II - Repenser les programmes d'histoire pour
intégrer la diversité culturelle gabonaise
L'enseignement de l'histoire dans les établissements
scolaires gabonais doit évoluer pour refléter la richesse et la
complexité de la diversité culturelle nationale. La
société gabonaise, marquée par une pluralité
ethno-linguistique, historique et culturelle, exige une approche
pédagogique qui valorise cette diversité afin de promouvoir
l'identité nationale, la cohésion sociale et le respect des
différences. Ce processus de repenser les programmes doit s'appuyer sur
une analyse approfondie des contenus, des méthodes pédagogiques
et des ressources disponibles pour assurer une transmission fidèle et
inclusive de l'histoire du Gabon41.
VI.1- Intégration des histoires orales et
traditionnelles
L'intégration des histoires orales et traditionnelles
constitue un processus fondamental dans la constitution, la transmission et la
pérennisation de la mémoire collective au sein des
sociétés africaines, notamment au Gabon. Ce processus repose sur
l'interconnexion entre récits, légendes, pratiques rituelles et
la culture orale, qui assurent la cohésion sociale, l'identité
communautaire et la continuité historique.
Au Gabon, comme dans de nombreux autres pays africains, la
mémoire collective ne repose pas principalement sur des archives
écrites mais sur la tradition orale. Les griots, conteurs, chefs
coutumiers et anciens jouent un rôle central dans la conservation et la
transmission des récits. La mémoire collective s'inscrit dans un
continuum où chaque génération transmet ses connaissances,
ses valeurs et son histoire à travers des récits qui deviennent
des références identitaires et culturelles. Par exemple, chez les
Fang, les Punu, Tsogho la légende de la création de leur
territoire ou de leurs ancêtres est racontée lors des
cérémonies traditionnelles, renforçant ainsi leur
sentiment d'appartenance. La transmission orale permet également
41 Jean PaBatsanga. Histoire et
identités culturelles au Gabon. Libreville : Presses universitaires du
Gabon, 2010. p. 45-67.
62
d'intégrer les expériences historiques,
notamment celles liées à la colonisation, à la lutte pour
l'indépendance, et aux dynamiques sociales
contemporaines42.
Les récits traditionnels et légendes jouent un
rôle essentiel dans la préservation des valeurs sociales, morales
et spirituelles. La légende de Ntsame, héros mythique chez les
Bwiti, illustre la manière dont les récits mythiques expliquent
la création du monde, l'origine des pratiques rituelles et la morale
communautaire. Ces récits fonctionnent comme des vecteurs de
transmission de connaissances ésotériques, de lois
coutumières et d'histoire mythique. Par exemple, la légende du
« Mvett » chez les Fang raconte l'origine de cet instrument de
musique, symbole de la communication avec les ancêtres, renforçant
la dimension sacrée des pratiques musicales dans la
société. La légende d'Obangué, figure mythologique
chez les Punu, explique la moralité et la sagesse, structurent
l'éthique collective et servent de référence lors des
rites de passage43.
Les pratiques rituelles, notamment lors des
cérémonies de passage, des rites d'initiation ou des fêtes
traditionnelles, mobilisent intensément la mémoire orale. Le
« Bwiti » chez les Mitsogo et Fang, par exemple, est une pratique
religieuse intégrant récits mythiques, chants, danses et
cérémonies de transe, visant à établir un lien avec
les ancêtres et à renforcer l'identité communautaire. Les
rituels sont souvent accompagnés de récits qui expliquent leur
origine, leur symbolisme et leur importance. Lors des cérémonies
d'initiation, les anciens racontent l'histoire des héros fondateurs ou
des ancêtres, inscrivant ainsi leur mémoire dans le vécu
collectif. Ces pratiques participent à la consolidation de la
cohésion sociale et à la transmission des valeurs
communautaires44.
Les histoires orales permettent également de
contextualiser l'histoire sociale et politique du Gabon. La résistance
contre la colonisation, notamment lors de la révolte des Betsi ou de la
résistance des Fang, est racontée par des anciens lors des
rassemblements, assurant ainsi la transmission de ces événements
à travers le temps. Les récits oraux servent aussi à
légitimer les droits fonciers, à expliquer la
légitimité des chefs traditionnels ou à rappeler les
principes de gouvernance coutumière. La tradition orale devient alors un
outil de légitimation, d'éducation et de résistance face
aux changements sociaux. Face à la vulnérabilité de la
tradition orale, plusieurs initiatives ont été lancées
pour sa sauvegarde, notamment par des
42 Ngong, B. Récits et
légendes chez les Fang : une approche anthropologique. Paris : Karthala.
2015, P. 78-80
43 Boukinda, L. Les récits
mythiques et leur rôle dans la société Kota. Libreville :
Editions du Gabon. 2018, p. 5658.
44 Nkoumbi, J. Les rites d'initiation
et la transmission du savoir dans la société gabonaise.
Libreville : Université de Libreville. 2014, P. 134-137
63
institutions comme l'Institut Gabonais de l'Information et des
Technologies (IGIT) ou par des chercheurs en anthropologie et en
ethnolinguistique. La collecte, l'enregistrement audiovisuel, et la
transcription de récits oraux jouent un rôle crucial dans la
préservation de cette mémoire45.
VI.2 - Valorisation des cultures locales : une
approche plurielle et participative avec acteurs locaux
La valorisation des cultures locales constitue une
démarche essentielle pour préserver, revitaliser et promouvoir
l'identité culturelle face à la globalisation et à la
standardisation culturelle. Elle doit s'appuyer sur une approche plurielle,
intégrant divers acteurs locaux tels que les chefs traditionnels, les
anciens, les artistes, ainsi que d'autres membres de la communauté.
Cette démarche participative garantit une représentativité
authentique, évite la marginalisation de certaines expressions
culturelles et favorise la transmission intergénérationnelle.
L'approche plurielle reconnait la coexistence et
l'interconnexion de multiples formes d'expression culturelle propres à
un territoire. Elle implique une reconnaissance de la diversité
culturelle locale : langues, rituels, artisanat, musiques, danses, contes,
savoirs traditionnels, etc. La valorisation ne peut se limiter à une
seule facette, mais doit intégrer l'ensemble de ces
éléments. Par exemple, dans le cas des sociétés
indigènes d'Amérique latine, cette approche permet de valoriser
à la fois les langues autochtones, les pratiques chamaniques,
l'artisanat textile et la gastronomie locale, en évitant une
réduction à une seule dimension patrimoniale46.
Pour assurer la légitimité et
l'authenticité de la valorisation culturelle, il est impératif
d'adopter une démarche participative. Cela signifie consulter,
écouter et intégrer les acteurs locaux dans toutes les
étapes du processus : diagnostic, conception, mise en oeuvre,
évaluation. La participation doit être active, non seulement
consultative, pour que ces acteurs deviennent co-créateurs de leur
patrimoine culturel. Les chefs traditionnels jouent un rôle crucial dans
la transmission des savoirs ancestraux, la légitimation des pratiques
culturelles et leur intégration dans des projets de valorisation. Par
exemple, au Mali, le rôle des chefs de villages dans la
préservation des pratiques religieuses et cérémonielles
est central dans la
45 Owona, J. La sauvegarde de la
tradition orale au Gabon. Rapport de recherche, Université de
Libreville. p. 4547.
46 Smith, L. La valorisation du patrimoine
culturel immatériel : enjeux et perspectives. Paris : Presses de
l'Université. 2006
64
valorisation du patrimoine culturel local. De même, les
anciens détiennent la mémoire historique et les savoirs
traditionnels indispensables pour contextualiser et authentifier ces
pratiques.
Les artistes locaux, qu'ils soient artisans, musiciens ou
danseurs, participent à une double fonction : ils perpétuent et
innovent dans leurs disciplines, tout en étant des vecteurs de
visibilité et de valorisation. Par exemple, la coopérative
d'artisans Batik de Ségou au Mali, qui rassemble des artisans locaux,
permet de commercialiser des produits traditionnels tout en valorisant un
savoir-faire ancestral. Exemple du patrimoine immatériel en Corse : La
démarche de valorisation du chant polyphonique corse s'est
appuyée sur la collaboration étroite entre les chanteurs
traditionnels, les universitaires, et les associations culturelles. La collecte
de chants anciens auprès des anciens a permis d'établir une base
patrimoniale solide, tout en organisant des ateliers participatifs pour
transmettre ces savoirs aux jeunes47.
Méthodologie participative : la méthode de
co-conception, utilisée dans plusieurs projets de valorisation en
Afrique de l'Ouest, consiste à organiser des ateliers communautaires
où les acteurs locaux expriment leurs attentes, contribuent à la
sélection des éléments à valoriser, puis
participent à leur diffusion. Ce processus favorise une appropriation
locale forte et garantit la pérennité des initiatives. La
richesse de ces démarches repose autant sur les sources écrites
que sur les témoignages oraux. Les archives écrites, telles que
les registres ethnographiques, les documents historiques locaux, permettent de
contextualiser et d'étayer la transmission orale. Les témoignages
oraux, recueillis lors d'entretiens avec les acteurs locaux, apportent une
dimension vivante, dynamique, et souvent unique dans la compréhension
des pratiques culturelles.
Repenser les programmes d'histoire en intégrant la
diversité culturelle gabonaise constitue une étape
stratégique pour une société plus inclusive, consciente de
sa pluralité. Il s'agit d'un processus complexe, nécessitant une
réelle volonté politique, des ressources adaptées, une
formation qualifiée, et une implication communautaire active. La
valorisation de toutes les identités contribue à la construction
d'une conscience nationale plurielle, fondement d'une stabilité sociale
et d'un développement durable.
47 . Pietri, P. La transmission
orale dans le patrimoine culturel corse. Journal des Cultures, 2015.
120-135.
65
VI.3 - La formation des enseignants comme levier
d'adaptation
La formation des enseignants constitue un levier
stratégique pour favoriser l'adaptation du système
éducatif face aux enjeux sociaux, culturels et pédagogiques
contemporains, notamment dans un contexte de diversité culturelle et de
mutations sociétales rapides. Elle permet d'assurer une réponse
éducative contextualisée, inclusive et innovante, en
renforçant les compétences professionnelles des enseignants, en
favorisant leur capacité à gérer la diversité, et
en intégrant de nouvelles méthodologies pédagogiques
adaptées aux réalités locales. Dans le contexte gabonais,
cette démarche est essentielle pour soutenir l'intégration des
populations autochtones et migrantes, tout en valorisant le patrimoine culturel
national.
1) Renforcement des capacités : Formation
continue sur l'histoire locale, méthodes actives, pédagogie
interculturelle
Le renforcement des capacités des enseignants doit
s'appuyer sur une formation continue structurée, actualisée et
contextualisée. La focalisation sur l'histoire locale gabonaise permet
d'ancrer l'enseignement dans la réalité socio-historique du pays.
Exemple, la connaissance approfondie du rôle de la royauté fang ou
des dynasties Kota, ainsi que des événements clés comme la
colonisation ou l'indépendance, enrichit la transmission de
connaissances et renforce l'identité nationale. Les méthodes
actives, telles que l'apprentissage par projets, l'étude de cas locaux
et l'utilisation d'approches expérientielles, favorisent une
pédagogie centrée sur l'élève, stimulant sa
participation, sa réflexion critique et sa capacité à
appliquer ses connaissances dans la vie quotidienne48. Exemple, un
enseignant au Gabon pourrait organiser des ateliers sur les pratiques
traditionnelles ou la gestion communautaire des ressources naturelles,
impliquant directement les élèves dans leur environnement
immédiat.
La pédagogie interculturelle doit également
devenir une composante essentielle de la formation. Elle vise à
développer chez les enseignants la capacité à
reconnaître, valoriser et intégrer la diversité culturelle
présente dans leurs classes. Au Gabon, où cohabitent plus de 40
groupes ethniques, cette approche permet de réduire l'exclusion, de
prévenir les discriminations et de promouvoir un vivre-ensemble
harmonieux. La formation pourrait inclure des modules sur la gestion des
conflits interculturels, la traduction culturelle, et la conception de contenus
éducatifs inclusifs.
48 UNESCO. Méthodes actives en
éducation. Paris : 2015
66
Sensibilisation à la diversité culturelle :
Ateliers, échanges d'expériences, partenariat avec des
institutions culturelles. La sensibilisation à la diversité
culturelle doit mobiliser des stratégies participatives et
concrètes pour transformer la perception de cette diversité en
une richesse pédagogique. Les ateliers de formation, par exemple,
peuvent porter sur l'histoire et les pratiques culturelles des
différentes ethnies gabonaises, avec des intervenants locaux, tels que
des artisans, des chefs traditionnels ou des historiens communautaires. Les
échanges d'expériences entre enseignants issus de
différentes régions ou groupes ethniques permettent de partager
des bonnes pratiques, de confronter des problématiques communes et
d'enrichir leur approche pédagogique. Ces rencontres peuvent se
réaliser lors de conférences régionales ou de formations
inter-établissements, favorisant la mutualisation des
savoirs49. Le partenariat avec des institutions culturelles
nationales, telles que le Musée National du Gabon ou le Centre Culturel
Français de Libreville, constitue un levier pour intégrer des
ressources patrimoniales dans la pratique éducative. Par exemple, des
sorties pédagogiques dans ces institutions ou des ateliers avec des
conservateurs peuvent aider à contextualiser l'histoire et la culture
gabonaise dans l'enseignement50. Le succès de ces formations
requiert un soutien institutionnel fort, notamment en termes de ressources
financières, matérielles et humaines. La disponibilité de
matériel pédagogique adapté, comme des manuels d'histoire
locale, des
ressources numériques ou des kits pédagogiques
interculturels, est indispensable pour assurer la pérennité des
initiatives51.
L'incitation des enseignants à suivre ces formations
doit également passer par des mécanismes de reconnaissance, tels
que des crédits de formation continue, des primes ou des avancements de
carrière. La mise en place d'un système de suivi et
d'évaluation permet de mesurer l'impact de ces formations sur la
qualité de l'enseignement et l'adaptation aux divers contextes locaux.
Enfin, la création de réseaux d'enseignants engagés dans
la valorisation de la diversité culturelle, avec un appui
institutionnel, favorise la pérennisation des bonnes pratiques et leur
diffusion à l'échelle nationale. En ce sens, le ministère
gabonais de l'Éducation pourrait instaurer des plateformes
numériques ou des communautés de pratique, favorisant
l'échange constant et l'innovation pédagogique.
2) Les compétences culturelles et
pédagogiques indispensables pour les enseignants
49 Ministère de l'Éducation
Nationale. Op .cit
50 Centre Culturel Français de
Libreville. Programmes éducatifs et valorisation du patrimoine.
2021
51 Centre Culturel Français de Libreville.
Programmes éducatifs et valorisation du patrimoine. 2021
67
Pour que la formation des enseignants constitue un levier
efficace dans l'adaptation de l'enseignement de l'histoire aux
réalités culturelles et identitaires du Gabon, il est
impératif que ces derniers développent un ensemble de
compétences à la fois culturelles et pédagogiques,
spécifiques au contexte gabonais.
D'abord, les compétences culturelles concernent la
connaissance approfondie des cultures locales, des histoires orales, des
traditions, ainsi que des dynamiques sociales propres au Gabon. Les enseignants
doivent donc maîtriser non seulement les faits historiques nationaux et
régionaux, mais également saisir les nuances identitaires et les
récits souvent marginalisés dans les programmes officiels. Cette
compétence culturelle favorise une approche plus inclusive, valorisant
les apports des différentes communautés et permettant aux
élèves de s'identifier et de s'approprier les contenus
enseignés.
Par ailleurs, le développement de compétences
pédagogiques adaptées est également crucial. Les
enseignants doivent être formés à des méthodes
didactiques innovantes, capables d'intégrer des supports variés
tels que les témoignages oraux, les sources iconographiques locales ou
les archives communautaires. Ces approches participatives favorisent
l'engagement des élèves et la construction d'un savoir vivant.
Exemple, l'intégration de projets d'histoire locale, comme la collecte
d'archives familiales ou l'organisation de rencontres avec des
aînés, a démontré dans plusieurs écoles
gabonaises une augmentation notable de la motivation et de la
compréhension des élèves52. En outre, la
capacité à contextualiser les faits historiques dans une optique
critique est essentielle. De nombreux enseignants restent aujourd'hui
ancrés dans une transmission verticale et encyclopédique,
limitant la réflexion critique des élèves. Or, encourager
l'analyse des sources, la confrontation des récits et la
problématisation des événements invite les
élèves à développer leur esprit critique et
à comprendre l'histoire comme un processus complexe et vivant. Ainsi,
des formations axées sur la médiation historique et l'esprit
critique sont indispensables.
Enfin, la maîtrise des outils numériques et des
technologies éducatives représente un atout majeur. Avec une
pénétration progressive d'Internet et des dispositifs
multimédias dans les établissements scolaires, la capacité
des enseignants à utiliser des ressources numériques comme les
bases de données historiques en ligne, les vidéos documentaires
ou les applications interactives enrichit considérablement
l'expérience d'apprentissage. Selon une étude conduite
52 UNICEF. Ressources pédagogiques pour une
éducation interculturelle. Genève : UNICEF. 2019
68
par l'UNESCO en 2021, les enseignants formés aux TIC
dans le domaine de l'histoire reportent une augmentation de 25 % de la
participation active des élèves en classe.
En résumé, pour jouer un rôle central dans
l'adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire, les enseignants
gabonais doivent posséder non seulement une solide connaissance des
divers patrimoines culturels nationaux, mais aussi des compétences
pédagogiques renouvelées fondées sur la participation, la
critique et les outils modernes. Ces compétences constituent le socle
indispensable pour que l'enseignement devienne véritablement pertinent
et approprié par les élèves dans leur propre contexte
identitaire.
3) Les modalités de formation initiale et continue
adaptées au contexte gabonais
L'adaptation de l'enseignement de l'histoire aux
réalités culturelles gabonaises passe indéniablement par
une refonte des modalités de formation des enseignants, tant dans le
cadre initial que continu. En effet, la formation constitue le socle
indispensable permettant aux enseignants de développer une approche
pédagogique sensible aux spécificités culturelles et
identitaires du Gabon.
Tout d'abord, la formation initiale des enseignants en
histoire doit intégrer davantage de contenus relatifs à
l'histoire locale et régionale. Selon une étude conduite par le
Ministère de l'Éducation Nationale en 2022, moins de 20 % du
temps consacré à l'histoire dans les formations
pédagogiques est dédié à l'histoire gabonaise et
à ses divers groupes ethniques. Pour pallier cette lacune, il est
essentiel d'incorporer des modules spécifiques, co-construits avec des
historiens locaux et des représentants des communautés
autochtones, qui aborderaient par exemple l'histoire des Fang, des Mitsogho ou
des Punu. De plus, l'apprentissage des méthodes de recherche historique
sur les sources orales, fondamentales en Afrique, devrait être fortement
encouragé afin d'enrichir la compréhension et la transmission des
savoirs.
Par ailleurs, la formation continue constitue un levier tout
aussi stratégique, notamment dans un contexte où les enseignants
en poste ont souvent suivi des formations traditionnelles, peu adaptées
aux enjeux actuels. La mise en place de programmes de formation continue,
réguliers et modulables, permettrait d'actualiser les connaissances des
enseignants et de renforcer leurs compétences pédagogiques. Par
exemple, l'organisation d'ateliers annuels animés par des experts en
histoire gabonaise ou en pédagogie interculturelle pourrait favoriser
l'échange de bonnes pratiques et l'adoption de nouvelles approches
didactiques. L'usage des
69
technologies de l'information et de la communication (TIC)
pourrait, quant à lui, amplifier l'impact de ces formations :
plateformes en ligne permettraient un accès élargi et flexible
à des contenus actualisés.
En outre, pour que ces formations soient véritablement
adaptées, il convient de prendre en compte les contraintes
spécifiques des enseignants gabonais : éloignement
géographique, manque de ressources pédagogiques. Par exemple,
dans les provinces reculées comme l'Ogooué-Ivindo, l'accès
à la formation continue peut être limité. Des dispositifs
mobiles ou itinérants, tels que des ateliers de formation
décentralisés, pourraient ainsi être envisagés.
De plus, le soutien institutionnel, à travers des
incitations financières ou des certificats reconnus, encouragerait une
participation active. Enfin, il importe d'intégrer une dimension
réflexive dans ces formations, qui invite les enseignants à
questionner leurs propres représentations culturelles et historiques
afin de mieux saisir la complexité des identités gabonaises. Ce
dispositif pédagogique contribue non seulement à une meilleure
appropriation des contenus par les élèves, mais aussi à
une éducation à la citoyenneté fondée sur la
reconnaissance et le respect des diversités culturelles. La formation
initiale enrichie et une formation continue dynamique, prenant en compte les
réalités géographiques et culturelles du Gabon, sont
indispensables pour équiper les enseignants des outils
nécessaires à une adaptation culturelle efficace de
l'enseignement de l'histoire. Ce processus de formation revêt une double
importance : il permet d'ancrer les savoirs historiques dans le vécu des
élèves et de garantir la pérennité d'un
enseignement réellement pertinent pour la construction identitaire
gabonaise.
En conclusion, il apparaît clairement que la formation
des enseignants constitue un levier indispensable pour une adaptation
culturelle pertinente de l'enseignement de l'histoire au Gabon. Face aux enjeux
majeurs que représentent l'identité culturelle et la
représentation historique pour la jeunesse gabonaise, il est
impératif de réviser et d'enrichir les pratiques
éducatives actuelles. En effet, l'analyse des programmes scolaires a
révélé leur insuffisante prise en compte des
spécificités gabonaises, rendant l'enseignement parfois
déconnecté des réalités vécues par les
élèves53. La revalorisation du rôle de
l'enseignant, non seulement en tant que transmetteur de savoirs, mais
également comme médiateur culturel, souligne la
nécessité de développer des compétences à la
fois pédagogiques et interculturelles solides.
53 Ondo, L « Compétences
interculturelles des enseignants gabonais : enjeux et défis »,
Revue africaine de pédagogie, 2020. P. 45-63.
70
La formation initiale et continue des enseignants doit donc
être repensée pour intégrer des modules
dédiés à la connaissance approfondie de l'histoire locale,
à la maîtrise des approches didactiques adaptées aux divers
publics scolaires gabonais, mais aussi à une sensibilité accrue
aux enjeux identitaires. Des initiatives telles que les partenariats avec des
historiens locaux ou des ateliers de formation innovants ont montré des
premiers résultats encourageants dans certaines provinces gabonaises,
où l'appropriation des savoirs historiques par les élèves
a nettement progressé. Par ailleurs, l'engagement continu du
ministère de l'Éducation nationale dans la valorisation des
ressources éducatives locales s'impose comme un facteur clé pour
pérenniser cet effort. Cela soulève cependant des questions
essentielles quant à la volonté politique, aux ressources
financières, et aux structures institutionnelles nécessaires pour
déployer massivement ces formations adaptées. Ainsi, la formation
des enseignants, loin d'être un simple outil technique, représente
un véritable levier de transformation socioculturelle, dont
l'efficacité conditionnera à terme la capacité du
système éducatif gabonais à construire une histoire
partagée, vivante et porteuse d'avenir.
Tableau N°4 : Propositions des nouvelles
leçons à intégrer dans le programme officiel de la
sixième à la terminale
|
Classe
|
Leçons d'histoire sur le Gabon par
niveau
|
|
Sixième
|
Thème 1 : le Gabon précolonial
|
|
Chapitre1 : les principaux peuples
côtiers du Gabon Leçon 1 : les pygmées ou
Négrilles
Leçon 2 : les bantous : les principaux groupes du littoral
Chapitre 2 : l'organisation politique dans le Gabon
précolonial Leçon 1 : la structure politique des peuples du
Gabon
|
71
|
Leçon 2 : Ethnie et tribus
Leçon 3 : Le clan et le lignage
Leçon 4 : Rôle des lignages et des clans dans la
transmission des savoirs et des pouvoirs
|
|
Cinquième
|
Thème 1 : le Gabon précolonial
|
|
Chapitre 1 : Les formes d'organisation
politique
Leçon 1 : Les chefferies
Leçon 2 : La structure du village
Leçon 3 : Rôles des chefs traditionnels, des chefs
spirituels
Chapitre 2 : Le pouvoir politique
Leçon 1 : La représentation du pouvoir
Leçon 2 : Le pouvoir du chef
Leçon 3 : L'intronisation du chef
|
|
Quatrième
|
Thème 1 : Le Gabon précolonial
|
|
Chapitre1 : Le divin guérisseur :
personnage incontournable de la société coloniale
Leçon 1 : Le médecin du village
Leçon 2 : Les pouvoirs politiques du devin
guérisseur
Leçon 3 : Personnage à la fois guérisseur,
médiateur entre le monde des hommes et le monde spirituel
Chapitre 2 : Religiosité et cosmologie
Leçon 1 : Cosmogonie locale : croyances en un monde
spirituel, ancêtres, esprits, forces naturelles
|
72
|
Leçon 2 : Pratiques religieuses : rituels,
cérémonies, offrandes
Leçon 3 : La place centrale des divinités et des
esprits dans la vie quotidienne
|
|
Troisième
|
Thème 1 : Le Gabon précolonial
|
|
Chapitre 1 : La vie économique
Leçon 1 : L'organisation de l'activité
économique
Leçon 2 : Échanges entre groupes ethniques (ex :
Fang, Kota, Tsogo).
Leçon 3 : Rôle des routes commerciales
ancestrales.
Leçon 4 : Rôle des marchés traditionnels et
des foires
Chapitre 2 : Organisation sociale
Leçon 1 : Rôles des femmes, des hommes, et des
jeunes.
Leçon 2 : Initiations (adolescence, mariage,
funérailles).
Leçon 3 : Signification sociale de ces rites.
Leçon 4 : Rôles des anciens et des chefs dans ces
rituels.
Thème 2 : L'Etat colonial au Gabon
|
|
Chapitre 1 : Période coloniale :
définition et enjeux
Leçon 1 : Organisation politique, économique et
sociale sous domination coloniale
Leçon 2 : Impact sur les populations indigènes et
la structuration du territoire Leçon 3 : La politique d'expropriation
des populations autochtones
|
|
Seconde
|
Thème 1 : L'Etat colonial au Gabon
|
|
Chapitre 2 : Les compagnies concessionnaires
Leçon 1 : La société du haut Ogooué (SHO)
|
|
Leçon 2 : Compagnie Française de l'Ogooué
Leçon 3 : La Société des Mines de la Manganèse
Leçon 4 : La Société Agricole et du Bas-Ogooué
Chapitre 2 : La domination administrative française
Leçon 1 : Mise en place d'un gouvernorat
général de l'Afrique équatoriale française (AEF) en
1910
Leçon 2 : Structure administrative : gouverneur, chefs de
district, sous-préfets
Leçon 3 : La centralisation du pouvoir au profit de
l'administration coloniale française
|
73
Thème 1 : L'Etat colonial
au Gabon
Chapitre 1 : Les premiers traités et les
voyages d'exploration au Gabon
Leçon 1 : Les premiers traités franco-gabonais
Leçon 2 : L'exploration de l'intérieur du Gabon
Leçon 3 : La remise en cause des traités
d'occupation
Chapitre 2 : La pénétration
commerciale et missionnaire
Leçon 1 : Le commerce et les échanges au Gabon
Leçon 2 : Les missionnaires
Chapitre 3 : Réformes et évolution
du système colonial
Leçon 1 : L'organisation territoriale du Gabon
Leçon 2 : Le pouvoir colonial
Leçon 3 : Le régime de l'indigénat
Leçon 4 : l'impôt de capitation
Chapitre 4 : La naissance des mouvements de
résistances au Gabon
|
Leçon 1 : La mise en place des prisons Leçon 2 : La
résistance d'Emane Tolé Leçon 3 : La lutte de Nyonda
Makita Leçon 4 : La résistance de Mbombé
Thème 2 : l'Etat postcolonial
Chapitre 1 : Les fondements institutionnels
Leçon 1 : La Constitution de 1961 : passage d'un
régime semi-présidentiel à un régime
présidentiel
Leçon 2 : La création d'institutions clés :
Assemblée nationale, Conseil économique et social, Conseil
supérieur de la magistrature
|
74
Terminale
|
Thème 1 : l'Etat postcolonial
Chapitre 1 : Les fondements institutionnels
Leçon 1 : La Constitution de 1961 : passage d'un
régime semi-présidentiel à un régime
présidentiel
Leçon 2 : La création d'institutions clés
: Assemblée nationale, Conseil économique et social, Conseil
supérieur de la magistrature
|
|
Chapitre 2 : La démocratisation et les
défis actuels
Leçon 1 : La mise en place de processus
électoraux (élections présidentielles,
législatives)
Leçon 2 : La question de la gouvernance, de la
transparence et de la séparation des pouvoirs
Chapitre 3 : L'organisation administrative de
l'État gabonais Leçon 1 : La création des provinces
|
75

|
Leçon 2 : La mise en place de communes et de
collectivités territoriales Leçon 3 : Le rôle des
préfets et des gouverneurs
Chapitre 4 : La mise en place de réformes
politiques
Leçon 1 : La révolte populaire de 1990 contre la
gouvernance autoritaire Leçon 2 : La Conférence nationale de
1990
Leçon 3 : Rétablissement du multipartisme
|
Source : Mave Bekale Nzamba
Ce tableau propose une progression logique, allant de la
connaissance des origines ethniques et culturelles jusqu'aux enjeux modernes du
Gabon. La première étape, de la sixième à la
quatrième vise à familiariser l'élève avec la
diversité ethnique et la vie traditionnelle, fondamentale pour
bâtir une conscience identitaire. La compréhension de la
colonisation et des résistances permet d'intégrer les enjeux de
la souveraineté pour les élèves de troisième
à la première. La période postcoloniale et la construction
de l'État modernisent la perspective historique, en insistant sur les
figures clés et les événements décisifs. En
fournissant une bibliographie riche en sources écrites et orales sur
l'histoire du Gabon, les élèves auront accès à des
informations variées et approfondies, ce qui contribuera à
élargir leur vision du monde et à développer leur esprit
critique. Ainsi, l'intégration de ces nouvelles leçons d'histoire
du Gabon dans les programmes scolaires sera bénéfique pour la
formation intellectuelle et culturelle des élèves gabonais.
76
|