I.2- Influence des échanges coloniaux et
postcoloniaux
L'analyse de l'influence des échanges coloniaux et
postcoloniaux sur la culture gabonaise constitue une étape essentielle
pour comprendre la dynamique culturelle nationale. En effet, le Gabon, colonie
française de 1885 à 1960, a été le
théâtre d'interactions complexes entre les populations autochtones
et les agents coloniaux, lesquelles ont profondément
façonné ses pratiques sociales, ses croyances, et son
identité culturelle contemporaine.
Tout d'abord, la période coloniale a introduit des
transformations majeures à travers l'imposition du système
éducatif, religieux et administratif français. Par exemple,
l'essor du christianisme, notamment du catholicisme porté par les
missionnaires lazaristes et spiritains, a largement
pénétré les sociétés locales, modifiant
certaines croyances et pratiques ancestrales. Selon l'historien Charles Cordier
entre 1900 et 1960, plus de 70 % des Gabonais vivant dans les zones urbaines
avaient adopté au moins une forme de christianisme11.
Par ailleurs, la colonisation a favorisé le
développement de nouvelles formes artistiques et culturelles issues des
échanges avec la métropole et d'autres colonies africaines. Par
exemple, le brassage des populations favorisé par les réseaux
ferroviaires et la petite économie extractive, principalement autour du
port de Libreville, a engendré un syncrétisme culturel visible
dans la musique, la danse, mais aussi dans les langues vernaculaires.
En outre, la période postcoloniale, bien que
marquée par l'indépendance politique en 1960, n'a pas rompu les
liens entretenus avec la France et d'autres partenaires internationaux. Cette
continuité a permis un dialogue culturel renouvelé, notamment
à travers le système éducatif bilingue, les
échanges artistiques, et la coopération économique. Par
exemple, la langue française reste aujourd'hui un vecteur majeur
d'unité nationale, mais elle coexiste avec plus de 40 langues
autochtones, dont le fang et le myéné, qui ont vu un regain
d'intérêt ces dernières décennies dans les
politiques culturelles gabonaises.
10 Unesco, rapport sur l'éducation en
Afrique, 1960. P. 50-60
11 André Raponda Walker. Rites et croyances
des peuples du Gabon. Essai sur les pratiques religieuses d'autrefois et
d'aujourd'hui. Présence Africaine, 1962
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Ces interactions postcoloniales sont également visibles
dans les expressions culturelles contemporaines. L'émergence de nouveaux
genres musicaux comme le rap gabonais illustre une reconfiguration identitaire
où s'articulent influences globalisées et racines locales.
L'artiste Patience Dabany, figure emblématique de la musique gabonaise,
en témoigne par sa fusion des rythmes traditionnels avec des
sonorités occidentales dans les années 1980. Enfin, il est
crucial de considérer que ces échanges, loin d'être un
simple transfert unidirectionnel, se caractérisent par une appropriation
dynamique et parfois résistante des Gabonais. La culture gabonaise
moderne est ainsi le produit d'un dialogue continuel, où les
héritages ancestraux se recomposent face aux apports coloniaux et
postcoloniaux, donnant naissance à une identité nationale
plurielle mais cohérente.
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