4.3. Les facteurs sociolinguistiques
Les difficultés en production écrite
s'expliquent également par des facteurs liés à
l'environnement linguistique et socioculturel des apprenants.
4.3.1. Le rapport à la langue française
Dans le contexte marocain, le rapport des
élèves à la langue française est souvent
ambivalent. Pour certains, notamment dans les milieux urbains et
lettrés, le français est perçu comme une langue de
prestige, d'ascension sociale, d'accès au monde. Pour d'autres,
particulièrement dans les milieux ruraux ou défavorisés,
le français est ressenti comme une langue étrangère,
imposée, distante, sans lien avec leur vécu quotidien.
Ce rapport à la langue a été
analysé par Barré-de Miniac (2000) sous l'angle du rapport
à l'écriture, qu'elle définit comme l'ensemble des
représentations, des valeurs et des attitudes qu'un individu associe
à l'activité d'écriture. Un rapport négatif
à l'écriture souvent construit dès le primaire peut
constituer un obstacle durable à la progression des
élèves25.
4.3.2. La langue familiale et la langue scolaire
La majorité des élèves marocains
grandissent dans des environnements où la communication quotidienne se
fait en darija, en tamazight, ou en arabe dialectal. Le français est,
pour eux, une langue strictement scolaire, sans ancrage dans les pratiques
langagières familiales ou sociales. Cet écart entre la langue de
la maison et la langue de l'école crée un
24 Daly, J. A. et Miller, M. D. (1975). The empirical
development of an instrument to measure writing apprehension. Research in the
Teaching of English, 9(3), pp. 242-249.
25 Barré-de Miniac, C. (2000). Le rapport
à l'écriture. Aspects théoriques et didactiques.
Villeneuve-d'Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, p. 8
hiatus cognitif et affectif que Bernstein (1975) avait
déjà analysé, dans un contexte différent, sous
l'angle des codes sociolinguistiques.26
4.3.3. L'environnement culturel et familial
Le milieu familial joue un rôle non négligeable
dans la construction du rapport à l'écrit. Les travaux de
Bourdieu et Passeron (1970) sur la reproduction culturelle montrent que les
enfants issus de familles où la lecture et l'écriture occupent
une place importante arrivent à l'école avec un capital culturel
qui facilite leur apprentissage des codes de l'écrit
scolaire27. À l'inverse, les élèves dont
l'environnement familial est peu lettré doivent construire à
l'école seule un rapport à l'écrit que leurs camarades
plus favorisés ont déjà intériorisé dans
leur milieu de vie.
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