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Les dynamiques de changement en francophonie: sociologie des réformes institutionnelles de la francophonie de 1970 à 2018


par Constant FOMEKONG MOTSOU
Institut des Relations Internationales du Cameroun  - Master 2 2024
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
   
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II- Considérations théoriques liés à la construction de l'objet d'étude

Pour s'engager dans un travail à caractère scientifique, il est nécessaire de faire une abstraction. D'après Gaston BACHELARD, « (...) il nous faudra prouver que l'abstraction débarrasse l'esprit, qu'elle allège l'esprit, qu'elle le dynamise »6(*). Il nous renseigne aussi à juste titre que « tout savoir scientifique doit être à tout moment reconstruit (...) »7(*) . Dans ce sens, rompre avec les obstacles épistémologiques8(*) permet la construction de l'objet d'étude, laquelle nous amènera à préciser les délimitations du cadre opératoire de l'objet (A) et l'élaboration de la problématique (B).

A- Délimitation du cadre opératoire de l'objet d'étude

Poser les premiers jalons des considérations théoriques liées à notre objet d'étude revient à s'appuyer sur la délimitation de son cadre opératoire. Ceci étant dit, nous allons tout d'abord clarifier les concepts clés de notre étude (1), puis nous allons ressortir la délimitation (2) et enfin nous allons insister sur les intérêts du sujet (3).

1- Les clarifications conceptuelles

Pour entamer un travail de fond sur notre thème, il est impératif pour nous d'apporter des éclaircis sur les concepts qui fondent notre travail de recherche. Dans ce sens, le concept renvoie à « une conception particulière de la réalité étudiée, une manière de la considérer et de l'interroger et donc la problématiser »9(*).Tout travail rationnelrepose sur une logique et sur un système conceptuel valablement constitué.10(*) De notre thème de recherche, il en ressort trois concepts dont la clarification est plus que nécessaire pour saisir notre travail : changement (a), Francophonie (b) et réformes institutionnelles (c)

a- Changement

De nombreux auteurs ont contribué à la définition du concept de changement dans les relations internationales. C'est le cas de Hedley BULL, dans son ouvrage The Anarchical society (1977)11(*), où il définit le changement comme une transformation du système international lui-même, c'est-à-dire des règles et des normes qui régissent les relations entre Etats ou Organisations internationales12(*). Il identifie trois types de changement dont le changement structurel, le changement de processus (la manière dont les Etats interagissent) et le changement de doctrine. Robert KEOHANE et Joseph NYE dans leur ouvrage Power and Interdependance13(*), soutiennent que le changement est dû à l'interaction de deux forces principales (la puissance et l'interdépendance), la puissance est la capacité d'un Etat à obtenir ce qu'il veut d'un autre Etat, tandis que l'interdépendance est la situation dans laquelle les Etats sont liés les uns aux autres par des réseaux.

Olivier NAY et Franck PETITEVILLE propose une analyse approfondie du changement dans les organisations internationales14(*). Ils présentent trois idéaux types de changement affectant ces organisations et offrent des pistes d'analyse de leurs dynamiques de changement institutionnel. Dans leur étude, ils abordent le concept de `changement international' qui peut se manifester de diverses manières, telles que les reconfigurations de la puissance, les transformations de la conflictualité, les nouveaux défis transnationaux, les dynamiques de la globalisation et l'émergence de nouvelles normes d'action collective15(*). Ils s'appuient sur les travaux de James MARCH et Johan OLSEN concernant les institutions internationales, ainsi que sur ceux de James MAHONEY et Kathleen THELEN sur la continuité et le changement institutionnel. NAY et PETITEVILLE soulignent que les organisations internationales, en tant qu'institutions, ont tendance à favoriser la stabilité et la permanence plutôt que le changement.

Cependant elles sont également confrontées à des pressions externes qui nécessitent des adaptations et des réformes, souvent complexes en raison des marchandages intergouvernementaux et de la résistance des bureaucraties (NAY et PETITEVILLE). On retient donc avec ces deux auteurs que le changement est une évolution dans les activités des organisations, ce qui inclut les politiques publiques au nom desquelles elles agissent mais aussi à ce qu'elles sont c'est-à-dire leur forme institutionnelle.Ces auteurs ne sont que quelques exemples parmi tant d'autres qui ont contribué à la compréhension du concept de changement dans les relations internationales. Le changement est un phénomène complexe et multiforme, cependant, les travaux de ces auteurs nous offrent un cadre précieux pour comprendre les différentes façons dont le changement se produit dans le système international.

A la lumière des travaux de ces auteurs, nous pouvons retenir que le changement se réfère aux transformations observables dans le temps, qui affectent de manière significative la structure ou le fonctionnement d'une organisation. Cette définition, nous permet dans le cadre de notre analyse de mieux examiner les changements qui se sont opérés en Francophonie, en ressortant clairement les différentes transformations ayant affectées la structure et le fonctionnement de cette Organisation dans sa dynamique d'adaptation aux effets de la mondialisation.

* 6 Gaston BACHELARD, La formation de l'esprit scientifique, Paris, Librairie philosophique, J. VRIN, 5e édition, 1967, p.8

* 7 Gaston BACHALARD, Opcit. p. 10

* 8 Gaston BACHELARD, Opcit., p. 13

* 9 Luc Van CAMPENHOUDT et Raymond QUIVY, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 4e édition, 2011, p.262

* 10 Jean Michel BERTHELOT, L'intelligence du social, Paris, PUF, 1990, p. 39

* 11 Hedley BULL, The Anarchical Society, A study of order in world politics, Macmillan, 1977, 355 P.

* 12Idem.

* 13 Robert KEOHANE et Joseph NYE, Power and Interdependence: World politics in transition, Little, Brown and Company, 1977.

* 14 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, Idem.

* 15 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, Op.cit, p.9

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