IV.2 - Identification des lacunes culturelles et
didactiques
L'analyse des programmes d'histoire en vigueur, de la
sixième à la terminale, met en lumière plusieurs lacunes
notables tant sur le plan culturel que didactique, qui entravent une
appropriation véritable et profonde de l'histoire gabonaise par les
élèves. Ces insuffisances sont cruciales à relever pour
comprendre les limites du dispositif actuel et orienter les évolutions
pédagogiques.
D'abord, sur le plan culturel, les contenus proposés
restent largement centrés sur une histoire généraliste et
souvent Eurocentrée, reléguant au second plan les dimensions
spécifiques à la richesse culturelle gabonaise, le programme
ignore souvent la multiplicité des groupes ethniques, leur histoire
spécifique et leur contribution à l'histoire nationale. La
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marginalisation de certaines cultures, notamment celles des
Punu, Tsogo, Fang, Adouma, Puvi, ou des peuples autochtones, limite la
représentativité et la légitimité des contenus
transmis. . Par exemple, les programmes consacrent en moyenne moins de 15 % du
volume horaire total à l'histoire du Gabon, tandis que l'histoire de
l'Afrique subsaharienne ne représente parfois pas plus de 20 % du
cursus. Cela crée une dissonance forte entre les savoirs
enseignés et les contextes de vie des élèves, qui peinent
à se reconnaître pleinement dans ces récits historiques. De
plus, les traditions orales, fondamentales dans la transmission du patrimoine
gabonais, sont quasi absentes du champ pédagogique formel. Or, comme le
souligne la chercheuse Marie-Claire Osseni, ignorer ces modes traditionnels de
transmission revient « à passer à côté d'un pan
essentiel de l'identité historique africaine ». Cette omission
réduit d'autant l'engagement des élèves, qui peuvent
percevoir l'histoire comme un champ étranger, déconnecté
de leur réalité culturelle.
Sur le plan didactique, plusieurs difficultés
apparaissent dans les approches employées. Les méthodes restent
souvent centrées sur une pédagogie magistrale, marquée par
la récitation et la mémorisation de dates et
d'événements, au détriment d'une démarche
réflexive et critique. Par exemple, dans 70 % des établissements
observés lors de l'enquête nationale de 2022 sur les pratiques
pédagogiques, les enseignants utilisent majoritairement les manuels sans
recourir
à des supports complémentaires locaux ou
interactifs. Cette approche limite la capacité des élèves
à établir des liens entre le passé et leur présent
culturel, freinant la construction d'une identité historique dynamique.
En outre, le manque de formation spécifique des enseignants sur les
aspects culturels gabonais aggrave cette situation. Beaucoup se disent
insuffisamment préparés, près de 60 % des professeurs
d'histoire interrogés expriment un besoin urgent de formation
complémentaire sur ces thématiques31.
Enfin, l'absence de ressources pédagogiques
adaptées constitue une entrave majeure. Peu de supports
pédagogiques valorisent les récits locaux, la diversité
ethnique et les différentes langues vernaculaires, ce qui réduit
les points d'accroche pour les élèves. Par ailleurs, les outils
numériques restent peu exploités malgré leur potentiel
à intégrer des éléments multimédias et
interactifs favorisant une meilleure appréhension culturelle. À
titre d'exemple, aucun manuel officiel ne consacre plus de deux pages à
la place des chefferies traditionnelles dans le système social gabonais,
ce qui est largement insuffisant pour saisir leur rôle historique et
contemporain.
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En somme, l'identification des lacunes culturelles et
didactiques révèle une nécessité impérieuse
de repenser les contenus et les méthodes d'enseignement de l'histoire
gabonaise. Cette revalorisation passera par une meilleure intégration
des dimensions culturelles propres au pays, un renouvellement des
démarches pédagogiques pour les rendre plus participatives et une
formation renforcée des enseignants afin qu'ils deviennent de
véritables médiateurs entre le patrimoine historique gabonais et
les jeunes apprenants.
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