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Les dynamiques de changement en francophonie: sociologie des réformes institutionnelles de la francophonie de 1970 à 2018


par Constant FOMEKONG MOTSOU
Institut des Relations Internationales du Cameroun  - Master 2 2024
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
   
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Paragraphe 2 : Les résistances liées aux facteurs socioculturels

Dans le contexte de la Francophonie, les résistances socioculturelles sont ancrées dans des traditions, de valeurs et des structures sociales enracinées pouvant entraver le processus de changement. La perception du changement comme une menace pour l'identité culturelle peut engendrer des réactions négatives venant de certains Etats membres. Il est donc essentiel d'analyser ces résistances pour saisir comment elles façonnent la mise en oeuvre des réformes institutionnelles en Francophonie. L'attachement aux traditions comme facteur de résistance au changement en Francophonie (A) ainsi que le conformisme social (B) constitueront les éléments de notre analyse sur les résistances liées aux facteurs socioculturelles.

A- L'attachement aux traditions locales comme facteur de résistance au changement en Francophonie

L'attachement aux traditions locales a souvent constitué une forme de résistance aux changements liés aux réformes institutionnelles en Francophonie, particulièrement dans les pays africains. Par le poids des valeurs traditionnelles, dans de nombreuses sociétés francophones, les traditions culturelles telles que le respect des autorités gouvernantes, les pratiques religieuses et les structures sociales, ont un impact significatif sur les prises de décisions. Lorsque les réformes institutionnelles introduisent des concepts plus modernisés, cela entre souvent en conflit avec ces valeurs profondément ancréesqui valorisent la communauté. Cet état des choses constitue une barrière à la mise en oeuvre des réformes dans l'espace francophone.

Le fait pour les leaders locaux de jouer un rôle crucial dans la gestion des affaires communautaires, amène ceux-ci à percevoir les réformes institutionnelles comme une menace pour leur autorité, ce qui provoque des résistances. Dans certains cas, les réformes institutionnelles ont cherché à réduire leur pouvoir ou encore à moderniser les systèmes de gouvernance. En effet, pour Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, « les réformes institutionnelles peuvent amener à remplacer les règles existantes par de nouvelles règles ou à ajouter celles-ci à celle-là »166(*). L'héritage colonial et postcolonial a laissé un sentiment de méfiance envers les réformes extérieures. Les réformes institutionnelles introduites dans le cadre de la coopération internationale peuvent être perçues comme une forme de néocolonialisme, créant ainsi un sentiment de rejet des changements perçus comme étrange à la culture locale.

L'incompatibilité des systèmes sociaux dans l'espace francophone fait que dans certaines sociétés, les réformes institutionnelles en particulier celles relatives à l'égalité des sexes, au droit civil ou à la gestion des ressources naturelles peuvent entrer en contradiction avec les pratiques locales. La résistance au changement institutionnel est motivée à ce niveau par la peur d'une perte d'identité culturelle. Cela se manifeste par un refus de se conformer à des réformes qui semblent dévaloriser ou ignorer les spécificités locales.La mise en oeuvre des réformes institutionnelles dans le contexte francophone fait face à une complexité liée à la diversité linguistique et culturelle existante au sein de l'Organisation. Celle-ci doit tenir compte de tous ces paramètres pour une mise en oeuvre efficace des réformes pouvant briser l'obstacle de l'attachement aux traditions locales.

* 166 Olivier NAY et Franck PETITEVILLE, Op.cit.

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