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Analyse pragmatique du témoignage des anciens malades alcooliques sur les forums Internet : Influence et représentations

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par Michel Naudet
Paris 8 - Maîtrise de psychologie clinique 2004
  

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Analyse pragmatique du témoignage des anciens malades alcooliques sur les forums Internet : Influence et représentations

Table des matières

Introduction 3

Problématique 5

L'alcool 5

Les représentations sociales de l'alcoolisme et de l'alcoolique 7

Les effets de l'alcool sur le système nerveux 9

Le concept d'addiction 10

La dépendance 10

Le parcours de l'alcoolique : de la non consommation primaire à la guérison - Courbe de Jellinek 18

Le témoignage 24

Développement : Vérification des hypothèses 27

Méthode 27

Critères de sélection 28

Hypothèse 1 28

Hypothèse 2 35

Hypothèse 3 40

Conclusion 52

Bibliographie 53

Annexes 54

Je remercie tous les enseignants de Paris 8 pour m'avoir notamment permis de découvrir le monde fascinant des addictions.

De nombreux malades alcooliques « guéris » éprouvent le besoin de témoigner de leur lutte contre la dépendance. Au lieu d'essayer d'oublier ce produit qui leur a empoisonné la vie durant des années, ils ne tournent pas la page. Au contraire, l'alcool occupe toujours une place centrale dans leur univers. Certains adhèrent à une association d'anciens buveurs, d'autres créent des liens par Internet, mais quel que soit le type d'action adopté, un grand nombre d'entre eux souhaitent apporter leur témoignage pour aider à leur tour les personnes ayant un problème avec l'alcool.

Mais que nous disent vraiment les anciens alcooliques lorsqu'ils témoignent, notamment sur Internet ? A qui s'adressent-ils en fait ? De quelle nature est la relation qui s'instaure entre alcooliques en détresse et anciens alcooliques ? Comment ces témoignages peuvent-ils avoir de l'influence ? Nous allons essayer dans le présent mémoire de répondre à quelques unes de ces questions.

Introduction

J'ai choisi la problématique de l'alcool pour mon mémoire de Maîtrise car je poursuis en parallèle un DESU d'Addictologie (« Toxicomanies ») à Paris 8 et souhaite orienter mon projet professionnel vers la prise en charge des conduites addictives.

J'ai effectué mon stage au CCAA (Centre de Cure Ambulatoire en Alcoologie) de St Denis, où avait lieu chaque lundi à un groupe de parole ayant pour thème les problèmes d'alcool.

Animé par la psychologue de l'unité et un médecin alcoologue, ce groupe est ouvert à toute personne désireuse de s'informer ou s'exprimer sur la problématique de l'alcool. Il réunit des participants venant d'horizons très différents. En schématisant, il s'agit de patients en difficulté avec l'alcool, conscients ou non de leur problème, de membres militants d'associations d'anciens buveurs, de conjoints d'alcooliques et de membres du personnel soignant de l'hôpital.

Toutes ces personnes sont invitées à échanger pour tenter de répondre à leurs questionnements et comparer leurs expériences. L'objectif principal de cette réunion est quand même de montrer aux patients hospitalisés ou fraîchement sevrés qu'il existe un avenir après l'alcool et que d'autres personnes s'en sont sorties après avoir vécu la même expérience.

Il existe de nombreux types de patients : malades hospitalisés pour une alcoolopathie ou un sevrage, personnes conscientes de leurs difficultés avec l'alcool et souhaitant y remédier, personnes adressées par la justice (retrait de permis, violences conjugales ou délit sexuel en état d'ivresse), personnes conseillées par leur médecin ou leur entourage mais déniant toute consommation nocive, etc.

Si nous ajoutons à ces catégories déjà nombreuses les sous-catégories âge, milieu socioculturel, sexe et ethnie, nous obtenons un éventail de participants très large, dont le seul vrai lien est, à titre divers, l'alcool.

Dès les premières réunions, plusieurs constats s'imposent :

1) Certains malades alcooliques guéris (depuis plus de 20 ans parfois) ont rechuté 3, 5, voire même 10 fois avant d'arriver à cette abstinence durable.

2) Les anciens malades alcooliques qui témoignent ne donnent jamais ou très rarement de conseils pratiques pour cesser de boire ou éviter de rechuter. Il s'agit toujours d'un discours narratif à la première personne, souvent dramatisé ou théâtralisé, où l'ivrogne, l'alcoolo, le pauvre type qu'ils étaient auparavant est stigmatisé et rejeté. Lorsqu'ils sont sollicités pour répondre à une question ou donner un conseil, ils citent le plus souvent une anecdote personnelle illustrant la situation évoquée puis en induisant un principe premier ayant valeur de vérité. Ex : Un patient hospitalisé fraîchement sevré, évoque le fait qu'il y a de nombreux bistrots dans son quartier et s'interroge sur l'opportunité de déménager pour ne pas céder à la tentation. Un ancien malade alcoolique prend la parole « Moi j'habite dans un immeuble où il y a un café au rez-de-chaussée, c'est là que j'allais picoler, maintenant je continue à y aller mais je bois un café ; ça ne sert à rien d'éviter les café, des troquets il y en a partout quand on veut les trouver, même dans le désert ».

3) Malgré leurs différences, ces patients alcooliques que tout oppose possèdent un référentiel lexical et sémantique commun, souvent étranger aux soignants (non concernés par l'alcool). Ils réagissent aux mêmes propos, semblent comprendre des phrases plutôt obscures (« au début que je buvais, j'avais une limite, je savais qu'il fallait pas que ça tourne, sinon c'était cuit, mais après quelques mois; tourne-tourne petit manège ça m'arrêtait plus ») : les patients rigolent, la psychologue et le médecin sourient poliment mais sans vraiment comprendre, ils sont disqualifiés, ils ne font pas vraiment partie du groupe.

4) J'ai constaté également que les anciens alcooliques militant dans un mouvement d'entraide ne tenaient pas toujours le même langage que les anciens malades n'ayant jamais fréquenté d'association et que ces deux groupes avaient parfois tendance à s'affronter verbalement.

Ces constats amènent plusieurs interrogations :

1) Il est impossible de nier la diversité des expériences, des personnalités, des situations, des âges, des degrés de dépendance exprimés par les sujets alcooliques. Chaque patient possède sa propre histoire, unique et singulière. Ceux qui ont réussi à s'en sortir ont déployé leurs propres stratégies, ont rencontré des difficultés qui leur sont personnelles et éprouvé des souffrances bien spécifiques.

Mais derrière cette apparente hétérogénéité, on a l'impression qu'en fait les personnes qui décident d'arrêter de boire après une dépendance sévère décrivent un « parcours » dont les étapes présentent bien des similitudes. Peut-on définir un parcours généralisable à l'ensemble des alcooliques ?

2) Lorsque nous avons évoqué le groupe de parole, nous avons vu que les alcooliques « en souffrance » ne posent que très rarement des questions directes aux alcooliques « guéris », et reçoivent aussi peu souvent en retour des réponses directes ou des conseils.

En général, la question est posée par le biais d'un « témoignage », c'est-à-dire un récit à la première personne décrivant une situation personnelle face à l'alcool (« Dimanche j'ai été manger chez mon beau-frère, il picole bien lui aussi, mais je ne me suis pas fait avoir, j'ai bu que de l'eau ; il a pas trop compris je crois, il faisait un peu la gueule »).

D'eux-mêmes, les participants en déduisent la question que veut poser ce patient : Que doit-on dire aux gens étonnés par notre refus inhabituel de boissons alcoolisées ?

La réponse ne sera pas plus explicite que la question. En général, c'est un ancien alcoolique membre d'association qui intervient. Il ne va pas s'exprimer sur le mode procédural et donner une recette, mais à son tour évoquer un cas personnel : « moi au début je disais que je prenais des médicaments et qu'il fallait pas d'alcool avec, les gens ils te fichent la paix, ça ils comprennent ».

S'il est facile d'admettre qu'un conseil délivré par un ancien alcoolique parvenu à l'abstinence puisse influencer un malade, il est moins évident de comprendre la raison pour laquelle le récit d'une expérience personnelle très spécifique et à priori non partageable aura le même effet.

Questions de départ :

Ces interrogations nous amènent à poser les questions suivantes :

1) Les malades qui guérissent seuls de l'alcool, sans fréquenter assidûment une association d'anciens buveurs auront-ils le même « parcours psychique » que les personnes aidées par ce type d'associations ?

2) Indépendamment de tous les facteurs existentiels et psychiques qui rendent l'expérience de chacun unique, le malade alcoolique parvenu à l'abstinence parcourt-il un chemin tracé à l'avance dont bien des étapes sont communes à tous ?

3) Comment le témoignage personnel d'un ancien alcoolique parvenu à l'abstinence peut-il influencer ceux qui le lisent ?

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Rassembler les contraires c est creer l harmonie