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Une administration publique performante: un défi pour l'état haà¯tien à  la croisée d'une exigence des citoyens et d'une incitation des acteurs internationaux ? Le cas de la modernisation de la fonction publique

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par Destin JEAN
Université Pierre Mendès-France - Master 2 en Droit public 2011
  

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CHAPITRE 3

L'Etat haïtien face aux enjeux et défis de la modernisation effective de la Fonction publique

Dans le cadre de ce chapitre de notre travail de recherche académique, nous essayons de présenter le couple de la complexité des enjeux et défis d'une optimisation effective de la Fonction publique en Haïti. Primo, nous présentons la problématique de la philosophie « quelle Fonction publique pour quel modèle d'Etat ? » comme un préalable difficile à dépasser (section I). Secundo, nous présentons les contrecoups de la dynamique de l'instabilité politique et des défaillances chroniques de la Justice haïtienne comme obstacles parallèles à la réforme de la Fonction publique (section II).

SECTION I

Le non-dépassement du préalable « quelle Fonction publique pour quel mod~le d'Etat ? »

Dans le cadre de cette section de notre travail de recherche, nous faisons ressortir l'omniprésence des acteurs internationaux de la réforme dans les tentatives de reconceptualisation de l'Etat en Haïti (§ 1), tout en instant sur la problématique de la quasi-absence d'appropriation des projets de réforme par la société haïtienne au prisme d'une interface des aléas politiques (§2).

§ 1. Le poids des acteurs internationaux dans les tentatives de reconceptualisation de l'Etat en Haïti

Dans le cadre de ce paragraphe, nous essayons, d'abord, de démontrer que les suggestions de réforme de la Fonction publique faites par les acteurs internationaux de la réforme, particulièrement les institutions financières internationales, participent d'une certaine démarche de reconceptualisation de l'Etat avec un soubassement théorique d'orientation néolibérale et sur le fondement de la préconisation d'un certain modèle de gouvernance pour arriver à la finalité économique (A). Ensuite, dans une perspective dialectique, nous faisons des questionnements sur l'existence d'une éventuelle uniformité ou dichotomie entre la conception des acteurs internationaux et celle des citoyens Haïtiens de la modernisation de la Fonction publique (B).

A. La primauté de l'argument économique et l'apologie d'un mod~le de gouvernance

Selon Bonnie CAMBELL, professeure d'économie politique à la Faculté de Science politique et de Droit de l'Université du Québec à Montréal, « quinze années d'ajustement structurel ont amené les organismes de financement internationaux et notamment la Banque Mondiale à intervenir de plus en plus profondément dans le tissu social et économique des sociétés où ils étaient présents. La réforme des institutions est considérée comme une précondition pour garantir le succès des réformes économiques ».68

La professeure tire son argument dans un rapport conduit par des experts de la Banque Mondiale sur l'Afrique au sud du Sahara. Ledit rapport examine 29 pays engagés sur la voie de l'ajustement structurel depuis le milieu des années 1980. En fait, elle a cité ce passage du

68 B. CAMBELL. « Débats actuels sur la reconceptualisation de l'Etat par les organismes de financement multilatéraux et l'USAID », article publié dans la revue Politique africaine - Besoin d'Etat, no 61, mars 1996, page 9.

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rapport : « Le succès de ces réformes (d'ajustement) suppose une transformation radicale du rôle de l'Etat ».69

De plus, elle rappelle plus loin qu' « il est suggéré de plus en plus que le redressement de la situation en Afrique implique une redéfinition des relations entre bailleurs de fonds et gouvernements. Plus spécifiquement, l'assistance technique devra être réorientée et mieux gérée afin de donner la priorité au renforcement institutionnel, capacity building. En d'autres termes, le véhicule qui contribuera aux réformes institutionnelles devra été amélioré afin de garantir le succès des réformes économiques ».70

En réalité, la situation d'Haïti dans ses rapports avec les organismes internationaux de financement est loin d'être différente de celle des pays d'Afrique. L'argument du développement économique reste la finalité de leur action visant la reconceptualisation de l'Etat en Haïti. Ils sont convaincus que le succès des réformes économique ne peut être garanti sans la mise en place d'un certain modèle de direction et gestion publiques. Donc ils promeuvent des réformes institutionnelles mettant en avant la bonne gouvernance ou en encore la gouvernance démocratique comme préalable au développement économique.

En revanche, selon les professeurs Expert ICONZI, Gisèle BELEM et Corinne GENDRON, présentant la bonne gouvernance en tant que fin et moyen du développement : «... la bonne gouvernance ne saurait être ni un préalable ni une conséquence absolue du développement. Inscrite dans une réinterprétation du développement, elle en constitue à la fois une fin et un moyen (...). En faire une conditionnalité de l'aide au développement des pays les moins avancés, autant que la renier à leurs peuples en en faisant une conséquence absolue, constituent toutes deux des aberrations qui nuisent au développement humain durable. »71

Pour ce qui nous intéresse plus spécifiquement dans le cadre de notre objet d'étude, le phénomène de la mondialisation et surtout la dépendance financière d'Haïti vis-à-vis desdits organismes internationaux l'empêchent d'être maitre de la conception et de l'orientation de

69 Banque Mondiale, « L'ajustement en Afrique : réformes, résultats et le chemin à parcourir », 1994, p. 257- 258, cité par B. CAMBELL, ibid., page 9.

70 Ibid , page 10.

71 « Conditionnalité gouvernance démocratique et développement, (dilemme de l'oeuf et de la poule) ou problème de définition ? », Op. cit., page 44.

son modèle d'Etat. Or le modèle de management de la Fonction publique et la philosophie de sa modernisation participent d'une certaine conception de l'Etat. Comment l'Etat haïtien peutil donc arriver à dépasser le préalable « quelle Fonction publique pour quel modèle d'Etat ? » dans le cadre de son projet de modernisation de la Fonction publique ? Se met-il à l'écoute de ses citoyens via la philosophie de l'Etat dégagée dans la Constitution du 29 mars 1987 adoptée dans le contexte de la chute du régime des DUVALIER, ou encore, est-il tiré par le haut par ses partenaires financiers internationaux se trouvant obligé d'adopter une philosophie de modernisation dont il n'est pas le maitre ? Y a-t-il effectivement une dichotomie entre la conception de modernisation de la Fonction publique portée par desdits partenaires internationaux et cette philosophie de l'Etat consacrée dans la Constitution de 1987 dont la population haïtienne est le constituant originaire ? Que reste-t-il du principe de l'autodétermination face au phénomène de la mondialisation financière et celui de la dépendance économique d'Haïti ?

En effet, selon le lexique de science politique, l'autodétermination c'est un « principe suivant lequel un peuple doit avoir le droit de déterminer sa propre forme de gouvernement, indépendamment de toute puissance étrangère... »72.

Pour sa part, le lexique des termes juridiques définit l'autodétermination comme « le fait pour un peuple de choisir librement (par referendum) s'il entend ou non être souverain et constituer un Etat, déterminer son système politique et économique ».73

Tenant compte de ce qui précède, tous les peuples de tous les Etats du monde peuvent en quelque sorte prétendre, sans aucune influence étrangère, pouvoir eux-mêmes définir leur propre système économique et leurs propres méthodes de gouvernement. C'est aussi une conséquence du principe de l'égalité souveraine des Etats qui constitue l'un des fondements de l'organisation des Nations-Unies74. Ainsi, si tous les Etats sont-ils égaux en souveraineté, comment certains d'entre eux pourraient-ils prétendre devoir déterminer ou réguler le système politique ou économique d'autres Etats à leur place ?

72 NAY, Olivier (sous la direction de). Lexique de science politique - Vie et institutions politiques, Dalloz, Paris, 2008, page 26.

73 GUINCHARD, Serge ; DEBARD, Thierry (sous la direction). Lexique des termes juridiques, Dalloz, Paris, 18ème édition, 2011, page 82.

74 L'article 2, Paragraphe 1 de la Charte de Nations-Unies énonce : « L'organisaion est fondée sur le principe de l'égalité de tous ses Etats membres ».

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B. Les citoyens Haïtiens et les acteurs internationaux, ont-ils la même représentation de la modernisation de la Fonction publique ?

Voilà une question que l'on ne se pose pas souvent, mais qui est loin d'être anodine tant elle est plein d'enjeux multiples. Il n'est certes pas évident de cerner la représentation de l'ensemble des citoyens Haïtiens de la modernisation de la Fonction publique, vu le poids des obstacles épistémologiques et/ou épistémophiliques possibles. Il n'en est pas autrement pour les acteurs internationaux impliqués dans le processus de cette modernisation, vu leur nombre assez important, le problème de la coordination de leur action et leurs motivations qui sont susceptibles d'être différentes. Cette hétérogénéité des citoyens Haïtiens et des acteurs internationaux ne suggère pas d'emblée que nous collions une représentation exacte et uniforme ou unifiée de la modernisation de la Fonction publique aux Haïtiens ou aux acteurs internationaux de la réforme.

En revanche, comme il a été rappelé d'ailleurs dans le cadre de ce travail, l'implication desdits acteurs internationaux dans le processus de la modernisation de la Fonction publique participe à la fois d'une certaine conception de l'Etat, de sa place dans la gestion et la prestation des services publics ; de la rénovation du management de la Fonction publique à l'aide de réformes d'inspiration managériale, etc. De plus, l'essence de leurs préoccupations et motivations à inciter, voire exiger, ladite modernisation est souvent d'obédience économique. Ils finissent par se dire que les réformes économiques en vue, entre autres, du développement et de la soutenabilité de la croissance ne peuvent pas se détacher de réformes politiques et institutionnelles s'inscrivant bien sür dans le cadre de certains référentiels clés s'ils veulent gagner en efficacité. Donc, in fine, l'enjeu, pour eux, est beaucoup plus d'ordre économique que politique75.

Ainsi, l'ordonnance extérieure est-elle de moderniser la Fonction publique, parce que prioritairement les finances publiques sont en période de vaches maigres; le monde est dans un contexte de crise financière ; il faut bien gérer l'aide internationale, etc. Donc, tout en essayant de maintenir un discours sur la qualité des services publics offerts aux usagers

75 En réalité, cette approche parait plus pertinente dans le cas des institutions de Bretton Woods, en l'occurrence la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI), et les organismes de financement multilatéraux en général que dans le cas de la coopération bilatérale.

comme pour suggérer à l'opinion publique nationale leur préoccupation à ce que ces derniers jouissent des services publics de qualité, l'enjeu fondamental reste le critère du coût des services publics et non celui de la qualité.

Il s'ensuit que quand les acteurs internationaux, dits partenaires d'Haïti, particulièrement les institutions internationales de financement impliqués dans la réforme du secteur public haïtien parlent de modernisation de la Fonction publique, on assiste généralement et prioritairement à la mise en oeuvre de politiques de réduction massive du nombre des Fonctionnaires de l'Etat sous le prétexte de la masse salariale de la Fonction publique occupant un pourcentage trop important des dépenses publiques.

D'où, l'Etat se voit incité, par lesdits acteurs internationaux, d'engager des réformes dites de modernisation de la Fonction publique, généralement comme conditionnalité de l'aide internationale, qui ne sont pas sans incidences sociales, particulièrement une remontée du chômage, sur la population haïtienne.

En revanche, le rapport des citoyens, de leur côté, avec l'Etat s'inscrit plutôt dans une autre dynamique. En effet, l'une des raisons d'être de l'Etat c'est de favoriser continuellement le mieux-être de ses citoyens. Ainsi, ces derniers sont en droit d'exiger de l'Etat des services publics de qualité, accessibles et de proximité. C'est d'ailleurs l'une des revendications des masses populaires haïtiennes au lendemain de la chute du régime des DUVALIER. Depuis, le peuple haïtien, via notamment les émissions de libre tribune d'ailleurs tres nombreuses en Haïti, ne cesse de réclamer à qui veut l'entendre la modernisation des institutions publiques et de la Fonction publique.

Par voie de conséquence, nous pouvons en déduire que les citoyens Haïtiens, faisant référence à la modernisation de la Fonction publique, se préoccupent de la qualité des services publics offerts par l'Etat. Ils exigent de l'Etat des services publics de qualité et il revient à ce dernier de satisfaire cette exigence de ses citoyens.

Ainsi, ne pouvons-nous pas nous demander si les citoyens Haïtiens et les acteurs internationaux exigeant la modernisation de la Fonction publique, mettent la même chose derrière le terme de modernisation de la Fonction publique ? Le critère de la qualité retenu par les citoyens Haïtiens et le critère du coût retenu par les institutions internationales de

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financement, participent-ils d'une conception intégrée de la modernisation de la Fonction publique ?

En définitive, l'enjeu majeur pour l'Etat haïtien auprès de ses citoyens dans le cadre dans le cadre de la modernisation de la Fonction publique c'est de pouvoir offrir des services publics de qualité, accessibles et de proximité. Les citoyens Haïtiens n'ont pas à se préoccuper du coüt de la satisfaction d'une telle exigence. Or, l'enjeu majeur pour l'Etat haïtien auprès des acteurs internationaux, particulièrement les institutions internationales de financement, c'est de pouvoir rationnaliser les dépenses publiques et veiller, en l'espèce, au coüt de la Fonction publique, particulièrement la masse salariale. D'où une certaine propension de la part desdites institutions à ordonner à l'Etat haïtien une Fonction publique chétive. Comment l'Etat haïtien peut-il alors satisfaire à la fois ses citoyens et les institutions internationales de financement ? Vu les faibles moyens financiers dont dispose Haïti, peut-elle se passer desdites institutions internationales et se préoccuper à satisfaire uniquement ses citoyens ? L'Etat haïtien, peut-il réussir le saut qualitatif du meilleur rapport qualité/prix comme pour satisfaire à la fois ses citoyens qui pèsent sur la qualité et ses partenaires internationaux qui pèsent plutôt sur le coût, mais tout en tenant un discours sur la qualité ?

§ 2. La faible participation des acteurs de différents secteurs de la vie nationale dans la conception des programmes et les aléas de l'alternance politique

Un projet de modernisation de la Fonction publique de l'Etat en Haïti est en principe avant tout une question d'ordre national. Si les autorités publiques haïtiennes se disent en train de moderniser la Fonction publique, pour qui le feraient-elles sinon au nom et pour le compte du peuple haïtien de qui elles tirent leur légitimité?

Si la Fonction publique se modernise c'est pour mieux répondre aux exigences de la modernité et pour pouvoir faire face aux nouveaux besoins et exigences des citoyens liés à l'évolution de la société. Comment alors prétendre faire ladite modernisation pour les besoins de la société, mais sans les différents secteurs de cette dernière ?

La majorité politique au pouvoir garde en principe le leadership du processus de modernisation. Toutefois, elle ne saurait nier, dans son modèle de prise de décision politique, la multiplicité des acteurs représentatifs de différents secteurs de la vie nationale. Un projet de modernisation de la Fonction publique conçu sur la base d'un processus participatif aura permis de contourner les aléas de l'alternance politique qui pourraient mettre à mal le processus engagé.

Pourtant, force est de constater, dans la pratique, une faible participation des acteurs nationaux autres que le pouvoir en place dans la conception des programmes de modernisation. Les partis politiques, le secteur privé des affaires, la paysannerie, l'Université, la presse, l'Eglise, les associations et organisations de la société civile, entre autres, n'ont quasiment pas voix au chapitre dans la conception et l'élaboration de tels programmes.

D'aucuns pourraient toujours avancer qu'il n'est pas évident de demander à un gouvernement de consulter tous les secteurs ayant une certaine représentativité au niveau de la société sur la question de la modernisation de la Fonction publique. A ceux-là nous répondons que la majorité politique en place, en dépit de sa légitimité électorale et du fait que l'on soit dans un régime représentatif, ne peut pas prétendre connaitre et définir à elle seule les intérêts multiples de toute la communauté politique. Elle est certes le garant de l'intérêt général, tant elle est au pouvoir, mais cela n'en fait pas de lui le seul juge.

D'ailleurs, il existe une crise du débat public en Haïti. La culture de l'obligation pour le pouvoir politique d'expliquer ses actions, de rendre compte à ses mandants n'est pas encore bien assise dans le pays. Ce déficit de communication de l'action des pouvoirs publics ne favorise pas les conditions d'un débat public ouvert sur les grands themes de la vie nationale. Il n'est même pas rare de constater, en Haïti, un Président de la République ou un Chef du Gouvernement se déplacer officiellement en direction de l'étranger sans rendre compte de l'objet de son voyage à la population. La plupart des fois, ce sont les media étrangers qui informent indirectement les média haïtiens de l'objet du voyage, comme étant donné qu'il est difficile pour l'un ou l'autre de rentrer officiellement dans un pays étranger sans que la presse dudit pays ne soit au courant de l'objet de la visite.

Puisque les programmes de modernisation de la Fonction publique mis en oeuvre accusent un déficit de participation dans leur conception et élaboration, cela risque de laisser la

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perception qu'il s'agit de la politique d'une simple majorité au pouvoir et qui ne trouve pas son écho dans la société, car décidés par le pouvoir en place et les acteurs internationaux sans la consultation des secteurs vitaux de la Nation. Or, depuis la chute du régime des DUVALIER, la population haïtienne réclame une Fonction publique moderne, saine et efficace.

C'est d'ailleurs pour nous l'occasion de rappeler que les différents gouvernements qui se sont succédé à la tête de l'Etat n'ont pas su prouver qu'ils ont le sens de la continuité de l'Etat, « principe selon lequel un gouvernement ne peut répudier les obligations souscrites par son prédécesseur ».76

De plus, en dehors du fait que les représentants de la classe politique haïtienne n'ont pas tous nécessairement la culture de parti, Haïti reste et demeure un pays de multipartisme, c'està-dire un « système oil plusieurs partis politiques se disputent le pouvoir, ce qui oblige généralement à former des gouvernements de coalition plus ou moins stables ».77

Donc, le modèle haïtien dans ce domaine est loin d'être proche du bipartisme partisan britannique ou du bipartisme américain. Il n'est même pas voisin du multipartisme français en ce sens que le pouvoir politique en France, généralement, est tantôt exercé par la gauche, représentée par le Parti Socialiste (PS) et tantôt par la droite, représentée par l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP). Or, en Haïti, les partis politiques sont très nombreux, mais non structurés. La majeure partie d'entre eux ne sont même pas connus du grand public. La plupart d'entre eux n'existent que de nom. Ils sont comme des groupuscules sans influence véritable sur l'échiquier politique.

L'actualité politique récente d'Haïti vient d'ailleurs corroborer ce propos en ce sens que l'actuel Président de la République d'Haïti, Michel Joseph Martelly, est directement issu du monde de la musique et aujourd'hui parachuté à la magistrature suprême de l'Etat.

Par voie de conséquence, à un moment donné de la vie nationale, n'importe quelle personnalité sans lien avec les partis politiques peut arriver au plus haut sommet de l'Etat et tenir les rênes du pouvoir. Si Haïti était dans une situation de bipartisme, voire de

76 Lexique des termes juridiques, op. cit., page 209.

77 Ibid., page 534.

multipartisme, mais avec deux ou trois grands partis ou courants idéologiques, l'enjeu de la non appropriation des programmes de modernisation de la Fonction publique serait moins grand par rapport aux aléas de l'alternance politique, car les principaux acteurs qui potentiellement seraient mieux placés pour interrompre le processus de modernisation ou le faire changer d'orientation idéologique suite à la prise du pouvoir seraient mieux identifiables. Or, comme il a été maintes fois démontré, c'est loin d'être le cas.

Ainsi, est-ce le cas de dire que, dans ces conditions, si la société dans son ensemble ne s'approprie pas les programmes de modernisation de la Fonction publique dans leur philosophie et leur finalité en participant librement et pleinement à la définition de la question « quelle Fonction publique pour quel modèle d'Etat ? », il y a fort à parier que la réalisation effective du projet de modernisation de la Fonction publique, tant attendue par le peuple haïtien en vue de sa satisfaction de la qualité des services publics offerts, soit un véritable défi pour l'Etat haïtien eu égard aux aléas de l'alternance politique.

Par ailleurs, comment vouloir réformer la Fonction publique sans les Fonctionnaires, sachant que ces derniers peuvent potentiellement phagocyter les tentatives de modernisation s'ils ne s'approprient pas le projet.

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"Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots"   Martin Luther King