I.4.4. L'emprunt
Plusieurs définitions ont été
proposées pour expliquer le phénomène sociolinguistique le
plus important dans tous les contacts de " l'emprunt ".
Pour J.DUBOIS : « Il y a emprunt linguistique quand
un parler A utilise et finit par intégrer une unité ou un trait
linguistique qui existait précédemment dans un parler B et que A
ne possédait pas ».(Dubois. J, 1973 :188).
L'emprunt linguistique est le produit d'une situation
où plusieurs langues sont utilisées dans une même aire
géographique. L'emprunt c'est savoir et pouvoir puiser dans d'autres
langues, il favorise le développement et l'évolution d'une langue
et il est classé parmi les phénomènes linguistiques et
interculturels fort courants au cours du ×× siècle. Le
locuteur congolais, utilise les mots de sa langue maternelle (Lingala, Mashi,
Kikongo etc.) dans l'énoncé français et les applique pour
les circonstances de la communication. Il fait référence à
son univers, tels que la civilisation congolaise, la culture des bashi, la
politique etc.
I.5.Définition de
l'énoncé et de l'énonciation
Toute production d'un énoncé écrit ou oral
constitue un acte d'énonciation et s'inscrit dans une situation de
communication en tant que processus d'échange entre les individus.
Ces deux processus à la fois communicatives et
linguistiques, semblent à priori en opposition. En effet l'opposition
entre l'énoncé, le texte réalisé et
l'énonciation, acte de production du texte, apparaît avec les
analyses de la linguistique européenne. L'énoncé est
défini par H.ZELLIG comme : « une suite de mots produits par
une personneet comprise entre deux silences, ou entre une prise de parole et un
silence long, entre deux prisesde parole».
En science du langage, l'énoncé se manifeste comme
une suite de mots ayant des usages polysémiques.
P.CHARAUDEAU et D. MAINGUENEAU affirment qu'il : «ne
prend véritablement sens qu'à l'intérieur des oppositions
dans lesquelles on le fait entrer» (2002 :p228-229).
E. BENVENISTE le considèrecomme le résultat d'un
acte d'énonciation qui est « la mise en fonctionnement de la
langue par un acte individuel d'utilisation».(1974 :p129). Il
constitue le résultat linguistique (que ce soit la parole
prononcéeou écrite).L'énoncé contrairement à
l'énonciation peut se matérialiser .En conséquence, il
estsaisissable par l'un de nos cinq sens (le plus souvent, l'ouïe, dans le
cas de l'oral, et la vue, danscelui de l'écrit), il est reproductible,
oralement et par l'écrit.
Quant à l'énonciation, considérée
comme l'acte de production d'un énoncé, elle est difficile
à cerner et à saisir, pour la seule raison qu'elle est beaucoup
moins matérielle. Nombreuses sont les définitions
proposées par les linguistes et les analyses. En linguistique : «
l'énonciation est l'acte linguistique par lequel des
éléments du langagesont orientés et rendus
spécifiquement signifiants par l'énonciateur (et son
co-énonciateur, quin'est pas un simple destinataire)».
Pour E.BENVENISTE (1974 : 80): « L'énonciation
est cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel
d'utilisation ».L'opposition entre l'énoncé et
l'énonciation resteincontestable et insiste sur le fait qu' : «
il faut prendre garde à la condition spécifique de
l'énonciation c'est l'acte même de produire un
énoncé et non le texte de l'énoncé qui est notre
objet ». Pour J.DUBOIS « l'énonciation est
présentée soit comme le surgissement du sujet dans
l'énoncé, soit comme la relation que le locuteur entretient par
le texte avec l'interlocuteur, ou comme l'attitude du sujet parlant à
l'égard de son énoncé ».(1969 : 100-110)
Dans toute communication, aussi bien orale qu'écrite, on
trouve à la fois un énoncé et une énonciation.
L'énoncé est le résultat linguistique,
c'est-à-dire, la parole prononcée ou le texte écrit,
tandis que l'énonciation est l'acte linguistique par lequel des
éléments de langage sont orientés et rendus
spécifiquement signifiants par l'énonciateur (et son
co-énonciateur, qui n'est pas un simple destinataire) en vue de produire
ledit énoncé : on dit généralement que
l'énoncé est le « dit », tandis que
l'énonciation est le « dire ». Pour résumer, «
c'est l'énonciation qui fait l'énoncé ».
L'énoncé est de nature matérielle. En
conséquence, il est saisissable par l'un de nos cinq sens (le plus
souvent, l'ouïe, dans le cas de l'oral, et la vue, dans celui de
l'écrit ou d'une langue des signes), et par ailleurs, reproductible,
tout d'abord, oralement, ensuite, par l'écrit, enfin, par les moyens
techniques modernes, tels que l'enregistrement, analogique ou
numérique.
L'énonciation en revanche, est beaucoup moins
matérielle, et partant, beaucoup plus difficile à cerner et
à transcrire. N'étant pas toujours directement perceptible, elle
peut faire l'objet d'une enquête ou d'une déduction, mais elle
nous échappe toujours, au moins partiellement : consistant en un acte
individuel et unique, « l'énonciation, par nature, ne peut
être reproduite ».
D'un point de vue strictement grammatical, on pourrait croire a
priori que seuls les énoncés concernent cette discipline, et que
par conséquent, l'énonciation est hors sujet. Ce n'est pas exact.
En effet, d'abord, l'énonciation sert précisément à
circonscrire les limites du champ de la morphosyntaxe, ensuite, son
repérage est indispensable à l'étude de certaines
catégories, telles que les noms, les pronoms, les adverbes etc.
La linguistique structurale définit l'énonciation :
« comme l'engendrement d'un texte par un sujet parlant qui se voit
imposer les règles de la structure successive. Le sujet est
dominé par la structure d'un texte qu'il ne peut pas ne pas
émettre ainsi ». Ainsi, en 1980, KERBRAT-ORECCHIONI
définissait l'énonciation « comme l'ensemble des
phénomènes observables qui se réalisent lors d'un acte
communicationnel particulier ».(1980 : 28)
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