I.2- Les paradigmes théoriques et
méthodologiques appliqués
L'étude de l'histoire culturelle du Gabon s'appuie sur
une pluralité de paradigmes théoriques et méthodologiques
qui permettent d'appréhender la complexité des
phénomènes culturels dans leur dimension diachronique et
synchronique. Traditionnellement, l'histoire culturelle, en tant que discipline
émergente depuis les années 1980, s'est éloignée
d'une histoire purement politique ou événementielle pour
privilégier l'analyse des symboles, des représentations, des
pratiques sociales et des modes de pensée. Cette approche
4 Roger Chartier. Au bord de la falaise:
l'histoire entre certitudes et inquiétude. Paris, Albin Michel,
1998. P.15
5 James-W. Fernandez. Bwiti : An Ethnography of
the Religious Imagination in Africa. Princeton University Press. 1982
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multidimensionnelle est particulièrement pertinente
pour le contexte gabonais, où la richesse culturelle résulte
d'une interaction continue entre traditions autochtones et influences
extérieures6.
Parmi les cadres théoriques mobilisés, le
constructivisme social occupe une place majeure. Ce paradigme postule que les
identités culturelles sont construites et reconstruites au fil du temps
à travers les interactions sociales et les processus discursifs. Ainsi,
dans le cas gabonais, les différentes ethnies Fang, Nzebi,
Myéné, Punu, et autres contribuent chacune à un patrimoine
culturel dynamique, dont la signification évolue en fonction des
contextes historiques7.
L'approche constructiviste est ainsi essentielle pour
déplier les récits et mythes fondateurs, ainsi que pour
comprendre comment se forge une identité nationale plurielle. Sur le
plan méthodologique, la recherche s'appuie sur une triangulation
rigoureuse des sources, combinant archives coloniales, témoignages
oraux, matériaux iconographiques et analyses textuelles. Par exemple,
l'exploitation des archives administratives françaises,
conservées au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence,
permet de retracer les politiques culturelles et éducatives mises en
oeuvre durant la période coloniale (1839-1960). Parallèlement, la
collecte méthodique des traditions orales grâce à
l'ethnographie participe à la restitution des savoirs endogènes
souvent absents des documents écrits.
L'histoire culturelle gabonaise intègre
également les apports de l'histoire comparée, notamment en
confrontant la trajectoire culturelle gabonaise à celle d'autres pays
d'Afrique centrale comme le Congo-Brazzaville ou le Cameroun. Cette mise en
perspective permet de discerner les spécificités tout en
identifiant des tendances régionales communes, telles que l'impact des
missions chrétiennes sur la transformation des pratiques religieuses ou
la persistance des langues vernaculaires dans le cadre scolaire. Enfin, les
approches interdisciplinaires se révèlent indispensables.
L'anthropologie, la sociologie et la linguistique apportent des outils
conceptuels et empiriques enrichissant l'analyse historique. Par exemple,
l'étude des rites initiatiques fang, couplée à une analyse
linguistique des chants traditionnels, décrypte la transmission des
valeurs culturelles dans un contexte de modernisation rapide.
6 James-W. Fernandez. Bwiti : An Ethnography of
the Religious Imagination in Africa. Princeton University Press. 1982
7 André Raponda-Walker. Op cit, p.
20-30.
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