II.3- La culture dans le développement national
postcolonial
La période postcoloniale au Gabon représente une
étape cruciale dans la construction de l'identité nationale, la
renaissance des pratiques traditionnelles et l'intégration de la culture
comme vecteur de développement national. Cette phase,
débutée après l'indépendance acquise en 1960, se
caractérise par une tension constante entre héritages coloniaux,
aspirations à l'autonomie culturelle et volonté de modernisation
économique et sociale. Nous examinerons successivement la quête
d'identité nationale, la renaissance des pratiques traditionnelles, et
enfin la place centrale de la culture dans le processus de développement
du pays.
a) La quête d'identité nationale
20 Tchamda, J. Les langues autochtones face
à la colonisation linguistique. Yaoundé, 2011 :
Éditions du CERDOTOLA.
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Après l'indépendance, le Gabon doit
répondre à la nécessité de forger une
identité nationale cohérente, capable d'unifier une population
ethniquement diversifiée comprenant notamment les Fang,
Myènké, Nzebi, Teke, et autres groupes tout en s'affirmant face
à l'héritage colonial français. La construction
identitaire s'appuie sur plusieurs leviers : la symbolique nationale, la
redéfinition des institutions, et la mémoire collective. La
devise nationale, "Unité, Travail, Progrès", instaurée en
1960, incarne une volonté de dépasser les divisions ethniques
pour bâtir une nation homogène autour d'objectifs communs.
Sur le plan institutionnel, la constitution de 1961, puis
celle de 1991, tente d'ancrer un cadre démocratique tout en valorisant
l'histoire et la culture gabonaise. La célébration de
l'indépendance, notamment lors de la Fête nationale du 17
août, constitue un rituel central pour renforcer le sentiment
d'appartenance. Cependant, cette quête d'identité est
compliquée par la persistance de clivages ethniques et par une
mémoire coloniale encore vive, qui influence la perception de
l'État et de ses symboles. Un exemple précis est la politique de
"gouvernance ethnique" qui, sous certains régimes, a favorisé la
représentation des groupes majoritaires comme les Fang, au
détriment des autres. La tentative de créer un récit
national inclusif s'est souvent heurtée à ces
réalités socio-ethniques, nécessitant une diplomatie
culturelle et une politique de développement sensible à la
diversité21.
b) La renaissance des pratiques
traditionnelles
Face à l'effacement progressif des modes de vie
ancestraux sous l'impact de la modernisation et de la colonisation, la
période postcoloniale voit émerger un mouvement de
réappropriation et de valorisation des pratiques traditionnelles. Ce
mouvement s'inscrit dans une démarche de résistance culturelle,
visant à préserver l'identité locale face à la
standardisation occidentale et à l'uniformisation culturelle.
Le gouvernement gabonais a mis en place plusieurs politiques
pour encourager cette renaissance. Par exemple, la promotion de la musique
traditionnelle, notamment le mvett et le à travers des festivals comme
la fête des cultures, le festival Zadié Sadaka, qui
célèbrent les peuples autochtones permettent de revitaliser ces
expressions artistiques. La restauration et la mise en valeur des sites
culturels, comme le village culturel de Libreville ou le Musée National
des Arts et Traditions du Gabon, participent également à cette
dynamique22.
21 Jean N'Guessan, Les enjeux identitaires au
Gabon, Libreville, Presses Universitaires du Gabon, 2012.
22 Alain Boukebou, Musique et identité au
Gabon, Libreville, Éditions du Gabon, 2018.
Par ailleurs, la pratique de rites traditionnels, tels que la
cérémonie du ngil chez les Bwiti ou les rituels de passage chez
les Fang, a connu un regain d'intérêt, parfois
institutionnalisé dans un souci de sauvegarde. La renaissance de ces
pratiques est également encouragée par des acteurs religieux,
notamment les mouvements syncrétiques mêlant christianisme et
spiritualités indigènes, qui cherchent à maintenir le lien
avec les ancêtres tout en s'adaptant à la modernité.
c) La culture dans le développement
national
La culture constitue un levier essentiel dans la
stratégie de développement du Gabon. Elle contribue à la
fois à la cohésion sociale, à l'attractivité
touristique et à la diversification économique. La promotion de
la culture nationale permet d'affirmer l'identité gabonaise sur la
scène internationale, tout en générant des revenus
grâce au tourisme culturel. Le secteur culturel a été
intégré dans les politiques de développement, notamment
à travers la création d'institutions telles que le Centre
Culturel de Libreville et la Maison des Arts, qui offrent un espace pour la
diffusion des arts traditionnels et modernes. Le développement du
secteur audiovisuel, avec la production de films ou de documentaires sur la
diversité ethnique et culturelle du pays, participe à la
construction d'une image positive à l'étranger.
Par ailleurs, la valorisation des arts plastiques, de la
sculpture sur bois, et de la mode traditionnelle, par le biais
d'événements comme le Festival Gabao ou le Salon de l'Artisanat
Gabonais, contribue à la dynamisation économique. La culture
devient ainsi un véritable moteur de développement, en lien avec
d'autres secteurs, notamment le tourisme, l'éducation et le
commerce23.
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23Éric Mbo'o, Culture et
développement au Gabon, Libreville, Éditions Universitaires
Gabonaises, 2020.
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