WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les enjeux géopolitiques de la "percée" chinoise au Sénégal

( Télécharger le fichier original )
par Xavier Aurégan
Institut Français de Géopolitique - Master 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

3. Les sommets Chine-Afrique annoncent-ils une nouvelle géopolitique mondiale ?

La valeur totale des échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique subsaharienne ou Noire est passée d'environ 820 millions de dollars en 1977, à 10 milliards en 2000 puis 37 milliards en 2005. Elle devrait atteindre 100 milliards de dollars d'ici 2010. Pourtant, ces échanges ne représentent que 3 % du commerce extérieur chinois (comparés aux 15 % ; soit 200 milliards avec l'U.E. pour l'année 2005). Paradoxalement, si en 2004 les exportations chinoises (vers l'Afrique) ont augmenté de 37 % et ses importations de 81 %, le continent africain reste un partenaire économique relativement peu important. Et encore, ses importations sont restreintes aux matières premières (chrome, platine, cobalt, fer, or, argent et bois) dont le pétrole figure au rang 1 (25 % environ du pétrole importé est originaire d'Afrique). Enjeu économique certes, en concurrençant les autres grandes puissances (États-unis, États européens notamment) mais politique également, en offrant au plus grand nombre un panel de subventions et aides, comme je l'ai décrit pour le Sénégal. Et cela, n'exige aucune contrepartie politique (transparence, droits de l'homme) des États africains.

Les cartes L et M, pages 139 et 140, représentent les exportations et importations de l'Afrique subsaharienne aux années 2000 et 2004, cartographiant l'évolution. Ces deux cartes démontrent l'augmentation des échanges, le rouge et ses nuances devenant plus présents en 2004. La carte N, page 141, représente la balance commerciale des États africains avec la RPC en 2004. Fort logiquement, ceux exportant du pétrole et autres ressources énergétiques (Angola, Congo, Soudan, Tchad, Gabon et Zimbabwe) possèdent une balance positive (ainsi que le Mali et le Burkina Faso exportant le coton). A l'inverse, ceux ne possédant ou n'exportant pas encore leurs ressources, affichent un déficit, tel le Sénégal.

Si redevenir la première puissance mondiale, contenir les multiples conflits internes (dans le milieu rural et particulièrement dans sa partie occidentale) sont des principes et objectifs premiers, instaurer un nouvel ordre (géo)politique mondial en s'appuyant sur tout État susceptible d'apporter son aide, est donc une perspective non négligeable au sein du PCC. C'est une des raisons des sommets Chine-Afrique. Trois sommets en six ans, l'ensemble des États africains présents, organisés fastueusement, la réussite est au rendez-vous.

Le premier sommet de 2000 (10 au 12 octobre), à Pékin, rassembla déjà 45 États africains. La Chine expose son principe de gagnant-gagnant, autrement dit, les deux parties y trouvent leurs intérêts. La Chine annule ou réduit la dette de 32 États pour un montant global de 10 milliards de dollars. L'Afrique en contrepartie, permet à 600 sociétés asiatiques de s'installer sur son territoire.

Toutefois, Pékin ne reçut que quatre chefs d'État africains : Gnassimbgé Eyadema du Togo, Abdelaziz Bouteflika président de la république algérienne, Frederick Chiluba pour la Zambie et Benjamin Mkapa pour la Tanzanie. Le secrétaire général de l'OUA, Salim Ahmed Salim, s'était également déplacé.

Le second se déroule cette fois en Éthiopie (25 et 26 novembre 2003), dans la capitale Addis-abeba. Cinq présidents, trois vice-présidents, deux premiers ministres ainsi que le président de la commission de l'Union africaine, Alpha Omar Konaré, font le déplacement.

Là encore l'économie est omniprésente avec la ratification du plan d'action 2004-2006. La coopération est au centre des négociations (dans les domaines de l'exploitation de ressources naturelles, agriculture, transports, tourisme, formation...) avec les investissements bilatéraux. Mais la politique est cette fois abordée : la Chine signe un engagement pour la paix régionale, tout en soutenant le gouvernement soudanien. La volonté de ne pas pratiquer l'ingérence (à l'image de la France par exemple) est le but recherché et atteint ; tout en se positionnant contre la guerre, ce qui ne mange pas de pain, pour reprendre une expression courante. Il n'empêche, le Libéria rejoint la RPC. Le Sénégal en 2005 et le Tchad en 2006 suivront.

Le troisième forum sino-africain de 2006 (du 3 au 5 novembre à Beijing) accueillit 48 chefs d'États et délégations. Celui-ci pourtant similaire aux précédents, fut très médiatisé. La banderole de 18 km, de l'aéroport au Palais du Peuple, où l'on pouvait admirer les quarante années des relations sino-africaines ne fut pas étrangère à cet engouement médiatique. C'était tout de même le plus important évènement diplomatique depuis la révolution de 1949.

Le forum sur la coopération Chine-Afrique adopta le plan d'action de Beijing 2007-2009. Globalement, deux milliards de dollars furent attribués pour mener à bien les accords de financement, tels la construction de 900 km de voies ferrées au Nigéria, la construction du Sénat gabonais, une industrie de production d'aluminium en Égypte, 200 millions de dollars pour la production de cuir en Zambie ou encore la suppression des droits de douanes pour 190 produits (pour 28 États les moins développés). Directement adressé aux populations, la construction de 4000 écoles en milieu rural à l'horizon 2009, la formation de 15 000 africains, la construction de 30 hôpitaux... Ces quelques exemples démontre cette volonté chinoise du rapport gagnant-gagnant : ces investissements créent de l'emploi et en contrepartie, le pays receveur, exporte évidemment les ressources produites grâce à la création de l'industrie... Des industries qui ne sont pas toutes chinoises : environ 170 000 Chinois sont installée en Afrique dont la majorité sont employés dans ces sociétés. Les grandes réalisations (Sénat ici mais stades, palais présidentiels ailleurs) servent la notoriété de la RPC et entretiennent les relations entre dirigeants.

Ces dirigeants qui se sont déplacés m'amènent à une réflexion : pourquoi ne pas simplement mandater le président de l'U.A. (dont le siège situé à Addis-Abeba est financé par la Chine), et celui du NEPAD par exemple ? La réponse est simple, ce forum devient au fil des années, non seulement un rendez-vous capital, mais surtout une source financière inestimable pour tous les États africains. Là où la France et l'Europe ont échoué, la Chine en déployant aides et financements colossaux, a gagné.

Alors s'agit t'il d'une nouvelle géopolitique mondiale ? Tout en étant prudent, il est certain que la RPC est parvenue à ses objectifs : le PCC ne choisi plus ses partenaires africains en fonction de la nature idéologique des régimes. Tous les États (ne reconnaissant Taiwan) échangent aujourd'hui avec le pays asiatique, le cadre s'est élargi, il est devenu global. Ceci, de par la nature de l'offre diplomatique et politique et par la quantité des subventions, aides..., favorise la bienveillance à son égard, sur le continent. Un appui stratégique si l'on pense que dans les prochaines années et décennies, la Chine aura besoin d'un maximum de partenaires au sein des organisations internationales, afin de mener à bien ses projets géopolitiques. Personne ne doute un instant que cette dernière sera Le Pays du XXIe siècle, il ne s'agit que d'une question de temps. Les futurs conflits sino-étasuniens détermineront de qui la communauté internationale souhaite voir la prépondérance, quelle super-puissance dirigera l'économie, la politique mondiale et sur quelles bases : un capitalisme ultra-libéral enrichissant les riches et appauvrissant les pauvres où les multinationales possèderont les tenants et aboutissants, ou, un modèle encore difficilement identifiable, mêlant capitalisme et État autoritaire, libéralisme ciblé géographiquement et structurellement, et, interventionnisme étatique. Ce modèle ne peut en aucune manière être international, mais peut cependant être régi sous la forme de régions (Asie, Moyen-Orient, Afrique, Europe, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Océanie ?). Les extravagantes disparités chinoises amènent également à bien des questionnements sur ce mode de développement national. Mais la Chine possède des avantages : une vision sur le long terme (à la différence des États-unis), une image positive dans les pays du Sud (n'appelle t'on pas le groupe des 77 plus la Chine ?), un potentiel démographique donc militaire sans comparaison aucune et donc, un État fort, puissant, capable en théorie de mener plus d'un milliard d'individus à tel ou tel objectif.

Ce sommet placé sous le thème « Amitié, paix, coopération et développement » préfigure donc à mon sens une nouvelle organisation des relations internationales, basé sur la coopération entre régions. Le sommet Afrique-Amérique du Sud en est la preuve.

D

 

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait"   Appolinaire