III.2- Les politiques culturelles et initiatives de
sauvegarde
Face à ces défis, les politiques publiques au
Gabon ont progressivement intégré la préservation du
patrimoine culturel dans leur agenda national. La création
d'institutions telles que l'Agence Gabonaise de Développement et de
Promotion des Arts (AGADA) et la mise en place de programmes spécifiques
par le ministère de la Culture illustrent cette volonté de
sauvegarde. Toutefois, leur efficacité reste limitée par des
contraintes financières, administratives et par le manque de
stratégies de valorisation adaptées25.
Une initiative emblématique est la classification par
l'UNESCO de plusieurs éléments du patrimoine culturel
immatériel gabonais, notamment le Ngil, cérémonie
traditionnelle fang inscrite sur la liste représentative du patrimoine
culturel immatériel de l'humanité en 2018. Cette reconnaissance
internationale constitue une étape cruciale pour la sensibilisation et
la mobilisation autour de la sauvegarde de ces pratiques26.
Par ailleurs, des efforts locaux ont été
entrepris pour la documentation et la transmission des savoirs traditionnels.
Des ONG telles que Gabon Culture ont lancé des programmes de formation
pour les jeunes dans la fabrication artisanale, la danse et la musique
traditionnelles, afin de prévenir leur disparition. La
numérisation des archives et la création de musées
spécialisés, comme le Musée National des Arts et
Traditions du Gabon, participent également à une démarche
de conservation. Mais ces politiques restent souvent ponctuelles ou peu
coordonnées, nécessitant une volonté politique forte, un
financement durable et l'implication des communautés autochtones pour
assurer une véritable sauvegarde participative et adaptée
à la réalité locale.
25 Nkoumbou, L. La musique traditionnelle
gabonaise face à la mondialisation. Revue Gabonaise de Culture,
2019. 3(2), P. 45-67.
26 UNESCO. Listes du patrimoine culturel
immatériel de l'humanité. Organisation des Nations Unies pour
l'éducation, la science et la culture, 2018
III.3- Le rôle des mouvements artistiques et
littéraires
Les mouvements artistiques et littéraires jouent un
rôle crucial dans la revendication, la revitalisation et la transmission
des identités culturelles gabonaises. Depuis les années 1990, une
renaissance culturelle s'est manifestée à travers la
littérature, la musique, la danse et les arts plastiques, favorisant une
réappropriation des symboles traditionnels.
La littérature gabonaise, incarnée par des
auteurs comme Laurent Owondo, Jean Malongo et Ludovic Obiang Ndong a su
mêler la langue française à des éléments
issus des langues autochtones, tout en abordant des thématiques
identitaires, post-coloniales et contemporaines. Ces écrivains ont
permis une réflexion critique sur l'identité gabonaise, tout en
valorisant la richesse de leur patrimoine oral et écrit. De plus, ces
auteurs ont contribué à la richesse et à la
diversité de la littérature gabonaise, et ont permis de
représenter la culture et la société gabonaise de
manière authentique et originale.
Dans la musique, des artistes comme Patience Dabany ou des
groupes comme Mauvaise Haleine ont fusionné rythmes traditionnels avec
des genres modernes, créant une musique qui célèbre
à la fois la tradition et la modernité. La musique mvet, par ses
chants polyphoniques et ses rythmes percussifs, constitue un vecteur fort
d'affirmation identitaire et de résistance à l'uniformisation
culturelle27.
Les mouvements artistiques, en intégrant des
éléments traditionnels dans leurs oeuvres, jouent un rôle
de catalyseur dans la construction d'une conscience culturelle collective. La
valorisation des arts plastiques, à travers des expositions et des
festivals comme le Festival Gabao, permet de promouvoir la diversité du
patrimoine visuel et symbolique du pays. Ces initiatives renforcent le
sentiment d'appartenance et contribuent à la résilience des
identités locales face à la mondialisation.
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27 5. Ministère de la Culture du Gabon.
Rapport annuel sur la sauvegarde du patrimoine culturel. 2022
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