CONCLUSION DU CHAPITRE III
En définitive, la préservation culturelle au
Gabon constitue un défi majeur, intimement lié à la
richesse incomparable de son patrimoine. La diversité ethnique, avec
plus de quarante groupes autochtones tels que les Massango, Nzebi, Tsogho,
Fang, les Kota, Punu... porte en elle une mosaïque de traditions, langues,
et savoir-faire uniques, témoins d'une histoire millénaire.
Cependant, cette richesse est aujourd'hui fragilisée par les forces
conjuguées de la modernisation, de l'urbanisation rapide avec un taux
d'urbanisation dépassant 88 % selon les données de 2020 et la
mondialisation qui tendent à uniformiser les modes de vie et les
expressions culturelles.
Face à ces menaces, le Gabon se trouve à la
croisée des chemins : d'un côté, la nécessité
de préserver cet héritage intangible qui, loin d'être un
simple vestige du passé, est un levier essentiel d'identité et de
développement durable ; de l'autre, l'impératif d'intégrer
les dynamiques contemporaines sans aliéner ses racines. Les institutions
publiques, telles que le Ministère de la Culture et des Arts, ont
multiplié les initiatives, notamment à travers la mise en place
de politiques de valorisation des langues et du patrimoine immatériel,
parfois en partenariat avec l'UNESCO. Toutefois, ces mesures peinent encore
à toucher efficacement les populations rurales et les jeunes
générations.
C'est précisément là que l'implication
des communautés locales et des acteurs privés revêt toute
son importance. Le développement d'écotourisme culturel, la
création de festivals traditionnels comme le Festival National des Arts
et de la Culture (FESNAC), ainsi que la valorisation des artisans locaux sont
autant d'exemples concrets de mobilisation collective. Ils démontrent
que la culture gabonaise ne se préserve pas seulement dans les
musées ou les archives, mais se vit et se transmet au coeur même
des communautés.
La question qui s'impose alors est la suivante : comment
conjuguer efficacement tradition et modernité pour garantir une
transmission vivante et authentique aux générations futures ?
Peut-être que la solution réside dans un dialogue
renouvelé, ouvert et pluridisciplinaire, entre la technologie et les
savoirs ancestraux, entre l'État, la société civile et le
secteur privé. À l'heure où les réseaux
numériques offrent de nouvelles plateformes pour diffuser les
patrimoines culturels, le Gabon pourrait ainsi envisager une nouvelle forme de
préservation, plus inclusive et innovante.
30
En somme, préserver la culture gabonaise aujourd'hui,
c'est défendre un avenir où l'identité ne serait ni
figée ni diluée, mais au contraire renforcée par la
conscientisation collective de son importance. La réflexion
engagée doit se poursuivre, notamment autour des moyens concrets
à mettre en oeuvre pour assurer une transmission durable, ainsi que des
mécanismes d'évaluation de ces actions. La richesse culturelle du
Gabon ne sera véritablement sauvegardée que si chaque acteur, du
plus haut sommet de l'État au village le plus reculé, s'engage
dans cette mission commune et vit l'acte de préservation comme un projet
d'émancipation et de fierté nationale.
31
DEUXIEME PARTIE :
APPROCHE PEDAGOGIQUE POUR UNE ADAPTATION CULTURELLE
DE L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON
32
CHAPITRE IV : ANALYSE CRITIQUE DES PRATIQUES
D'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON
L'analyse des contenus et la méthodologie de l'histoire
du Gabon sont des aspects cruciaux pour comprendre et interpréter
l'évolution de ce pays africain. En effet, en étudiant de
manière approfondie les différentes sources historiques et en
appliquant des méthodes rigoureuses, les historiens peuvent non
seulement reconstruire le passé du Gabon, mais également mettre
en lumière des aspects jusqu'alors méconnus de son histoire. Par
exemple, en examinant les archives coloniales, les récits oraux des
populations locales et les travaux des chercheurs contemporains, les historiens
peuvent établir des narratifs historiques plus complets et
précis. De plus, la méthodologie utilisée pour analyser
ces contenus doit être rigoureuse et transparente, afin d'assurer la
fiabilité des conclusions tirées.
Comme le souligne l'historien Marc Bloch, "l'analyse des
contenus permet de dépasser les simples faits pour comprendre les
dynamiques et les enjeux sous-jacents de l'histoire d'un pays". Ainsi, en
combinant une analyse approfondie des contenus avec une méthodologie
solide, les historiens de l'histoire du Gabon peuvent contribuer de
manière significative à l'enrichissement des connaissances sur ce
pays et à la compréhension de son passé.
Le contexte éducatif est également
confronté à des défis logistiques et
méthodologiques : les ressources pédagogiques adaptées
à l'histoire gabonaise sont insuffisantes, les enseignants manquent
souvent de formation spécifique et les méthodes restent
majoritairement basées sur la transmission magistrale plutôt que
sur une approche participative et contextualisée. Près de 65 %
des enseignants d'histoire au secondaire estiment ne pas disposer des outils
suffisants pour intégrer efficacement les dimensions culturelles
gabonaises dans leurs cours28.
IV.1 - Evaluation des programmes d'histoire de la
sixième à la terminale
L'évaluation des programmes d'histoire dispensés
au Gabon, de la sixième à la terminale, révèle une
structuration pédagogique qui, si elle respecte globalement les cadres
officiels définis par le Ministère de l'Éducation
nationale, présente néanmoins des limites significatives en
matière d'intégration culturelle et de contextualisation locale.
Pour comprendre cette situation, il convient d'analyser successivement les
contenus
28 Enquête réalisée en 2022
par l'Institut National de Statistiques et des Études
Démographiques (INSED)
33
programmatiques, leur organisation chronologique, ainsi que
les objectifs didactiques qui leur sont associés.
Premièrement, les programmes actuels accordent une
large place à l'histoire générale, notamment
européenne et mondiale, dans une perspective chronologique classique
allant de l'Antiquité à l'époque contemporaine. Par
exemple, en classe de troisième, les élèves
étudient la Révolution française, les guerres mondiales,
ou encore la décolonisation à une échelle internationale,
sans nécessairement approfondir le rôle spécifique ou les
impacts directs sur la région gabonaise. Cette approche, qui ne met en
avant que marginalement l'histoire locale, tend à reléguer la
société gabonaise à une simple passivité dans les
grands événements mondiaux, oubliant ainsi la richesse et la
complexité des dynamiques historiques internes29.
Deuxièmement, en ce qui concerne les programmes
d'histoire du Gabon proprement dits, ceux-ci ne sont véritablement
introduits qu'à partir de la classe de seconde et surtout en
première et terminale, où l'enseignement met l'accent sur les
grandes périodes historiques nationales : la période
précoloniale, la colonisation française, et les étapes de
l'indépendance. Toutefois, ces contenus sont souvent
présentés de manière linéaire, avec une
focalisation excessive sur les dates clés et les
événements politiques majeurs, au détriment d'une analyse
approfondie des pratiques culturelles, sociales et économiques qui
fondent l'histoire vivante des populations gabonaises.
De plus, l'absence d'un corpus structuré
intégrant les traditions orales, les récits des anciens, ou
encore les pratiques coutumières limite la dimension vivante et
identitaire de l'enseignement. Par exemple, les groupes ethniques comme les
Fang, les Nzebi ou les Myene, dont les histoires orales sont très
riches, sont rarement évoqués de manière approfondie en
classe, ce qui contribue à une déconnexion entre les
élèves et leurs racines culturelles.
Sur le plan méthodologique, le déroulement des
cours tend à privilégier la transmission magistrale,
centrée sur le manuel scolaire officiel, sans suffisamment mobiliser
d'autres ressources pédagogiques telles que les archives locales, les
témoignages oraux, ou les supports multimédias. Cette situation
génère un manque d'interactivité et d'engagement chez les
élèves, réduisant la portée formative et critique
de l'enseignement de l'histoire. Par ailleurs, il est rare que les projets
pédagogiques intègrent des sorties éducatives sur des
sites historiques ou des rencontres avec des acteurs culturels locaux, bien que
ces initiatives aient
34
démontré leur efficacité dans d'autres
contextes africains30. Enfin, les programmes actuels ne
prévoient pas, ou très peu, l'évaluation ciblée de
la compréhension et de la valorisation des dimensions culturelles
spécifiques au Gabon. Les examens restent souvent cantonnés
à des questions factuelles sur les événements historiques,
sans inviter les élèves à réfléchir sur leur
patrimoine culturel ou sur le rôle de l'histoire dans la construction de
l'identité nationale. L'évaluation des programmes montre que,
bien qu'ils soient globalement conformes aux standards académiques
internationaux, ils manquent d'une intégration suffisante des
spécificités culturelles gabonaises. Cette lacune compromet la
possibilité pour les élèves de s'approprier pleinement
leur histoire et, par conséquent, de développer un sentiment
d'appartenance et une conscience critique à propos de leur
héritage. Il apparaît donc indispensable de réviser les
contenus et leurs modalités d'enseignement pour mieux répondre
à ces enjeux. La majorité des programmes privilégient une
narration centrée sur l'histoire officielle, souvent
occidentalo-centrique, avec une faible représentation des perspectives
indigènes, des dynamiques sociales, économiques et culturelles
propres au Gabon. La narration tend à marginaliser les acteurs locaux,
leur contribution à l'histoire nationale et leur diversité
culturelle, ce qui limite la construction d'une identité plurielle. La
progression thématique n'est pas toujours cohérente. Par exemple,
la période précoloniale est souvent traitée de
manière sommaire, voire évitée dans certains cycles, au
profit d'une focalisation sur la colonisation et l'indépendance. La
chronologie est parfois mal intégrée, ce qui nuit à la
compréhension des interactions entre les différentes
périodes.
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