CHAPITRE I : PRESENTATION DE LA NOTION D'HISTOIRE
CULTURELLE DU
GABON
Au coeur de l'Afrique centrale, le Gabon se distingue par une
richesse culturelle foisonnante, résultat d'un long processus historique
mêlant traditions ancestrales et influences
extérieures1. Pourtant, derrière cette
diversité apparente se cache une dynamique complexe qui soulève
une question majeure : comment articuler les différentes dimensions
culturelles gabonaises dans une approche historique cohérente,
permettant de saisir leur évolution et leur impact sur la construction
de l'identité nationale contemporaine ? Cette interrogation prend
d'autant plus d'importance que l'histoire culturelle, en tant que discipline,
dépasse la simple chronologie des événements pour explorer
les représentations, les pratiques sociales et les imaginaires
collectifs2.
En effet, l'histoire culturelle du Gabon intègre
à la fois les traditions orales telles que les récits mythiques
des Fang ou les chants des Punu et Kota. Les transformations induites par la
colonisation française puis par les dynamiques
postcoloniales1, dévoilant ainsi un enjeu essentiel :
comprendre comment ces strates culturelles s'entrecroisent et influencent les
trajectoires individuelles et collectives3. Ce chapitre s'attache
donc à poser un cadre théorique rigoureux, articulant
conceptuellement les paradigmes et méthodes propres à
l'étude de la culture gabonaise, tout en analysant les
éléments constitutifs qui fondent cette identité multiple.
En examinant la portée de l'histoire culturelle ainsi que les traditions
et transformations spécifiques au Gabon, il s'agira de démontrer
que seule une approche intégrative, attentive aux continuités et
ruptures, peut véritablement éclairer le rôle central de la
culture dans la construction d'une nation en constante évolution.
I.1- Définition et portée de l'histoire
culturelle
L'histoire culturelle, en tant que discipline historique, se
définit avant tout comme une approche qui considère la culture
non seulement comme un simple décor ou contexte des
événements historiques, mais comme un véritable acteur et
moteur du changement social et politique. Selon l'historien français
Roger Chartier, l'histoire culturelle interroge « les
représentations, les imaginaires collectifs, les pratiques symboliques
» afin de comprendre
2 Raponda-Walker, A. Les Fang du Gabon. Paris :
Présence Africaine. 1960, P. 10-25
3 Hubert Deschamps. Traditions orales et archives
au Gabon. Paris : Berger-Levrault. 1962, P. 13-20
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comment les sociétés construisent
elles-mêmes le sens de leur passé4. Cette
définition met en exergue l'importance des mentalités, des
valeurs, des rituels, et des expressions artistiques dans la constitution
d'identités historiques. Dans le contexte gabonais, l'histoire
culturelle s'attache à reconstituer les modes de vie, les traditions
orales, les systèmes de croyance, ainsi que les pratiques sociales qui
ont façonné et continuent de façonner la
société. La portée de cette discipline se mesure donc
à sa capacité à articuler ces éléments
culturels dans une lecture historique transversale, allant au-delà des
seuls faits politiques ou économiques, souvent privilégiés
dans les récits traditionnels.
L'approche culturelle permet ainsi de mieux comprendre la
dynamique identitaire gabonaise en révélant les
continuités et ruptures résultant des processus historiques,
notamment la colonisation française et la période postcoloniale.
Par exemple, l'oralité, élément fondamental des traditions
gabonaises, ne constitue pas un simple outil de transmission, mais un
véritable système mythologique et historique qui ancre les
communautés dans un temps et un espace précis. De même,
l'étude des pratiques rituelles, telles que les danses initiatiques des
Fang ou les cérémonies de Bwiti, offre un éclairage sur
les mécanismes de cohésion sociale et de résistance
culturelle. La portée de l'histoire culturelle s'étend aux champs
des symboles et des représentations qui influencent la construction de
l'identité nationale contemporaine5.
En somme, l'histoire culturelle du Gabon permet
d'intégrer dans le récit historique les vécus et les
imaginaires des acteurs sociaux, offrant ainsi une vision plus riche et
nuancée de son évolution. Elle invite à dépasser
les chroniques factuelles en mobilisant des sources diversifiées
témoignages oraux, archives coloniales, objets ethnographiques afin de
dévoiler les multiples facettes d'une culture en perpétuelle
recomposition.
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