IV.3 - La structure curriculaire et la progression
pédagogique
Le programme officiel d'histoire au Gabon est structuré
selon une progression chronologique et thématique, allant de la
préhistoire et des sociétés autochtones jusqu'à
l'histoire contemporaine. Cependant, cette structuration présente des
lacunes en termes de continuité et de transversalité. Dans le
programme de troisième, l'accent est mis sur l'héritage
précolonial et la période coloniale. La chronologie est
respectée, mais la profondeur d'analyse reste superficielle, souvent
limitée à une narration descriptive plutôt qu'à une
analyse critique des phénomènes.
En première et en terminale, le programme aborde
l'histoire contemporaine, notamment la période postindépendance,
la gouvernance, les conflits ethniques, et les enjeux géopolitiques.
Cependant, la transition entre ces deux phases est souvent mal
maîtrisée par les élèves, en raison d'un manque
d'articulation claire dans la progression pédagogique. La chronologie
devient plus dense, mais les contenus tendent à être
abordés de manière fragmentée. Ce schéma
pédagogique souffre d'un déficit d'adaptation aux
réalités sociales et politiques du pays, ce qui limite la
capacité des élèves à faire des liens entre
passé et présent. La majorité des programmes ne prend pas
suffisamment en compte la nécessité d'intégrer une
approche critique et réflexive, essentielle pour une
compréhension approfondie de l'histoire nationale.
L'analyse des pratiques actuelles d'enseignement de l'histoire
du Gabon révèle une discipline encore largement dominée
par des méthodes traditionnelles, une progression curriculaire
fragmentée, et une faible capacité à contextualiser les
contenus dans une perspective critique et moderne. Pour renforcer la
qualité de cet enseignement, il est essentiel d'adopter une
pédagogie active, d'intégrer davantage les ressources
numériques et de reformuler les programmes afin de mieux articuler
passé et présent. L'enjeu reste de former une citoyenneté
éclairée, capable de comprendre son histoire, d'analyser ses
enjeux contemporains, et de participer activement à la construction
nationale.
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Tableau N°1 : leçons d'histoire sur
le Gabon au programme de la sixième à la terminale
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Classe
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Leçons d'histoire sur le Gabon par
niveau
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6ème
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Pas de programme
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5ème
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Pas de programme
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4ème
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Pas de programme
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3ème
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Chapitre 1 : le Gabon précolonial
Leçon 1 : l'organisation sociale, politique,
économique du Gabon
précolonial
Leçon 2 : la migration fang
Chapitre 2 : la colonisation du Gabon
Leçon 1 : l'installation française dans l'estuaire
du komo
Leçon 2 : les explorations et la conquête de
l'arrière-pays
Leçon 3 : l'organisation politique et économique de
de la colonie du
Gabon
Leçon 4 : les résistances à la colonisation
française
Chapitre 7 : la décolonisation du
Gabon Leçon 1 : les causes de la décolonisation Leçon 2 :
les étapes de la décolonisation Chapitre 8 : le
Gabon postcolonial
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38
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Leçon 1 : la mise en place des institutions politiques
(1960-1968) Leçon 2 : l'instauration du régime
démocratique (1968-1990)
Leçon 3 : la restauration du régime
démocratique (1990 à nos jours) Leçon 4 : les
avancées et les limites du régime démocratique au Gabon
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2nde
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Pas de programme
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1ère
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Leçon 4 : le Gabon dans la première guerre
mondiale Leçon 2 : le Gabon dans la seconde Guerre Mondiale
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Tle
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Chapitre 3 : la décolonisation de l'Afrique francophone
Leçon 1 : la décolonisation du Gabon
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Source : Institut Pédagogique National(IPN)
Septembre 2024
D'après le tableau, nous constatons l'absence de
diversité culturelle : Le programme ignore souvent la
multiplicité des groupes ethniques, leur histoire spécifique et
leur contribution à l'histoire nationale. La marginalisation de
certaines cultures, notamment celles des Punu, Tsogo, Fang, ou des peuples
autochtones, limite la représentativité et la
légitimité des contenus transmis.
Manque d'intégration des enjeux identitaires et sociaux
: Les enjeux liés à la construction identitaire, à la
mémoire collective, à la lutte pour la reconnaissance culturelle,
sont peu abordés. Cela contribue à une vision monolithique de
l'histoire nationale, déconnectée des réalités
sociales.
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