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Enseignement/apprentissage de l'histoire du Gabon de la sixième à  la terminale: éléments de recherche pour une adaptation culturelle


par Mave BEKALE NZAMBA
École Normale Supérieure de Libreville  - Master professionnel aux Métiers de L'enseignement et de l'éducation  2025
  

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II - Repenser les programmes d'histoire pour intégrer la diversité culturelle gabonaise

L'enseignement de l'histoire dans les établissements scolaires gabonais doit évoluer pour refléter la richesse et la complexité de la diversité culturelle nationale. La société gabonaise, marquée par une pluralité ethno-linguistique, historique et culturelle, exige une approche pédagogique qui valorise cette diversité afin de promouvoir l'identité nationale, la cohésion sociale et le respect des différences. Ce processus de repenser les programmes doit s'appuyer sur une analyse approfondie des contenus, des méthodes pédagogiques et des ressources disponibles pour assurer une transmission fidèle et inclusive de l'histoire du Gabon41.

VI.1- Intégration des histoires orales et traditionnelles

L'intégration des histoires orales et traditionnelles constitue un processus fondamental dans la constitution, la transmission et la pérennisation de la mémoire collective au sein des sociétés africaines, notamment au Gabon. Ce processus repose sur l'interconnexion entre récits, légendes, pratiques rituelles et la culture orale, qui assurent la cohésion sociale, l'identité communautaire et la continuité historique.

Au Gabon, comme dans de nombreux autres pays africains, la mémoire collective ne repose pas principalement sur des archives écrites mais sur la tradition orale. Les griots, conteurs, chefs coutumiers et anciens jouent un rôle central dans la conservation et la transmission des récits. La mémoire collective s'inscrit dans un continuum où chaque génération transmet ses connaissances, ses valeurs et son histoire à travers des récits qui deviennent des références identitaires et culturelles. Par exemple, chez les Fang, les Punu, Tsogho la légende de la création de leur territoire ou de leurs ancêtres est racontée lors des cérémonies traditionnelles, renforçant ainsi leur sentiment d'appartenance. La transmission orale permet également

41 Jean PaBatsanga. Histoire et identités culturelles au Gabon. Libreville : Presses universitaires du Gabon, 2010. p. 45-67.

62

d'intégrer les expériences historiques, notamment celles liées à la colonisation, à la lutte pour l'indépendance, et aux dynamiques sociales contemporaines42.

Les récits traditionnels et légendes jouent un rôle essentiel dans la préservation des valeurs sociales, morales et spirituelles. La légende de Ntsame, héros mythique chez les Bwiti, illustre la manière dont les récits mythiques expliquent la création du monde, l'origine des pratiques rituelles et la morale communautaire. Ces récits fonctionnent comme des vecteurs de transmission de connaissances ésotériques, de lois coutumières et d'histoire mythique. Par exemple, la légende du « Mvett » chez les Fang raconte l'origine de cet instrument de musique, symbole de la communication avec les ancêtres, renforçant la dimension sacrée des pratiques musicales dans la société. La légende d'Obangué, figure mythologique chez les Punu, explique la moralité et la sagesse, structurent l'éthique collective et servent de référence lors des rites de passage43.

Les pratiques rituelles, notamment lors des cérémonies de passage, des rites d'initiation ou des fêtes traditionnelles, mobilisent intensément la mémoire orale. Le « Bwiti » chez les Mitsogo et Fang, par exemple, est une pratique religieuse intégrant récits mythiques, chants, danses et cérémonies de transe, visant à établir un lien avec les ancêtres et à renforcer l'identité communautaire. Les rituels sont souvent accompagnés de récits qui expliquent leur origine, leur symbolisme et leur importance. Lors des cérémonies d'initiation, les anciens racontent l'histoire des héros fondateurs ou des ancêtres, inscrivant ainsi leur mémoire dans le vécu collectif. Ces pratiques participent à la consolidation de la cohésion sociale et à la transmission des valeurs communautaires44.

Les histoires orales permettent également de contextualiser l'histoire sociale et politique du Gabon. La résistance contre la colonisation, notamment lors de la révolte des Betsi ou de la résistance des Fang, est racontée par des anciens lors des rassemblements, assurant ainsi la transmission de ces événements à travers le temps. Les récits oraux servent aussi à légitimer les droits fonciers, à expliquer la légitimité des chefs traditionnels ou à rappeler les principes de gouvernance coutumière. La tradition orale devient alors un outil de légitimation, d'éducation et de résistance face aux changements sociaux. Face à la vulnérabilité de la tradition orale, plusieurs initiatives ont été lancées pour sa sauvegarde, notamment par des

42 Ngong, B. Récits et légendes chez les Fang : une approche anthropologique. Paris : Karthala. 2015, P. 78-80

43 Boukinda, L. Les récits mythiques et leur rôle dans la société Kota. Libreville : Editions du Gabon. 2018, p. 5658.

44 Nkoumbi, J. Les rites d'initiation et la transmission du savoir dans la société gabonaise. Libreville : Université de Libreville. 2014, P. 134-137

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institutions comme l'Institut Gabonais de l'Information et des Technologies (IGIT) ou par des chercheurs en anthropologie et en ethnolinguistique. La collecte, l'enregistrement audiovisuel, et la transcription de récits oraux jouent un rôle crucial dans la préservation de cette mémoire45.

VI.2 - Valorisation des cultures locales : une approche plurielle et participative avec acteurs locaux

La valorisation des cultures locales constitue une démarche essentielle pour préserver, revitaliser et promouvoir l'identité culturelle face à la globalisation et à la standardisation culturelle. Elle doit s'appuyer sur une approche plurielle, intégrant divers acteurs locaux tels que les chefs traditionnels, les anciens, les artistes, ainsi que d'autres membres de la communauté. Cette démarche participative garantit une représentativité authentique, évite la marginalisation de certaines expressions culturelles et favorise la transmission intergénérationnelle.

L'approche plurielle reconnait la coexistence et l'interconnexion de multiples formes d'expression culturelle propres à un territoire. Elle implique une reconnaissance de la diversité culturelle locale : langues, rituels, artisanat, musiques, danses, contes, savoirs traditionnels, etc. La valorisation ne peut se limiter à une seule facette, mais doit intégrer l'ensemble de ces éléments. Par exemple, dans le cas des sociétés indigènes d'Amérique latine, cette approche permet de valoriser à la fois les langues autochtones, les pratiques chamaniques, l'artisanat textile et la gastronomie locale, en évitant une réduction à une seule dimension patrimoniale46.

Pour assurer la légitimité et l'authenticité de la valorisation culturelle, il est impératif d'adopter une démarche participative. Cela signifie consulter, écouter et intégrer les acteurs locaux dans toutes les étapes du processus : diagnostic, conception, mise en oeuvre, évaluation. La participation doit être active, non seulement consultative, pour que ces acteurs deviennent co-créateurs de leur patrimoine culturel. Les chefs traditionnels jouent un rôle crucial dans la transmission des savoirs ancestraux, la légitimation des pratiques culturelles et leur intégration dans des projets de valorisation. Par exemple, au Mali, le rôle des chefs de villages dans la préservation des pratiques religieuses et cérémonielles est central dans la

45 Owona, J. La sauvegarde de la tradition orale au Gabon. Rapport de recherche, Université de Libreville. p. 4547.

46 Smith, L. La valorisation du patrimoine culturel immatériel : enjeux et perspectives. Paris : Presses de l'Université. 2006

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valorisation du patrimoine culturel local. De même, les anciens détiennent la mémoire historique et les savoirs traditionnels indispensables pour contextualiser et authentifier ces pratiques.

Les artistes locaux, qu'ils soient artisans, musiciens ou danseurs, participent à une double fonction : ils perpétuent et innovent dans leurs disciplines, tout en étant des vecteurs de visibilité et de valorisation. Par exemple, la coopérative d'artisans Batik de Ségou au Mali, qui rassemble des artisans locaux, permet de commercialiser des produits traditionnels tout en valorisant un savoir-faire ancestral. Exemple du patrimoine immatériel en Corse : La démarche de valorisation du chant polyphonique corse s'est appuyée sur la collaboration étroite entre les chanteurs traditionnels, les universitaires, et les associations culturelles. La collecte de chants anciens auprès des anciens a permis d'établir une base patrimoniale solide, tout en organisant des ateliers participatifs pour transmettre ces savoirs aux jeunes47.

Méthodologie participative : la méthode de co-conception, utilisée dans plusieurs projets de valorisation en Afrique de l'Ouest, consiste à organiser des ateliers communautaires où les acteurs locaux expriment leurs attentes, contribuent à la sélection des éléments à valoriser, puis participent à leur diffusion. Ce processus favorise une appropriation locale forte et garantit la pérennité des initiatives. La richesse de ces démarches repose autant sur les sources écrites que sur les témoignages oraux. Les archives écrites, telles que les registres ethnographiques, les documents historiques locaux, permettent de contextualiser et d'étayer la transmission orale. Les témoignages oraux, recueillis lors d'entretiens avec les acteurs locaux, apportent une dimension vivante, dynamique, et souvent unique dans la compréhension des pratiques culturelles.

Repenser les programmes d'histoire en intégrant la diversité culturelle gabonaise constitue une étape stratégique pour une société plus inclusive, consciente de sa pluralité. Il s'agit d'un processus complexe, nécessitant une réelle volonté politique, des ressources adaptées, une formation qualifiée, et une implication communautaire active. La valorisation de toutes les identités contribue à la construction d'une conscience nationale plurielle, fondement d'une stabilité sociale et d'un développement durable.

47 . Pietri, P. La transmission orale dans le patrimoine culturel corse. Journal des Cultures, 2015. 120-135.

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VI.3 - La formation des enseignants comme levier d'adaptation

La formation des enseignants constitue un levier stratégique pour favoriser l'adaptation du système éducatif face aux enjeux sociaux, culturels et pédagogiques contemporains, notamment dans un contexte de diversité culturelle et de mutations sociétales rapides. Elle permet d'assurer une réponse éducative contextualisée, inclusive et innovante, en renforçant les compétences professionnelles des enseignants, en favorisant leur capacité à gérer la diversité, et en intégrant de nouvelles méthodologies pédagogiques adaptées aux réalités locales. Dans le contexte gabonais, cette démarche est essentielle pour soutenir l'intégration des populations autochtones et migrantes, tout en valorisant le patrimoine culturel national.

1) Renforcement des capacités : Formation continue sur l'histoire locale, méthodes actives, pédagogie interculturelle

Le renforcement des capacités des enseignants doit s'appuyer sur une formation continue structurée, actualisée et contextualisée. La focalisation sur l'histoire locale gabonaise permet d'ancrer l'enseignement dans la réalité socio-historique du pays. Exemple, la connaissance approfondie du rôle de la royauté fang ou des dynasties Kota, ainsi que des événements clés comme la colonisation ou l'indépendance, enrichit la transmission de connaissances et renforce l'identité nationale. Les méthodes actives, telles que l'apprentissage par projets, l'étude de cas locaux et l'utilisation d'approches expérientielles, favorisent une pédagogie centrée sur l'élève, stimulant sa participation, sa réflexion critique et sa capacité à appliquer ses connaissances dans la vie quotidienne48. Exemple, un enseignant au Gabon pourrait organiser des ateliers sur les pratiques traditionnelles ou la gestion communautaire des ressources naturelles, impliquant directement les élèves dans leur environnement immédiat.

La pédagogie interculturelle doit également devenir une composante essentielle de la formation. Elle vise à développer chez les enseignants la capacité à reconnaître, valoriser et intégrer la diversité culturelle présente dans leurs classes. Au Gabon, où cohabitent plus de 40 groupes ethniques, cette approche permet de réduire l'exclusion, de prévenir les discriminations et de promouvoir un vivre-ensemble harmonieux. La formation pourrait inclure des modules sur la gestion des conflits interculturels, la traduction culturelle, et la conception de contenus éducatifs inclusifs.

48 UNESCO. Méthodes actives en éducation. Paris : 2015

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Sensibilisation à la diversité culturelle : Ateliers, échanges d'expériences, partenariat avec des institutions culturelles. La sensibilisation à la diversité culturelle doit mobiliser des stratégies participatives et concrètes pour transformer la perception de cette diversité en une richesse pédagogique. Les ateliers de formation, par exemple, peuvent porter sur l'histoire et les pratiques culturelles des différentes ethnies gabonaises, avec des intervenants locaux, tels que des artisans, des chefs traditionnels ou des historiens communautaires. Les échanges d'expériences entre enseignants issus de différentes régions ou groupes ethniques permettent de partager des bonnes pratiques, de confronter des problématiques communes et d'enrichir leur approche pédagogique. Ces rencontres peuvent se réaliser lors de conférences régionales ou de formations inter-établissements, favorisant la mutualisation des savoirs49. Le partenariat avec des institutions culturelles nationales, telles que le Musée National du Gabon ou le Centre Culturel Français de Libreville, constitue un levier pour intégrer des ressources patrimoniales dans la pratique éducative. Par exemple, des sorties pédagogiques dans ces institutions ou des ateliers avec des conservateurs peuvent aider à contextualiser l'histoire et la culture gabonaise dans l'enseignement50. Le succès de ces formations requiert un soutien institutionnel fort, notamment en termes de ressources financières, matérielles et humaines. La disponibilité de matériel pédagogique adapté, comme des manuels d'histoire locale, des

ressources numériques ou des kits pédagogiques interculturels, est indispensable pour assurer la pérennité des initiatives51.

L'incitation des enseignants à suivre ces formations doit également passer par des mécanismes de reconnaissance, tels que des crédits de formation continue, des primes ou des avancements de carrière. La mise en place d'un système de suivi et d'évaluation permet de mesurer l'impact de ces formations sur la qualité de l'enseignement et l'adaptation aux divers contextes locaux. Enfin, la création de réseaux d'enseignants engagés dans la valorisation de la diversité culturelle, avec un appui institutionnel, favorise la pérennisation des bonnes pratiques et leur diffusion à l'échelle nationale. En ce sens, le ministère gabonais de l'Éducation pourrait instaurer des plateformes numériques ou des communautés de pratique, favorisant l'échange constant et l'innovation pédagogique.

2) Les compétences culturelles et pédagogiques indispensables pour les enseignants

49 Ministère de l'Éducation Nationale. Op .cit

50 Centre Culturel Français de Libreville. Programmes éducatifs et valorisation du patrimoine. 2021

51 Centre Culturel Français de Libreville. Programmes éducatifs et valorisation du patrimoine. 2021

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Pour que la formation des enseignants constitue un levier efficace dans l'adaptation de l'enseignement de l'histoire aux réalités culturelles et identitaires du Gabon, il est impératif que ces derniers développent un ensemble de compétences à la fois culturelles et pédagogiques, spécifiques au contexte gabonais.

D'abord, les compétences culturelles concernent la connaissance approfondie des cultures locales, des histoires orales, des traditions, ainsi que des dynamiques sociales propres au Gabon. Les enseignants doivent donc maîtriser non seulement les faits historiques nationaux et régionaux, mais également saisir les nuances identitaires et les récits souvent marginalisés dans les programmes officiels. Cette compétence culturelle favorise une approche plus inclusive, valorisant les apports des différentes communautés et permettant aux élèves de s'identifier et de s'approprier les contenus enseignés.

Par ailleurs, le développement de compétences pédagogiques adaptées est également crucial. Les enseignants doivent être formés à des méthodes didactiques innovantes, capables d'intégrer des supports variés tels que les témoignages oraux, les sources iconographiques locales ou les archives communautaires. Ces approches participatives favorisent l'engagement des élèves et la construction d'un savoir vivant. Exemple, l'intégration de projets d'histoire locale, comme la collecte d'archives familiales ou l'organisation de rencontres avec des aînés, a démontré dans plusieurs écoles gabonaises une augmentation notable de la motivation et de la compréhension des élèves52. En outre, la capacité à contextualiser les faits historiques dans une optique critique est essentielle. De nombreux enseignants restent aujourd'hui ancrés dans une transmission verticale et encyclopédique, limitant la réflexion critique des élèves. Or, encourager l'analyse des sources, la confrontation des récits et la problématisation des événements invite les élèves à développer leur esprit critique et à comprendre l'histoire comme un processus complexe et vivant. Ainsi, des formations axées sur la médiation historique et l'esprit critique sont indispensables.

Enfin, la maîtrise des outils numériques et des technologies éducatives représente un atout majeur. Avec une pénétration progressive d'Internet et des dispositifs multimédias dans les établissements scolaires, la capacité des enseignants à utiliser des ressources numériques comme les bases de données historiques en ligne, les vidéos documentaires ou les applications interactives enrichit considérablement l'expérience d'apprentissage. Selon une étude conduite

52 UNICEF. Ressources pédagogiques pour une éducation interculturelle. Genève : UNICEF. 2019

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par l'UNESCO en 2021, les enseignants formés aux TIC dans le domaine de l'histoire reportent une augmentation de 25 % de la participation active des élèves en classe.

En résumé, pour jouer un rôle central dans l'adaptation culturelle de l'enseignement de l'histoire, les enseignants gabonais doivent posséder non seulement une solide connaissance des divers patrimoines culturels nationaux, mais aussi des compétences pédagogiques renouvelées fondées sur la participation, la critique et les outils modernes. Ces compétences constituent le socle indispensable pour que l'enseignement devienne véritablement pertinent et approprié par les élèves dans leur propre contexte identitaire.

3) Les modalités de formation initiale et continue adaptées au contexte gabonais

L'adaptation de l'enseignement de l'histoire aux réalités culturelles gabonaises passe indéniablement par une refonte des modalités de formation des enseignants, tant dans le cadre initial que continu. En effet, la formation constitue le socle indispensable permettant aux enseignants de développer une approche pédagogique sensible aux spécificités culturelles et identitaires du Gabon.

Tout d'abord, la formation initiale des enseignants en histoire doit intégrer davantage de contenus relatifs à l'histoire locale et régionale. Selon une étude conduite par le Ministère de l'Éducation Nationale en 2022, moins de 20 % du temps consacré à l'histoire dans les formations pédagogiques est dédié à l'histoire gabonaise et à ses divers groupes ethniques. Pour pallier cette lacune, il est essentiel d'incorporer des modules spécifiques, co-construits avec des historiens locaux et des représentants des communautés autochtones, qui aborderaient par exemple l'histoire des Fang, des Mitsogho ou des Punu. De plus, l'apprentissage des méthodes de recherche historique sur les sources orales, fondamentales en Afrique, devrait être fortement encouragé afin d'enrichir la compréhension et la transmission des savoirs.

Par ailleurs, la formation continue constitue un levier tout aussi stratégique, notamment dans un contexte où les enseignants en poste ont souvent suivi des formations traditionnelles, peu adaptées aux enjeux actuels. La mise en place de programmes de formation continue, réguliers et modulables, permettrait d'actualiser les connaissances des enseignants et de renforcer leurs compétences pédagogiques. Par exemple, l'organisation d'ateliers annuels animés par des experts en histoire gabonaise ou en pédagogie interculturelle pourrait favoriser l'échange de bonnes pratiques et l'adoption de nouvelles approches didactiques. L'usage des

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technologies de l'information et de la communication (TIC) pourrait, quant à lui, amplifier l'impact de ces formations : plateformes en ligne permettraient un accès élargi et flexible à des contenus actualisés.

En outre, pour que ces formations soient véritablement adaptées, il convient de prendre en compte les contraintes spécifiques des enseignants gabonais : éloignement géographique, manque de ressources pédagogiques. Par exemple, dans les provinces reculées comme l'Ogooué-Ivindo, l'accès à la formation continue peut être limité. Des dispositifs mobiles ou itinérants, tels que des ateliers de formation décentralisés, pourraient ainsi être envisagés.

De plus, le soutien institutionnel, à travers des incitations financières ou des certificats reconnus, encouragerait une participation active. Enfin, il importe d'intégrer une dimension réflexive dans ces formations, qui invite les enseignants à questionner leurs propres représentations culturelles et historiques afin de mieux saisir la complexité des identités gabonaises. Ce dispositif pédagogique contribue non seulement à une meilleure appropriation des contenus par les élèves, mais aussi à une éducation à la citoyenneté fondée sur la reconnaissance et le respect des diversités culturelles. La formation initiale enrichie et une formation continue dynamique, prenant en compte les réalités géographiques et culturelles du Gabon, sont indispensables pour équiper les enseignants des outils nécessaires à une adaptation culturelle efficace de l'enseignement de l'histoire. Ce processus de formation revêt une double importance : il permet d'ancrer les savoirs historiques dans le vécu des élèves et de garantir la pérennité d'un enseignement réellement pertinent pour la construction identitaire gabonaise.

En conclusion, il apparaît clairement que la formation des enseignants constitue un levier indispensable pour une adaptation culturelle pertinente de l'enseignement de l'histoire au Gabon. Face aux enjeux majeurs que représentent l'identité culturelle et la représentation historique pour la jeunesse gabonaise, il est impératif de réviser et d'enrichir les pratiques éducatives actuelles. En effet, l'analyse des programmes scolaires a révélé leur insuffisante prise en compte des spécificités gabonaises, rendant l'enseignement parfois déconnecté des réalités vécues par les élèves53. La revalorisation du rôle de l'enseignant, non seulement en tant que transmetteur de savoirs, mais également comme médiateur culturel, souligne la nécessité de développer des compétences à la fois pédagogiques et interculturelles solides.

53 Ondo, L « Compétences interculturelles des enseignants gabonais : enjeux et défis », Revue africaine de pédagogie, 2020. P. 45-63.

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La formation initiale et continue des enseignants doit donc être repensée pour intégrer des modules dédiés à la connaissance approfondie de l'histoire locale, à la maîtrise des approches didactiques adaptées aux divers publics scolaires gabonais, mais aussi à une sensibilité accrue aux enjeux identitaires. Des initiatives telles que les partenariats avec des historiens locaux ou des ateliers de formation innovants ont montré des premiers résultats encourageants dans certaines provinces gabonaises, où l'appropriation des savoirs historiques par les élèves a nettement progressé. Par ailleurs, l'engagement continu du ministère de l'Éducation nationale dans la valorisation des ressources éducatives locales s'impose comme un facteur clé pour pérenniser cet effort. Cela soulève cependant des questions essentielles quant à la volonté politique, aux ressources financières, et aux structures institutionnelles nécessaires pour déployer massivement ces formations adaptées. Ainsi, la formation des enseignants, loin d'être un simple outil technique, représente un véritable levier de transformation socioculturelle, dont l'efficacité conditionnera à terme la capacité du système éducatif gabonais à construire une histoire partagée, vivante et porteuse d'avenir.

Tableau N°4 : Propositions des nouvelles leçons à intégrer dans le programme officiel de la sixième à la terminale

Classe

Leçons d'histoire sur le Gabon par niveau

Sixième

Thème 1 : le Gabon précolonial

Chapitre1 : les principaux peuples côtiers du Gabon Leçon 1 : les pygmées ou Négrilles

Leçon 2 : les bantous : les principaux groupes du littoral Chapitre 2 : l'organisation politique dans le Gabon précolonial Leçon 1 : la structure politique des peuples du Gabon

71

 

Leçon 2 : Ethnie et tribus

Leçon 3 : Le clan et le lignage

Leçon 4 : Rôle des lignages et des clans dans la transmission des savoirs et des pouvoirs

Cinquième

Thème 1 : le Gabon précolonial

Chapitre 1 : Les formes d'organisation politique

Leçon 1 : Les chefferies

Leçon 2 : La structure du village

Leçon 3 : Rôles des chefs traditionnels, des chefs spirituels

Chapitre 2 : Le pouvoir politique

Leçon 1 : La représentation du pouvoir

Leçon 2 : Le pouvoir du chef

Leçon 3 : L'intronisation du chef

Quatrième

Thème 1 : Le Gabon précolonial

Chapitre1 : Le divin guérisseur : personnage incontournable de la société coloniale

Leçon 1 : Le médecin du village

Leçon 2 : Les pouvoirs politiques du devin guérisseur

Leçon 3 : Personnage à la fois guérisseur, médiateur entre le monde des hommes et le monde spirituel

Chapitre 2 : Religiosité et cosmologie

Leçon 1 : Cosmogonie locale : croyances en un monde spirituel, ancêtres, esprits, forces naturelles

72

 

Leçon 2 : Pratiques religieuses : rituels, cérémonies, offrandes

Leçon 3 : La place centrale des divinités et des esprits dans la vie quotidienne

Troisième

Thème 1 : Le Gabon précolonial

Chapitre 1 : La vie économique

Leçon 1 : L'organisation de l'activité économique

Leçon 2 : Échanges entre groupes ethniques (ex : Fang, Kota, Tsogo).

Leçon 3 : Rôle des routes commerciales ancestrales.

Leçon 4 : Rôle des marchés traditionnels et des foires

Chapitre 2 : Organisation sociale

Leçon 1 : Rôles des femmes, des hommes, et des jeunes.

Leçon 2 : Initiations (adolescence, mariage, funérailles).

Leçon 3 : Signification sociale de ces rites.

Leçon 4 : Rôles des anciens et des chefs dans ces rituels.

Thème 2 : L'Etat colonial au Gabon

Chapitre 1 : Période coloniale : définition et enjeux

Leçon 1 : Organisation politique, économique et sociale sous domination coloniale

Leçon 2 : Impact sur les populations indigènes et la structuration du territoire Leçon 3 : La politique d'expropriation des populations autochtones

Seconde

Thème 1 : L'Etat colonial au Gabon

Chapitre 2 : Les compagnies concessionnaires Leçon 1 : La société du haut Ogooué (SHO)

Leçon 2 : Compagnie Française de l'Ogooué Leçon 3 : La Société des Mines de la Manganèse Leçon 4 : La Société Agricole et du Bas-Ogooué Chapitre 2 : La domination administrative française

Leçon 1 : Mise en place d'un gouvernorat général de l'Afrique équatoriale française (AEF) en 1910

Leçon 2 : Structure administrative : gouverneur, chefs de district, sous-préfets

Leçon 3 : La centralisation du pouvoir au profit de l'administration coloniale française

73

Thème 1 : L'Etat colonial au Gabon

Chapitre 1 : Les premiers traités et les voyages d'exploration au Gabon

Leçon 1 : Les premiers traités franco-gabonais

Leçon 2 : L'exploration de l'intérieur du Gabon

Leçon 3 : La remise en cause des traités d'occupation

Chapitre 2 : La pénétration commerciale et missionnaire

Leçon 1 : Le commerce et les échanges au Gabon

Leçon 2 : Les missionnaires

Chapitre 3 : Réformes et évolution du système colonial

Leçon 1 : L'organisation territoriale du Gabon

Leçon 2 : Le pouvoir colonial

Leçon 3 : Le régime de l'indigénat

Leçon 4 : l'impôt de capitation

Chapitre 4 : La naissance des mouvements de résistances au Gabon

Leçon 1 : La mise en place des prisons Leçon 2 : La résistance d'Emane Tolé Leçon 3 : La lutte de Nyonda Makita Leçon 4 : La résistance de Mbombé Thème 2 : l'Etat postcolonial

Chapitre 1 : Les fondements institutionnels

Leçon 1 : La Constitution de 1961 : passage d'un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel

Leçon 2 : La création d'institutions clés : Assemblée nationale, Conseil économique et social, Conseil supérieur de la magistrature

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Terminale

 

Thème 1 : l'Etat postcolonial

Chapitre 1 : Les fondements institutionnels

Leçon 1 : La Constitution de 1961 : passage d'un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel

Leçon 2 : La création d'institutions clés : Assemblée nationale, Conseil économique et social, Conseil supérieur de la magistrature

Chapitre 2 : La démocratisation et les défis actuels

Leçon 1 : La mise en place de processus électoraux (élections présidentielles, législatives)

Leçon 2 : La question de la gouvernance, de la transparence et de la séparation des pouvoirs

Chapitre 3 : L'organisation administrative de l'État gabonais Leçon 1 : La création des provinces

75

 

Leçon 2 : La mise en place de communes et de collectivités territoriales Leçon 3 : Le rôle des préfets et des gouverneurs

Chapitre 4 : La mise en place de réformes politiques

Leçon 1 : La révolte populaire de 1990 contre la gouvernance autoritaire Leçon 2 : La Conférence nationale de 1990

Leçon 3 : Rétablissement du multipartisme

Source : Mave Bekale Nzamba

Ce tableau propose une progression logique, allant de la connaissance des origines ethniques et culturelles jusqu'aux enjeux modernes du Gabon. La première étape, de la sixième à la quatrième vise à familiariser l'élève avec la diversité ethnique et la vie traditionnelle, fondamentale pour bâtir une conscience identitaire. La compréhension de la colonisation et des résistances permet d'intégrer les enjeux de la souveraineté pour les élèves de troisième à la première. La période postcoloniale et la construction de l'État modernisent la perspective historique, en insistant sur les figures clés et les événements décisifs. En fournissant une bibliographie riche en sources écrites et orales sur l'histoire du Gabon, les élèves auront accès à des informations variées et approfondies, ce qui contribuera à élargir leur vision du monde et à développer leur esprit critique. Ainsi, l'intégration de ces nouvelles leçons d'histoire du Gabon dans les programmes scolaires sera bénéfique pour la formation intellectuelle et culturelle des élèves gabonais.

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