1 - La méthode
qualitative basée sur des entretiens individuels semi-directifs
Les objectifs
L'entretien semi-directif permet de vérifier des
hypothèses et d'illustrer des théories en apportant un
réservoir d'opinions et d'anecdotes. Il ne s'agit pas de connaître
les caractéristiques de la population, de mesurer les opinions
majoritaires ou d'étudier les déterminants
sociodémographiques des pratiques et des représentations mais de
recueillir des témoignages détaillés et
individualisés afin de comprendre les logiques qui sous-tendent les
pratiques, en provoquant chez les enquêtés la production de
réponses à des questions précises. L'entretien
semi-directif permet d'entrer dans le champ des représentations et des
pratiques individuelles. Il permet de formaliser et de systématiser la
collecte des données et permet de constituer un corpus de données
homogènes rendant possible une étude comparative des
entretiens.
Le recueil
Les données sont recueillies auprès d'un
échantillon « d'unités types » représentant
chacune une catégorie de population. Cette méthode repose sur le
principe selon lequel les différentes variables attachées
à une unité n'étant pas indépendantes entre elles,
une unité qui se situe dans la moyenne d'une population pour un certain
nombre de variables importantes est également peu différente de
la moyenne de cette population en ce qui concerne les autres variables.
Dès lors, un échantillon d'unités types permet
d'élaborer des résultats qui apportent des éléments
sur l'ensemble de la population parente, bien que l'échantillon ne soit
pas représentatif au sens statistique du terme.
L'objectif est de s'assurer de la variété
despersonnes interrogées de telle sorte qu'aucune situation importante
ne soit omise lors du choix des interviewés. L'entretien semi-directif
suppose la définition d'un thème général (la
consigne), la constitution d'un guide thématique formalisé (des
consignes portant sur des aspects particuliers du thème) et la
planification de stratégies d'écoute et d'intervention (les
relances ou les reformulations). Les relances servent à solliciter
l'interviewé sur des aspects du thème qu'il a traité d'une
manière trop rapide ou superficielle. Les reformulations montrent
à l'interviewé qu'il est écouté et l'aident
à s'exprimer en lui apportant une sorte de reflet de ce qu'il pense et
de ce qu'il ressent. Contrairement au questionnaire, le guide d'entretien
structure l'interrogation mais ne dirige pas le discours. Il s'agit d'un
système organisé de thèmes, que l'interviewer doit
connaître sans avoir à le consulter ni à le formuler sous
la forme d'un questionnaire. En effet, les questions ne sont pas
nécessairement posées, ni dans l'ordre, ni suivant la formulation
prévue. Le guide d'entretien a pour but d'aider l'enquêteur
à recentrer l'entretien sur l'objectif de l'étude et à
relancer l'interlocuteur, au moment le plus approprié et de
manière aussi naturelle que possible, sur les thèmes qu'il
n'évoque pas spontanément. Cette technique doit permettre
d'obtenir à la fois un discours librement formé par les
interviewés et répondant aux questions de la recherche. Les
entretiens peuvent être enregistrés ou filmés. Ces deux
méthodes permettent de restituer fidèlement
l'intégralité de l'entretien, avec ses hésitations, ses
répétitions, ses fautes de syntaxe...
Le chercheur structure le guide d'entretien en fonction des
hypothèses qu'il cherche à tester. Ces dernières agissent
comme autant de filtres dans le déroulement des conversations.
Il s'agit de mettre en oeuvre une démarche de type causal
consistant à tester des hypothèses sur les relations objectives
entre un objet sociologique et des variables indépendantes
considérées comme des indicateurs de causes sociales.
C'est ici qu'apparaît la différence avec l'entretien
non directif. A partir de la grille d'analyse, l'enquêteur formule, dans
le fil de la conversation, des questions que l'expérience de
l'enquêté ne lui suggère pas nécessairement. Il peut
très bien refuser de tenir compte de cette expérience. Le guide
d'entretien peut être plus ou moins directif. L'enquêteur peut
décider de favoriser l'expression des enquêtés afin de
laisser émerger des thèmes qui pourraient lui sembler
extérieurs ou incongrus par rapport à ses propres
définitions et représentations.
Même très directif, un entretien reste
fondamentalement différent d'un questionnaire. En effet, les
réponses n'y sont jamais proposées. Elles sont libres tant par
leur contenu que par leur forme, notamment dans la longueur du
développement elles peuvent donner lieu. L'entretien semi-directif reste
donc non directif dans la manière d'écouter et de recueillir les
réponses, laissant à l'enquêté la possibilité
de nuancer ses réponses, de les justifier et de les commenter.
L'analyse
Cinq types d'analyses des discours peuvent être
proposés :
· L'analyse thématique ou transversale
: Elle permet de dégager la structure, les processus et les
thématiques propres à chacun des sous-groupes qui composent la
population. On ne tient compte que du contenu des messages afin de pouvoir les
comparer avec d'autres entretiens. Le découpage du discours en fragments
correspondant à des thèmes permet d'en repérer les
modalités et les fréquences d'apparition à l'aide d'une
grille d'analyse construite sur la base d'une première lecture de
quelques entretiens ainsi que sur les hypothèses initialement
posées. Les discours singuliers sont ainsi détruits et
structurés. Les extraits d'entretiens se rapportant au même
thème sont regroupés et traités transversalement.
L'intérêt est de confirmer ou d'infirmer des hypothèses.
L'entretien semi-directif se rapproche alors de la logique de l'exploitation de
questionnaires. On peut d'ailleurs, si la grille d'analyse est très
précise, envisager des traitements statistiques descriptifs,
basés sur le calcul d'indices, à l'aide de logiciels d'analyse de
contenu. Les deux indices les plus fréquemment utilisés sont :
- L'indice de fréquence d'apparition (d'un mot, d'une
phrase ou d'un thème) : chaque catégorie est rapportée
à l'ensemble des évocations enregistrées afin d'en estimer
le poids.
- L'indice de fréquence d'association ou de concomitance
qui consiste à relier les catégories qui se succèdent dans
le discours d'un individu, puis à comptabiliser leur fréquence
d'association.
· L'analyse structurale : Une analyse
comparative peut être menée pour dégager les
éléments de structure communs au discours des interviewés
ou, à l'inverse, les éléments de différenciation,
afin de déterminer des groupes distincts au sein de la population
étudiée.
· L'analyse par entretien : Celle-ci
repose sur l'hypothèse que chaque entretien est porteur du processus
psychologique ou sociologique que l'on veut analyser. L'analyse par entretien
se justifie notamment lorsque l'on étudie des processus, des modes
d'organisation individuels, des récits de vie. Ce type d'analyse
étudie les entretiens de manière longitudinale, traitant chacun
d'entre eux comme un cas spécifique avec sa dynamique propre. Cela
permet de repérer les énoncés singuliers, les formulations
extrêmes ou atypiques, les lapsus, les éléments apparemment
incompréhensibles au regard des hypothèses. Il s'agit de rendre
compte de la logique du monde référentiel décrit par
rapport aux hypothèses. Réalisée en complément de
l'analyse thématique, cette démarche peut modifier le sens qui se
dégage de l'analyse transversale. Il existe également des
analyses qui ne procèdent pas par découpage thématique
mais par un mode de découpage et de codage s'étayant sur la
structure syntaxique et sémantique du discours.
· L'analyse propositionnelle du discours
: Elle postule que tout discours construit un monde
référentiel imposant une structure aux différents objets
du monde, c'est à dire, en reliant ces objets entre eux. L'analyse
propositionnelle du discours vise à reconstituer l'image de ce monde en
privilégiant les relations que le discours établit entre les
objets.
· L'analyse des relations par opposition
: Elle repose sur une double hypothèse : l'existence d'une
correspondance entre les éléments d'un système pratique et
les éléments d'un système symbolique ; la structuration de
cette correspondance en opposition, comme étant constitutive de la
fonction symbolique. Cette méthode ne cherche pas à identifier le
déplacement de l'individu dans son univers de référence
mais à saisir le cliché, l'instantané et le fragment d'un
univers commun.
L'analyse des entretiens semi-directifs, surtout si elle est
principalement transversale, laisse une part importante à
l'interprétation de la personne qui retranscrit les entretiens.
Hypothèses de recherche, questions de la grille et
interprétations du retranscripteur constituent lesprincipes de
catégorisation qui impriment une grille d'interprétation
arbitraire. Les extraits d'entretien donnent un fondement empirique aux propos
du chercheur.
|