5.6. Cas particulier du
récit et du discours rapporté
Dans un dialogue (au théâtre, dans un roman...),
à chaque nouvelle réplique, la situation d'énonciation
change, puisque l'énonciateur et le destinataire changent aussi. Dans le
récit, c'est un peu plus compliqué. Dans la dimension du
récit (ou narration), l'énonciateur (plus
précisément, l'auteur, puisque le plus souvent, un récit
est écrit) devient le narrateur, c'est-à-dire celui qui raconte.
Il peut participer à l'histoire qu'il raconte. Quelquefois, il se
confond avec l'auteur, dans le cas d'un récit autobiographique par
exemple. D'autres fois, au contraire, l'auteur fait son récit sous le
nom d'un personnage, réel ou fictif : dans ce cas, il convient de
distinguer l'auteur du narrateur.
Par exemple, le roman policier Le Meurtre de Roger Ackroyd a pour
auteur Agatha Christie, mais c'est le docteur Sheppard, personnage fictif, qui
en est le narrateur.
Habituellement, le narrateur fait parler les personnages de son
récit en rapportant leurs paroles. Ce procédé,
appelé précisément discours rapporté, permet de
faire entendre une pluralité de voix (certains linguistes à ce
propos, parlent même de polyphonie).
Le discours rapporté peut revêtir la forme directe
ou indirecte. Le discours direct est la citation exacte
(généralement entre guillemets) du discours prononcé par
un tiers, tandis que le discours indirect est l'incorporation (avec
transposition et sans guillemets) du discours d'un tiers dans la syntaxe du
discours principal, celui du narrateur :
(1) Jacques m'informa : « Demain, je pars en vacances.
» [Discours direct]
(2) Jacques m'informa que le lendemain, il partait en vacances.
[Discours indirect]
On fera donc les remarques suivantes :
Dans le discours direct, il y a non seulement deux unités
syntaxiques indépendantes, mais également, deux situations
d'énonciation distinctes, et par conséquent, deux
énonciateurs successifs (dans le premier exemple ci-dessus : le
narrateur, puis, Jacques). Le narrateur reste cependant narrateur même si
la situation d'énonciation change entre la partie narrative et la partie
discursive.
Dans le discours indirect au contraire, il y a une seule
unité syntaxique, une seule situation d'énonciation, et par
conséquent, un seul énonciateur, c'est-à-dire, le
narrateur. Le texte ne conserve que sa dimension narrative (deuxième
exemple ci-dessus), et par conséquent, le discours cité perd
toute autonomie syntaxique et énonciative.
Personnage réel ou fictif, l'énonciateur est
toujours celui qui énonce (celui qui parle ou qui écrit, bref,
celui qui adresse une parole, un discours), celui qui dit « je, nous, mon,
mes, notre... ». Donc, dans le récit et dans le discours
rapporté direct, à chaque plan de discours correspond une
situation d'énonciation distincte avec un énonciateur
distinct.
Prenons à titre d'exemple la fable de La Fontaine
« Le Corbeau et le Renard » Du début à la fin
de celle-ci, La Fontaine est à la fois auteur et narrateur. Au tout
début du texte, La Fontaine est également énonciateur
(« Maître Corbeau, sur un arbre, perché... »). Mais
lorsque le renard dit : « Hé bonjour, Monsieur du Corbeau...
», il s'agit d'une parole rapportée (au discours direct), et dans
ce cas, l'énonciateur est bel et bien le personnage du renard et non
plus l'auteur narrateur.
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