illustrent la capacité d'adaptation des jeunes diplômés, malgré un système bloqué.Elles confirment l'analyse de De Certeau (1980) sur les tactiques de survie, où les acteurs inventent au quotidien des moyens de contourner les contraintes74(*). Elles traduisent aussi une tentative de reconstruction de capabilités (Sen, 1999) : malgré le manque d'opportunités, les jeunes cherchent à élargir leur marge de manoeuvre75(*) . Toutefois, ces stratégies restent fragiles, limitées et souvent précaires, ne permettant pas une réelle insertion professionnelle durable. En définitive, les jeunes diplômés de Makala développent une résilience sociale qui compense temporairement leur marginalisation, mais qui ne résout pas la crise structurelle du diplôme en RDC. Chapitre 4 : Discussion et contribution scientifique4.1. Discussion des résultats à la lumière du cadre théoriquea) Le paradoxe du diplôme : capital symbolique vs capital économique (Bourdieu). Les résultats montrent que le diplôme universitaire reste un capital symbolique puissant à Makala : il confère du respect et une reconnaissance sociale. Mais ce capital ne se convertit pas en capital économique, faute de débouchés. Cela confirme l'analyse de Bourdieu (1970) sur la reproduction sociale : les diplômes ne garantissent pas une mobilité ascendante, surtout en l'absence de réseaux relationnels et de capital économique76(*). Dans ce contexte, les jeunes diplômés se retrouvent dans une position de « déclassés scolaires » : ils ont acquis le capital culturel mais ne peuvent pas le valoriser sur le marché du travail. b) La limite de la théorie du capital humain (Becker) : La théorie du capital humain postule que l'investissement dans l'éducation augmente les chances d'obtenir un emploi et d'améliorer ses revenus77(*). Or, nos résultats montrent l'inverse : malgré leurs diplômes, la majorité des jeunes de Makala restent au chômage ou dans l'informel. Cela prouve que la rentabilité du diplôme n'est pas seulement une question de compétences individuelles, mais dépend aussi de la structure économique et institutionnelle. En RDC, le diplôme est l'un des éléments (capital humain) qui est sous valorisé ,faute de politiques d'emploi et de dynamisme économique. c) Les représentations sociales comme moteur d'attentes (Moscovici) : Les jeunes diplômés de Makala continuent de croire que le diplôme est une clé pour réussir, malgré l'évidence contraire.Cette persistance illustre la force des représentations sociales : elles façonnent les attentes, motivent les choix scolaires et structurent l'imaginaire collectif78(*).Mais ce décalage entre représentation et réalité produit une dissonance cognitive (les diplômes, expériences, réalités) générant frustration, honte et désillusion. d) La stigmatisation du diplômé chômeur (Goffman)Nos résultats révèlent une forte stigmatisation sociale : les diplômés sans emploi sont perçus comme inutiles, ratés ou paresseux.Cette stigmatisation entraîne une perte de statut et pousse certains à cacher leur niveau d'études. Cela rejoint l'analyse de Goffman (1975) : la stigmatisation touche ceux qui ne remplissent pas les attentes sociales associées à leur statut.Le diplômé chômeur devient ainsi une « figure sociale marginalisée » dans sa propre communauté. * 74De Certeau, Michel, L'invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1980. * 75 Sen, Amartya, Development as Freedom, Oxford University Press, 1999. * 76. Bourdieu, Pierre &Passeron, Jean-Claude, La reproduction, Paris, Minuit, 1970. * 77Becker, Gary, Human Capital, Chicago University Press, 1964. * 78 Moscovici, Serge, La représentation sociale du travail, Paris, PUF, 1984. |
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