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Les initiatives d'intégration en Afrique

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par Papa Lafatime Sène
Université Pierre Mendès France Grenoble II - Master de Droit international public et européen 2005
  

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A- Les tentatives multiples d'intégration régionale en Afrique

L'intégration régionale en Afrique s'est inspirée de fondements historiques divers (1) et a donné lieu, au sortir des indépendances, à des expériences pratiques au niveau politique (2).

1)- La multiplicité des fondements théorique et historique inspirant

l'intégration régionale en Afrique

Deux courants idéologiques ont dominé les débats politiques et les tentatives gouvernementales concernant la coopération et l'unité africaine: le panafricanisme et la négritude.

Le panafricanisme avait pour objectif l'autodétermination et l'unité africaine à travers un projet politique très ambitieux. Dans son livre, « Africa must unite », Kwame krumah (leader politique ghanaen) préconisait la réalisation de l'unité africaine par la formation des « Etats-Unis d'Afrique », une Afrique continentale. Son idée a donné lieu à de nombreux débats qui n'ont pu aboutir qu'à la réalisation de l'Organisation de l'unité africaine en 1963. Pour Kwame Nkrumah le panafricanisme doit bannir non seulement les frontières et limites coloniales, mais également les différences tenant aux particularismes ethniques et linguistiques.

Si le panafricanisme s'est situé sur le terrain politique, un autre courant de libération du continent africain pour son unité s'était formé à Paris. La négritude est née de la rencontre, notamment, entre Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas, Aimé Césaire et Birago Diop. La négritude est définie comme l' «ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu'elles s'expriment dans la vie, les institutions, et oeuvres des noirs ». Mais contrairement au panafricanisme, la négritude a négligé la lutte politique pour se situer sur le terrain culturel. C'est ainsi qu'elle a été utilisée par Léopold Sédar Senghor pour dénoncer la balkanisation de l'Afrique. Senghor soutenait le processus d'intégration sur une base culturelle. Et ce fondement culturel remonte dans le passé lointain de l'Afrique.

Avec ses 30 millions de km2, l'Afrique est le deuxième continent de la planète après l'Asie. Outre les grands empires comme le royaume de Koush et le royaume d'Aksoum qui ont vécu respectivement en 500 avant Jésus Christ et au Ier siècle après Jésus Christ, l'histoire de l'Afrique est jalonnée par l'existence de différents empires qui englobaient de grands ensembles territoriaux. En effet c'est au début du Veme siècle de notre ère qu'émergea, par exemple, en Afrique de l'Ouest l'empire du Ghana sur le site de Koumbi saleh. Fondé par le peuple Soniké, cet empire étendait son hégémonie sur l'actuel sud-ouest de la Mauritanie, du Mali et du Nord du Sénégal .C'est à partir de 1078 que les Almoravides, venus du Maroc, envahissèrent le Ghana. Les Almoravides seront chassés par les Soussou du fouta Djalon, anciens vassaux du Ghana. Ils détruisirent Koumbi Saleh en 1203. Mais très vite le roi Soussou subit une défaite par le petit « Etat » kangaba dirigé par le mandingue Soudiata Kéita, fondateur de dynastie mandingue, qui parvint à unifier les clans d'une vaste région qui allait devenir l'empire du Mali. A son apogée, autour de 1300, l'empire était une confédération de trois « Etats » alliés indépendants (Mali, Mémo,Wagadan) et s'étendait à la place du Mali, du Sénégal et de la Guinée actuels; ses grandes villes étaient Djenné et Tombouctou. Au XlVeme siècle les provinces vassales de l'empire du Mali se sont révoltées. Parmi celles-ci, le SonghaÏ qui commença à s'agrandir autour de Gao et conquiert Djenné en 1471. Le peuple SonghaÏ venu de la région du Dundi, Nord-Ouest de Niger s'est étendu en remontant le fleuve Niger au Vlleme siècle. C'est sous la dynastie Soni que le SonghaÏ se lança à la conquête du Mali. Mais c'est surtout la dynastie Askia qui permit à l'empire SonghaÏ d'étendre son influence sur Tombouctou en évinça l'empire du Mali pour ensuite.

En 1591 le Sultan du Maroc, Ahmed Al Mansour conquiert l'empire du Mali.

Cette batail consacra la fin de l'empire SongaÏ mais aussi le déclin des villes sahéliennes tandis que la création des comptoirs commerciaux européens à Saint-Louis, à Gorée, au Cape Coast d'Accra etc.., assurait le triomphe du commerce atlantique.

C'est dans l'ambition de vouloir reconstruire les unités territoriales d'antan que les leaders africains ont expérimenté, dès les premiers jours des indépendances, des regroupements politiques puis économiques afin de parvenir à une intégration régionale et de façon plus globale à l'unité africaine.

2) - Les tentatives de regroupement politique

L'accession à l'indépendance avait ouvert de nouvelles perspectives aux peuples africains qui se trouvèrent partagés entre deux objectifs contradictoires, celui de l'unité et celui de la construction de l'Etat-Nation. Ainsi malgré les mouvements panafricanistes et la négritude, les nouveaux Etats sacralisèrent leurs frontières par le biais d'une résolution de Modibo Kéita, adoptée par l'Organisation de l'unité africaine. Auparavant, à la fin des années 1960, le débat sur la forme des futurs Etats indépendants suscitait de profonds antagonismes au sein des classes politiques africaines.

En Afrique de l'Ouest, quatre Etats vont porter un projet de constituer une fédération. Cependant sous la pression du Général de Gaule et d'Houphouet Boigny, président de la Côte d'Ivoire, le Dahomey (Bénin) et la Haute Volta (Burkina Faso) vont se retirer du projet. L'union est alors réduite à un tête à tête entre le Sénégal et Soudan (Mali). Le 4 avril 1960, l'Assemblée fédérale va élire son président en la personne de Léopol Sédar Senghor et un chef de gouvernement, Modibo Kéita (futur président du Mali).

La fédération du Mali était née.

Ratification des accords de compétence entre le chef

du gouvernement de la fédération du Mali, Modibo Kéita et le

Ministre d'Etat français, Louis Jacquinot

Modibo Kéita (assis) est applaudi

Debout à gauche: Jacques Foccart lisant son discours par l'Assemblée fédérale qui vient de l'élire

à droite : Léopold Sédar Senghor

Assis de gauche à droite : Louis Jacquinot

Modibo Kéita

Mamadou Dia

Mais très vite des désaccords subsistèrent entre les leaders de la fédération nouvellement instituée. Dans la nuit du 19 au 20 août 1960, la fédération va connaître son éclatement irréversible. Les désaccords portaient sur cinq points :

1- Une différence de conception de l'expérience fédérale :

Les soudanais voyaient en la fédération du Mali, une étape vers un Etat unitaire, les sénégalais s'en tenaient à l'idée d'une confédération plus souple.

2- Un désaccord sur le type de relation avec la France.

Partisan de l'africanisation des cadres de la fédération, Modibo Kéita dénonçait la présence de fonctionnaires français à certains postes de responsabilité au sein de l'administration sénégalaise et affirmait ouvertement ses sympathies pour le FLN pendant la guerre d'Algérie, Senghor lui, était opposé à de telles positions qui ne pouvaient que déplaire à la France.

3-Certaines initiatives politiques des soudanais étaient considérées comme une immixtion dans les affaires intérieures du Sénégal. Cette accusation concernait notamment les contacts que Modibo Kéita avait noués avec les chefs religieux locaux.

4- Les vues controversées à propos du choix du futur président de la fédération dont l'élection était prévue pour le 27aoùt 1960, les soudanais ne voulant pas de Senghor à la tête de la fédération du Mali, vont déployer de grandes manoeuvres politiques pour empêcher son élection . Ils iront même jusqu'à susciter les candidatures des sénégalais comme Mamadou Dia puis Lamine Gueye contre leur chef de fil.

5- Les divergences portaient également sur la constitution d'un marché commun et la création d'une grande zone monétaire africaine ne se limitant pas seulement aux anciennes colonies françaises.

D'autres expériences de ce type vont être tentées mais sans grands succès. Le 1er mai 1959 fut la date de la création de l'Union Ghana- Guinée entre deux pays sans frontière géographique. Cette union sera concrétisée par la nomination d'Ambassadeur au rang de ministre-résident au conseil des ministres des deux Etats et par un prêt de 10 millions de livres sterling du Ghana à la Guinée. Le 24 décembre 1960, le Mali rejoint cette Union qui devient Ghana- Guinée - Mali. L'Union qui n'a jamais fonctionné, apparaissait plus symbolique que réelle; elle n'a pas été dissoute non plus. Par ailleurs le projet de l'Union des Républiques d'Afrique centrale n'a pas pu voir le jour à cause de l'hostilité de la France et de Léon Mba (président du Gabon). Tout ce balbutiement aboutit le 25 mai 1963 à la création, à Addis Abéba, de l'Organisation de l'unité africaine, qui fut une institution de coopération économique et de lutte politique au niveau du continent africain dans son ensemble.

Telles sont l'essentiel des initiatives prises par les Etats africains sur le plan politique pour créer les bases de l'intégration régionale, qui s'est toujours heurtée à des obstacles multiples.

B- La nature des obstacles freinant à l'intégration régionale en Afrique

Depuis l'accession des Etats africains à l'indépendance, les leaders de ces derniers n'ont cessé d'affirmer leur volonté de parvenir à une intégration régionale à moyen et long terme. Nonobstant les engagements des différents Etats africains, il faut constater que l'intégration régionale butte sur des obstacles de nature endogènes (1), qui n'occultent pas pour autant ceux liés à l'histoire spécifique de l'Afrique (2).

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