CONCLUSION DU CHAPITRE II
En définitive, l'évolution des
sociétés gabonaises à travers les époques
précoloniale, coloniale et postcoloniale révèle une
trajectoire complexe et profondément marquée par des dynamiques
de continuités et de ruptures. Les sociétés
traditionnelles précoloniales, structurées autour d'organisations
sociales et politiques bien établies, comme celles des Fang, des Punu,
ou des Myéné, témoignaient d'une harmonie entre pouvoir,
spiritualité et pratiques culturelles ancestrales, où les chefs
de clans et les ancêtres jouaient un rôle central dans la
cohésion communautaire. Ces systèmes, fondés sur des liens
de parenté et des rites sacrés, incarnaient un équilibre
soigneusement maintenu entre l'homme et son environnement.
L'arrivée de la puissance coloniale française a
profondément bouleversé ces équilibres : les structures
sociales furent remodelées par l'introduction d'une administration
centralisée, la mise en place du travail forcé, et une
économie tournée vers l'extraction des richesses naturelles,
notamment l'exploitation forestière et
pétrolière24. Ces transformations ont provoqué
un effritement des institutions traditionnelles et un déplacement des
centres de pouvoir, souvent au profit des autorités coloniales, tout en
suscitant des formes multiples de résistances, à la fois
armées et symboliques.
À l'ère postcoloniale, les défis restent
nombreux : la modernisation rapide et la croissance économique,
notamment grâce aux revenus pétroliers, ont favorisé une
mutation des identités traditionnelles, confrontant heritage culturel
ancien et exigences contemporaines. Le Gabon est aujourd'hui un creuset
multiculturel où cohabitent divers groupes ethniques, confrontés
à la mondialisation, à l'urbanisation et aux enjeux du
développement durable. Cette complexité invite à
réfléchir sur la manière dont le pays peut
préserver sa richesse culturelle tout en progressant vers une
modernité inclusive et équitable. Ainsi, cette analyse met en
lumière l'importance de considérer l'histoire gabonaise dans sa
profondeur et sa diversité, en évitant les simplifications. Elle
appelle également à une réflexion plus large sur les
processus de transformation sociale dans les sociétés africaines.
En ouvrant ces pistes de questionnement, ce chapitre espère contribuer
à nourrir un dialogue fécond entre mémoire et avenir,
tradition et innovation, pour les sociétés gabonaises et
au-delà.
24 Catherine Coquery-Vidrovitch,. Le Congo au
temps des grandes compagnies concessionnaires1972
26
CHAPITRE III : LES DEFIS CONTEMPORAINS DE LA
PRESERVATION CULTURELLE AU GABON
Le Gabon, situé au coeur de l'Afrique centrale, est un
pays caractérisé par une grande diversité culturelle, avec
plus de quarante groupes ethniques qui cohabitent sur son territoire. Cette
mosaïque culturelle est riche de traditions ancestrales vibrantes et de
pratiques culturelles uniques. Cependant, à l'ère de la
mondialisation et de la modernisation accélérée, cette
diversité culturelle est confrontée à des menaces
grandissantes. Les langues, les savoir-faire et les pratiques culturelles
transmis de génération en génération risquent de
disparaître sous l'influence des médias et des changements
socio-économiques. Les aînés des villages voient leurs
coutumes se diluer, et les institutions gabonaises se préoccupent de la
préservation de ce patrimoine culturel.
Face à ces défis, il est essentiel de comprendre
comment le Gabon peut conjuguer mémoire et modernité pour
préserver son héritage culturel. Cela nécessite une
réflexion approfondie sur les enjeux liés à la sauvegarde
du patrimoine culturel gabonais et les stratégies à mettre en
place pour relever ce défi. Les politiques publiques et les initiatives
communautaires peuvent jouer un rôle crucial dans la préservation
de la diversité culturelle gabonaise. Il est important de trouver un
équilibre entre la modernisation et la préservation des
traditions culturelles, afin que le Gabon puisse maintenir son identité
unique dans un monde de plus en plus globalisé.
III.1- La mondialisation et ses effets sur les
identités locales
La mondialisation exerce une influence déstabilisante
sur la diversité culturelle gabonaise en favorisant
l'hégémonie des cultures occidentales, notamment par la diffusion
massive des médias, des technologies de communication et des produits
culturels occidentaux. La pénétration des médias
internationaux, tels que CNN, BBC ou les plateformes de streaming comme
Netflix, contribue à une homogénéisation des modes de vie,
des valeurs et des expressions culturelles, au détriment des
spécificités locales.
Par exemple, la popularité croissante de la musique
commerciale occidentale et de la mode occidentale chez les jeunes Gabonais
menace la pérennité des expressions culturelles traditionnelles,
telles que le mvet ou le ngog, qui sont des formes artistiques ancestrales
liées à la société et à la
spiritualité. La langue française, imposée par le
système éducatif colonial, tend également à
marginaliser les langues autochtones comme le Myene, le Fang ou le Punu, qui
incarnent des éléments fondamentaux de l'identité
culturelle gabonaise.
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L'urbanisation rapide, souvent associée à une
migration massive vers la capitale Libreville, favorise une uniformisation des
pratiques culturelles et une perte progressive des rituels traditionnels. La
mondialisation, en favorisant la consommation de produits culturels non locaux,
tend à effacer la diversité culturelle en imposant un
universalisme qui ne laisse que peu de place à la différenciation
locale. La menace immédiate réside ainsi dans le risque d'un
effacement progressif des patrimoines immatériels, inscrits dans les
pratiques, croyances et savoir-faire traditionnels.
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