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Enseignement/apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à  la terminale: éléments de recherche pour une adaptation culturelle


par Mave BEKALE NZAMBA
École Normale Supérieure de Libreville  - Master professionnel aux Métiers de L'enseignement et de l'éducation  2025
  

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CONCLUSION DU CHAPITRE III

En définitive, la préservation culturelle au Gabon constitue un défi majeur, intimement lié à la richesse incomparable de son patrimoine. La diversité ethnique, avec plus de quarante groupes autochtones tels que les Massango, Nzebi, Tsogho, Fang, les Kota, Punu... porte en elle une mosaïque de traditions, langues, et savoir-faire uniques, témoins d'une histoire millénaire. Cependant, cette richesse est aujourd'hui fragilisée par les forces conjuguées de la modernisation, de l'urbanisation rapide avec un taux d'urbanisation dépassant 88 % selon les données de 2020 et la mondialisation qui tendent à uniformiser les modes de vie et les expressions culturelles.

Face à ces menaces, le Gabon se trouve à la croisée des chemins : d'un côté, la nécessité de préserver cet héritage intangible qui, loin d'être un simple vestige du passé, est un levier essentiel d'identité et de développement durable ; de l'autre, l'impératif d'intégrer les dynamiques contemporaines sans aliéner ses racines. Les institutions publiques, telles que le Ministère de la Culture et des Arts, ont multiplié les initiatives, notamment à travers la mise en place de politiques de valorisation des langues et du patrimoine immatériel, parfois en partenariat avec l'UNESCO. Toutefois, ces mesures peinent encore à toucher efficacement les populations rurales et les jeunes générations.

C'est précisément là que l'implication des communautés locales et des acteurs privés revêt toute son importance. Le développement d'écotourisme culturel, la création de festivals traditionnels comme le Festival National des Arts et de la Culture (FESNAC), ainsi que la valorisation des artisans locaux sont autant d'exemples concrets de mobilisation collective. Ils démontrent que la culture gabonaise ne se préserve pas seulement dans les musées ou les archives, mais se vit et se transmet au coeur même des communautés.

La question qui s'impose alors est la suivante : comment conjuguer efficacement tradition et modernité pour garantir une transmission vivante et authentique aux générations futures ? Peut-être que la solution réside dans un dialogue renouvelé, ouvert et pluridisciplinaire, entre la technologie et les savoirs ancestraux, entre l'État, la société civile et le secteur privé. À l'heure où les réseaux numériques offrent de nouvelles plateformes pour diffuser les patrimoines culturels, le Gabon pourrait ainsi envisager une nouvelle forme de préservation, plus inclusive et innovante.

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En somme, préserver la culture gabonaise aujourd'hui, c'est défendre un avenir où l'identité ne serait ni figée ni diluée, mais au contraire renforcée par la conscientisation collective de son importance. La réflexion engagée doit se poursuivre, notamment autour des moyens concrets à mettre en oeuvre pour assurer une transmission durable, ainsi que des mécanismes d'évaluation de ces actions. La richesse culturelle du Gabon ne sera véritablement sauvegardée que si chaque acteur, du plus haut sommet de l'État au village le plus reculé, s'engage dans cette mission commune et vit l'acte de préservation comme un projet d'émancipation et de fierté nationale.

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DEUXIEME PARTIE :

APPROCHE PEDAGOGIQUE POUR UNE ADAPTATION CULTURELLE DE
L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON

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CHAPITRE IV : ANALYSE CRITIQUE DES PRATIQUES D'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE DU GABON

L'analyse des contenus et la méthodologie de l'histoire du Gabon sont des aspects cruciaux pour comprendre et interpréter l'évolution de ce pays africain. En effet, en étudiant de manière approfondie les différentes sources historiques et en appliquant des méthodes rigoureuses, les historiens peuvent non seulement reconstruire le passé du Gabon, mais également mettre en lumière des aspects jusqu'alors méconnus de son histoire. Par exemple, en examinant les archives coloniales, les récits oraux des populations locales et les travaux des chercheurs contemporains, les historiens peuvent établir des narratifs historiques plus complets et précis. De plus, la méthodologie utilisée pour analyser ces contenus doit être rigoureuse et transparente, afin d'assurer la fiabilité des conclusions tirées.

Comme le souligne l'historien Marc Bloch, "l'analyse des contenus permet de dépasser les simples faits pour comprendre les dynamiques et les enjeux sous-jacents de l'histoire d'un pays". Ainsi, en combinant une analyse approfondie des contenus avec une méthodologie solide, les historiens de l'histoire du Gabon peuvent contribuer de manière significative à l'enrichissement des connaissances sur ce pays et à la compréhension de son passé.

Le contexte éducatif est également confronté à des défis logistiques et méthodologiques : les ressources pédagogiques adaptées à l'histoire gabonaise sont insuffisantes, les enseignants manquent souvent de formation spécifique et les méthodes restent majoritairement basées sur la transmission magistrale plutôt que sur une approche participative et contextualisée. Près de 65 % des enseignants d'histoire au secondaire estiment ne pas disposer des outils suffisants pour intégrer efficacement les dimensions culturelles gabonaises dans leurs cours28.

IV.1 - Evaluation des programmes d'histoire de la sixième à la terminale

L'évaluation des programmes d'histoire dispensés au Gabon, de la sixième à la terminale, révèle une structuration pédagogique qui, si elle respecte globalement les cadres officiels définis par le Ministère de l'Éducation nationale, présente néanmoins des limites significatives en matière d'intégration culturelle et de contextualisation locale. Pour comprendre cette situation, il convient d'analyser successivement les contenus

28 Enquête réalisée en 2022 par l'Institut National de Statistiques et des Études Démographiques (INSED)

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programmatiques, leur organisation chronologique, ainsi que les objectifs didactiques qui leur sont associés.

Premièrement, les programmes actuels accordent une large place à l'histoire générale, notamment européenne et mondiale, dans une perspective chronologique classique allant de l'Antiquité à l'époque contemporaine. Par exemple, en classe de troisième, les élèves étudient la Révolution française, les guerres mondiales, ou encore la décolonisation à une échelle internationale, sans nécessairement approfondir le rôle spécifique ou les impacts directs sur la région gabonaise. Cette approche, qui ne met en avant que marginalement l'histoire locale, tend à reléguer la société gabonaise à une simple passivité dans les grands événements mondiaux, oubliant ainsi la richesse et la complexité des dynamiques historiques internes29.

Deuxièmement, en ce qui concerne les programmes d'histoire du Gabon proprement dits, ceux-ci ne sont véritablement introduits qu'à partir de la classe de seconde et surtout en première et terminale, où l'enseignement met l'accent sur les grandes périodes historiques nationales : la période précoloniale, la colonisation française, et les étapes de l'indépendance. Toutefois, ces contenus sont souvent présentés de manière linéaire, avec une focalisation excessive sur les dates clés et les événements politiques majeurs, au détriment d'une analyse approfondie des pratiques culturelles, sociales et économiques qui fondent l'histoire vivante des populations gabonaises.

De plus, l'absence d'un corpus structuré intégrant les traditions orales, les récits des anciens, ou encore les pratiques coutumières limite la dimension vivante et identitaire de l'enseignement. Par exemple, les groupes ethniques comme les Fang, les Nzebi ou les Myene, dont les histoires orales sont très riches, sont rarement évoqués de manière approfondie en classe, ce qui contribue à une déconnexion entre les élèves et leurs racines culturelles.

Sur le plan méthodologique, le déroulement des cours tend à privilégier la transmission magistrale, centrée sur le manuel scolaire officiel, sans suffisamment mobiliser d'autres ressources pédagogiques telles que les archives locales, les témoignages oraux, ou les supports multimédias. Cette situation génère un manque d'interactivité et d'engagement chez les élèves, réduisant la portée formative et critique de l'enseignement de l'histoire. Par ailleurs, il est rare que les projets pédagogiques intègrent des sorties éducatives sur des sites historiques ou des rencontres avec des acteurs culturels locaux, bien que ces initiatives aient

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démontré leur efficacité dans d'autres contextes africains30. Enfin, les programmes actuels ne prévoient pas, ou très peu, l'évaluation ciblée de la compréhension et de la valorisation des dimensions culturelles spécifiques au Gabon. Les examens restent souvent cantonnés à des questions factuelles sur les événements historiques, sans inviter les élèves à réfléchir sur leur patrimoine culturel ou sur le rôle de l'histoire dans la construction de l'identité nationale. L'évaluation des programmes montre que, bien qu'ils soient globalement conformes aux standards académiques internationaux, ils manquent d'une intégration suffisante des spécificités culturelles gabonaises. Cette lacune compromet la possibilité pour les élèves de s'approprier pleinement leur histoire et, par conséquent, de développer un sentiment d'appartenance et une conscience critique à propos de leur héritage. Il apparaît donc indispensable de réviser les contenus et leurs modalités d'enseignement pour mieux répondre à ces enjeux. La majorité des programmes privilégient une narration centrée sur l'histoire officielle, souvent occidentalo-centrique, avec une faible représentation des perspectives indigènes, des dynamiques sociales, économiques et culturelles propres au Gabon. La narration tend à marginaliser les acteurs locaux, leur contribution à l'histoire nationale et leur diversité culturelle, ce qui limite la construction d'une identité plurielle. La progression thématique n'est pas toujours cohérente. Par exemple, la période précoloniale est souvent traitée de manière sommaire, voire évitée dans certains cycles, au profit d'une focalisation sur la colonisation et l'indépendance. La chronologie est parfois mal intégrée, ce qui nuit à la compréhension des interactions entre les différentes périodes.

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